Joinville
SUR LE DUC DE BERRY
tez-moi, mon père, promettez-moi, mon frère, de demander au roi la grâce de la vie de l’homme. »
On a déjà raconté que M»r le duc de Berry, libre en Angleterre, avoit eu une de ces liaisons que la religion réprouve, et que la fragilité humaine excuse. On peut dire de lui ce qu’un historien a dit de Henri IV : « II ètoit souvent foible , mais toujours fidèle, et Von ne s'aperçut jamais que ses passions eussent affoibli sa religion L » Mer le duc de Berry cherchant en vain dans sa conscience quelque chose de bien coupable , et n’y trouvant que quelques foiblesses , vouloit pour ainsi dire les rassembler autour de son lit de mort, pour justifier au monde la grandeur de son repentir et la rudesse de sa pénitence. Il jugea assez bien de la vertu de sa femme pour lui avouer ses torts et pour lui témoigner le désir d’embrasser les deux innocentes créatures, filles de son long exil, a Qu’on les fasse venir, s’écria la jeune princesse; ce sont aussi mes enfants. » Les deux petites étrangères arrivèrent au bout de trois quarts d’heure ; elles se mirent à genoux en sanglotant au bord du lit de leur seigneur, les joues baignées de larmes et les mains jointes. Le prince leur adressa quelques mots tendres en anglois, pour leur annoncer sa fin prochaine, leur ordonner d’aimer Dieu , d’être bonnes et de se souvenir de leur malheureux père. Il les bénit, les fit se relever, les embrassa, et, adressant la parole à Mme la duchesse de Berry : « Serez- vous assez bonne, lui dit-il, pour prendre soin de ces orphelines? » La princesse .ouvrit ses bras, où les petites filles se réfugièrent; elle les pressa contre son sein, et, leur faisant présenter Mademoiselle, elle leur dit : « Embrassez votre sœur. » — « Pauvre Louise, s’écria M^r le duc de Berry en s’adressant à la plus jeune, vous ne verrez plus votre père L» On étoit partagé entre l’attendrissement, pour le prince et l’admiration pour la princesse. Mme la vicomtesse de Gontaut, qui n’étoit pas prévenue, paroissoit étonnée. Madame s’en aperçut, et lui dit : « Elle sait tout; elle a été sublime. »-