‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 323 sur 358 · Vie du P. Cotton, par le P. d’Orléans · texte numérisé non relu

Vie du P. Cotton, par le P. d’Orléans

MÉMOIRES

M*r l’évêque de Chartres, et qu’il fit ensuite à haute voix un aveu public de ses fautes : on auroit cru voir saint Louis expirant sur son lit de cendre. Il demanda pardon à Dieu de ses offenses et des scandales qu’il avoit pu donner. « Mon Dieu, ajouta-t-il, pardonnez-moi, pardonnez à celui qui m’a ôté la vie ! »

II demanda ensuite à son père sa bénédiction. « Lors le doux père remit et pardonna au fds les défauts et courroux , et avec merveilleuse ferveur de foi lui donna sa bénédiction , et entre ses saints baisers le salua et à Dieu le recommanda L » Ces princes trouvoient tous les exemples dans leur famille.

Le mourant étant remis sur son lit, M?r le duc d’Angoulême se replaça à genoux à ses côtés. « Ah ! mon frère, dit le Machabée chrétien , vous êtes un ange sur terre ; croyez-vous que Dieu me pardonne? » — a Vous pardonner! répondit M§r le duc d’Angoulême , il fait de vous un martyr! » Un rayon de joie parut sur le front du prince mourant ; il ne douta point qu’un frère si pieux ne connût les desseins de la Providence, et il se reposa de son bonheur sur la foi du juste.

Alors le curé de Saint-Roch, que M. le comte de Clermont avoit été chercher, arriva avec les saintes huiles : partout où l’on trouve une douleur, on rencontre un prêtre chrétien. M^r le duc de Rerry demanda le viatique : l’évêque de Chartres lui dit avec un vif regret que les vomissements s’y opposoient. Le prince se résigna , fit un signe de croix, et attendit l’Extrême-Onction. Il commença son Confiteor, et frappa comme un coupable d’une main pénitente ce sein que le poignard sembloit n’avoir ouvert que pour en faire sortir les innocents secrets , et d’ou il ne s’écouloit que des vertus avec le sang de saint Louis.

Le prince voyoit s’approcher sa dernière heure ; il ressentoit des douleurs cruelles, et tomboit à tout moment en défaillance. On l’entendoit répéter à voix basse : a Que je souffre ! que cette nuit est longue! le roi vient-il? » Il appeloit souvent son père; et son père, étouffant de sanglots, lui disoit : a Je suis là, mon ami. » On lui apprit que les maréchaux étoient arrivés. « J’espérois , répondit-il , verser mon sang au milieu d’eux pour la France. » Dévoré d’une soif ardente, il ne buvoit qu’à regret, et seulement pour se soutenir jusqu’à l’arrivée du roi. On lui annonça M. de Nantouillet. a Viens, mon bon Nantouillet, mon vieil ami, s’écria-t-il en faisant un effort, que je t’embrasse encore une fois! » Le vieil ami se précipita sur la

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