‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 331 sur 358 · Vie du P. Cotton, par le P. d’Orléans · texte numérisé non relu

Vie du P. Cotton, par le P. d’Orléans

MÉMOIRES

cercueil. M§r le duc d’Angoulême descendit le premier dans le souterrain où il alloit laisser son frère. Ensuite, selon l’antique usage, les hérauts d’armes appelèrent les serviteurs du prince. « Celui qui est dedans la fosse appelle l’un après l’autre lesdits écuyers qui apportent les éperons, gantelets, escus, cotte d’armes. Lors ledit héraut estant dans ladite voûte, crie par trois fois : Le prince est mort, et que l’on prie Dieu pour son âme L »

Les entrailles du prince ont été portées à Lille, comme pour accomplir les paroles de Henri IV, rappelées aux Lillois par Msr le duc de Berry lui-même : Désormais, avoit dit le Béarnois aux habitants de Lille, entre nous, c’est à la vie, à la mort.

Le cœur de S. A. R. fut d’abord déposé à Saint-Denis par M. de Bombelles, évêque d’Amiens, premier aumônier de Mme la duchesse de Berry. Ce prélat, avant de recevoir les ordres sacrés, combattit auprès du prince ; depuis longtemps il connoissoit le trésor qu’il étoit chargé de présenter aux gardiens de la sépulture royale, et il avoit plus de droit qu’un autre de leur dire : « Le cœur que vous avez devant les yeux fut le plus noble et le plus généreux qui exista jamais. »

Mme la duchesse de Berry a depuis réclamé ce cœur comme son bien. Une lettre de M. le duc de Lévis nous fait connoître les dispositions de la princesse. « La douleur de Mme la duchesse de Berry est profonde, mais calme; sa résignation, soutenue par la piété et la force dq son caractère, n’est plus troublée par ce qui lui rappelle de cruels souvenirs. J’ai eu dernièrement la bien triste commission de lui demander où elle vouloit que fut déposé le cœur du prince. Voici sa réponse : Mes intentions sont arrêtées. Je vais faire construire à Rosny un bâtiment composé d’un pavillon et de deux ailes ; dans l’une on soignera des malades, dans l’autre on élèvera de pauvres enfants ; le milieu sera une chapelle où l’on priera pour mon mari. »

Ce que le prince chérissoit davantage, c’étoit en effet les enfants et les pauvres : on ne pouvoit mieux placer son cœur qu’entre deux monuments consacrés à ce qu’il aimoit. C’étoit encore une heureuse circonstance qui fait d’un château de Sully le sanctuaire où reposera le cœur du petit-fds de Henri IV.

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