FIN DES MÉMOIRES SUR LE DUC DE BERRY
PIÈCES JUSTIFICATIVES
« Avec quel plaisir nous avons appris la lettre du régiment de Berwick... >1
Lettre de Monsieur ( depuis Louis XVIII) à MM. les officiers , sous-officiers, grenadiers et soldats du régiment irlandois de Berwick.
A Scliœnbornslutst, le 28 juillet 1791.
J’ai reçu, messieurs, avec une vraie sensibilité la lettre que vous m’avez écrite. Je ferai parvenir au roi ( Louis XVI ) le plus tôt que je pourrai l’expression de vos sentiments pour lui. Je vous réponds d’avance qu’elle adoucira ses peines et qu’il recevra avec plaisir de vous les mêmes marques de fidélité que Jacques II reçut, il y a cent ans, de vos aïeux. Cette double
époque doit former à jamais la devise du régiment de Berwick : on la verra
désormais sur vos drapeaux et tout ce qu’il y aura de sujets fidèles au roi y lira son devoir et y reconnoîtra le modèle qu’il doit imiter. Quant à moi, messieurs, soyez bien persuadés que l’action que vous venez de faire restera toujours gravée dans mon âme, et que je m’estimerai heureux toutes les fois que je pourrai vous donner des preuves de ce qu’elle m’inspire pour vous.
LoIJTS-St ANIST.A S-X AVIER.
pages 496-97.
« Ce fut dans ce combat (de Berstheim) que les trois Condé, renouvelant l’aventure de la bataille de Senef, déployèrent une valeur héroïque... »
1. Voulant consacrer à jamais l’époque de 1691, où le régiment de Berwick sortit d’Irlande pour servir le roi Jacques II, et l’époque de 1791, où le même régiment quitta la France pour servir l’infortuné Louis XVI, Monsieur ordonna que ses drapeaux porteroient cette légende :
1691. Semper et ubique fidelis. 1791.
Toujours et partout fidèle.
PIEGES JUSTIFICATIVES
Fragment des Mémoires de la maison de Fondé.
La gelée, qui avoit raffermi les chemins, permit aux républicains de faire avancer leur grosse artillerie. Après s’en être servis pour battre les retranchements de ce village, centre de la position du prince, comme ils l’avoient déjà fait la veille, ils s’avancent avec rapidité. Les légions de Mirabeau et de Hohenlohe défendent leur position avec la plus grande valeur ; mais l’acharnement des républicains semble s'accroître avec leur nombre : ils pénètrent dans le village avec des cris affreux.
Ce premier succès pouvoit devenir décisif : un coup d’œil du prince l’en avoit averti, et déjà sa résolution est prise. C’étoit la seule qui convînt ap fils du grand Condé. Il saute en bas de son cheval, et, tirant l’épée, il se place à la tète de ses deux bataillons gentilshommes : « Messieurs, s’écrie-t-il, vous êtes tous des Bayards, il faut reprendre ce village. »
On ne lui répond que par les cris : A la baïonnette! et l’on se précipite à travers le feu le plus terrible d’artillerie et de mousqueterie. Les haies vives, les maisons, les rues, tout est emporté en dix minutes ; des cris de vive le roi, poussés à l’extrémité du village, annoncent de loin à la réserve que les républicains en sont chassés.
Pendant ce temps, le fils et le petit-fils se montroient dignes d’un tel père 1.
A la tête de la seconde et de la troisième division de la cavalerie noble, le duc de Bourbon s’élance sur la cavalerie républicaine et la chasse devant lui. Un ravin profond se présente : emporté par son ardeur, le prince le franchit avec une poignée de gentilshommes. Les républicains se hâtent de profiter de leur avantage, et se flattent de les accabler : la mêlée est sanglante ; le prince est grièvement blessé. Mais le reste des escadrons survient : les cavaliers républicains fuient, et laissent deux pièces d’artillerie légère au pouvoir de leurs vainqueurs.
Sur un autre point, le ducd’Enghien conduisoit au combat les chevaliers de la couronne. Presque seul, il court enlever une pièce de canon; ses habits sont criblés de balles et de coups de baïonnette; il est entouré, il se défend en héros jusqu’à ce que l’on vienne le dégager : il ramène la pièce.
Le résultat de cette brillante, mais sanglante journée, ne fut que la gloire d’avoir conservé une mauvaise position, que quelques jours plus tard il fallut abandonner.
1. C’est au récit de cette journée que Dellille s’écria dans sa la'ngue :
Angoulême, Berry, soutiennent leur grand nom.
Qu’on ne me vante plus ce triple Géryon,
Dont trois âmes mouvoient la masse épouvantable.
J’aime à voir, surpassant les récits de la fable,
Un même esprit mouvoir trois héros à la fois.
Condé, Bourbon, Enghien, se font d’autres Eocroys,
Et, prodigues d’un sang chéri de la victoire.
Trois générations vont ensemble à la gloire.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le maréchal de Wurmser et plusieurs généraux autrichiens, malgré la froideur qui régnoit entre eux et l’armée royale, vinrent le soir même féliciter le prince de Condéet ses compagnons d’armes. « Eh bien , monsieur le maréchal, lui dit le prince, comment trouvez-vous ma petite infanterie? — Monseigneur, elle grandit au feu, » répondit le maréchal. Les Autrichiens furent peu étonnés d’apprendre que des chevaliers françois s’étoient battus avec un courage héroïque ; mais ils ne purent refuser des larmes d’admiration à des traits comme celui-ci :
Un soldat de la légion de Mirabeau, blessé, jetoit les hauts cris à côté d’un chevalier de Saint-Louis qui avoit une jambe emportée 1 : « Songez, mon ami, lui dit cet intrépide officier, que votre Dieu est mort sur la croix, et votre roi sur l’échafaud ! nous devons nous trouver heureux de mourir pour leur cause. »
Trois jours après, les républicains attaquèrent de nouveau Berstheim, et de nouveau ils furent repoussés avec une perte considérable. Désespérant de forcer le corps de Gondé dans cette position, ils essayèrent de se faire jour sur un point de la ligne autrichienne, et furent plus heureux. Le comte de Wurmser fit entrer son armée dans les redoutes qu’il avoit élevées en avant d’Haguenau, depuis le Rhin jusqu’aux montagnes.
Monsieur (depuis Louis XVIII), qui étoit alors à Turin, n’eut pas plus tôt appris la nouvelle de ce combat, qu’il écrivit au prince de Gondé :
A Turin, ce 28 décembre 1793.
Ce n’est qu’en arrivant ici, mon cher cousin, que j’ai reçu avec quelque certitude la nouvelle de la glorieuse affaire du 2 de ce mois dont un bruit vague m’avoit entretenu sur mon chemin. Il me seroil difficile de vous exprimer la joie qu’elle m’a causée. Ge n’est pas assurément que je doutasse de ce que peut la valeur de la noblesse françoise; mais il étoit temps que les rebelles sussent ce qu’elle peut toute seule, et l’affaire même de Berstheim ne le leur avoit appris qu’imparfaitement. Cette joie seroit cruellement empoisonnée s’il me restoit la moindre inquiétude sur la blessure de votre fils; mais, tranquille à cet égard, je vous félicite, et de cette blessure même et de la conduite que son fils et lui ont tenue. Jouissez, mon cher cousin, de cette belle journée, comme bon François, comme général, comme vaillant chevalier, et comme père. Pour moi, indépendamment de ma tendre amitié pour vous, et du bien de l’État, je dois vous avouer que mon amour-propre jouit de voir trois héros de mon sang, où jusqu’à présent je n’étois sûr d’en trouver qu’un. Mais mon sentiment pour vous ne doit pas me faire oublier cette brave noblesse qui s’est si fort distinguée sous vos ordres : parlez-lui bien du double sentiment que je ressens de sa conduite, et comme gentilhomme françois et comme régent du royaume. Adieu, mon cher cousin : vous connoissez bien toute mon amitié pour vous.
Signé Louis-Stanislas-Xavier.
1. G’étoit M. de Barras, officier de marine, frère du directeur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Lettré de Monsieur (régent du royaume) au duc de Bourbon.
Turin, le 28 décembre 1793.
Je reçois en arrivant ici, mon cher cousin, la nouvelle certaine de la gloire que vous venez d’acquérir et de la blessure que vous avez reçue. Cette dernière auroit empoisonné toute la joie de la première si je n’avois su en meme temps qu’elle n’est pas dangereuse. Je vous avoue que je vous l’envie : cependant je vous aime trop sincèrement pour ne pas vous en féliciter de tout mon cœur, en souhaitant cependant que pareille chose ne vous arrive plus. Ce n’est ni comme parent, ni comme ami que je vous parle ainsi, c’est comme régent du royaume; c’est parce que je sais mieux que personne la perte que l’État feroit en vous perdant.
Adieu, mon cher cousin. Puissiez-vous être bientôt guéri et volei* à de nouvelles victoires 1 Vous connoissez mon amitié pour vous.
Louis-Stanisl as-Xavier .
Lettre de Monsieur (régent du royaume) à Msr le duc d’Enghien.
A Turin, ce 28 décembre 1793.
J’ai appris, mon cher cousin, avec un plaisir que mon amour pour mon sang et l’amitié que vous me connoissez pour vous vous expliqueront facilement, la gloire que vous avez acquise à la journée du 2 de ce mois. Vous êtes à l’âge et vous portez le nom du vainqueur de Rocrov; son sang coule dans vos veines; vous venez de retracer sa valeur; vous avez devant les yeux l’exemple d’un père et d'un grand-père au-dessus de tous les éloges : que de motifs d’espérer que vous serez un jour la gloire et l’appui de l’État! Vous pouvez croire, vous aimant comme je le fais, que je jouis bien sincèrement de ces heureux présages. Adieu, mon cher cousin. Soyez bien persuadé de toute mon amitié pour vous.
Signé Louis-Stanislas -Xavier.
page 499.
« Dans les campagnes de 1795, 1796 et 1797, M^r le duc de Berry se trouva présent à tous les combats... »
Lettre de Monsieur, comte d’Artois, à Msr le prince de Condé.
Edimbourg, 29 novembre 1795.
Vous avez bien justement apprécié, mon cher cousin, tous les sentiments que j’ai éprouvés en lisant votre lettre du 3 novembre et les pièces qui y
PIÈGES JUSTIFICATIVES
sont jointes, puisque vous êtes content de mon fils1 : je jouis de sa conduite. Je partage au fond de Pâme la gloire et l’honneur dont vos compagnons de fidélité se sont couverts; mais les nouvelles publiques n’ayant pas été aussi discrètes que vous, sur un objet dont vous ne parlez point, permettez-moi de vous dire que comme parent, comme ami, et comme dévoué à la cause que nous défendons, je trouve une jouissance aussi douce que solide à entendre juger votre conduite comme elle mérite de l’être et à vous voir augmenter tous les jours une considération si flatteuse pour ceux qui vous aiment, si honorable pour ceux qui vous sont liés par le sang, et si importante pour les intérêts de notre roi. Ceci n’est point un compliment, c’est l’expression simple de mon cœur et de ma raison.
Je joins ici ma lettre, que je vous prie de remettre de ma part au duc d’Enghien. Je ne lui parle que de mon amitié; mais c’est le roi, c’est la France entière que je félicite de ce qu’il est et de ce qu’il sera un jour, en suivant la glorieuse route que vous lui avez tracée.
Vous sentirez mieux qu’un autre, mon cher cousin, que celui qui remplit son devoir trouve dans sa propre conduite une compensation aux sacrifices les plus pénibles. Mais je dois vous avouer que depuis le mois de juin j’éprouve un supplice difficile à exprimer de ma douloureuse inaction, et d’être privé de partager les dangers, les fatigues et la gloire de vos intrépides compagnons d’armes. Soyez du moins mon interprète auprès d’eux ; parlez-leur de mes regrets, de mes sentiments, de mon admiration pour leur constance autant que pour leur valeur, et ajoutez-leur qu’uniquement occupé de nos intérêts communs, j’espère que le ciel finira par protéger mes efforts et par rendre heureux les fidèles François qui ont toujours suivi le chemin de l’honneur.
Je n’avois pas attendu votre lettre pour solliciter auprès du gouvernement britannique les moyens qui nous sont nécessaires pour profiter utilement du succès des Autrichiens et de ceux de notre armée. La négociation entamée à Paris ne facilitoit pas mes démarches : cependant le départ de M. de Précy vous aura prouvé qu’elle n’avoit pas été totalement infructueuse. Je viens de les renouveler encore avec plus de vivacité que jamais : j’espère que les ministres seront frappés de la nécessité de vous procurer des secours extraordinaires ; et je me flatte que vous en recevrez de suffisants, si vos tristes pressentiments ne viennent pas à se réaliser. Je n’entrerai pas dans plus de détails sur la situation des choses et des esprits; mais je compte envoyer le mois prochain un courrier au roi, et je le prierai de vous communiquer des détails intéressants et peut-être favorables.
Avant de terminer cette lettre, il faut que je vous parle d’un objet qui tient à mon cœur : il paroît que mon fils s’est conduit en joli garçon, et qu’il a du goût pour les coups de fusil. C’est toujours bon en soi-même, mais cela ne suffit pas; dans sa position, il faut qu’il se mette promptement en état de bien servir son roi; et c’est à vous que je m’adresse avec confiance, mon