‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 339 sur 358 · POUR LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

POUR LA MONARCHIE

La Vendée étoit restée chrétienne et catholique : en conséquence , l’esprit monarchique vivoit dans ce coin de la France. Dieu sembloit

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avoir conservé cet échantillon de la société afin de nous apprendre combien un peuple à qui la religion a donné des lois est plus fortement constitué qu’un peuple qui s’est fait son propre législateur.

Dès les premiers jours de la révolution les Vendéens montrèrent une grande répugnance pour les principes de cette révolution. Après la journée du 10 août 1792, une insurrection éclata à Bressuire, et un premier combat fut livré le 2/i août de la même année. La levée de trois cent mille hommes, ordonnée par la Convention, produisit une insurrection nouvelle. En perruquier, nommé Gaston, se met à la tête des insurgés : il est tué en marchant à l’ennemi. Le roi meurt, et des vengeurs naissent de son sang. Jacques Cathelineau, simple voiturier de la commune du Pin-en-Mauges, sort de sa chaumière le là mars 1793 : il se trouve que le voiturier est un grand capitaine. A la tête de deux cents paysans il attaque un poste républicain , l’emporte et s’empare d’une pièce de six, connue sous le nom du Missionnaire • voilà le premier canon de la Vendée. Cathelineau arme sa troupe avec des fusils qu’il a conquis, marche à Chemillé, défendu par cinq cents patriotes et deux coulevrines : même courage, même succès. La victoire fait des soldats : Stoftlet, garde de chasse de M. de Colbert, rejoint Cathelineau avec deux mille hommes; Laforêt, jeune paysan du bourg de Chanzeaif, lui amène sept cents autres Vendéens. Les trois chefs se présentent devant Chollet, forcent la ville, mettent en fuite la garnison, s’emparent de plusieurs barils de poudre, de six cents fusils et de quatre pièces de canon, parmi lesquelles se trouvoit une pièce de douze que Louis XIII avoit donnée au cardinal de Richelieu. C’est cette pièce devenue si célèbre sous le nom de Marie- Jeanne : les paysans vendéens y sembloient attacher leur destinée. Dans leur simplicité, ils ne s’apercevoient pas que leur véritable palladium étoit leur courage.

La prise de Chollet fut le signal du soulèvement de la Vendée. Machecoul tombe, Pornic est surpris. Bientôt avec les périls et la gloire paraissent Charette, d’Elbée, Bonchamp, La Rochejaquelein, de Marigny, de Lescure et mille autres héros françois, semblables à ces derniers Romains qui moururent pour le dieu du Capitole et la liberté de la patrie.

Cathelineau marche sur Villiers; d’autres chefs, MM. de La Roche- Saint-André, de Lyrot, Savin, Royrand, de La Cathelinière, Couëtus, Pajot, d’Abbayes, Vrignaux, menacent Nantes, Niort et les Sables. Charette devient généralissime de la Vendée inférieure ; d’Elbée, placé à la tête des forces de la haute Vendée, est secondé par Bonchamp, Soyer, de Fleuriot, Scépeaux, noms qui rappellent les premiers temps

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de la chevalerie. Les paysans du Bocage se soulèvent; le jeune Henri de La Rochejaquelein les conduit. Son premier essai est une victoire; il bat Quétineau aux Aubiers, et court se réunir à Cathelineau, d’Elbée, Stofllet et Bonchamp. Le général républicain Ligonier s’avance avec cinq mille hommes; il est défait auprès de Villiers. Quatre jours après, nouvelle bataille à Beaupréau. Ligonier, obligé de fuir, abandonne son artillerie après avoir perdu trois mille hommes. Argenton est pris, Bressuire évacué. Les Vendéens délivrèrent dans cette ville MM. Desessarts, Forestier, Beauvolliers , de Lescure et Donnissan, illustres otages qui passèrent du pied de l’échafaud à la tête d’une armée. Ils n’acceptèrent qu’une partie du bienfait de la Providence; la patrie avoit demandé leur sang, ils répandirent leur sang pour la patrie.

De Bressuire les Vendéens se dirigent sur Thouars. Une muraille gothique et une rivière profonde entouroient cette ville. 11 faut s’en ouvrir les avenues par un combat sanglant. L’assaut est donné : La Rochejaquelein monte sur les épaules de Texier, gravit les murs, et se trouve bientôt seul exposé à tous les coups, comme Renaud sur les remparts de Jérusalem. Thouars est emporté; dix mille républicains, une nombreuse artillerie, des munitions de toutes les sortes demeurent aux mains des vainqueurs; Thouars fournit encore aux royalistes des ôfficiers qui devinrent célèbres. 11 faut citer ces braves, dont les noms sont aujourd’hui l’unique patrimoine de leurs familles : ce furent MM. Dupérat, d’Herbaud, Maignau, Renou , Beauvolliers l’aîné, Marsonnière, Sanglier, Mondion, Laugerie, Orre-Digueur, de Beaugé et de Laville-Regny, avec son fils âgé de douze ans, que l’on voyoit combattre auprès de lui.

Alors on forma sept divisions du pays dont on avoit chassé l’ennemi, et l’on en confia la garde à un égal nombre de corps vendéens. La terreur s’étoit emparée des patriotes; Nantes s’écrioit : Frères et amis, à notre secours, le département est en feu! ignoble jargon qui se mêloit dans la Vendée à la langue de la chevalerie. Cependant une armée vendéenne est battue près de Fontenay : d’Elbée est blessé , et l’artillerie prise, avec la fameuse Marie- Jeanne. Quinze mille paysans désespérés reparoissent sous les murs de Fontenay, que défendoient douze mille hommes d’infanterie et trente-sept pièces de canon. Chaque Vendéen n’avoit que six coups à tirer : des paysans bretons de la division du Loroux, armés de bâtons ferrés, se jettent sur les batteries de <^non, assomment les canonniers et s’emparent des pièces. Les Vendéens, d’abord tombés à genoux, se relèvent et se précipitent sur les républicains dont ils font cesser le feu. L’armée ennemie est culbutée, Fontenay emporté, Marie- Jeanne reprise. Quarante pièces de canon,

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quatre mille prisonniers, sept mille fusils, restent en témoignage de la victoire : et la Convention, effrayée, songe à faire partir pour combattre les vertus vendéennes jusqu’aux grenadiers qui gardoient ses forfaits et ses échafauds.

Une proclamation rédigée à Fontenay par M. Desessarts annonça à l’Europe le succès des hommes fidèles et leur ferme volonté de rétablir la monarchie. Ils invitoient à rejoindre le drapeau blanc; mais la terreur dans l’intérieur, la gloire aux frontières, enchaînoient tous les François : le roi n’avoit alors pour lui que la justice de sa cause et la Vendée.

Quand les divisions militaires de la haute Vendée se trouvèrent réunies, elles formèrent une armée de quarante mille fantassins et de douze cents cavaliers. Vingt-quatre pièces de canon avec leurs caissons accompagnoient les corps qui prirent et conservèrent le nom de la grands armée. Y eut-il jamais rien déplus prodigieux dans l’histoire que cette armée où l’on ne comptoit pas un fusil qui ne fût une conquête, pas un canon qui n’eût été enlevé avec une fourche ou un bâton? « Thirion nous écrit, disoit Barrère à la Convention, que toutes les fois que les rebelles ont manqué de munitions il s’est trouvé à point nommé une déroute des nôtres. » C’est ainsi que ceux qui avoient condamné Louis XVI à l’échafaud appeloient les Vendéens des rebelles.

Cependant la Convention avoit rassemblé à Saumur une armée de quarante mille hommes d’infanterie et de huit mille hommes de cavalerie : quatre-vingts pièces d’artillerie et deux régiments de cuirassiers rendoient cette armée formidable.

La grande armée vendéenne marche sans s’effrayer à ces nouveaux ennemis; elle les pousse à Doué, à Montreuil, et les accule dans Saumur. Les bataillons formés à Orléans, seize bataillons venus de Paris, deux régiments de cuirassiers, composoient la garnison de cette ville. Trente pièces de canon bordoient son château et ses redoutes nouvellement élevées, que le Thoué et la Loire baignoient de leurs eaux. Rien n’arrête les Vendéens; tous s’écrient : En avant , en cirant! Les Bretons enlèvent les canons; les républicains reculent jusqu’au pont Fouchard : M. de Lescure les suit l’épée au poing; il est blessé. Les cuirassiers chargent les Vendéens, qu’étonne cette espèce de cavalerie invulnérable. Un brave soldat, nommé Dommaingué, crie aux paysans, comme César crioit à ses légions à Pharsale : Frappez au visage! Il abat un cuirassier d’un coup de carabine à la tête, et il est emporté lui-même d’un boulet de canon. Les cuirassiers se replient, reviennent à la défense du pont Fouchard, que couvroit de son feu l’artillerie vendéenne, commandée par M. de Marigny. Le combat se maintient de

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ce côté; mais Catbelineau et La Rochejaquelein avoient tourné les redoutes, et marchoient sur la ville, laissant derrière eux les fortifications et les avant-postes. Les troupes placées à la garde des faubourgs fuient devant La Rochejaquelein, qui entre dans Saumur accompagné seulement de M. de Beaugé. Il arrive au grand galop sur une place où huit cents républicains étoient rangés en bataille. 11 étoit trop tard pour reculer : l’héroïsme vient au secours de l’imprudence. Rendezvous, dit La Rochejaquelein aux ennemis, ou vous êtes morts! Ceux-ci croient la ville emportée, et mettent bas les armes. Quelques moments s’écoulent : personne ne paroît. Les républicains reviennent de leur erreur, reprennent leurs armes, tirent sur les deux Vendéens, Beaugé est blessé ; La Rochejaquelein le soutient sur son cheval et tue d’un coup de pistolet un soldat qui le couchoit. en joue. Dans cet instant Desessarts accourt, suivi de quinze cents cavaliers : la ville est prise.

Les redoutes tombent; le château capitule. De toutes parts on ramène des troupeaux de républicains prisonniers; on les renvoie après leur avoir fait jurer qu’ils ne porteront plus les armes contre le roi; on leur coupe les cheveux pour les reconnoître, en cas qu’ils violent leur parole. Les cheveux repoussèrent , et avec eux l’infidélité : les Vendéens, à qui l’on ne faisoit point de quartier, furent bientôt massacrés par ceux qui leur dévoient la liberté et la vie.

La renommée des Vendéens se répandit en Europe. Ils trouvèrent à Saumur quatre-vingts pièces de canon, vingt mille fusils, cinquante milliers de poudre, des vivres en abondance, des magasins de toutes sortes. Ils procédèrent à l’élection d’un généralissime. Le choix de MM. de Lescure, de Donnissan, La Rochejaquelein, et des autres gentilshommes, tomba sur le voiturier Catbelineau, dont la gloire avoit fourni les titres. Les paysans, charmés, s’attachèrent davantage à une noblesse si généreuse et si brave. On proposa dans le conseil premièrement de marcher sur Tours, secondement de s’emparer des Sables et de La Rochelle, troisièmement d’attaquer Angers et de rentrer dans la Vendée par le pont de Cé. Le premier avis étoit celui de La Rochejaquelein, et c’étoit peut-être le meilleur par son audace; le second étoit celui de Lescure, et c’étoit le plus sage ; le troisième étoit celui de Cathelineau, et il prévalut.

M. d’Elbée, à peine guéri de sa blessure, vint rejoindre les Vendéens à Saumur. On vit aussi arriver MM. Charles d’Autichamp, de Piron, de Boispréau, Duchénier, Magnan, de La Bigotière. Les vainqueurs se mettent en marche pour suivre le plan du généralissime. Angers ouvre ses portes. Le prince de Talmont se présente ; il est surle-champ nommé général de la cavalerie royaliste. Charette venoit de

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reprendre Machecoul dans la Vendée inférieure : Cathelineau lui propose de s’emparer de Nantes et de soulever la Bretagne. L’attaque des deux armées vendéennes par Lun et l’autre côté de Nantes devoitêtre simultanée; mais Charette arrive trop tôt, ou Cathelineau paroît trop tard. Charette soutient seul la lutte pendant dix heures : il se retirait lorsque le canon de la grande armée se fait entendre. L’action recommence de toutes parts : on pénètre dans la ville, on se bat de rue en rue, de maison en maison. La place va capituler; mais Cathelineau reçoit un coup mortel : les paysans s’arrêtent. 11 ne restoit plus qu’un léger effort à faire ; il ne fut pas fait : Nantes demeure au pouvoir des républicains. Cinq millions de François dévoient périr, l’Europe devoit être ébranlée jusque dans ses fondements , avant que le fils de saint Louis remontât sur le trône de ses pères. Tout avoit été prévu pour la prise de Nantes dans les arrangements de la sagesse humaine, fors les desseins de Dieu.

Cette grande entreprise manquée, les Vendéens ne sont point découragés ; ils se rallient, battent les républicains à Châtillon, et trouvent à Coron un nouveau triomphe. D’Elbée est nommé généralissime en remplacement de Cathelineau ; mais Charette refuse de le reconnoître : une fatale division commençoit à s’établir entre les chefs. D’Elbée remporte à Chantonnay une victoire éclatante.

Cette victoire attire sur la Vendée une nouvelle masse d’ennemis, qui, selon les rapports du comité de salut public, se composoit de quatre cent mille hommes. On y joignit la garnison de Mayence. Les forces de la Vendée doublent en raison des périls. Lescure, avec cinq mille huit cenls hommes, disperse à Thouars trente-deux mille réquisitionnâmes. La Convention ordonne la destruction entière de la Vendée; alors commence le système des incendies qu’exécutoient des colonnes justement appelées infernales. Les villes sont embrasées; les chaumières, les moissons et les bois réduits en cendres. L’armée de la haute Vendée vole au secours de Charette, qui battu cinq fois se relevoit toujours. M. d’Elbée rejoint l’habile général. « Où est l’ennemi? » lui dit-il. « Il suit mes pas, répond Charette; voyez ces tourbillons de fumée ! » L’armée patriote et l’armée vendéenne se rencontrent auprès de Torfou.

La première étoit en partie composée des Mayençois, qui vovoient pour la première fois les paysans de la haute Vendée. Ceux-ci, à leur tour, n’avoient presque jamais combattu d’aussi belles troupes et aussi bien disciplinées. Il y eut de part et d’autre un mouvement de surprise et d’admiration. Le signal est donné, le combat s’engage. Les deux armées , au milieu des incendies, étoient renfermées dans un

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cercle de flammes qui embrasoient l’horizon : c’étoit comme une bataille aux enfers. L’impétuosité des paysans royalistes l’emporte sur la valeur disciplinée : les Mayençois, contraints de céder le terrain, se retirent en bon ordre. Ils sont défaits de nouveau à Montreuil. On eût poursuivi la victoire si Charette n’eût voulu secourir la basse Vendée, que dévastoient des colonnes incendiaires. 11 entraîne d’Elbée avec lui.

Les deux armées, après avoir vaincu les républicains à Saint-Fulgent, revinrent pour attaquer les Mayençois, qui se retirèrent sous les murs de Nantes.

La Convention, consternée, pour prolonger son horrible existence veut épuiser tout le sang françois ; six armées attaquent la haute Vendée. La plupart des chefs royalistes étoient blessés, et pouvoient à peine se tenir à cheval. Nouvelle rencontre à Châtillon, nouvelle défaite des républicains. La convention fulmine des décrets exterminateurs. Une bataille terrible s’engage à LaTremblaye; elle alloit augmenter la gloire des royalistes fidèles lorsque Lescure est blessé à mort. On se retire : les républicains entrent dans Chollet.

Le comité de salut public annonce à la Convention que la guerre est terminée; et dans ce moment même les paysans vendéens juroient de s’ensevelir sous les ruines de leur patrie. Les chefs approuvent et embrassent eux-mêmes cette généreuse résolution : c’est un bon parti, quand on aime la gloire, que de s’attacher au malheur. On tient conseil à Beaupréau : les uns veulent marcher à Chollet et étouffer les vainqueurs au milieu de leur triomphe; les autres prétendent qu’il faut se rabattre sur la Vendée inférieure, et s’appuyer à l’armée de Charette ; d’autres demandent qu’on passe la Loire, et que l’on change le théâtre de la guerre : l’opinion la plus héroïque, celle de La Rochejaquelein, l’emporte, et l’on se détermine à marcher droit à l’ennemi.

La France et l’Europe virent avec le plus profond étonnement ces paysans magnanimes , qu’on croyoit anéantis , venir attaquer une armée régulière animée par des succès, justement flère de sa valeur. Le combat dura dix heures. On se battit à la baïonnette. Les faubourgs de Chollet furent enlevés, abandonnés, enlevés de nouveau : tantôt le drapeau blanc rétrogradoit devant le drapeau tricolore, et tantôt le drapeau tricolore reculoit devant le drapeau blanc. Alors étoient aux prises ces terribles François dont les bataillons voyoient fuir les armées européennes. Enfin, repoussés, les paysans sont poursuivis par la cavalerie républicaine. Les officiers vendéens se forment en escadron : d’Elbée, Bonchamp, La Rochejaquelein , Allard, Dupérat, Desessarts, Beaugé, Beaurepaire, de Royrand, Duchaffaut, Renou, Forêt, Logeai, Loiseau, et cent cinquante braves couvrent les héroïques

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villageois, et arrêtent l’armée ennemie. Kléber fond sur l’escadron royaliste, à la tête de dix bataillons de troupes régulières. D’Elbée et Bonchamp tombent percés de coups; trente de leurs compagnons sont abattus à leurs côtés. Monté sur un cheval blessé qui jetoit le sang par les naseaux, La Rochejaquelein, blessé lui-même, ses habits criblés de balles et tailladés de coups de sabre, demeure seul chargé de la retraite. Dans ce moment, de Piron lui amène deux mille hommes : le combat renaît, se prolonge dans la nuit, laisse aux Vendéens le temps d’emporter leurs blessés et de se retirer à Beaupréau.

L’indomptable La Rochejaquelein vouloit recommencer le combat et revenir à Chollet : on ne suivit point cet avis de l’héroïsme ou du désespoir. On se replia sur Saint-Fulgent, où Bonchamp rendit le dernier soupir. D’Elbée et Lescure vivoient encore; mais ils étoient blessés mortellement : le premier fut porté à Pile de Noirmoutiers , le second resta avec l’armée.

Cependant cette armée de la haute Vendée, jadis si brillante, maintenant si malheureuse, se trouvoit resserrée entre la Loire et six armées républicaines qui la poursuivoient. Pour la première fois, une sorte de terreur s’empara des paysans ; ils apercevoient les flammes qui embrasoient leurs chaumières et qui s’approchoient peu à peu ; ils entendoient les cris des femmes, des vieillards et des enfants; ils ne virent de salut que dans le passage du fleuve. En vain les officiers voulurent les retenir; en vain La Rochejaquelein versa des pleurs de rage : il fallut suivre une impulsion que rien ne pouvoit arrêter. Vingt mauvais bateaux servirent à transporter sur l’autre rive de la Loire la fortune de la monarchie.

On fit alors le dénombrement de l’armée : elle se trouva réduite à trente mille soldats; elle avoit encore vingt-quatre pièces de canon, mais elle coinmençoit à manquer de munitions et de cartouches.

La Rochejaquelein fut élu généralissime ; il avoit à peine vingt-un ans : il y a des moments dans l’histoire des hommes où la puissance appartient au génie. Lorsque le plan de campagne eut été arrêté dans le conseil, que l’on se fut décidé à se porter sur Rennes, l’armée leva ses tentes. L’avant-garde étoit composée de douze mille fantassins, soutenus de douze pièces de canon ; les meilleurs soldats et presque toute la cavalerie formoient l’arrière-garde. Entre ces deux corps cheminoit un troupeau de femmes, d’enfants, de vieillards, qui s’élevoit à plus de cinquante mille. L’ancien généralissime, le vénérable Lescure, étoit porté mourant' au milieu de cette foule en larmes qu’il écloiroit encore de ses conseils et consoloit par sa pieuse résignation. La Rochejaquelein, qui comptoit moins d’années et plus de combats

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qu’Alexandre, paroissoit à la tête de l’armée, monté sur un cheval que les paysans avoient surnommé le daim, à cause de sa vitesse. Un drapeau blanc en lambeaux guidoit les tribus de saint Louis, comme jadis l’arche sainte conduisoit dans le désert le peuple fidèle. Ainsi, tandis que la Vendée brûloit derrière eux, s’avançoient avec leurs familles et leurs autels ces généreux François sans patrie au milieu de leur patrie : ils appeloient leur roi, et n’étoient entendus que de leur Dieu.

Si La Rochejaquelein dans la Vendée avoit brillé par les qualités d’un soldat, il déploya sur l’autre rive de la Loire les talents d’un capitaine : les grands caractères, souvent peu remarquables dans la prospérité, font éclater leur vertu dans le malheur, au contraire des faux grands hommes, qui paroissent extraordinaires dans le bonheur et deviennent communs dans l’adversité. Les soldats de l’armée royale catholique, embrassant eux-mêmes sans s’étonner toute la grandeur de leur infortune, ne voulurent point trahir leurs revers. Jamais la Vendée ne jeta un si vif éclat que lorsque, errante et fugitive, elle étoit prête à s’évanouir au milieu des forêts de la Bretagne. Elle trompa les prophéties de Barrère : « Les Vendéens, avoit-il dit à la Convention, sont semblables à ce géant fabuleux qui n’étoit invincible que quand il touchoit la terre.

a II faut les soulever, les chasser de leur propre terrain pour les abattre. » Le comité de salut public se trompoit : les Vendéens tiroient leurs forces de leur conscience et de leur honneur; ils emportoient avec eux cette patrie.

La victoire ouvrit leur nouvelle carrière : Ingrande, Candé, Château, Gonthier, tombèrent devant eux ; quinze mille gardes nationaux ne les purent empêcher d’entrer dans Laval , où sept mille paysans manceaux et bretons vinrent les rejoindre.

A peine s’étoient-ils reposés deux jours dans cette ville, qu’on signala l’approche de l’ennemi. C’étoient les Mayençois, qui, fiers d’avoir forcé les Vendéens à quitter leurs foyers, croyoient qu’ils n’oseroient désormais les attendre. Ils attaquent brusquement les courageux fugitifs, qui les repoussent, les forcent à se replier sur Château-Gonthier, après leur avoir tué ou blessé seize cents hommes.

Bientôt toutes les forces conventionnelles sont réunies : elles reviennent à Laval présenter la bataille à La Rochejaquelein, qui l’accepte. M. de Lescure expirant harangue l’armée ; tout s’ébranle : on se bat avec un affreux acharnement. Les canons sont enlevés à la course, comme de coutume. On en vient à l’arme blanche, aux coups de pistolet ; on se prend aux cheveux; on lutte corps à corps. Le général républicain Beaupuy, blessé d’un coup de feu, fait porter dans les

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rangs sa chemise sanglante pour encourager ses soldats. La cause juste est encore une fois victorieuse : les Mayençois sont exterminés par ces mêmes paysans qu’ils venoient de chasser de leurs chaumières.

La bataille de Laval renouvela les frayeurs des conventionnels; ils crurent voir les Vendéens arriver à Paris. Pour se mettre à l’abri de l’invasion royaliste, on coupe les routes, on fait sauter les ponts, on détruit les magasins. Trente mille hommes des meilleures troupes sont tirés de l’armée du nord. Une autre armée, composée de gardes nationaux et des garnisons des ports , se forme à Cherbourg. On voit accourir avec leur guillotine de vieux révolutionnaires tout cassés de crimes, pour battre monnoie et faire des soldats. On arrête, on dépouille, on égorge tout ce qui est réputé suspect : l’innocence malheureuse paye les terreurs de la conscience coupable.

Il y avoit quelque fondement aux craintes des révolutionnaires. Le prince de Talmont , après la dernière victoire, avoit en effet proposé de marcher sur Paris, de fouiller le repaire de la Convention, ou, si la chose étoit impossible, de prendre à dos les armées républicaines de Flandre et de se réunir aux Autrichiens. Au lieu d’adopter ce plan , digne du caractère vendéen, le conseil , par des suggestions étrangères, prit le parti de diriger l’armée sur Granville, dans l’espoir d’établir une communication entre l’Angleterre et les royalistes : résolution qui perdit tout.

On prit donc la route de Granville par Mayenne, Ernée, Fougères, Antrain, Dol , Pontorson et Avranches; on ne rencontra d’obstacles que dans les faubourgs d’Ernée et de Fougères. M. de Lescure expira avant d’entrer dans cette dernière ville. L’illustre veuve du général vendéen emporta dans un cercueil les dépouilles mortelles de son mari : elle craignit que la tombe de Lescure ne fut violée. Quelque temps après, cet homme, qui laissoit un nom immortel, fut enterré au bord d’un grand chemin , sur un coin de terre inconnu.

Arrivés devant Granville, les Vendéens brusquent la place. Les faubourgs sont forcés; une brèche est faite aux remparts. Déjà les soldats sont sur les murs ; mais les Anglois ne paraissant point à la vue du port, la garnison continue à se défendre. La lassitude s’empare des paysans : après trente-six heures, ils abandonnent l’assaut de la ville à moitié prise. Une sédition éclate dans l’armée; les paysans s’écrient qu’ils veulent retourner dans leur pays : ils entraînent leurs chefs. On reprend le chemin que l’on avoit parcouru.

A peine étoit-on rentré à Dol , que trois armées républicaines fondent sur l’armée royaliste. Là se donne une des plus furieuses batailles qui aient jamais été livrées entre François : elle dura deux jours;

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commencée dans les faubourgs de Dol , elle ne finit que dans les murs d’Antrain. Douze mille républicains tués ou blessés restèrent sur le champ de bataille. Ce fut à la fois la plus grande et la dernière victoire de ces royalistes qu’avoient commandés Cathelineau , d’Elbée, Lescure et La Rochejaquelein.

La Vendée retou rnoit comme un lion à son antre : les républicains n'osoient plus lui barrer le chemin; ils se contentoient de l’attendre derrière des remparts. Parvenus sous les murs d’Angers , les royalistes, repoussés comme à Granville, ne peuvent passer la Loire : l’armée se rabat sur Beaugé, emporte La Flèche, se retire au Mans , où elle doit trouver son tombeau. Des réquisitionnâmes, conduits par des représentants du peuple, viennent troubler ses derniers moments : elle se lève, les chasse et se repose. Arrive enfin une armée régulière, composée des débris de toutes les armées vaincues par les Vendéens. L’affaire s’engage : le géant de la Vendée se débat écrasé sous le poids de la France révolutionnaire; il ébranle encore de ses mains le monstrueux monument de l’athéisme et du régicide; mais la victoire échappoit aux Machabées, et le moment du sacrifice étoit venu. On s’étoit battu tout le jour aux environs de la ville; malgré la nuit, on continuoit de se battre dans les rues, à la lueur des amorces et du feu du canon. « Il étoit neuf heures du soir, dit le bulletin publié par les généraux républicains : là une fusillade terrible s’engage de part et d’autre. On se dispute le terrain pied à pied : le combat a duré jusqu’à deux heures du matin. De part et d’autre on est resté en observation : les brigands profitèrent de l’obscurité pour évacuer la ville... Les rues, les maisons, les places publiques sont jonchées de cadavres, et depuis quinze heures ce massacre dure encore... Enfin, voici la plus belle journée que nous ayons eue depuis dix mois que nous combattons les brigands... »

Les restes de l’armée vendéenne se rapprochèrent de la Loire pour en tenter le passage. Ce n’étoient plus des soldats, mais des martyrs : des prêtres portaient des malades sur leurs épaules; de jeunes filles, des femmes, des enfants, des vieillards expiraient dans les fossés et sur les chemins. On se crut heureux lorsque l’on parvint à Ancenis, et qu’on aperçut les champs de la patrie de l’autre côté de la Loire. Mais il n’y avoit que deux bateaux sur la rive bretonne. Quatre grosses barques chargées de foin étoient attachées à la rive opposée. La Rochejaquelein, Stofllet et Beaugé, escortés par une vingtaine de soldats, passent dans les deux bateaux, pour s’emparer des barques et les envoyer à l’armée. A peine avoient-ils mis pied à terre qu’ils sont attaqués par une grosse colonne de républicains; l’escorte royaliste

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est dispersée. Forcé de se retirer au fond d’un bois, La Rochejaquelein se retrouve seul dans cette Vendée au milieu des champs de bataille déserts, où il ne rencontre plus que sa gloire.

Les corps vendéens , poursuivis sur la rive droite de la Loire, voulurent gagner le bourg de Niort. Ils étoient encore commandés par MM. Donnissan, de Marigny, Fleuriot, de Lyrot, Desessarts, de Langrenière, d’Isigny, de Piron, et par le prince de Talmont. Atteints dans Savenay, ces braves chefs firent des prodiges de valeur, qui consolent le guerrier expirant et qui souvent influent par de glorieux souvenirs sur la destinée des peuples. L’armée fut détruite ; ses soldats se dispersèrent dans la forêt de Gavres , et de là se répandirent dans les autres bois de la Bretagne, comme des semences fécondes d’héroïsme et de fidélité.

Quand on a raconté tant de combats , on sent le besoin de se reposer; mais l’infatigable Vendée ne laisse pas le temps à l’historien de prendre haleine. Au moment où il croit sa tâche finie, voilà que La Piochejaquelein, Stofflet et Marigny reparoissent ; Charette livre de nouveaux combats, qui finissent par un traité glorieux, et la guerre des chouans sort des débris de la grande armée vendéenne.

Cette dernière guerre différa de celle que nous venons de raconter, parce qu’elle s’établit chez un peuple dont les mœurs sous quelques rapports s’éloignent des mœurs vendéennes. D’une humeur mobile et d’un caractère obstiné, les Bretons se distinguent par leur bravoure, leur franchise, leur fidélité, leur esprit d’indépendance, leur attachement à la religion, leur amour pour leur pays. Fiers et susceptibles, sans ambition et peu faits pour les cours, ils ne sont avides ni de places, ni d’argent, ni d’honneurs. Ils aiment la gloire, mais pourvu qu’elle ne gêne en rien la simplicité de leurs habitudes; ils ne la recherchent qu’autant qu’elle consent à vivre à leur foyer comme un hôte obscur et complaisant qui partage les goûts de la famille. Tels se montrèrent Du Guesclin , Moreau, Cadoudal.

La guerre des chouans produisit une foule de petits combats et de grandes actions. Quiberon vit son sacrifice : la France révolutionnaire, en égorgeant les compagnons de Suffren , abdiqua l’empire des mers. La chouanerie, organisée dans les provinces de l’ouest, s’étendit jusqu’aux portes de Versailles. Georges Cadoudal commandoit le Morbihan, M. de Bourmont le Maine, M. de Châtillon la rive droite de la Loire, M. de La Prévalaye la haute Bretagne; la Normandie reconnut les ordres de M. de Frotté. Le Mans fut pris par M. de Bourmont, Saint-Brieuc par Cadoudal; Nantes même, qui avoit résisté à Cathelineau et à Charette, tomba pendant quelques moments au pouvoir de

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M. de Châtillon. Quinze mille Vendéens se montroient encore en armes sur la rive gauche de la Loire : c’étoient les restes des nouvelles armées formées par La Rochejaquelein , Stofflet, Marigny et Charette. La Rochejaquelein avoit enfin terminé, dans un combat obscur, son éclatante carrière : un corps redoutable recevoit les ordres de Stofflet, mais ce chef violent avoit fait périr le valeureux Marigny. Charette, qui s’étoit toujours maintenu dans la basse Vendée, se faisoit admirer même des républicains par ses retraites autant que par ses attaques, par ses revers autant que par ses succès. Après mille combats et des torrents de sang versé, le général Turreau avoit donné l’ordre d’évacuer la Vendée. L’indépendance et la victoire restoient donc aux royalistes; la Convention en étoit pour les frais de ses crimes ! Enfin, le 9 thermidor vint faire cesser le régime de la terreur. On adopta contre la Vendée un plan de guerre plus généreux; les deux partis, fatigués, commençoient à désirer la paix : Charette entra en négociations.

Les envoyés royalistes demandèrent le rétablissement immédiat de la religion catholique et de la monarchie légitime, la remise entre leurs mains de Louis XVII et de la jeune princesse sa sœur, le rappel des émigrés, et, en attendant l’exécution de ces clauses, l’indépendance absolue du pays des chouans et des Vendéens. Les républicains eurent l’air de se rendre à ces conditions, mais ils exigèrent qu’elles demeurassent secrètes et qu’elles ne parussent point dans le traité public, si ce traité avoit lieu. Ils voulurent que la monarchie ne fût proclamée que le 1er juillet 1795 ; que les enfants de Louis XVI ne fussent remis aux Vendéens que le 13 juin de la même année, et que les émigrés ne rentrassent en France qu’à cette même époque. La position de Charette l’obligea à consentir à ces délais, et à souffrir le gouvernement républicain jusqu’au moment fixé pour le rétablissement du trône. Alors un traité public fut signé à La Jaunaye, le 27 février 1795.

Ce traité accorda aux Vendéens le libre exercice de la religion catholique, la possession paisible de leur pays, un corps militaire payé par la république et commandé par Charette, l’exemption de toute réquisition et de toute conscription, le remboursement de 1,500,000 livres de bons royaux émis par les généraux royalistes; une forte indemnité en argent, mobilier, outils de labourage; la radiation des émigrés vendéens; la restitution des biens saisis et la levée des séquestres. Les royalistes conservèrent jusqu’aux fruits des biens des réfugiés patriotes, fruits qu’ils avoient perçus pendant l’insurrection : la république se chargea de dédommager les propriétaires.

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Certes, si jamais les hommes ont reconnu l’empire de la vertu, c’est parce traité de La Jaunaye. Avec qui la Convention capituloit- elle ? Victorieuse dans toute l’Europe, la plupart des rois de l’Europe étoient tombés à ses pieds ; la Vendée même n’existoit plus pour ainsi dire : c’étoit à ses ruines, c’étoit aux cendres des La Rochejaquelein , des Bonchamp, des Marigny, des Talmont, des Lescure, des d’Elhée, qu’on promettoit le rétablissement de la royauté légitime, tant le seul nom de la Vendée inspiroit de crainte, de respect et d’admiration ! M. Dupérat, envoyé par Charette auprès des représentants pour négocier le traité, refusoit de reconnoître, même provisoirement, la république : « Quoi! lui dit un des représentants, vous ne voulez pas reconnoître une république que tous les rois de l’Europe ont reconnue? — Monsieur, répondit fièrement l’ambassadeur vendéen, ces princes-là ne sont pas des François. »

La France parut ivre de joie à la nouvelle de la conclusion du traité; la Convention elle- même, délivrée de sa frayeur, faisoit entendre des chants de triomphe ; elle s’écrioit : « Enfin la Vendée est rentrée dans le sein de la république! » Mais la Convention n’avoit cherché qu’à tromper Charette pour le désarmer; elle ne tint point les conditions du traité. Charette, éclairé trop tard, recommença les hostilités. Jamais il ne déploya plus de talents et de ressources : avec quelques paysans découragés, il obtint des victoires et lutta contre une armée de cent quarante mille soldais disciplinés. Enfin , resté seul , dangereusement blessé à la tête et à la main, après avoir erré dans les bois, il fut pris par ses ennemis. En immolant ce grand homme, la Convention crut immoler à la fois la monarchie et la Vendée : Stofilet avoit péri peu de temps avant Charette.

Quand un homme extraordinaire disparoît, il se fait dans le monde une sorte de silence, comme si celui qui remplissoit la terre de son nom avoit emporté tout le bruit. Trois années de paix suivirent dans la Vendée la mort de Charette. Une conscription, dont on n’exempta pas les chouans et les Vendéens, fit reprendre les armes en 1799. L’emprunt forcé et la loi des otages augmentèrent les troubles. Toutes les provinces de l’ouest s’ébranlèrent, et ce fut alors que les chouans obtinrent les succès dont nous avons parlé plus haut. La force et la perfidie mirent fin à cette nouvelle guerre. Buonaparte étoit monté sur le trône de saint Louis.

Pendant le règne de l’usurpateur, la Vendée ne fit que soigner ses blessures et renouveler dans ses veines le sang que ses premiers combats avoient épuisé. Ses transports de joie éclatèrent à la restauration. Lors de la trahison du 20 mars, les Vendéens et les Bretons

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lie démentirent point leur loyauté : on vit reparoître quelques-uns de ces anciens noms si connus sous la république, si oubliés sous la monarchie. Cette terre vendéenne ne pouvoit se lasser de produire, comme des plantes naturelles à son sol, des La Rochejaquelein , des Charette, des Cathelineau : Rome avoit vu de grands citoyens se succéder ainsi dans des familles immortelles. Louis de La Rochejaquelein, frère de Henri, combat et meurt comme cet illustre frère; il laisse lui-même un frère valeureux, une sœur héroïque pour sauver le présent, un fils pour défendre l’avenir. M. de Beauregard , digne d’être allié à cette famille, expire sur le champ de bataille. Le jeune Charette tombe comme son oncle le grand capitaine ; le jeune Cathelineau combat comme son père. M. de Suzannet perd la vie dans les lieux témoins de sa constante fidélité. N’oublions pas l’infortuné de Guignes, à peine âgé de seize ans, que l’on rencontra parmi les morts, la tête frappée d’une balle et le corps percé de six coups de baïonnette. MM. d’Autichamp , Sapinaud , Dupérat, Duchaffaut, Robert, Tranquille, Renou semblent, pour ainsi dire, sortir de la tombe; ce dernier, surnommé Bras de Fer , qui avoit fait toutes les campagnes de la Vendée, ne veut pas manquer la dernière. En retrouvant ces capitaines, on croit voir revivre d’antiques personnages dont on auroit déjà lu l’histoire dans les Chroniques de Froissait ou dans celles de Saint-Denis. La vertu du sol vendéen fait éclore dans les nobles cœurs la vertu de la fidélité, et le général Canuel ira sauver à Lyon la monarchie qu’il a défendue au combat de Mathes.

D’une autre part, les paysans bretons et manceaux soutiennent la cause royale : MM. de La Prévalaye, de Coislin, de Grizolles, de La Boissière, de Courson, les conduisent au feu. Un traité de pacification, approuvé par les uns, blâmé par les autres, vint suspendre cette guerre des Cent Jours. Du moins, ce traité, quel qu’il soit, est encore honorable à la valeur vendéenne. Par ce traité, il est libre aux généraux vendéens de rester en France ou de passer en Angleterre, de vendre et d’emporter leurs propriétés ; s’ils se décident à rester en France, ils peuvent habiter partout où ils voudront : « En traitant, dit l’article à, avec des François qui dans leurs erreurs même, ont montré une loyauté constante , toute défiance seroit injuste. » Tous les individus arrêtés seront mis en liberté, aucune levée d’hommes ne peut avoir lieu dans le pays insurgé pendant le cours de 1815. Buonaparte s’engage à demander et à obtenir des chambres un dégrèvement pour les impositions des provinces de l’ouest. Les individus qui ont des talents seront admis aux places aux mêmes conditions que les autres citoyens. On accordera des récompenses et des pensions à ceux

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qui ont contribué à la pacification générale. Buonaparte s’en rapporte à la loyauté des signataires de la pacification pour la remise des armes et des munitions qui ont été débarquées sur nos côtes.

Et c’est l’ancien maître du monde qui suspend sa conscription et ses impôts, qui traite avec de tels égards des hommes armés contre sa puissance !

La première guerre de la Vendée fut utile à la monarchie légitime, en maintenant l’honneur de cette monarchie, en prouvant la force des véritables défenseurs de cette monarchie. Elle finit par un traité, qui fut violé à la vérité, mais dont les clauses secrètes stipuloient le rétablissement de l’autorité légitime. Charette fit donc avec dix mille paysans, à Nantes, ce que l’Europe n’a pu faire que vingt ans après, avec trois cent mille hommes, à Paris.

La France monarchique et les rois de l’Europe veulent-ils savoir combien la Vendée a été utile, combien elle a retardé leur défaite et suspendu leurs revers, qu’ils écoutent Barrère parlant à la Convention au nom du comité de salut public : « C’est à la Vendée, dit-il, que correspondent les aristocrates, les fédéralistes, les départementales, les sectionnâmes; c’est à la Vendée que se reportent les vœux coupables de Marseille, la vénalité honteuse de Toulon, les mouvements de l’Ardèche, les troubles de la Lozère, les conspirations de l’Eure et du Calvados, les espérances de la Sarthe et de la Mayenne, le mauvais esprit d’Angers et les sourdes agitations de quelques départements de l’ancienne Bretagne.

« Détruisez la Vendée, Valenciennes et Condé ne sont plus au pouvoir de l’Autrichien.

<( Détruisez la Vendée, l’Anglois ne s’occupera plus de Dunkerque.

« Détruisez la Vendée, et le Bhin sera délivré des Prussiens.

« Détruisez la Vendée, l’Espagne se verra harcelée, conquise par les méridionaux joints aux soldats victorieux de Mortagne et de Chollet.

« Détruisez la Vendée, et Lyon ne résistera plus; Toulon s’insurgera contre les Espagnols et les Anglois, et l’esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la révolution républicaine.

a Enfin, chaque coup que vous porterez à la Vendée retentira dans les villes rebelles, dans les départements fédéralistes et dans les frontières envahies. »

Le comité de salut public ne disoit que trop vrai, et la Vendée détruite ou pacifiée livra le monde à la puissance des François.

La seconde guerre de la Vendée a été du plus grand secours à l’autorité légitime. Pendant les négociations qui eurent lieu à Paris avec les puissances coalisées, le ministère ne présenta-t-il pas les armées

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royales de l’intérieur comme le contingent du roi? En considération de l’entretien de ces armées, n’allégea-t-on pas les charges imposées à la France? Les alliés eux-mêmes ne sont pas moins redevables à cette seconde Vendée. « L’armée de la Vendée, dit le général Gourgaud , commandée par le général Lamarque, comptoit huit régiments d’infanterie de ligne, deux de jeune garde, deux de cavalerie et dix escadrons de gendarmerie, partie à pied, partie à cheval, formant plus de trois mille gendarmes... »

« La guerre de la Vendée, ajoute-t-il ailleurs, allumée le 15 mai, avoit diminué l’armée du nord d’une quinzaine de mille hommes , dont trois régiments de dragons, deux de la jeune garde et un bon nombre de détachements et de troisièmes bataillons. »

Eh bien, supposons que ces quinze mille hommes eussent pu rejoindre Buonaparte, nous demandons quel eût été le résultat de la bataille de Waterloo? A quoi le succès de cette bataille a-t-il tenu? Quel léger poids pouvoit faire pencher la balance?

Que seroient devenus l’Europe et la légitimité en cas de revers? Le même général Gourgaud va répondre. « On proposoit, dit-il, de réunir au 15 juin le plus de troupes qu’il seroit possible, et l’on calculoit pouvoir réunir de cent trente à cent quarante mille hommes sur la frontière du nord; d’attaquer aussitôt, de disperser les Anglois et de chasser les Prussiens au delà du Rhin. Gela obtenu, tout étoit terminé ; une révolution dans le ministère auroit lieu à Londres ; la Belgique se lèveroit en masse, et toutes les troupes belges passeroient sous leur ancien étendard : toutes les troupes de la rive gauche du Rhin, celles de Saxe, de Bavière, de Wurtemberg, etc., fatiguées du joug de la Prusse et de l’Autriche, se tourneraient du côté de la France, etc. » Il est possible que les événements eussent trompé tous ces calculs, mais du moins il est certain que le sang du second La Rochejaquelein et du second Charette, que le sang de Suzannet et de plusieurs autres royalistes françois n’a pas inutilement coulé pour les rois de l’Europe. Mais quand l’immolation de la victime sans tache a désarmé la colère du ciel, songe-t-on au sort de la victime?

Il reste prouvé que dans aucun pays, que dans aucun temps, jamais sujets n’ont servi leurs rois comme les Vendéens ont servi le leur. Nous allons bientôt voir ce qu’ils ont souffert pour la cause qu’ils défendoient; mais on perdrait une partie de l’admiration que l’on doit avoir pour les grandes choses qu’ils ont faites si l’on ne s'arrêtait un moment au détail de leurs mœurs et de leur caractère. Les foibles moyens avec lesquels ils ont commencé une lutte gigantesque en rendent les résultats plus prodigieux.

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Les Vendéens eurent pour premières armes quelques méchants fusils de chasse, des bâtons durcis au feu, des faux, des broches et des fourches. Leurs cavaliers étoient montés sur des chevaux de labourage. Ils se servoient débats faute de selles, de cordes au lieu d’étriers. On voyoit sur le champ de bataille, en face des troupes républicaines, des paysans en sabots, vêtus d’une casaque brune et bleue, rattachée par une ceinture de mouchoirs. Leur têteétoit recouverte d’un bonnet ou d’un chapeau rond à grands bords. Ces bonnets ou ces chapeaux étoient ornés de chapelets, de plumets blancs ou de cocardes de papier blanc. Lorsque les Vendéens avoient un sabre, ils l’attachoient à leur côté avec une ficelle : ils suspendoient pareillement leurs fusils à leurs épaules, comme des chasseurs. Presque tous portoient une image de la croix, ou du sacré-cœur, attachée sur leur poitrine. Si les sacrifices à l’honneur et à la fidélité, si l’extrême indigence et l’extrême courage pouvoient être ridicules, les Vendéens l’auroient été quelquefois. Ils remplaçoient leurs chétifs vêtements pourris par les pluies, percés par les balles, avec tout ce que le hasard offroit à leur héroïque misère : on a vu un de leurs officiers se battre entortillé dans une robe de juge ; un autre s’élancer et mourir au milieu du feu, n’ayant pour couvrir sa nudité qu’un morceau de serge. Un adjudant patriote ayant été conduit à M. de La Rochejaquelein, alors généralissime, il trouva celui-ci dans une hutte à branchages, vêtu d’un habit de paysan, le bras en écharpe, un bonnet de laine sur la tête.

La bravoure des Vendéens étoit reconnue même de leurs plus implacables ennemis. L’antiquité ne nous a point transmis de paroles plus belles que ces paroles si connues de La Rochejaquelein : Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi; si je meurs , vengez-moi . A la première affaire de Laval, le jeune guerrier poursuivant l’ennemi se trouve seul en face d’un grenadier qui chargeoit son arme. La Rochejaquelein étoit à cheval, mais blessé, et portant le bras droit en écharpe : il fond sur le grenadier, le saisit au collet avec la seule main qu’il eût de libre. Le grenadier se débat et cherche à percer de sa baïonnette le cheval et le cavalier. Des paysans surviennent et veulent tuer le grenadier. La Rochejaquelein le sauve, et lui dit : « Va rejoindre tes chefs; tu leur annonceras que tu as lutté avec le général de l’armée royale, qu’il ne porte point d’armes, qu’il n’a qu’une main de libre, et que tu n’as pu le blesser. » C’est tout le soldat françois.

Le général Turreau a peint La Rochejaquelein dans une seule ligne : a J’ai ordonné au général CordeÜer, écrit-il, de faire déterrer La Rochejaquelein et de tâcher d’acquérir des preuves de sa mort. » Quel est

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donc cet étrange jeune homme dont il faut déterrer le cadavre pour tranquilliser une république qui comptoit dans ses camps un million de soldats victorieux? Quel est donc ce héros de vingt-un ans qui causoit aux ennemis des rois la même frayeur qu’inspiroit aux Romains le vieil Annibal exilé , désarmé et trahi?

Bonchamp rappeloit toutes les vertus de Bayard ; même désintéressement, même humanité, même courage. C’étoit un de ces François tels que les formoient nos anciennes mœurs et tels qu’on n’en verra plus. Une foule de prisonniers républicains lui durent la vie ; il engagea le patrimoine de ses pères pour soutenir ses compagnons d’armes. Un représentant du peuple écrivoit à la Convention : a La perte de Bonchamp vaut une victoire pour nous, car il est de tous les chefs des Vendéens celui en qui ils avoient le plus de confiance, qu’ils aimoient le mieux et qu’ils suivoient le plus volontiers. » Des historiens prétendent que les républicains mutilèrent son cadavre et envoyèrent sa tête à la Convention.

La religion sembloit dominer particulièrement dans le jeune Lescure; il communioit tous les huit jours; il avoit porté longtemps un cilice, dont on voyoit, la marque sur sa chair. Cette armure n’étoit pas à l’épreuve de la balle, mais elle étoit à l’épreuve des vices; elle ne défendoit pas le cœur de Lescure contre l’épée, elle le mettoit à l’abri des passions. Plus de vingt mille prisonniers patriotes, sauvés par l’humanité du général vendéen, trouvèrent sans doute qu’un cilice étoit aussi bon dans les combats qu’un bonnet rouge.

Stofflet, brave soldat, chef intelligent, mourut en criant vive le roi! Il avoit du cœur, et de cette vertu opiniâtre qui ne cède jamais à la fortune, mais qui ne la dompte jamais.

Charette commanda le feu du peloton qui lui arracha la vie ; lui seul se trouva digne de donner le signal de sa mort. Jamais capitaine, depuis Mithridate, n’avoit. montré plus de ressource et de génie militaire.

Le fier d’Elbée, couvert de blessures, fut pris dans l’île de Noirmoutiers ; sa foiblesse l’empêcha de se lever. Ceux qui l’avoient vu si souvent debout sur le champ de bataille le fusillèrent dans un fauteuil. On eût dit d’un monarque recevant sur son trône les hommages de la fidélité.

Le prince deTalmont, en allant à la mort, prouva qu’il étoit du sang de La Trémouille. a Fais ton métier, dit-il au bourreau; je fais mon devoir. »

De tous ces chefs, les uns étoient nobles, les autres sortis des classes moins élevées de la société ; les talents marquoient les rangs.

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Le noble obéissoit au roturier, et le roturier au noble, selon le mérite; et tandis que la Convention clécrétoit l’égalité et la liberté en créant le despotisme, l’égalité et la liberté ne se trouvoient qu’à l’armée royale et catholique de la Vendée.

a Une manière de combattre que l’on ne connoissoit pas encore , dit le général Turreau , un attachement inviolable à leur parti, une confiance sans bornes dans leurs chefs , une telle fidélité dans leurs promesses qu’elle peut suppléer la discipline ; un courage indomptable et à l’épreuve de toutes sortes de dangers , de fatigues et de privations : voilà ce qui fait des Vendéens des ennemis redoutables, et ce qui doit les placer dans l’histoire au premier rang des peuples soldats... Ce fut cette espèce de délire et d’enthousiasme qui , dans des temps de ténèbres et d’ignorance, emporta nos premiers croisés dans les plaines brûlantes de l’Afrique et de l’Asie. Les défenseurs de l’autel et du trône sembloient avoir pris nos anciens preux pour modèles. Leurs bannières étoient ornées de devises qui rappeloient les hauts faits de la chevalerie. »

Un autre général écrivoit à Merlin de Thionville, après la déroute de Savenay : « Je les ai bien vus, bien examinés; j’ai reconnu ces mêmes figures de Chollet et de Laval. A leur contenance et à leur mine, je te jure qu’il ne leur manquoit du soldat que l’habit. Des troupes qui ont battu de tels François peuvent bien se flatter de vaincre tous les autres peuples, »

N’est-il pas singulier qu’un général républicain dise des paysans de la Vendée ce que les soldats de Probus disoient de nos ancêtres : a Nous avons vaincu mille barbares de la nation des Francs : combien n’allons-nous pas vaincre de Perses! »

a L’inexplicable Vendée, s’écrioit Barrère à la Convention, existe encore ; de petits succès de la part de nos généraux ont été suivis de plusieurs défaites... L’armée que le fanatisme a nommée catholique et royale paroît un jour n’être pas considérable, elle paroît formidable le lendemain. Est-elle battue, elle devient comme invincible; a-t-elle du succès, elle est immense... Jamais depuis la folie des croisades on n’avoit vu autant d’hommes se réunir qu’il y en a eu tout à coup sous les drapeaux de la liberté pour éteindre à la fois le trop long incendie de la Vendée... La terreur panique a tout frappé, tout effrayé , tout dissipé comme une vaine vapeur. La Vendée a fait des progrès; c’est dans la Vendée que vous devez déployer toute l’impétuosité nationale et développer tout ce que la république a de puissance et de ressources. La Vendée est encore la Vendée. »

Ainsi parloit de la Vendée, à la Convention nationale, le comité de

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salut public, après avoir annoncé, quelque temps auparavant, que la Vendée n’existoit plus... Buonaparte, qui se connoissoit en choses extraordinaires, avoit surnommé les Vendéens le peuple de géants.

Les femmes rivalisoient d’héroïsme avec les hommes dans le grand dévouement de la Vendée. Comme les matrones de Sparte, elles gardoient leurs maisons les armes à la main , tandis que leurs maris se battoient ; mais , moins heureuses que les Lacédémoniennes , elles virent la fumée du camp ennemi, et ces ennemis étoient des François! On en compte plusieurs tuées sur le champ de bataille; d’autres y reçurent des blessures. À l’affaire deDol, une simple servante ramena la victoire, en se mettant à la tête des Vendéens et en criant : A moi les Poitevins! Même magnanimité dans les prêtres qui suivoient les soldats du Dieu vivant. Le lendemain de la déroute de Savenay, un curé qui avoit perdu la vue erroit dans la campagne avec un guide. Des hussards républicains le rencontrent, a Quel est le vieillard que tu mènes? » disent-ils au guide, a C’est un vieux paysan aveugle, » répond celui-ci. « Non, messieurs, reprend le véridique pasteur, je suis un prêtre. »

La religion animoit également tous les cœurs : « Rends-moi les armes, » crioit un soldat républicain à un paysan. « Et toi, rends-moi mon Dieu, » répliqua le paysan. Lorsque les Vendéens étoient prêts à attaquer l’ennemi, ils s’agenouilloient et recevoient la bénédiction d’un prêtre. Ils ne couroient point à la mort comme les bêtes des bois, sans penser à celui qui nous a donné nos jours pour les sacrifier quand il le faut à l’honneur et à la patrie. La prière prononcée sous les armes n’étoit point réputée foiblesse ; car le Vendéen qui élevoit son épée vers le ciel demandoit la victoire, et non pas la vie.

Dans le cours de sept années, depuis 1793 jusqu’à 1799, on compte dans la Vendée et dans les provinces de l’ouest deux cents prises et reprises de villes, sept cents combats particuliers et dix-sept grandes batailles rangées. La Vendée tint à diverses époques soixante-dix et soixante-quinze mille hommes sous les armes ; elle combattit et dispersa à peu près trois cent mille hommes de troupes réglées et six à sept cent mille réquisitionnâmes et gardes nationaux ; elle s’empara de cinq cents pièces de canons et de plus de cent cinquante mille fusils. On a vu ce qu’elle fit, par ses combats et par ses traités, pour la cause du roi .légitime et même pour celle de tous les souverains de l’Europe : quand on aura examiné ce qu’elle a souffert pour cette même cause, on aura une idée complète de ses sacrifices et de ses vertus.

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