‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 52 sur 358 · Lact., De Morte Persec. martyr. 20 déc · texte numérisé non relu

Lact., De Morte Persec. martyr. 20 déc

5. Voici le tableau de cette persécution, encore emprunté des Martyrs : ce n’est

La bassesse, comme toujours, se trouva à point nommé pour faire l’apologie du crime : deux philosophes 1 écrivirent à la lueur des bûchers contre les chrétiens.

Le martyre de la légion thébéenne, massacrée par ordre de Maximien, est de cette époque. Nantes, dans l’Armorique, se consacra par le sang des deux frères Donatien et Rogatien 2.

Arnobe et Lactance défendirent le christianisme; le dernier nous a

qu’un abrégé exact du long récit d’Eusèbe et.de Lactance (Eus., cap. vr, vii, vin, ix, x, xi, lib. iv, Lact. ) :

« La persécution s’étend dans un moment des bords du Tibre aux extrémités de l’empire. De toutes parts on entend les églises s’écrouler sous les mains des soldats ; les magistrats, dispersés dans les temples et dans les tribunaux, forcent la multitude à sacrifier; quiconque refuse d’adorer les dieux est jugé et livré aux bourreaux; les prisons regorgent de victimes ; les chemins sont couverts de troupeaux d’hommes mutilés qu’on envoie mourir au fond des mines ou dans les travaux publics. Les fouets, les chevalets, les ongles de fer, la croix , les bêtes féroces déchirent les tendres enfants avec leurs mères; ici l’on suspend par les pieds des femmes nues à des poteaux, et on les laisse expirer dans ce supplice honteux et cruel; là on attache les membres du martyr à deux arbres rapprochés de force : les arbres en se redressant emportent les lambeaux de la victime. Chaque province a son supplice particulier : le feu lent en Mésopotamie, la roue dans le Pont, la hache en Arabie, le plomb fondu en Cappadoce. Souvent, au milieu des tourments, on apaise la soif du confesseur et on lui jette de l’eau au visage, dans la crainte que l’ardeur de la fièvre ne hâte sa mort. Quelquefois, fatigué de brûler séparément les fidèles, on les précipite en foule dans le bûcher : leurs os sont réduits en poudre et jetés au vent avec leurs cendres.

« Les villes sont soumises à des juges militaires, sans connoissances et sans lettres, qui ne savent que donner la mort. Des commissaires font les recherches les plus rigoureuses sur les biens et les propriétés des sujets ; on mesure les terres, on compte les vignes et les arbres, on tient registre des troupeaux. Tous les citoyens de l’empire sont obligés de s’inscrire dans le livre du cens, devenu un livre de proscription. De crainte qu’on ne dérobe quelque partie de sa fortune à l’avidité de l’empereur, on force par la violence des supplices les enfants à déposer contre leurs pères, les esclaves contre leurs maîtres, les femmes contre leurs maris. Souvent les bourreaux contraignent des malheureux à s’accuser eux-mêmes et à s’attribuer des richesses qu’ils n’ont pas. Ni la caducité, ni la maladie, ne sont une excuse pour se dispenser de se rendre aux ordres de l’exécuteur; on fait comparoître la douleur même et l’infirmité ; afin d’envelopper tout le monde dans des lois tyranniques, on ajoute des années à l’enfance, on en retranche à la vieillesse : la mort d’un homme n’ôte rien au trésor de Galerius, et l’empereur partage la proie avec le tombeau. Cet homme, rayé du nombre des humains, n’est point effacé du rôle du cens, et il continue de payer pour avoir eu le malheur de vivre. Les pauvres, de qui on ne pouvoit rien exiger, sembloient seuls à l’abri des violences par leur propre misère; mais ils ne sont point à l’abri de la pitié dérisoire du tyran : Galerius les fait entasser dans les barques et jeter ensuite au fond de la mer, afin de les guérir de leurs maux. » ( Martyrs , lib. xvm.)

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