‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 58 sur 358 · Rufin., Hist. eccles ., p · texte numérisé non relu

Rufin., Hist. eccles ., p

soit de cent soixante-dix mille fantassins et de dix-huit mille cavaliers. Constantin ne craignit point d’attaquer Maxence avec quarante mille vieux soldats. Il passe les Alpes Cottiennes sur une de ces voies indestructibles qui n’existoient pas du temps d’Annibal ; il emporte Suse d’assaut, défait un corps de cavalerie pesante aux environs de Turin, un autre à Bresse ; Vérone capitule : la garnison captive est lfée des chaînes forgées avec les épées des vaincus ', Constantin marche à Rome, et gagne la bataille où Maxence perd l’empire et la vie.

Cette bataille est du petit nombre de celles qui, expression matérielle de la lutte des opinions, deviennent non un simple fait de guerre, mais une véritable révolution. Deux cultes et deux mondes se rencontrèrent au point Milvius ; deux religions se trouvèrent en présence, les armes à la main, au bord du Tibre, à la vue du Capitole. Maxence interrogeoit les livres sibyllins, sacrilioit des lions, faisoit éventrer des femmes grosses, pour fouiller dans le sein des enfants arrachés aux entrailles maternelles : on supposoit que des cœurs qui n’avoient pas encore palpité ne pouvoientrecéler aucune imposture. Constantin, dans son camp, se contentoit de dire, ce qu’on grava sur son arc de triomphe, qu’il arrivoit par l’impulsion de la divinité et la grandeur de son génie1 2. Les anciens dieux du Janicule rangèrent autour de leurs autels les légions qu’ils avoient envoyées à la conquête de l’univers: en face de ces soldats étoient ceux du Christ. Le labarum domina les aigles, et la terre de Saturne vit régner celui qui prêcha sur la montagne: le temps et le genre humain avoient fait un pas.

Six mois après la victoire de Constantin, Maximin Daïa voulut enlever à Licinius la partie de l’empire qu’il gouyernoit ; vaincu auprès d’Héraclée, il alla mourir à Nicomédie. Des six empereurs il ne restoit plus que Constantin et Licinius.

Ceux-ci se brouillèrent. Une première guerre civile, suivie d’une seconde, amenèrent les batailles de Cibalis, de Mardie, d’Andrinople et de Chrysopolis, où Constantin fut heureux. Licinius, resté aux mains du vainqueur, fut exilé à Thessalonique. Quelque temps après, on lui demanda sa tête, sous prétexte d’une conspiration ourdie par lui dans les fers : ce moyen de crime, si souvent reproduit dans l’histoire, accuse de stérilité les inventions de la tyrannie.

Constantin, demeuré en possession du monde, résolut, vers la fin de sa vie, de donner une seconde capitale à ses États : Constantinople

1. Tu divino monitus instinctu, de gladiis eorum gemina manibus aptari claustra jussisti, ut servaient deditos gladii sui, quos non defenderant répugnantes, (lncerti Panegyricus Constantino Augusto, cap. n, p. 498, t. II ; Trajecti ad Rhenum, 1787.)

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