Const. Mag., in Orat. sanctor. cœt cap. ix
clu martyre, de doctes génies, ou des hommes encore plus savants par l’ignorance du cœur et la simplicité de la vertu. Spyridion, évêque de Trimithonte, gardoit les moutons et avoit le don des miracles1 2 ; Jacques, évêque de Nisibe, vivoit sur les hautes montagnes, passoit l’hiver dans une caverne, se nourrissoit de fruits sauvages, portait une tunique de poil de chèvre et prédisoit l’avenir *. Parmi ces trois cent dix-huit évêques, accompagnés des prêtres, des diacres et des acolytes, on remarquoit des vétérans mutilés à la dernière persécution : Paphnuce, de la haute Thébaïde et disciple de saint Antoine, avoit l’œil droit crevé et le jarret gauche coupé3; Paul de Néocésarée, les deux mains brûlées4 ; Léonce de Césarée, Thomas de Cysique, Marin de Troade, Eutychus de Smyrne, s’efforçoient de cacher leurs blessures, sans en réclamer la gloire. Tous ces soldats d’une immense et même armée ne s’étoient jamais vus ; ils avoient combattu sans se connoître, sous fous les points du ciel, dans l’action générale, pour la même foi.
Entre les hérésiarques se distinguoient Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, et Arius lui-même, appelé à rendre compte de sa doctrine devant Athanase, qui n’étoit alors qu'un simple diacre attaché à Alexandre, évêque d’Alexandrie.
Des philosophes païens étoient accourus à ce grand assaut de l’intelligence. Vous venez de voir que Constantin même, dans une harangue, s’expliqua sur la doctrine de Platon. Un vieillard laïque, ignorant et confesseur, attaqua l’un de ces philosophes fastueux, et lui dit tout le christianisme en peu de .mots : « Philosophe, au nom de Jésus-Christ, écoute : Il n’y a qu’un Dieu, qui a tout fait par son Verbe, tout affermi par son Esprit. Ce verbe est le fds de Dieu ; il a pris pitié de notre vie grossière, il a voulu naître d’une femme, visiter les hommes et mourir pour eux. Il reviendra nous juger selon nos œuvres 5.»
1. Hic pastor ovium etiam in episcopatu positus permansit. Quadam vero nocte, cum ad caulas tares venissent, et manus improbas quo aditum educendis ovibus faccrent extendissent, invisibilibus quibusdam vinculis restricti, usque ad lucem velut traditi tortoribus permanserunt. (Riff., lib. i, cap. v. )
2. Jacobus enim, episcopus Antiochiae Mygdoniæ, quam Syri vulgo et Assyri Nisibim appeliant, plurima fecit miracula. (Tiieodor., lib. i, cap. m, p. 24.)
3. Paplinutius, homo Dei, episcopus ex Ægypti partibus confessor, ex illis quos Maximianus dexteris oculis effossis et sinistro poplité succiso, per metalla damnaverat. (Ruff., lib. i, cap. iv. )
4. Paulus vero, episcopus Neocæsareæ, ambabus manibus fuerat debilitatus, candente ferro eis admoto. (Theodor., lib. i, cap. vu, p. 25.)
5. Dialectici quibusdam scrmonum prolusionibus... sese exercebant... Laicus quidam, ex confessorum numéro, recto ac simplici præditus sensu, cum dialecticis con-
Constantin ouvrit en personne le concile, le 19 juin l’an 325. Il étoit vêtu d’une pourpre ornée de pierreries : il parut sans gardes et seulement accompagné de quelques chrétiens. Il ne s’assit sur un petit trône d’or au fond de la salle qu’après avoir ordonné aux Pères, qui s’étoient levés à son entrée, de reprendre leurs sièges. Il prononça une harangue en latin, sa langue naturelle et celle de l’empire ; on l’expliquoit. en grec. Le concile condamna la doctrine d’Arius, malgré une vive opposition, promulgua vingt canons de discipline, et termina sa séance le vingt-cinquième d’août de cette même année 325.
Transportez-vous en pensée dans l’ancien monde pour vous faire une idée de ce qu’il dut éprouver lorsqu’au milieu des hymnes osbcènes, enfantines ou absurdes à Vénus, à Bacchus, à Mercure, à Qybèle, il entendit des voix graves chantant au pied d’un autel nouveau : « O Dieu, nous te louons! ô Seigneur, nous te confessons! ô Père éternel, toute la terre te révère ! » La prière latine composée pour les soldats n’étoit pas moins explicite que l’hymne de saint Ambroise et de saint Augustin ' .
L’esprit humain se dégagea de ses langes : la haute civilisation, la civilisation intellectuelle, sortie du concile de Nicée, n’est plus retombée au-dessous de ce point de lumière. Le simple catéchisme de nos enfants renferme une philosophie plus savante et plus sublime que celle de Platon. L’unité d’un Dieu est devenue une croyance populaire : de cette seule vérité reconnue date une révolution radicale dans la législation européenne, longtemps faussée par le polythéisme, qui posoit un mensonge pour fondement de l’édifice social.
Cependant (telle est la difficulté de se tenir dans les régions de la pure intelligence !) tandis que le polythéisme et la religion corporelle tendoient à sortir des nations, ils y rentroient par une double voie : les philosophes, pour se rendre accessibles au vulgaire, inventoient les génies ; et les chrétiens, pour envelopper dans des signes sensibles la haute spiritualité, honoroient les saints et les reliques.
greditur, hisque illos verbis compellavit. — Christus et apostoli non artem nobis dialecticam nec inanem versutiam tradiderunt, sed apertam ac simplicem sententiam, quæ fide bonisque actibus custoditur. Quæ cum dixisset, omnes qui aderant, admiratione perculsi, ei assenserunt. (Socrat., Hist. eccles., lib. i, cap. vm, p. 19.)
1. Te solum agnoscimus Deum, te regem profitemur , te adjutorem invocamus. Tui muneris est quod victorias retulimus, quod hostes superavimus : tibi ob præterita jam bona gratias agimus, et futura a te speramus. Tibi omnes supplicamus, utque imperatorem nostrum Constantinum, una cum piissimis ejus liberis, incolumem et victorem diutissime nobis serves, rogamus.
Hoc die solis a militaribus numeris fieri, et hæc verba interprecandum ab iis proferri præcipit. ((Euseb. Pamph., De Vit. Const., lib. iv, p. 443.)
ÉTUDES HISTORIQU ES.
On a conservé le catalogue des prélats qui portèrent les décrets du concile aux diverses Églises L Les Germains et les Goths connoissoient la foi ; Frumence l’avoit semée en Éthiopie, une femme esclave l’avoit donnée aux Ibériens, et des marchands de l’Osroène à la Perse. Tiridate, roi d’Arménie, professa le christianisme avant les empereurs romains.
Au surplus, Constantin se mêla trop des querelles religieuses où l’entraînèrent quelques femmes de sa famille et les obsessions des évêques des deux partis. Après avoir exilé Arius, il le rappela, et bannit Athanase, qui remplaça Alexandre sur le siège d’Alexandrie. Arius expira tout à coup à Constantinople en rendant ses entrailles, lorsque Eusèbe de Nicomédie s’efforçoit de le ramener triomphant1 2 3. Le vieil évêque Alexandre avoit demandé à Dieu sa propre mort ou celle de l’hérésiarque, selon qu’il étoitplus utile à la manifestation de la . vérité \
Constantin défit successivement les Sarmates et les Goths, et reçut des députations des Blemmyes , des Indiens , des Éthiopiens et des Perses. Il se déclara l’auxiliaire des Sarmates dans une guerre que ceux-ci eurent à soutenir contre les Goths ; puis il contracta une nouvelle alliance avec les derniers, qui s’engagèrent à lui fournir quarante mille soldats appelés fœderati , alliés 4. Les Sarmates avoient armé leurs esclaves ; chassés par ces mêmes esclaves, ils sollicitèrent et obtinrent des terres dans l’empire5.
Sapor II, alors assis sur le trône de la Perse, portoit un nom fatal aux empereurs romains. Son père, Hormisdas II, laissa en mourant sa
1. Hosius, episcopus Cordulæ, sanctis Dei ecclesiis quæ Romæ sunt, et in Italia et Hispania tota, et in reliquis ulterius nationibus usque ad Oceanum commorantibus, per eos qui cura ipso erant, romanos presbyteros Vitonem et Vincentium. ( Gelasii Cy ziceni Act. Concil. Nicœn., lib. m, p. 807, in Concil. gener. Ecoles, ccith., t. I ; Romæ, 1608.)
2. Eusebianis satellitum instar eum stipantibus per mediam civitatem magnifiée incedebat. (Socrat., Hist. eccles lib. i, cap. xxxviii, p. 63. )
3. Cum orasset Alexander ac rogasset Dominum ut aut ipsum auferret... Votum sancti impletum est... nam Arius... crepuit. (Epiphan., episc. Constantiæ , O pus contra octoginta hæreses, lib. n, p. 321 ; Parisiis, 1564. )
Petitio Alexandri erat hujusmodi : ut si quidem recta esset Arii sententia, ipse diem disceptioni præstitutum nusquam videret; sin vera esset fides quam ipse profiteretur, ut Arius impietatis pœnas lueret. (Socrat., lib. i, cap. xxxvn, p. 61.)
4. Nam et dum famosissimam et Romæ æmulam in suo nomine conderet civitatem, Gotliorum interfuit operatio, qui, fœdereinito cum imperatore, xl suorum millia illi in solatia contra gentes varias obtulere ; quorum et numerus et millia usque ad præsens in republica nominantur, id est, fœderati. (Amm., p. 476; Aur. Vict., p. 527 ; Jorn., De Reb. Get ., p. 640, cap. ccxxi. )