U\y)v AsuxsTÎav, caram Lutetium
2. MlSOnnrnN H ANTI0X1K02. Julian., Op., p. 340. D.; Lipsiæ, 1696.
3. Tout cela s’accorde peu avec ce que nous voyons aujourd’hui, excepté ce qui concerne la salubrité de l’eau. Même à l’époque dont parle Julien, les débordements de la Seine étoient assez fréquents. Si Julien étoit né à Rome, ou même s’il eût jamais vu le Tibre, la Seine auroit pu lui paroître limpide en comparaison de ce fleuve ( flavus Tiberinus). Il est vrai que dans l’Ionie Julien n’avoit rencontré que l’Hermus ( turbidus Hermus)\ il n’avoit trouvé à Athènes que deux ruisseaux; et l’Eridan, dans la Lombardie, laissoit encore l’avantage à la Seine pour la clarté de l’eau. Mais enfin Julien avoit habité les rives du lac de Cosme ; il avoit vu les autres fleuves de la Gaule, les rivières de la Cappadoce; il écrivoit le Misopogon aux bords de l’Oronte, et bientôt ses cendres dévoient reposer sur ceux du Cydnus : comment donc la Seine lui paroissoit-elle si limpide? La Marne, comme on l’a cru, couloit-elle au-dessous de Paris ?
4. L’observation des Gaulois-Romains étoit juste : les hivers sont plus humides, mais moins froids aux bords de la mer que dans l’intérieur des terres.
5. On voit que le climat de Paris n’a guère changé. Il y a longtemps que l’on cultive
la vigne à Surênes. Julien ne se piquoit pas de se connoître en bon vin; il préféroit, dit-il, les Nymphes à Bacclius. Quant aux figuiers, on les enterre et on les empaille encore à Argenteuil. •
loppant de paille de blé comme d’an vêtement, et en employant les autres moyens dont on se sert pour mettre les arbres à l’abri de l’intempérie des saisons.
« Or, il arriva que l’hiver que je passois à Lutèce fut d’une violence inaccoutumée : la rivière charrioit des glaçons comme des carreaux de marbre. Vous connoissez les pierres de Phrygie : tels étoient par leur blancheur ces glaçons bruts , larges , se pressant les uns les autres, jusqu’à ce que, venant à s’agglomérer, ils formassent un pont 1 . Plus dur à moi-même, et plus rustique que jamais, je ne voulus point souffrir que l’on échauffât à la manière du pays, avec des fourneaux, la chambre où je couchois 2. »
Julien raconte qu’il permit enfin de porter dans sa chambre quelques charbons dont la vapeur faillit l’étouffer.
Il y avoit à Lutèce des thermes construits sur le modèle de ceux de Dioclétien à Rome : on croit que Julien et Valentinien Ier y demeurèrent : Ammien en parle assez souvent. 11 est probable que ces thermes étoient bâtis avant l’arrivée de Julien dans les Gaules, peut-être du temps de Constantin ou de Constance Chlore. D’autres ont pensé mal à propos que Julien occupoit dans l’île un palais élevé sur le terrain où fut construit depuis le palais de nos rois. On voyoit encore à Lutèce un champ de Mars et des arènes : celles-ci dévoient se trouver du côté de la porte Saint-Victor ; c’est ce qui résulte de quelques titres du xiiT siècle3. La flotte chargée de garder la Seine étoit stationnée chez les Parisii ; elle avoit vraisemblablement pour bassin l’espace que couvre aujourd’hui la nef gothique de Notre-Dame 4.
Tandis que Julien habitoit la petite et naissante Lutèce, Constance visitoit la grande et mourante Rome, que n’avoit jamais vue cet empereur des Romains.
1 . Julien peint très-bien ce que nous avons vu ces derniers hivers. Les glaçons que la Seine laisse sur ses bords, après la débâcle, pourroient être pris pour des blocs de marbre.
2. Ces fourneaux étoient apparemment des poêles. Il faudroit, aussi conclure du charbon que Julien fit porter dans sa chambre que l’on n’échauffoit pas les appartements avec du bois, soit qu’il fût rare dans les environs de Paris, ou qu’on préférât l’usage des fourneaux. Les Romains, comme on peut s’en assurer par ce qui nous reste de leurs constructions domestiques, avoient porté l’art d’échauffer leurs maisons au plus haut degré de raffinement.
3. D.-T. du Ples., Nouv. Ann. de Paris; Breul., Ant. de Paris.
4. Prœfectus classis Andericianorum Parisiis. Notit. Imper. Mézerai, dont la lecture et la critique doivent être suivies avec précaution, conjecture que cette flotte se tenoit à Andresy, vers le confluent de l’Oise et de la Seine, parce que les matelots qui montoient cette flotte sont nommés dans la Notice Andericiens. On jugera de la force de l’argument. ( Histoire de France avant Clovis , liv. ni.) J’ai suivi l’opinion de l’abbé Dubos.
Il existoit sans doute à Rome quelque vieillard à qui, dans son enfance, son aïeul avoit raconté l’entrée d’un prêtre de Syrie, Élagabale, sautant avec la pourpre au milieu des eunuques et des danseuses devant une pierre triangulaire consacrée au soleil : voici venir dans une pompe triomphale pour un succès obtenu sur des Romains', voici venir une espèce d’idole chrétienne, Constance, pareillement environnée d’eunuques, mais immobile sur un haut char éclatant de pierreries, les yeux fixes, ne se remuant ni pour cracher, ni pour se moucher, ni pour s’essuyer le front; baissant seulement quelquefois sa courte stature afin de passer sous de hautes portes2. Autour de lui flottoient, au bout de longues piques dorées, des étendards de pourpre découpés en for. ne de dragons, dont les queues effilées siiïloient dans les vents. Des gardes superbement armés, des cavaliers couverts de fer, ressemblant non à des hommes , mais à des statues polies par la main de Praxitèle3, l’environnoient. En approchant de Rome, Constance rencontra les patriciens, le sénat, qu’il ne prit pas comme Cinéas pour une assemblée de rois , mais pour le conseil du monde 4 ; il crut en voyant les flots de la foule que le genre humain étoit accouru à Rome 5.
Lorsqu’il eut pénétré jusqu’aux Rostres, il demeura stupéfait au souvenir de l’ancienne puissance du Forum 6. De là l’auguste oriental alla descendre à l’ancien palais d’Octave, qui n’avoit ni marbre ni colonne, et dans lequel le fondateur de l’empire, l’ami d’Horace, habita quarante ans la même chambre hiver et été 7.
Ammien Marcellin, dont ces détails sont empruntés, nous peint /