‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 79 sur 358 · Discurrentes in ea pediculos · texte numérisé non relu

Discurrentes in ea pediculos

2. Spanlieim a traduit le Misopogon ; La Bletterie en a donné une antre traduction avec celle des Césars et de quelques lettres choisies; le marquis d’Argens a traduit, sous le nom de Défense du Paganisme , ce que saint Cyrille d’Alexandrie nous a conservé de l’ouvrage de Julien contre les chrétiens; enfin, M. Tourlet a publié une traduction complète des œuvres de cet empereur. Je me suis aidé des excellents travaux de mes devanciers, sans adopter tout à fait leur version. La traduction du Misopogon de La Bletterie, que M. Tourlet a conservée en la corrigeant, est élégante,

Et c’est le maître du monde qui parle de lui de cette façon! Mais cette humilité brutale est l’orgueil de la puissance.

Julien avoit des vertus, de l’esprit et une grande imagination : on a rarement écrit et porté une couronne comme lui. Il détestoit les jeux, les théâtres, les spectacles; ilétoit sobre, laborieux, intrépide, éclairé, juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et des délateurs. U aimoit la liberté et l’égalité autant que prince le peut; il dédaignoit le titre de seigneur ou de maître. 11 pardonna dans les Gaules à un eunuque chargé de l’assassiner.

Un jour on lui signala un citoyen qui, disoit-on, aspiroit à l’empire, parce qu’il faisoit préparer en secret une cldamyde de pourpre. Julien chargea l’officieux ami du prince légitime de porter à l’usurpateur une paire de brodequins ornés de pourpre, afin qu’il ne manquât rien au vêtement impérial1. La loi défendoit sous peine de mort de fabriquer pour les particuliers une étoffe de pourpre; un usurpateur étoit réduit, dans le premier moment de son élection , à voler la pourpre des enseignes militaires et des statues des dieux.

Maris, évêque arien de Chalcédoine, insultoit Julien, qui sacrifioit dans un temple de la Fortune. Julien lui dit : « Vieillard, le Galiléen ne te rendra pas la vue. » Maris étoit aveugle. « Je le remer-

mais elle ne dit pas tout l’original. La Bletterie, d’aillenrs homme d’esprit, de raison, d’instruction et de talent, est resté dans l’ironique; il n’a pas osé aborder le sardonique; il a eu peur de l’effronterie des mots : je ne parle pas du collectif messieurs adressé aux habitants d’Antioche, petite politesse de notre bonne compagnie, qu’il étoit aisé de faire disparoître. La Bletterie croit que Julien calomnie sa barbe, je le pense aussi; il est probable qu’il répétoit les railleries des Antiochiens, ou qu’enchérissant lui-même sur ces raijleries, il exagéroit ses défauts pour tomber de plus haut sur les vices contraires de ses détracteurs. Nous voyons Julien se baigner dans une maison de campagne, se faire couper les cheveux en arrivant à Constantinople: cela n’annonce pas un homme si indifférent au soin de sa personne. Saint Augustin, dont la philosophie n’étoit pas, il est vrai, celle de Julien, pense que la propreté est une demi-vertu.

M. Tourlet a réuni plusieurs fragments de Julien qui ne se trouvent pas dans les anciennes éditions de ses œuvres. Il a rendu ainsi un véritable service aux lettres; mais la grande découverte à faire seroit celle de V Histoire des Guerres de Julien dans les Gaules. Cet ouvrage est perdu, tandis que des discours assez insignifiants se sont conservés. Cela vient en partie de l’esprit du siècle où vivoit Julien : on attachoit une extrême importance aux écrits dogmatiques de l’apostat pour les admirer ou les combattre, et l’on se soucioit peu de ce qui étoit en dehors des controverses religieuses. C’est ainsi que Cyrille d’Alexandrie, dans ses dix livres Pro sancta christianorum Religione adversus libros at.hei Juliani, nous a transmis une grande partie de l’ouvrage de cet empereur contre la religion chrétienne.

1. Jubet periculoso garritori pedum tegmina dari purpurea ad adversarium perferenda. (Amm.)

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cie, répondit l’évêque, de m’épargner la douleur de voir un apostat comme toi1. » L’empereur supporta cet accablant reproche.

Delphidius, célèbre avocat de Bordeaux, plaidoit devant Julien contre Numerius, accusé de concussion dans le gouvernement de la Gaule Narbonnoise; Numerius nioit les faits. « Qui ne sera innocent, s’écria l’avocat, s’il suffît denier? » — « Qui sera innocent, repartit Julien, s’il suffît d’être accusé 2? »

D’autres avocats louoient Julien : « Je me réjouirois de vos éloges, leur dit-il, si vous aviez le courage de me blâmer 3. »

Un certain Thalassius étoit dénoncé par le peuple d’Antioche comme exacteur et comme ancien ennemi de Gallus et de Julien. « Je reconnois, dit l’empereur, qu’il m’a offensé; c’est ce qui doit suspendre vos poursuites jusqu’à ce que j’aie tiré raison de mon ennemi. » Il pardonna à l’accusé 4.

Un homme vint se prosterner à ses pieds dans un temple, criant merci pour sa vie. « C’est Théodote, lui dit-on, chef du conseil d’Hiéraple, qui jadis demandoit votre tête à Constance. » — « Je savois cela depuis longtemps, répondit l’empereur. Retourne en paix à tes foyers, Théodote. J’ai à cœur de diminuer le nombre de mes ennemis et d’augmenter celui de mes amis5. »

Une femme plaidoit contre un domestique militaire renvoyé du palais ; elle n’avoit osé l’assigner tant qu’il avoit été en faveur. Celui-ci se présente à l’audience impériale avec la ceinture de son emploi ; la femme se croit perdue, présumant que son adversaire est rentré en grâce : « Femme, dit Julien, soutiens ton accusation; le défendeur n’a mis sa ceinture que pour marcher plus vite dans la boue ; elle ne peut rien contre ton droit6. »

La publication du Misopogon tient à la même élévation de nature :

1. Ilium (Julianum) graviter objurgavit, impium et apostatam vocans et religionis expertem. At ille conviciis reddens convicia cæcum eum appellavit : Neque vero, inquit, Dcus tuus galilæus te unquam sanaturus est. Gratias , inquit Maris, ago Deo, qui me luminibus orbavit, ne viderem vultum tuum , qui in tantam prolapsus es impietatem. (Socrat., Hist. eccles ., lib. h, cap. xn, pag. 150.)

2. Ecquis innocens esse poterib, si accusasse sufficiet? (Amm.)

3. Gaudebam plane prœ meque ferebam si ab his laudarer quos et vitupérasse passe adverterem , si quid factum sit secus aut dictum. (Id.)

4. Agnosco quern dicitis offendisse me justa de causa; et silere vos intérim consentaneum est dum mihi inimico potiori faciat satis. (Id.)

5. Abi securus ad lares, exutus omni meta, clementia principis qui , ut prudens definivit, inimicorum minuere numerum augereque amicorum sponte sua contendit ac libens. (Amm.)

6. Prosequere, mulier, si quid te lœsam existimas : hic enim sic cinclus est ut expeclitius per lutum incedut; at parum nocere tuis partibus potest. (Id.)

à part l’orgueil cynique de cet ouvrage, un homme investi du pouvoir absolu, environné d’une armée de barbares dévoués à ses ordres, un prince qui pouvoit d’un seul signe faire exterminer ses insolents détracteurs, et qui se contente de tirer raison d’un libelle par un pamphlet, est un exemple unique dans l’histoire des peuples et des rois. César, dans Y Anü-Caton, n’eut à se venger que de la vertu, et il ne la put vaincre, même en joignant les armes à la satire.

Les Césars sont encore plus extraordinaires que le Misopogon. Quel souverain a jamais jugé ses prédécesseurs avec autant de rigueur et de supériorité? Jules César entre le premier au banquet des dieux : Silène avertit Jupiter que ce convive pourroit bien songer à le détrôner, et Jupiter trouve que la tête de ce mortel ne ressemble pas mal à la sienne. Vient Auguste, dont les couleurs du visage changent comme celles du caméléon; Tibère, à la mine fière et terrible et au dos couvert de lèpre; Caligula, monstre sur-le-champ précipité dans le Tartare ; Claude, pauvre prince qui n’est rien sans Pallas, Narcisse et Messaline; Néron, une couronne de laurier sur la tête, une lyre à la main, et qu’Apollon jette dans le Cocyte ; ensuite des gens de toutes sortes, les Galba, les Othon, les Vitellius ; Vespasien, qui accourt pour éteindre le feu mis aux temples'; Titus, qu’on envoie à la Vénus publique ; Domitien , qu’on enchaîne auprès du taureau de Phalaris ; Nerva, à propos duquel Silène s’écrie : « Vous autres dieux, vous laissez quinze années un monstre sur le trône, et ce vieillard affable et juste n’a pas régné un an entier! » Jupiter apaise Silène en lui annonçant que des princes vertueux vont suivre Nerva.

Trajan paroît : aussitôt Silène recommande à Jupiter de veiller sur celui qui verse à boire aux immortels. Que cherche Adrien! son Antinous? Il n’est point dans l’Olympe. Antonin, modéré, excepté en amour, s’arrêteroit à couper en portions égales un grain de cumin. A la vue de Marc-Aurèle, Silène déclare qu’il n’a rien à lui reprocher.

Survient un débat entre Alexandre et César, jouteurs de gloire. César affirme qu’il a effacé les grands hommes ses contemporains et les grands hommes de tous les siècles et de tous les pays. Que prétend Alexandre avec sa conquête de la Perse? Peut-il opposer quelque chose à la journée de Pharsale? Quel étoit le capitaine le plus habile de Pompée ou de Darius? Où étoientles meilleurs soldats? « Toi, Alexandre, tu as égorgé les citoyens de Thèbes, incendié les villes des malheureux Grecs; moi, César, j’ai conquis les Gaules, passé le Rhin,

1. Allusion à l’incentlie du temple de Jérusalem et du Capitule.

franchi l’Océan, sauté sur le rivage des Bretons. Tu as vaincu dix mille Grecs : j’ai défait cent cinquante mille Romains. »

Alexandre, qui commencent à entrer en fureur, apostrophe Jupiter, et lui demande quand enfin ce babillard romain cessera de se donner des éloges. Il a triomphé de Pompée! Pompée, pauvre homme qui profita des triomphes de Lucullus! on lui donna le nom de grand par flatterie ; mais pouvoit-on le comparer à Marins, aux deux Scipion, à Camille? a Tu as battu Pompée, César? Pompée, si amoureux de sa coiffure qu’il ne s’osoit gratter la tête que du bout du doigt! Tu ne soumis les Gaulois et les Germains que pour asservir ta patrie : fut-il jamais rien de plus impie et de plus détestable ! Ne traite pas avec tant de dédain les dix mille Grecs que je me vis forcé d’accabler. Vous, Romains, qui à peine avez pu vous rendre maîtres de la Grèce dans sa décadence, vous qui vous êtes épuisés à soumettre un petit État presque ignoré aux beaux jours de l’Hellénie, quë seriez -vous devenus s’il vous eût fallu combattre les Grecs unis et florissants? 11 vous sied bien de parler avec mépris de ma conquête de la Perse, fameux conquérants qui, après trois siècles de guerre, êtes parvenus, à la sueur de votre front, à vous emparer de quelques villages au delà du Tigre! Moins de dix ans ont suffi à Alexandre pour dompter la Perse et les Indes. » La satire continue de cette manière impitoyable, haute et juste, jusqu’à Constantin, outrageusement traité par le restaurateur de l’idolâtrie : il le livre à la déesse de la mollesse, qui l’embrasse, le revêt d’une robe de femme de diverses couleurs, et le conduit par la main à la Luxure. Auprès d’elle Constantin trouve un de ses fils (Crispus), qui crioit incessamment : « Corrupteurs de femmes, homicides, sacrilèges, scélérats, vous tous qui avez besoin d’expiation, approchez! avec un peu d’eau je vous rendrai purs. Si vous retombez dans vos fautes, frappez-vous la poitrine, battez-vous la tête : tout vous sera remis1. »

Ici il y a triple calomnie et haine atroce : on ne reconnoît plus le souverain supérieur qui condamne les mauvais princes , et le grand homme qui juge ses pairs.

Julien étoit musicien et poète de talent : nous avons de lui deux

l. Oartç Cfôop&ù;, oan; p.taicçovoç, c<m; svapb xa't pfî't-Xufo;, l'rw ôappcô’ àrrccpavco yxp auTov toutc'i TM û^ari Xcûaaç, aimxa xxôapov. K à v irâ'/av èW/oç toi; aÙTG!;q,8vriTai, S'cogcj 70 gttÔo; TwXrJ-avn, xat rr,v xecpaXw Tratâ^avTt xaôafîo yeviaTcu. Quisquis mulierum corruptor, quisquis homicida est, quisquis piac.ulo aut exsecrando scelere se obstrinxit, fidenter liuc adito. Etenim simul atque hac aqua ablutus fuerit, illico ego eum purum reddam. Quod si iisdem rursus se flagitiis contaminant, efficiam uti, tunso pectore et capite percusso, expietur. (In C césar., pag. 330. B.)

épigrammes élégantes, l’une contre la bière, l’autre où l’orgue est décrit à peu près tel que nous le connoissons 1 . Ses lettres sont instructives, quoique d’un style peu naturel2; en voici une où il y a trop de Néréides, de Grâces, de Nymphes, de lieux communs de mythologie, et qui ressemble assez à ces épi très toutes fleuries de lis et de roses que le grand Frédéric écrivoit à des gens de lettres la veille d’une bataille ; mais le sujet en est touchant et les descriptions agréables; elle nous apprend quelque chose d’intime de la vie et de la jeunesse de Julien.

L’aïeule maternelle de Julien lui avoit laissé une petite terre en

1. Il existe en manuscrit, dit-on, un poëme de Julien sur le soleil et quelques harangues non publiées. D’une grande quantité de lettres sorties de la plume féconde de Julien, on n’en connoît guère plus de soixante -quatre. Vossius assure que Les Césars étoient intitulés dans les anciens manuscrits Les Saturnales et le Banquet ; mais Suidas distingue Les Césars des Saturnales, et cite de ce dernier ouvrage des choses qui ne se trouvent point dans Les Césars. Suidas indique encore deux ouvrages perdus de Julien, l’un sur Les trois Figures , l’autre sur L’Origine du mal, contre les ignorants. Eunape, dans ses Vies des Sophistes, parle souvent de Julien; il en avoit écrit l’iiistoire; peut-être faisoit-elle partie de son Histoire des Empereurs depuis Alexandre Sévère. On croit que celle-ci se retrouve en partie dans les deux livres de Zosime, qui se seroit contenté de retoucher le travail d’Eunape; Calliste, au rapport de Socrate, avoit mis en vers la vie de Julien. On présumoit dans le xvne siècle que l’histoire politique d’Eunape étoit dans les bibliothèques d’Italie. Le monde littéraire doit au savant VI. Boissonade une édition grecque d’Eunape, dont M. Cousin, juge compétent, parle ainsi; son suffrage sera d’un tout autre poids que le mien : « Personne en effet n’étoit mieux préparé à donner une édition critique d’Eunape que VI. Boissonade, qui a déjà si bien mérité de la philosophie néoplatonicienne en publiant une nouvelle édition de la Vie de Proclus par Marinus et le commentaire inédit de Proclus sur le Cratyle. Et comme si ses propres ressources ne lui suftisoient point, sa modestie lui a fait un devoir de se procurer tous les matériaux amassés par ses devanciers. Le specimen de Carpzow le mettoit en possession des notes de Fabricius, et par l’intermédiaire de Schœfer, Erfurt, entre les mains duquel étoient tombés les travaux inédits de Wagner, les a obligeamment communiqués à VI. Boissonade, avec des notes de Reinesius. Pour la vie de Libanius, il a eu les notes inédites de Valois; et deux exemplaires d’Eunape qui avoient appartenu à Walckenaër lui ont fourni quelques corrections heureuses déposées sur les marges par Walckenaër, ou par lui recueillies sur l’exemplaire de Vossius conservé à la bibliothèque de Leyde, sans compter les conjectures de l’illustre évêque d’Avranches, Huet, que contient un des exemplaires de la bibliothèque de Paris, et d’autres secours qu’il seroit trop long d’énumérer, et qui tous disparoissent devant la vaste collection de remarques de toutes espèces dontWyttenbach a enrichi l’ouvrage de notre savant compatriote : de sorte que les deux volumes dont se compose cette édition d’Eunape présentent les travaux des maîtres de différents pays et de différents siècles, habilement employés par un des maîtres du siècle présent. »

2. Libanius prétend avoir atteint la perfection du style épistolaire, et il accorde la seconde place à Julien. Pline le jeune offre le modèle de ce bel esprit élégant et recherché imité par Julien et les Grecs de son temps.

Bithynie : l’empereur écrit à un ami dont on ignore le nom , pour lui en faire présent. Quel est le roi d’une province de l’empire romain qui ne croiroit aujourd’hui déroger à sa puissance, démembrer le domaine de sa couronne, et compromettre la dignité de son sang, en offrant d’aussi bonne grâce l’héritage de sa grand’mère à un ami?

a La maison n’est pas à plus de vingt stades de la mer, mais on n’y est point étourdi par le marchand, ou parle matelot criard ou querelleur. Cependant on y jouit des présents des Néréides, et Ton peut y avoir le poisson frais et palpitant. Si tu montes sur un tertre peu éloigné de la maison , tu verras la Propontide, ses îles et la ville qui porte le noble nom d’un empereur. Là tu ne seras point au milieu des algues , des mousses et des autres plantes désagréables et inconnues que la mer jette sur ses grèves, mais au milieu des saules, parmi le thym et les herbes parfumées. Couché, un livre à la main , après une lecture attentive, tu pourras reposer tes yeux fatigués : la mer et les vaisseaux te seront un charmant spectacle. Dans mon enfance, ce lieu me plaisoit, parce que j’y trouvois des fontaines qui n’étoient pas à mépriser, des bains assez propres, un potager et des arbres. Lorsque je devins homme, je désirai ardemment de revoir ce lieu; j’y suis maintes fois retourné en compagnie de quelques amis. Je m’y suis même assez occupé d’agriculture pour y laisser, comme un monument, une petite vigne qui donne un vin suave et parfumé. Tu verras dans mon clos Bacchus et les Grâces : la grappe pendante au cep, ou portée au pressoir, exhale l’odeur des roses; la liqueur dans le tonneau est déjà du nectar, si nous en croyons Homère. Tu me demanderas peut-être, puisque les vignes viennent si bien dans ce sol, pourquoi je n’en ai pas planté davantage. Mais d’abord je ne suis pas un cultivateur bien habile; ensuite les Nymphes tempèrent pour moi la coupe de Bacchus : je ne voulois de vin qu’autant qu’il en falloit pour moi et mes convives, dont tu sais que le nombre n’est pas grand. Accepte donc ce présent, ô tête chérie 1 ! Il est petit sans doute; mais ce qui va d’un ami à un ami, de la maison à la maison, est très-doux, comme le dit le sage poète Pindare2. »

Les discours de Julien ont les défauts de la littérature de son temps; mais celui qu’il adresse aux Athéniens, en partie purgé de ces défauts, montre avec quelle gravité il avoit pu écrire l’histoire des guerres des Gaules et de la Germanie. 11 est fâcheux que l’apostat, dans deux panégyriques, ait si bien loué Constance, son persécuteur,

1. OtXr, xccpaXy] ! O carum caput! Horace a transporté ce tour dans le latin, et

Racine dans le françois.

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