‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 83 sur 358 · Eunap., Vit. JambL, Vit. Max · texte numérisé non relu

Eunap., Vit. JambL, Vit. Max

s’étoient allumés d’eux-mêmes U Aussitôt Julien, transporté de curiosité, ne voulut plus écouter les raisonnements d’Eusèbe, et s’empressa d’aller chercher Maxime à Éphèse.

Maxime , d’un âge approchant de la vieillesse , portoit une longue barbe blanche ; son éloquence étoit entraînante ; le son de sa voix se marioit si bien avec l’expression de ses regards, qu’on ne lui pouvoit résister2. Pressé par Julien, il fit venir Chrysanthe, et tous les deux Tinstruisirent. Maxime conduisit le jeune prince dans le souterrain d’un temple : après les évocations on entendit un grand bruit, ét des spectres de feu apparurent. Julien, saisi de frayeur, fit involontairement et par habitude le signe de la croix : tout s’évanouit. Julien ne se pouvoit empêcher d’admirer la puissance du signe des chrétiens , lorsque le philosophe lui dit d’une voix sévère : « Croyez-vous avoir fait peur aux dieux? Us se sont retirés parce qu’ils ne veulent pas avoir de relations avec des profanes tels que vous3. »

On ignore le reste de cette initiation ; mais on assure que Maxime prédit l’empire à Julien s’il juroit d’abolir le christianisme et de rétablir l’ancien culte.

Au surplus, quels que fussent les nuages dont le néoplatonisme environnoit sa doctrine, on sait qu’il admettoit des puissances subordonnées avec lesquelles on commerçoit par la science de la cabale. Comme les philosophes ne pouvoient justifier les folies du polythéisme pris dans le sens absolu, ils composoient un système d’allégories dans lesquelles ils renfermoient les vérités de la physique, de la morale et de la théologie. Us admettoient un Dieu-Principe dont les attributs devenoient des divinités inférieures. Les astres, la terre, la mer, les royaumes, les villes, les maisons, de même que les vertus et les arts, avoient leurs génies : ceux qui tout à la fois rougissoient et se glorifioient des anciennes superstitions chargeoient ainsi l’imagination d’inventer, pour les justifier, un système digne d’elles.

Le fond de l’ancienne doctrine platonicienne subsistoit : l’intervalle incommensurable qui sépare l’homme de Dieu étant rempli par des êtres plus ou moins sublimes à mesure qu’ils sont plus voisins de Dieu ou de l’homme, notre âme, selon le degré de sa vertu, remonte cette longue chaîne de héros, de génies et de dieux, et va s’abîmer dans le sein du grand Être, beauté, vérité, souverain bien, science complète.

Plutôt alléché aux mystères que rassasié de secrets, Julien alla cher-

Page 1