Tiieodor., lib. m, cap. iii; Greg. Naz., or. ni, pag
cher jusqu’au fond de la Grèce un vieux prêtre d’Eleusis, qui passoit pour ne rien ignorer. Si nous en croyons Eunape, seule autorité pour ce récit, Julien, au moment de rompre avec Constance, appela ce prêtre dans les Gaules, et lui fit part du projet qu’il n’avoit révélé qu’à Oribase, son médecin, et à Évhémère, son bibliothécaire.
Julien étoit versé dans la théurgie et les deux divinations : ses croyances se composoient d’un mélange de néoplatonisme et de quelque souvenir de sa première éducation chrétienne, le tout enveloppé dans l’hellénisme ou les mythes homériques. Le néoplatonisme joignoit à la doctrine de Platon des idées empruntées aux écoles pythagoricienne, stoïcienne et péripatéticienne. En vertu de la loi de la métempsychose , Julien pensoit avoir hérité de l’âme d’Alexandre: superstition naturelle du courage, du génie et de la gloire.
Libanius compare la vérité rentrant dans l’esprit de Julien, purifiée du christianisme, à la statue des dieux replacée dans un temple autrefois profané. Selon le même Libanius , des divinités amies éveilloient le disciple impérial en touchant doucement ses mains et ses cheveux'; il distinguoit la voix de Jupiter de celle de Minerve, et ne se trompoit point sur la forme d’Hercule ou d’Apollon : platonicien par l’esprit, stoïcien par le caractère, cynique par quelques habitudes extérieures; Julien prioit et jeûnoit en l’honneur d’Isis, de Pan ou d’Hécate, comme les Pères du désert ses contemporains jeûnoient et prioient aux jours de vigiles et d’abstinence. Si à cette époque la philosophie affectoit des austérités et prétendoit opérer des prodiges, c’est qu’elle avoit été conduite à opposer quelque chose aux vertus et aux merveilles des chrétiens.
En effet, peu de temps après le règne de Julien une persécution s’éleva contre les hommes accusés de magie ; cette magie n’étoif que la réaction et la contre-partie des miracles. Le christianisme avoit forcé l’hellénisme à l’imitation pour maintenir sa puissance. La cérémonie du taurohole ou du criobole , qui se rattachoit dans son principe à la plus haute antiquité , étoit devenue une simple parodie du baptême. Au bord d’une fosse couverte d’une pierre percée, le sacrificateur égorgeoit un taureau ou un bélier; le sang de la victime couloit au travers des trous, sur le prosélyte placé au fond de la fosse, et les taches de ce pécheur se trouvoient effacées au moins pour vingt ans. Les philosophes étoient les solitaires de la religion de Jupiter; comme les ermites du christianisme, ils s’attribuoient un pouvoir surnaturel. Plotin évoquoit, à l’aide d’un Égyptien, son propre démon; quand il