‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 86 sur 358 · Génie du Christianisme, page · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, page

4. Porphyre appartient au néoplatonisme, postérieur à la prédication de l’Évangile : sous ce rapport, son témoignage est suspect.

5. La belle découverte de la lecture des hiéroglyphes a pu jeter de nouvelles lumières sur le système religieux des Egyptiens. Je dois à M. Charles Le Normant, qui a suivi M. Champollion en Égypte, la note savante qu’on va lire. L’auteur, en traitant de la triade égyptienne, dit aussi quelques mots du taurobole. (Voyez la Préface de ces Etudes historiques.)

« La triade égyptienne, identiquement semblable à la triade hindoue, repose sur une croyance panthéistique : les deux principes fondamentaux (Ammon-Ra et Mouth, la grande mère, dans la forme la plus élevée) représentent l’esprit et la matière; ils

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et Arimanis, ou Mitra, Oromase et Arimane. Platon semble indiquer la trinité dans le Timée, l’Épinomis ; et dans une lettre à Denis le jeune il énonce le Verbe de la manière la plus claire. Selon lui le

ne sont pas même corrélatifs, car il est dit qu’Ammon est le mari de sa mère *, ce qui veut dire que l’esprit, est une émanation de la matière préexistante, du chaos. Dans le Rituel funéraire **, la pièce capitale et le résumé de la théologie égyptienne, Ammon dit à Mouth : Je suis l'esprit; toi, tu es la matière; plus loin, dans la prière adressée à Mouth, sous la forme secondaire de Neith, on lit ces mots : Ammon est l’esprit divin, et toi, tu es le grand corps, Neith, qui préside dans Sais. De leur union provient Chons, la plus haute manifestation de l’esprit, la troisième personne de la triade thébaine. Chons est tellement le même que le Logos de l’Inde, et même de la Perse, de Platon et de saint Jean, qu’à Thèbes, dans le temple qui lui est dédié ***, il est nommé Chons Toth, c’est-à-dire parole. Cette triple unité de Dieu se retrouve ainsi dans toutes les dégradations du théisme égyptien, jusqu’à la triple manifestation corporelle de Dieu dans les personnes d’Osiris, d’Isis et d’Horus. Puis vient un personnage complémentaire, un résumé des formes multiples de la Divinité, Ammon-Horus ou Horus-Ammon, qui réunit les deux anneaux opposés de cette chaîne immense, et renferme l’unité panthéistique du monde concentrée dans les trois personnes de l’esprit, de la matière et du verbe. Ammon-Horus est le Pan des Grecs.

« La Trinité chrétienne est fondée sur l’existence d'un Dieu préexistant à la matière, qui a tiré le monde du néant ; ce Dieu se manifeste incessamment dans son fils; l’esprit est l’intermédiaire de cette manifestation , qui dans la triplicité constitue l’unité de Dieu. On voit donc que pour établir un rapport de cette trinité à la triade égyptienne il faudroit supposer dans cette dernière l’abstraction du principe féminin et la division de l’esprit en principe générateur et en esprit proprement dit. La différence fondamentale des deux doctrines a pour base l’opinion différente que les panthéistes et les chrétiens professent sur l’origine du mal : l’optimisme panthéistique le plus exalté ne peut détruire l’inhérence du mal à la matière éternelle, et par conséquent la nécessité du mal ; Nephtis, la sœur d’Isis, partage sa couche entre Osiris et Typhon.

« Les premiers apologistes ont aussi attribué au désir de conti’e-balancer l’influence des cérémonies chrétiennes l’usage fréquent des sacrifices tauroboliques, à compter de la dernière moitié du second siècle de notre ère. Mais il est plus que probable que ces sacrifices avoient, une autre source que l’imitation des rites d ubaptême, ou même que l’idée de réhabilitation d’où la cérémonie baptismale est dérivée. La purification expiatoire par le sang est universelle dans les cultes de l’Orient; on en

* Sur le Pylône du temple de Chons à Karnak, appelé le grand temple du sud , dans le grand ouvrage d’Égypte.

** Troisième partie, section m , traduction communiquée par M. Cliampollion.

*** Le même que ci-dessus; le dernier signe, qui est lTbi3, est le symbole du dieu Toth, et

se résout phonétiquement dans le mot .

lot, qui commence tous les discours des dieux. . parole d’ Ammon-Ba, roi des dieux, etc. (Penseignelnent communiqué par M. Cliampollion.)

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Verbe très-divin a arrangé l’univers et l’a rendu visible U Platon avoit emprunté le dogme de la Trinité de Timée de Locres, qui le tenoit de l’école italique. Les pythagoriciens avouoient l'excellence du ternaire : le trois n’est point engendré et engendre toutes les autres fractions, d’où il prenoit dans l’école pythagoricienne la qualification de nombre sans mère. Les stoïciens professoient la même théologie, ainsi que le témoigne Tertullien, qui cite Zénon et Cléanthes2.

Aux Indes et au Thibet proprement dit, les livres sacrés mentionnent le Verbe et la Trinité. Enfin, les missionnaires anglois croient avoir retrouvé la Trinité jusque dans la religion des sauvages d’Otaïti3.

Les principaux Pères de l’Église, presque tous sortis de l’école platonicienne, ont avoué que leur ancien maître s’étoit quelquefois approché de la pure doctrine : c’est ce qu’on voit dans Origène, dans Tertullien, dans saint Justin, saint Athanase 4 et dans saint Augustin. Ce dernier raconte qu’ayant lu les traités des platoniciens, il y découvrit

retrouve la trace jusque dans le Lévitique : Et sanguinem qui e rat in altari aspersit super Aaron et vestiment.a ejus, et super filios illius ac vestes eorum (VIII, 30). Tous les témoignages anciens s’accordent à rattacher les tauroboles au culte phrygien deCybèle. Or, ce culte, bien qu’introduit à Rome deux cent sept ans avant Jésus- Christ, ne fut longtemps que toléré, et ne passa tout à fait dans la chose publique que sous le règne d’Antonin. M. de Boze * a très-bien rappelé les causes de la vénération superstitieuse de cet empereur pour les mystères de Cybèle ; il a montré en même temps que Faustine la mère étoit la première impératrice qui eût pris sur les médailles le nom de mère des dieux. Or, le plus ancien taurobole que nous trouvions constaté par une inscription se rapporte à l’an 160 de Jésus-Christ, et a été célébré pour la conservation des jours d’Antonin et de sa famille ** ; la plupart des monuments de ce genre ont, comme le précédent, une couleur politique. Que les idées de régénération répandues par le christianisme dans tout le monde aient contribué à étendre l’usage des sacrifices tauroboliques, c’est ce qu’il est difficile de nier; mais les apologistes eux-mêmes montroient la différence de principe, et par conséquent d’origine, qui existoit entre le baptême et le taurobole : Le sang du taureau, disoit Firmicus ***, ne rachète pas, il souille. C’est qu’effectivement l’idée de réhabilitation purifiante et celle d’expiation sanglante appartiennent à deux systèmes opposés, dont le second a été aboli par le sacrifice de la grande victime du christianisme. S’il étoit permis d’assigner une origine encore plus ancienne que les mystères de Cybèle au sacrifice taurobolique, nous en retrouverions la trace dans le mythe persan de Mithra et dans l’immolation du taureau, qui en est le symbole principal; or, on sait que la religion de la mère des dieux n’est en grande partie qu’une émanation des doctrines persanes. »

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