Audite me, quem Alamanni audierunt et Franci. (Amm
pas un homme, mais un petit avorton sans valeur qui s’estime d’autant plus grand qu’il appelle plus de dangers sur sa tête U » Et dans une lettre à Ecdicius, préfet d’Égypte, Julien ajoute: « Les dieux sont méprisés. Chassez le scélérat Athanase ; il a osé, sous mon règne, conférer le baptême à des femmes grecques d’une naissance illustre2. »
Eunape ne nous laisse aucun doute sur la sincérité religieuse de Julien : il suffit d’ailleurs de lire ce qui nous reste des ouvrages de cet empereur, aussi singulier comme homme qu’extraordinaire comme prince, pour se convaincre qu’il étoit païen de bonne foi. Il avoit pris dans les initiations et les sociétés secrètes un degré d’enthousiasme qui alloit jusqu’à interpréter les songes et à croire aux apparitions.
Au lever et au coucher du soleil, il immoloit une victime à Apollon, sa divinité favorite : il croyoit à la trinité des platoniciens ; le soleil étoit pour lui le Logos, le fils du Père souverain, le Verbe brûlant qui inspire la vie à l’univers. La nuit, Julien honoroit la lune et les étoiles, auxquelles s’unissent les âmes des héros. Dans les grandes solennités, il aimoit à jouer le rôle de sacrificateur et d’aruspice.
<( Le beau spectacle que de voir l’empereur des Romains fendre le bois, égorger les victimes, consulter leurs entrailles, souiller le feu des autels en présence de quelques vieilles femmes, les joues bouffies, excitant la risée de ceux-là même dont il désiroit s’attirer les louanges ! » Aux fêtes de Vénus, il marchoit entre deux troupes de prostitués de l’un et de l’autre sexe, affectant la gravité au milieu des éclats de rire de la débauche, élargissant ses épaules, portant en avant sa barbe pointue, allongeant de petits pas pour imiter la marche d’un géant. Saint Chrysostome3 doute que la postérité veuille croire à son récit; il adjure de la vérité de ses paroles les vieillards qui l’écoutoient, et qui pouvoient avoir été témoins de ces indignités.
L’empereur faisoit toutes ces choses comme souverain pontife, dignité attachée chez les Romains à la souveraineté politique. Il épuisoit l’État pour les frais d’un culte que rien ne pouvoit rétablir. Il offroit en holocauste des oiseaux rares, cent bœufs étoient quelquefois assommés à un seul autel dans un seul jour. Les peuples disoient que s’il revenoit vainqueur des Perses, il détruiroit la race des taureaux. 11 ressembloit en cela, selon la remarque d’Ammien Marcellin, au césar
4. ÂAX’ àv0p(o7ucï>co; hzzlr,;. Quod si ne il le quidem vir est , sed contemptus homuncio. (Julian., epist. li.)
2. Quis ausus est inmeo regno feminas Græcorum illustres ad baptismum impellere. (Julian., epist. vi.)
3. C’est à Antioche que Chysostome parloit ainsi. Ammien lui-môme dit à peu près la même chose, lib. xxn, cap. xiv.
Marcus, à qui les bœufs blancs avoient écrit ce billet : « Les bœufs blancs au césar Marcus, salut : c’est fait de nous si vous triomphez L »
De magnifiques présents étoient prodigués par Julien aux sanctuaires célèbres, à Dodone, à Delphes, à Délos. En arrivant à Antioche, son premier soin fut de sacrifier sur la cime du mont Cassius. Il apprit avec une sainte joie que le gouverneur de l’Égypte avoit retrouvé le bœuf Apis. 11 fit déboucher, à Daphné , la fontaine Castalie ; mais en visitant ce lieu renommé par sa beauté il eut un grand sujet de douleur : le bois de lauriers et de cyprès n’étoit plus qu’un cimetière chrétien; Gallus y avoit déposé le corps de saint Babylas. « Je me figurois d’avance, dit Julien, une pompe magnifique : je ne revois que victimes, libations, parfums, chœurs de beaux enfants, dont l’âme étoit aussi pure que leur robe étoit blanche. J’entre dans Ve temple, je n’y trouve ni encens, ni gâteaux, ni victimes... J’interroge le prêtre, je demande ce que la ville sacrifiera aux dieux dans cette fête solennelle. » — « Voici une oie que j’apporte de ma maison, » me répondit-il1 2.
Les temples détruits par le temps ou par les chrétiens furent réparés. Julien fut le Luther païen de son siècle ; il entreprit la réformation de l’idolâtrie sur le modèle de la discipline des chrétiens. Plein d’admiration pour la fraternité évangélique, il désiroit que les païens se liassent ainsi d’un bout de la terre à l’autre; il vouloit que les prêtres de l’hellénisme eussent la vertu des prêtres de la croix, qu’ils fussent comme eux irréprochables, que comme eux ils prêchassent la pitié, la charité, l’hospitalité. Il ordonna des prières graves et régulières à heures fixes, chantées à deux chœurs dans les temples ; enfin , il se proposait de fonder des monastères d’hommes et de femmes et des hôpitaux. « Ne devons-nous pas rougir que les Galiléens, ces impies, après avoir nourri leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres, laissés dans un dénûment absolu 3 ? » Saint Grégoire de Naziance remarque que ces imitateurs des chrétiens ne se pouvoient appuyer de l’exemple
1. Le texte de cette plaisanterie est en grec dans Annnien. (Voir la note des savants éditeurs, Amm., in-fol., Lugd. Bat.av., 1093.) On a appliqué cette épigramme à Marc-Aurèle.