‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 93 sur 358 · Theod., lib. iii, cap. xxi · texte numérisé non relu

Theod., lib. iii, cap. xxi

mien, admirateur de Julien, l’accuse d’avoir été plus superstitieux que religieux. Auguste et Claude avoient défendu les sacrifices humains; mais dans la législation du despotisme ce qui est interdit au peuple est permis au tyran : le prince qui crée le crime, qui fait la loi et l’applique est au-dessus de l’un et de l’autre.

Julien méditoit contre les chrétiens un plan de persécution digne d’un sophiste; il en avoit remis l’exécution à son retour de la guerre des Perses : il lui falloit un triomphe pour faire de l’injustice avec de la gloire. Exclusion des Galiléens de tous les emplois, interdiction des tribunaux, nécessité d’offrir de l’encens aux idoles afin de conserver le droit de plaider ou même d’acheter du pain ' : tel étoit le dessein que la haine philosophique, la jalousie littéraire et l’amour-propre blessé avoient inspiré à l’apostat. Un trait caractéristique de l’histoire du peuple qui nous occupe est cette privation de la justice toujours ordonnée, comme la plus grande peine qu’on pût infliger à un citoyen. La société chez cette nation magistrale étoit pénétrée de la loi et incorporée avec elle : les fastes de l’empire étoient un grand recueil de jurisprudence, le monde romain un grand tribunal.

Julien régna vingt mois seize ou vingt-trois jours depuis la mort de Constance. Enflé de ses succès contre les Franks, fier des ambassadeurs qu’il recevoit des peuples les plus éloignés, tels que ceux de la Taprobane, il refusa la paix que lui offroit Sapor. Ce roi des rois, que la tiare avoit coiffé jusque dans la nuit du sein maternel, ce frère du Soleil et de la Lune 2 poursuivoit avec acharnement les chrétiens, peutêtre par animosité contre le frère aîné dont il avoit usurpé le trône, Hormisdas, l’exilé et le chrétien : on a évalué à' deux cent quatre-vingtdix mille le nombre des victimes immolées dans les États de Sapor. Celui qui vouloit détruire les disciples de l’Évangile par la loi et celui qui les livroit à l’épée alloient en venir aux mains: la Providence armoit l’apostat contre le persécuteur. Julien se croyoit si sûr de la victoire qu’il refusa l’alliance des Sarrasins ; il traita avec hauteur Arsace, roi d’Arménie, dont il réclamoit néanmoins l’assistance: Arsace professoit le christianisme. Une grande famine, augmentée encore par une fausse mesure sur les blés, avoit régné à Antioche; le rassemblement d’une nombreuse armée accrut le fléau. Quelque chose sembloit pousser Julien, et dans une entreprise militaire d’une si haute importance on ne reconnoissoit plus ses talents accoutumés. 11 avoit dédaigné d’attaquer les Goths; c’étoit la Perse qu’il se flattoit

L Theodor., lib, m, cap. xxm ; Sozom., lib. iv; Greg. Naz., or. ni.

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