Beatum fuisse. . . Intellexit occisum. {Id., ibid
3. Medio noctis liorrore vita fcicilius est absolutus. (Id., ibid.)
4. Julian., epist. u. La Bletterie ne lui en donne que trente-et-un , et se trompe avec l’historien Socrate.
5. Aiunt ilium, vulnere accepto, statim haustum manu sua sanguinem in cœlum jecisse, luec dicentem : Vicisti, Galilæe! (Soz., lib. ni, cap. xxv, pag. 147.)
dans une rivière, afin de disparoître comme Romulus et de se faire passer pour un dieu. D'après les actes de Théodoret, ce ne furent point des Perses, mais des anges sous la figure des Perses, qui combattirent Julien L
La manière dont il périt devint encore un objet de controverse : les Romains assuroient que la javeline avoit été lancée par un Perse, les Perses par un Romain. Libanius avance, dans un de ses ouvrages, que l’empereur fut tué en trahison comme Achille1 2; dans un autre il semble accuser le chef des chrétiens, qui, selon Gibbon, ne pouvoit être que saint Athanase 3. La vie de saint Basile et la Chronique d’Alexandrie contiennent l’histoire d’une vision de ce saint, de laquelle il résulteroit que Mercure, martyr de Cappadoce , avoit frappé Julien par ordre de Jésus-Christ4. Didyme, célèbre aveugle, Julien Sabbas, fameux solitaire, eurent des révélations de la même nature. Didyme aperçut en songe des guerriers montés sur des chevaux blancs courant dans l’air, et qui s’écrioient : « Dites à Didyme qu’aujourd’hui , à cette heure même, Julien a été tué5. » Sabbas entendit une voix qui prononçoit ces mots : « Le sanglier sauvage qui ravageoit la vigne du Seigneur est étendu mort6. » Libanius, demandant à un chrétien d’Antioche :
1. Et cum omnia se obtinuisse putasset, subito ei irruit multitudo exercitus angelorum. (Passion. S. Tlieodor. presbyt.)
2. Dolo enim mortuus est, sicut Acbilles. ( Lib. pro Templis, pag. 24 ; Genevæ, 1634.)
3. Gibbon suit l’opinion de La Bletterie : le dernier remarque qu’on avoit, d’après une phrase de Libanius, soupçonné saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, mais que cette phrase désigneroit plutôt saint Athanase. Seize ans après la mort de Julien, Libanius ne craignit point de renouveler une accusation, qui d’ailleurs étoit sans preuve , dans un discours adressé à l’empereur Théodose. Sozomène (lib. vi, cap. ii) fait honneur à quelques chrétiens zélés de la mort de Julien, et compare ces héros inconnus à ces Grecs généreux qui se dévouoient autrefois pour la patrie. Libanius est si peu d’accord avec lui-même, qu’il dit positivement dans un autre discours (orat. 11, pag. 258) que Julien avoit été tué par un Aquemenide, un Perse.
4. Per nocturnam speciem, Basilius, Cæsareæ episcopus, vidit cœlos apcrtos et Christum Salvatorem in solio pro tribunali sedentem magnoque clamore vocantem : Mercuri, abi, occide Julianum imperatorem, ilium hostem christianorum. Sanctus ergo Mercurius stans coram Domino loricam ferream indutus, accepto a Domino mandato, evanuit : rursus visus adstare ad tribunal Domini exclamavit : Julianus' imperator expiravit uti imperasti , Domine. (Chronicon Alejandrinum , pag. 693- 694.)
5. Equos candidos per aerem discurrentes sibi videre visus est, virosque ipsis insidentes ita clamantes audire : Nuntiate Didymo liodie Julianum bac ipsa liora peremptum esse. (Sozom., Histor ecctes., lib. vi , cap. n, pag. 518.)
6. Suem agrestem, vastatorem vineæ domini . mortuum jacere. (Theodor.,
lib. ni, cap. xix, pag. 657 ; Lutetiæ Parisiorum, 1642.)
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« Que fait aujourd’hui le fils du charpentier? » — « Un cercueil, » répondit le chrétien U
La plupart de ces faits sont contestés et très-contestables; mais il s’agit moins de la critique historique à cette époque que de la peinture du mouvement des esprits.
Les païens furent consternés en apprenant la fin prématurée du restaurateur de l’idolâtrie. « Je me souviens, dit saint Jérôme, qu’étant encore enfant et étudiant la grammaire, lorsque toutes les villes fumoient des feux des sacrifices, la nouvelle de la mort de Julien se répandit tout à coup. Un philosophe s’écria : « Les chrétiens déclarent que leur Dieu est patient, et rien n’est aussi prompt que sa colère1 2 ! »
Grégoire de Nazianze commence et termine ses invectives contre Julien par une sorte d’hymne où respire une joie aussi féroce qu’éloquente :
« Peuples, écoutez! soyez attentifs, vous tous qui habitez l’univers! j’élève de ce lieu, comme du haut d’une montagne, un cri immense. Écoutez, nations! écoutez, vous qui êtes aujourd’hui, et vous qui viendrez demain! Anges, puissances, vertus, écoutez! La destruction du tyran est votre ouvrage. Le dragon, l’apostat, le grand et redoutable génie, l’ennemi du genre humain, qui répandoit partout la terreur, qui vomissoit des blasphèmes contre le ciel, celui dont le cœur étoit encore plus souillé que la bouche n’étoit impure, est tombé ! Cieux et terre, prêtez l’oreille au bruit de la chute du persécuteur.
« Venez aussi, généreux athlètes , défenseurs de la vérité, vous qui avez été donnés en spectacle à Dieu et aux hommes! approchez, vous qui fûtes dépouillés de vos biens; accourez, vous qui, injustement bannis de votre patrie terrestre, avez été arrachés des bras de vos femmes et de vos enfants; enfin, je convoque à ces réjouissances tous ceux qui confessent un seul Dieu, souverain maître de toutes choses. C’est ce Dieu qui a exercé un jugement si éclatant, une vengeance si prompte; c’est le Seigneur qui a percé la tête de l’impie. Dans les saints transports qui m’animent, il n’est point de paroles qui répondent à la grandeur du bienfait. Nous verrons un jour combien les
1. Iste fabri filius arcam ei ligneam parat ad tumulum. (Sozomen., Hisi. eccles.; Julian., cap. ir , pag. 519.) L’histoire de saint Mercure, dont on a fait un chevalier Mercure, est devenue le sujet d’un drame du moyen âge.
2. Dum adhuc essem puer, et in grannnaticæ ludo exercerer, omnesque urhes
victimarum sanguine polluerentur, ac subito in ipso persecutionis ardore Juliani nuntiatus esset interitus, elegauter unus de ethnicis : Quomodo, inquit, christiani dicunt Deum suum esse 'patientera . . . nihil iracundins, nihil hoc furore præsentius !
(S*. Hieron., Comment., lih. ii, cap. ni , in Habacuc, pag. 243-244.)
supplices de Julien damné sont au-dessus de ce que l’esprit humain se peut figurer de tourments. O homme , qui te disois le plus prudent et le plus sage des hommes, voilà l’oraison funèbre que Grégoire et Basile prononcent sur ton cercueil ! O toi , qui nous avois interdit l’usage de la parole, comment es-tu tombé dans le silence éternel* ? »
Si Antioche se réjouit par des festins et des danses ; si la victoire de la croix fut non -seulement célébrée dans les églises, mais sur les théâtres; si l’on s’écrioit : Où sont vos oracles, insensé Maxime 2? à Carrhes, le courrier porteur du fatal message fut lapidé1 2 3; quelques villes placèrent l’image de Julien parmi celles des dieux, et lui rendirent les honneurs divins 4.
Libanius se voulut percer de son épée5 *, et se résolut à vivre pour travailler à l’apologie d’un prince dont Grégoire de Nazianze devoit écrire la satire : la louange est plus à l’aise que le blâme sur un tombeau. Tel est l’emportement du fanatisme, qu’un saint, un Père de l’Église, un homme supérieur par ses talents, n’a pas craint d’avancer que Julien avoit fait empoisonner Constance.
Le corps de Julien, transporté à Tarse, fut enterré en face du monument de Maximin Data : le chemin qui conduit aux défilés du mont Taurus séparoit les sépulcres des deux derniers persécuteurs deschrétiens G.
Les funérailles eurent lieu selon les rites du paganisme : des bouffons chantoient des airs funèbres; un personnage représentoit le mort, et les baladins prenoient plaisir, au milieu de leurs danses et de leurs lamentations, à se moquer de la défaite et de l’apostasie de l’ennemi des théâtres 7 .
1. Greg. Naz., Or. cont. Julian. Ce beau mouvement, Venez aussi, généreux athlètes , a été visiblement imité par Bossuet dans l’admirable apostrophe qui termine l’Oraison funèbre du grand Condé.
2. Nec in ecclesiis solum ac martyriis, cuncti tripudiabant, sed in ipsis etiam theatris victoriam crucis prædicabant... Omnes siquidem juncti simul clamabant : Ubinam sunt vaticinia tua, Maxime stulte? (Tiieodor., lib. nr, cap. xxvm, p. 147— 148.)
3. Et Carrheni tantum percepere dolorem morte Juliani nuntiata, ut eum qui nuntium hune adtulcrat lapidibus obruerint. (Zosim., lib. ni, p. lix; Basileæ.)
4. Pleræque urbes ilium deorum figuris repræsentarunt, atque ut divos honorant. (Lib., Orat. x, t. I, p. 330; Lutetiai, 1037.).
5. In ensem oculos conjeci, quasi vita acerbior omni jugulatione mihi futura esset.. (Lib., VU., p. 45.)
G. Porro cadaver Juliani, cum Merobaudes , et qui cum illo erant, in Ciliciam déportassent, non consulte, sed casu quodam, e regione sepulchri in quo Maximini ossa erant condita deposuerunt, via publica duntaxat loculos eorum a se invicem séparante. (Philostorg., Hist. ecclesiast ., lib. vin, p. 511 ; Parisiis, 1073.)
7. Mimi et histriones eum ducebant probris a scena petitis, ac ludibriis incesse-
Le chrétien Grégoire de Nazianze plaint la ville de Tarse, condamnée à garder la poussière de l’adorateur des démons; poussière qui s’agitoit, et que la terre rejeta U
Le philosophe Libanius eût désiré saluer la dépouille mortelle de Julien auprès de celle du divin Platon dans les jardins de T Académies.
Le soldat Ammien Marcellin souhaitoit que les cendres de son général fussent baignées non par le Cydnus, mais par le Tibre, qui traverse la ville éternelle et embrasse les monuments des anciens césars3. Toutefois, la tombe de Julien aux bords du Cydnus, si renommé par la fraîcheur de ses ondes, devint une espèce de temple ; une main amie y grava cette épitaphe : Ici repose Julien, tué au delà du Tigre. Excellent empereur, vaillant guerrier11. Le polythéisme en étoit à son tour réduit aux reliques et à pleurer dans ses sanctuaires abandonnés.
En dédaignant le faste de la cour de Constance, en recevant d’une armée mutinée le titre d’auguste, Julien avoit rendu momentanément le droit d’élection aux seuls soldats : ils s’assemblèrent après sa mort; pressés de se donner un chef, ils offrirent la pourpre au préfet Salluste, qui rejeta cet honneur. Vous avez pu remarquer que l’on coinmençoit à refuser assez fréquemment l’autorité suprême : jusqu’au règne de Commode , l’empire étoit la possession de tous les plaisirs dans le repos; mais après ce règne le césar ne fut plus qu’un soldat courant les armes à la main du Rhin à l’Euphrate, et du Nil au Danube, combattant ou repoussant l’ennemi, domestique ou étranger. Le pouvoir, qui cessoit d’être une jouissance , devint un fardeau : la médiocrité étoit toujours prompte à le mettre sur ses épaules, le mérite à le secouer.
Au défaut de Salluste, les légions élurent empereur Jovien , primicère des gardes, dont le nom avoit été prononcé par hasard. Il étoit
Tant, eique fidei abjurationem et cladem vitæque finem exprobrantes. (S. Gregor. Theologi Oral. 5, t. J, p. 159; Lutetiæ, 1778.)
1. Ut mihi quispiam narravit nec ad sepulturum assumptum, sed a terra quæ ipsius causa turbata fucrat excussum, æstuque vehementi projectum. ( Id., orat. xxï, pag. 408.)
2. /Ytque eum quidem Tarsi in Cilicia recepit suburbanum : at potiori jure in Academia, proximo Platonis sepulchro , fuisset tumulatus. (Liban., Orat. Parental., cap. clvi, p. 377.)
3. Cujus suprema et cineres, si qnis tune juste consuleret, non Cydnus videre deberet, quamvis gratissimus amnis et liquidas : sed ad perpetuandam gloriam recte factorum præterlambere Tiberis, intersecans urbem æternam divorumque veterum monumenta præstringens. (Amm., lib. xxv, cap. x.)
4. Amm., lib. xxv, cap. x, p. 310, n. z. Voyez aussi Vie de Julien, par La Blettcrie, ad fin.
chrétien et catholique comme Valentinien ; il avoit préféré comme lui sa foi à son épée ; mais Julien, qui le redoutoit peu, consentit à lui laisser Tune et l’autre. Jovien s’étoit trouvé chargé de conduire à Constantinople le corps de Constance, mort à Mopsucrène : assis dans le char funèbre, il avoit partagé les honneurs impériaux rendus à la poussière de son maître; on en augura sa grandeur future : on y auroit pu trouver le présage de son second et prochain voyage sur le même char.
Jovien signa une paix de vingt-neuf ou de trente ans, et conclut un Jovien traité honteux avec Sapor : il céda aux Perses cinq provinces transti- damas 1er gritaines *, la colonie romaine de Singare et la ville de Nisibe, malgré Anpdapj'c ses larmes, malgré son dernier siège, retracé éloquemment par Julien 364. dans l’un de ses deux panégyriques de Constance. Obligés de livrer à Sapor les murs qu’ils avoient si vaillamment défendus contre lui avec Jacques leur évêque, les Nisibiens , chassés de leurs foyers, dépouillés de leurs biens , offrirent encore à l’auteur de leur exil la couronne d’or que chaque ville étoit dans l’usage de présenter aux nouveaux empereurs : exemple touchant d’une fidélité qui ne se croyoit pas affranchie de ses devoirs par l’ingratitude2.
Jovien rendit la paix à l’Église, et rappela saint Athanase.
Ainsi s’évanouirent tous les projets de Julien : il entreprit d’abattre la croix, et il fut le dernier empereur païen.
L’hellénisme retomba de tout le poids des âges dans la poudre d’où l’avoit soulevé à peine une main mal guidée. Les philosophes se rasèrent, jetèrent leur robe, et se contentèrent d’enseigner en silence ou de gémir sur les générations qui leur échappoient : on craignoit tellement d’être pris pour l’un d’eux , que les citoyens qui portoient des manteaux à franges les quittèrent.
Julien s’étoit porté à la conquête des Perses, afin de revenir dompter les chrétiens : cette guerre , qui devoit renverser le trône du grand roi, amena le premier démembrement de l’empire des césars.
Il a fallu vous rappeler en détail cette dernière épreuve de l’Église , parce qu’elle fait époque et qu’elle se distingue des autres : elle tient d’une civilisation plus avancée : elle a un air de famille avec l’impiété littéraire et moqueuse qu’un esprit rare répandit au xvme siècle.
Mais l’impiété de l’empereur, qui pouvoit ordonner des supplices , ne laissa aux chrétiens que des couronnes, et l’impiété du poète, qui n’avoit pas la puissance du glaive, leur légua des échafauds.
La persécution de Julien ne sortit point du paganisme populaire ;