PREMIÈRE PARTIE
DE VALENTINIEN 1er ET VALENS A GRATIEN ET A THÉODOSE Ier.
Valentinien, Pour éviter la confusion des sujets, vous aimerez mieux voir sépayalens rément ce qui se passoit aux empires d’Orient et d’Occident, sans Félix, Damas toutefois perdre de vue leur connexité et ce qu’il y avoit de commun Andeej’-c. dans les événements , les mœurs et les lois des deux grandes divi- 364-376. sions Ru monde romain.
L’Occident, dévolu à Valentinien, comprenoit lTllyrie, l’Italie , les Gaules, la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Afrique ; l’Orient, laissé à Valens, embrassoit l’Asie, l’Égypte, la Thrace et la Grèce.
La résidence particulière de Valentinien étoit à Milan , celle de Valens à Constantinople ; mais les deux empereurs se transportoient là où leur présence étoit nécessaire.
Dans l’Occident, ‘Valentinien eut à combattre les Allamans, qui se jetèrent sur la Gaule, et il fortifia de nouveau la ligne du Rhin. On voit paroître les Bourguignons, issus des Vandales qui habitoient les bords de l’Elbe. Leur roi étoit connu sous le nom générique d’Hendinos, et leur grand-prêtre sous celui de Sinistus L Ennemis des Alla-
1. Apud hos generali nomine rex appellatur Hendinos... Sacerdos omnium maximus yccatur Sinistus. (Amm. Marcell., lib. xxvm, cap. v, p. 539 ; 1071.)
mans, les Bourguignons s’allièrent avec Valentinien , et s’engagèrent à lui fournir une armée de quatre-vingt mille hommes.
Les Saxons et les Franks reparurent sur les côtes de la Gaule et de la Grande-Bretagne ; les Pietés et les Scots désolèrent cette dernière province. Théodose, général de Valentinien , les refoula au fond de la Calédonie.
Les peuples de la Gétulie, de la Numidie et de la Mauritanie ravagèrent l’Afrique : Théodose fut envoyé pour les repousser et punir l’avidité de Romanus, commandant militaire de cette province : il réussit dans la première partie de sa mission.
Valons et Valentinien poursuivirent avec toute la rigueur des lois romaines leurs sujets accusés de magie. Les victimes furent nombreuses à Rome et à Antioche. Maxime, si fameux sous Julien, et d’autres philosophes succombèrent; Jamblique s’empoisonna; Libanius échappa avec peine à l’accusation U
Valens étoit tyran par foiblesse, Valentinien par colère. Deux ourses, l’histoire en dit le nom, Inoffensive et Paillette dorée, avoient leurs loges auprès de la chambre à coucher de Valentinien ; il les nourrissoit de chaire humaine. Inoffensive, bien méritante, fut rendue à ses forêts2.
L’empereur d’Occident gâtoit de grandes qualités par un tempérament cruel : il ordonnoit le feu pour les moindres fautes. Milan eut des victimes qui prirent de leur injuste condamnation le nom d'innocents. Tout débiteur insolvable étoit mis à mort. Le prévenu récusoitil un juge, c’étoit à ce juge qu’on le renvoyoit3.
Vous êtes frappés de cet arbitraire de supplices qui souille les annales de Rome; le genre de peines à appliquer semble abandonné au caprice des magistrats et des particuliers : la loi criminelle chez les Romains étoit fort inférieure à la loi civile. Nous ne faisons pas assez d’attention aux améliorations évidemment apportées dans les lois par la mansuétude du Christ. Accoutumés que nous sommes à lire des faits atroces, quand nous voyons des hommes déchirés avec des ongles de fer, exposés nus et frottés de miel à la piqûre des mouches, torturés comme les prisonniers de guerre des Iroquois par l’ordre d’un
1. Primus ex nobilibus philosophis interfectus est Maximus, et post ilium oriundus ex Phrygia Hilarius, qui ambiguum quocldani oraculum clarius fuisset interpréta tus. Secundum hune Simonides, et patricius Lydus et Andronicus e Caria. (Zosim., Histor ., lib. iv, p. 65 ; Basileæ.)
2. Micam auream et Innocentiam : cul tu ita curabat enixo, ut earum caveas prope cubiculum suum locaret... Innocentiam denique, post multas quas ejus laniatu cadaverum viderat sepulturas, ut bene méritant in sylvas abire dimisit. (Amm. Marcell., lib. xxix, cap. ni.)
3. Amm. Marcell., lib. xxvii, cap. vu; lib. xxix, cap. ni ; lib. xxx, cap. vin.
juge ou la vengeance d’un simple créancier, nous ne nous demandons pas comment cela arrivoit chez les nations civilisées de l’ancien monde, et comment cela n’arrive plus chez les nations civilisées du monde moderne. Le progrès si lent de la société ne suffît pas pour rendre compte de ces changements ; il faut reconnoître une cause plus prompte, plus efficace, plus générale : cette cause est l’esprit du christianisme.
Le sang des empereurs païens se retrouve dans les cruautés de Valentinien ; le caractère des empereurs chrétiens dans les lois qui ordonnent des médecins pour les pauvres, et qui défendent l’exposition des enfants1 : honneur à la bénignité évangélique à qui l’on doit l’abolition d’une coutume qu’autorisoient les législations les plus fameuses de l’antiquité!
Parmi les lois de Valens et de Valentinien, je dois vous signaler encore l’institution des écoles, modèles de nos universités : l’éducation publique expira avec la liberté publique ; les collèges modernes eurent leur origine lointaine dans les siècles de décadence et d’esclavage de l’empire romain.
Valentinien donna aux villes des défenseurs officieux2, sorte de magistrats élus par le peuple3 : d’où il arriva que les Églises, devenues des espèces de municipes, eurent à leur tour des défenseurs qui se transformèrent en champions dans le moyen âge. La liberté politique s’étoit changée en privilège de bourgeoisie : on voit partout les empereurs adresser des lettres et des rescrits aux communes des diverses provinces de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie.
En suivant la série des institutions le Code à la main, on remarque, avec une admiration reconnoissante, que le travail des princes chrétiens tend surtout à l’adoucissement des inflictions criminelles et à la réforme des mœurs : les enfants des suppliciés retrouvent les biens paternels; des règlements améliorent le sort des pauvres et des esclaves, multiplient les cas de liberté; les vices abominables chantés par les poètes, et protégés des magistrats, sont punis. En un mot, c’est dans le recueil des lois romaines qu’il faut chercher la véritable histoire du christianisme, bien plus que dans les fastes de l’empire.
Valentinien accorda le libre exercice du culte à ses sujets, et ne prit aucun parti dans les querelles religieuses4 : il se crut d’autant plus autorisé à cette tolérance, qu’il s’étoit montré chrétien indépendant