‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 113 sur 165 · AARON, NADAB · texte numérisé non relu

AARON, NADAB

NADAB. parlant à dos soldais qu'on ne Toit paj.

Fidèles compagnons que mon sort inlcresse, Je ne crains plus ici les prêtres conjurés ; N'allez pas plus avant. Vous, Ruben, demeurez.

AARON

Approche, infortuné; dans le sein de ton père Vient confesser ta faute et cacher la misère.

NADAB

Ciel, qui savez mes maux, fortifiez mon cœur!

(A Aaron.)

Vous me désirez voir?

AARON

Ferais-tu mon malheur, Toi dont j'ai soutenu la paisible jeunesse? Instruisant ton berceau, protégeant ta faiblesse. C'est moi qui le premier t'appris le divin nom Du Dieu que tu trahis pour la fil'c d'Édom. Non , mon fils bien-aimc n'est point inexorable ; Il m'entendra.

NADAB

Aaron, votre bonté m'accable. , Craignez mon désespoir; no me condamnez pas De conduire aujourd'hui mon Arzane au trépas.

AARON

Tu peux aimer encor celte femme étrangère?

NADAB

Comme en ses jeunes ans vous aimâtes ma mère. Mo condamnerez-vous ?

ARRON.

Je te plains seulement; Je te viens consoler dans ton égarement.

33S moïse,

Quel mortel ne fut point éprouvé dans sa vie? Chaque jour à nos cœurs une joie est ravie : J'ai vu mourir ta mère , et , plein de mes regrets, Du Seigneur en pleurant j'adore les décrets. Sache donc, s'il le faut, pour t'épargner un crime, Souffrir que le ciel rompe un nœud illégitime. '

NADAB

Ma parole est liée.

AARON

Aurais-tu donc promis D'abandonner ton Dieu, Moïse et tes amis?

NADAD.

J'ai promis de sauver celle qu'on a proscrite.

AARON

Ainsi ton cœur se tait quand je le sollicite.

Ne cherchez plus le fils sorti de votre sang.

Un noir feu me consume et s'aliachc à mon flanc;

J'offre de tous les maux l'assemblage bizarre ;

Je pleure, je souris, et ma raison s'égare;

Je touche également aux vertus, aux forfaits;

Des sépulcres , la nuit, je viole la paix ;

Altéré de combats, quelquefois j'en frissonne....

J'irais du Roi des rois attaquer la couronne !

Puis, reprenant soudain des sentiments plus doux,

Je songe à votre peine, et je gémis sur vous.

Longtemps dans ce chaos je tourne, je me lasse.

Enfin, quand mon délire et s'apaise et s'efface.

Dans mon cœur, éclairé d'un tendre et nouveau jour.

Je ne retrouve plus que mon funeste amour.

AARON

Formidable peinture! étrange frénésie!

Serais-tu donc, Nadab, la victime choisie?

Reviens, prodigue enfant, à tes champs nourriciers.

Si le ciel te frappait, parjure à tes foyers.

Sur ma tète plutôt que ion péché retombe !

Moi, marqué pour la mort, je creuserais la tombe

De cet enfant chéri dont les saintes douleurs

A mon dernier linceul réservaient quelques pleurs :

Jeune guerrier, ma main desséchée et débile

Viendrait t'enscvelir dans ce sable stérile !

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