AARON, NADAB
NADAB. parlant à dos soldais qu'on ne Toit paj.
Fidèles compagnons que mon sort inlcresse, Je ne crains plus ici les prêtres conjurés ; N'allez pas plus avant. Vous, Ruben, demeurez.
AARON
Approche, infortuné; dans le sein de ton père Vient confesser ta faute et cacher la misère.
NADAB
Ciel, qui savez mes maux, fortifiez mon cœur!
(A Aaron.)
Vous me désirez voir?
AARON
Ferais-tu mon malheur, Toi dont j'ai soutenu la paisible jeunesse? Instruisant ton berceau, protégeant ta faiblesse. C'est moi qui le premier t'appris le divin nom Du Dieu que tu trahis pour la fil'c d'Édom. Non , mon fils bien-aimc n'est point inexorable ; Il m'entendra.
NADAB
Aaron, votre bonté m'accable. , Craignez mon désespoir; no me condamnez pas De conduire aujourd'hui mon Arzane au trépas.
AARON
Tu peux aimer encor celte femme étrangère?
NADAB
Comme en ses jeunes ans vous aimâtes ma mère. Mo condamnerez-vous ?
ARRON.
Je te plains seulement; Je te viens consoler dans ton égarement.
33S moïse,
Quel mortel ne fut point éprouvé dans sa vie? Chaque jour à nos cœurs une joie est ravie : J'ai vu mourir ta mère , et , plein de mes regrets, Du Seigneur en pleurant j'adore les décrets. Sache donc, s'il le faut, pour t'épargner un crime, Souffrir que le ciel rompe un nœud illégitime. '
NADAB
Ma parole est liée.
AARON
Aurais-tu donc promis D'abandonner ton Dieu, Moïse et tes amis?
NADAD.
J'ai promis de sauver celle qu'on a proscrite.
AARON
Ainsi ton cœur se tait quand je le sollicite.
Ne cherchez plus le fils sorti de votre sang.
Un noir feu me consume et s'aliachc à mon flanc;
J'offre de tous les maux l'assemblage bizarre ;
Je pleure, je souris, et ma raison s'égare;
Je touche également aux vertus, aux forfaits;
Des sépulcres , la nuit, je viole la paix ;
Altéré de combats, quelquefois j'en frissonne....
J'irais du Roi des rois attaquer la couronne !
Puis, reprenant soudain des sentiments plus doux,
Je songe à votre peine, et je gémis sur vous.
Longtemps dans ce chaos je tourne, je me lasse.
Enfin, quand mon délire et s'apaise et s'efface.
Dans mon cœur, éclairé d'un tendre et nouveau jour.
Je ne retrouve plus que mon funeste amour.
AARON
Formidable peinture! étrange frénésie!
Serais-tu donc, Nadab, la victime choisie?
Reviens, prodigue enfant, à tes champs nourriciers.
Si le ciel te frappait, parjure à tes foyers.
Sur ma tète plutôt que ion péché retombe !
Moi, marqué pour la mort, je creuserais la tombe
De cet enfant chéri dont les saintes douleurs
A mon dernier linceul réservaient quelques pleurs :
Jeune guerrier, ma main desséchée et débile
Viendrait t'enscvelir dans ce sable stérile !