ACTE V, SCÈNE V
Tu ne m'entendras plus te parler, te sourire;
Tu ne me verras plus chaque matin te dire :
« Viens, mon père, au soleil réchauffer tes vieux ans;
« Viens prier l'Éternel et bénir tes enfants. »
,(I1 fail quelques pas sur le théître:)
Mais par quel corps sanglant est ma marche heurtée? Aux corbeaux du désert une femme jetée... Noirs vautours attachés à ce sein éclatant, Je demande ma part du festin palpitant. Tu ne peux plus du moins repousser ma tendresse, Arzane; dans mes bras je te tiens, je te presse. Nous aurons au soleil montré dans un seul jour Des prodiges nouveaux et de haine et d'amour. Jéhovah ! puisqu'Arzane à ma flamme est ravie, Je te rends tes présents, je renonce à la vie : Pour aller aux enfers m'unir à la beauté, Je cours l'offrir l'encens que respire Astarté.
(Il fait) MOISï, aux lévites.
Suivez-le, gardez-le de sa propre misère.
Ne verse point sur lui. Seigneur, dans ta colère
Les feux dont Séboïn jadis fut consumé.
Et que de ton courroux le trésor soit fermé ! .
(Les lévites suivent Nadab. Moïse parlant i Marie.)
Vous, femme forte et sage, à la vertu nourrie, • Soignez l'àme d'Aaron d'un coup affreux meurtrie : Par mes ordres secrets Benjamin et Caleb Ont arrêté mon frère à la source d'Oreb.
(Marie sort : le ciel commence à se couvrir; on entend un coup de tonnerre. Moue, après aToir regardé It ciel et la montagne, dit :)
Quel présage effrayant ! Dieu vient : à sa présence La mer a fui; la Icrre attend dans le silence; Et les cieux, dont il fait trembler l'immensité, S'abaissent sous les pas de son éternité.