‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 158 sur 165 · CHANT II · texte numérisé non relu

CHANT II

« vaisseau de mon fils ! les enfanis regardent aussitôt la mer bleuâtre, « et ils repondent au vieillard : Nous n'apercevons qu'une vapeur pasce sagère. »

« Crimoïna, tu souris dans le songe du matin, tu crois recevoir ton « amant dans toute sa beauté; tes lèvres l'appellent par des mots à demi c( formés; tes bras sentr'ouvreni, et s'avancent pour le presser contre ton « sein : ah! Crimoïna, ce n'est qu'un songe!

« Armor est tombé, il ne reverra plus sa terre natale ; il dort dans la « poussière d'Inisfail.

« Crimoïna, tu sortiras de ton sommeil; mais quand Armor se réveil- « lera-t-il?

« Quand le son du cor fera-t-il tressaillir le jeune chasseur? quand le G choc des boucliers l'appellera-t-il au combat? Enfants des forêts, Ar- « mor est couché ; n'attendez pas qu'il se lève. Fils de la lance, la bataille « rugira sans Armor.

« Ta taille était comme celle du chêne, ô chef de Lochlin! l'aile <ïe « l'aigle marin était moins rapide que ta course ; ton bras descendait sur « les guerriers comme le tourbillon de Loda, et mortelle était ton épée « comme les brouillards du -Légo. »

Ainsi chantait le barde. La tombe d'Armor s'élève; les guerriers de Lochlin fuient ; leurs vaisseaux repassent les mers, pèsent sur l'abîme : par intervalles on entendait la chanson des bardes étrangers ; leurs accents étaient tristes.

Page 1