‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 160 sur 165 · CHANT IL · texte numérisé non relu

CHANT IL

«t gnons avec son sang la robe deDargo; nous porterons Dargo au palais : « Crimoïna déplorera-t-elle sa perte? »

0 malheur ! nous écoutons l'avis de Connas ! nous terrassons le sanglier écumant ; Connas le frappe de son épée. Nous enveloppons Dargo dans une robe ensanglantée ; nous le portons sur nos épaules à Crimoïna. Connas marchait devant nous avec la déj)ouille du sanglier : « J'ai tué le « monstre, disait-il ; mais auparavant sa dent mortelle a percé ton amant, et ô Crimoïna! »

Crimoïna écouta ces paroles de mort : silencieuse et pâle, elle reste immobile comme les colonnes de glace que l'hiver fixe au sommet du Mora. Elle demande sa harpe; elle la fait résonner à la louange du héros qu'elle croyait expiré. Dargo voulait se lever; nous l'en empêchâmes jusqu'à la fm de la chanson, car la voix de Crimoïna était douce comme la voix du cygne blessé, lorsque ses compagnons nagent tristement autour de lui.

« Penchez-vous, disait Crimoïna, sur le bord de vos nuages, ô vous, « ancêtres de Dargo ! et transportez votre fds au palais de votre repos. « Et vous, filles des champs aériens de Trcnmor, préparez la robe de « vapeur transparente et colorée. Dargo, pourquoi m'avais-tu fait ou- « hlier Armor? Pourquoi t'aimais-je tant? Pourquoi étais-je tant aimée? c( Nous étions deux fleurs qui croissaient ensemble dans les fentes du « rocher; nos têtes humides de rosée souriaient aux rayons du soleil. 0 Ces fleurs avaient pris racine dans le roc aride, les vierges de Morven « disaient : Elles sont solitaires, mais elles sont charmantes. Le daim « dans sa course s'élançait par-dessus ces fleurs, et le chevreuil épar- « gnait leurs tiges délicates.

« Le soleil de Morven est couché pour moi. Il brilla pour moi, ce so- « leil, dans la nuit de mes premiers maflieurs, au défaut du soleil de ma « patrie ; mais il vient de disparaître à son tour ; il me laisse dans une om- « bre éternelle.

« Dargo, pourquoi t'es-tu retiré si vite? pourquoi ce cœur brûlant « s'est-il glacé? Ta voix mélodieuse est-elle muette? Ta main, qui naguère « maniait la lance à la tête des guerriers, ne peut plus rien tenir ; tes pieds « légers, qui ce matin encore devançaient ceux de tes compagnons, sont à « présent immobiles comme la terre qu'ils effleuraient,

« Partout, sur les mers, au sommet des collines, dans les profondes « vallées, j'ai suivi ta course. En vain mon père espéra mon retour, en a vain ma mère pleura mon absence; leurs yeux mesurèrent souvent l'é- « tendue des flots, souvent les rochers répétèrent leurs cris. Parents, a amis, je fus sourde à votre voix ! toutes mes pensées étaient pour a Dargo; je l'aimais de toute la force de mes souvenirs pour Armor. a Dargo, l'autre nuit j'ai goûté le sommeil à tes côtés sur la bruyère. « N'est-il pas de place cette nuit dans ta nouvelle couche? Ta Crimoïna « veut reposer auprès de toi, dormir pour toujours à tes côtés. »

Le chant de Crimoïna allait en s'atiaiblissant à mesure qu'il approchait de sa lin; par degrés s'éloignait la voix de Icuan^ère : l'instru-

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ment échappa aux bras d'albâtre de la fille de Lochlin. Dargo se lève : il était trop tard! l'âme de Crimoïna avait fui sur les sons de la harpe. Dargo creusa la tombe de son épouse auprès de celle d'Évella, et prépara pour lui-même la pierre du sommeil.

Dix étés ont brûlé la plaine, dix hivers ont dépouillé les bois; durant ces longues années, l'enfant du malheur, Dargo, a vécu dans la caverne; il n'aime que les accents de la tristesse. Souvent je chante au chef infortuné des airs mélancoliques dans le calme du midi, lorsque Crimoïna se penche sur le bord de sa nue pour écouter les soupirs du barde.

DUTHONA

POEME

« Pourquoi, ô mers ! élevez-vous votre voix parmi les rochers de Mor- « ven? vent du midi, pourquoi épuises-tu ta rage sur mes collines? « Est-ce pour retenir ma voile loin du rivage de l'ennemi, pour arrêter « le cours de ma gloire? Mais, ô mers ! vos flots mugissent en vain; « vent du midi, tu peux souffler, mais tu n'empêcheras point les vais- « seaux de Fingal de vder à la contrée lointaine de Dorla : la fureur se « calmera, et la surface azurée de l'Océan deviendra tranquille et bril- « lante. Oui, le bruit de la tempête cessera, mais la mémoire de Fingal « ne périra point. »

Ainsi parla le roi, et ses guerriers se rangèrent autour de lui. Le vent siffle dans les cheveux touffus de Dumolac; Leth se penche sur son bouclier d'airain, tout ridé de mille cicatrices ; Molo agite dans les airs sa lance étincelante ; la joie de la bataille est dans les yeux de Gormalon.

Nous cinglons à travers l'écume houleuse de l'Océan : les baleines effrayées plongent au fond de l'abîme, les iles fuient ; elles s'abaissent tour à tour derrière nous sous l'onde, et Duthona sort peu à peu devant nous du sein des flots. Les vagues roulantes et élevées nous en dérobent de temps en temps la vue. « C'est la terre de Connar, dit Fingal, le pays de « l'ami de mon peuple. »

La nuit descend, le ciel est ténébreux, le pilote cherche en vain de ses regards l'étoile qui nous guide ; il l'entrevoit quelquefois à travers le voile déchiré d'un nuage : mais l'ouverture se referme, et le flambeau de notre route se cache. « Les pas de la nuit sur l'abîme, dit Fingal, sont « menaçants; que noire vaisseau se repose au rivage jusqu'au retour de « la lumière. »

Nous entrons dans la baie de Duthona. Quelle ombre terrible se tient sur le rocher, en s'appuyant sur un pin? Son bouclier est un nuage ; derrière ce boudicr pas^e la lune errante. L'ombre a pour lance une colotuic de brouillard d'un bleu sombre, surmontée d'une étoile sanglante ; un

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météore lui sert d'épée ; les vents, dans leurs jeux, élèvent la chevelure du fantôme comme une fumée , deux flammes qui sortent de deux cavernes creusées dans les nuages sont les yeux menaçants de cet enfant de la nuit. Souvent Fingal a vu se inanifesier ainsi le signe de la bataille ; mais qui pourrait y croire dans la patrie de Connar, ami du peuple de Fingal?

Le roi monte sur le rocher, le glaive de Luno Jette dans sa main des ondes de lumière ; Carrill marche derrière le roi. Le fantôme aperçoit Fingal, et sur l'aile d'un tourbillon s'envole ; le héros le poursuit du geste et de la voix. Cette voix est entendue sur les colihies de Duthona, qui s'agitent avec tous leurs rochers et tous leurs arbres; le peuple tressaille, se réveille en rêvant le péril, et les feux d'alarme sont allumés de toutes parts.

« Levez-vous, dit le roi revenant parmi ses guerriers ; levez-vous : a que chacun endosse son armure et place devant lui son bouclier. Il « nous faut combattre. Nos amis nous vont attaquer au milieu de la nuit; a Fingal ne leur dira pas son nom, car nos ennemis s'écriraient ensuite : « Les guerriers de Morven furent effrayés! ils dirent leur nom pour évi- G ter le combat ! Que chacun endosse son armure et place devaui lui son c bouclier ; mais que nos lances errent loin du but, que nos Qèches soient a emportées par les vents. A la lumière du matin, nos amis nous recona naîtront, et la joie sera grande dans Duthona. »

Nous rencontrâmes la colonne mou^5ante et sombre des guerriers de Duthona. Gomme la grêle échappée des flancs de l'orage , leurs flèches tombent sur nos boucliers , nous environnent comme un rocher entouré par les flots. Fingal vit que son peuple allait périr , ou qu'il serait forcé de combattre : il descendit.de la colline, ainsi qu'une ombre qui se plaît à roMler avec les tempêtes. La lune , dans ce moment , leva sa tète audessus de la montagne, et réfléchit sa lumière sur l'épée de Luno ; l'épée étincelle dans la main du roi, comme un pilier de glace pendant l'hiver, à la chute devenue muette du Lora. Duthona vit la flamme, et n'en put supporter la splendeur ; ses guerriers se retirèrent comme les ténèbres devant le jour ; ils s'enfoncèrent dans un bois.

Avançant à leur suite, nous nous arrêtâmes au bord d'un profond ruisseau qui coulait devant nous à travers la bruyère. Son lit se creusait entre deux rivages semés de fougères et ombragés de quelques bouleaux vieillis. Là , nous nous entretînmes du récit des combats et des actions des premiers héros. Carrill redit les faits du temps [)asi;c, Ossian célébra la gloire de Connar : sa harpe ne put oublier la tendre beauté de IVfinla.

Les chants cessèrent , une brise murmura le long du ruisseau; elle nous apporta les soupirs de l'infortune : ils étaient doux comme la voix dos ombres au milieu d'un bois solitaire, quand elles passent sur la tombe des morts.

« Allez, Ossian, dit le roi , quelque guerrier langu't sur son bouclier : « qu'il soit apporté à Fingal : s'il est blesse , qu'on applique les herbes

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« de la montagne snr sa plaie. Aucun nuage ne doit obscurcir notre joie « dans la terre de Duthona.

Je marchai guidé par la chanson du malheur.

«Triste et abandonnée est ma demeure, disait la chanson; aucatib voix « ne s'y fait entendre , si ce n'est celle de la chouette. Nul barde ne a charme la longueur de mes nuits; les ténèbres et la lumière sont égaa les pour moi. Le soleil ne luit point dans ma caverne ; je ne vois point a flotter la chevelure dorée du matin, ni couler les flots de pourpre que a verse l'astre du jour à son couchant. Mes yeux ne suivent point la lune e à travers les pâles nuages ; je ne vois point ses rayons trembler à tra- 0 vers les arbres dans les ondes du ruisseau : ils ne visitent point la a caverne de Gonnar.

« Ah ! que ne suis-je tombé dans la tempête de Dorla ! ma renommée a ne serait pas évanouie comme le silencieux rayon de l'automne qui fl court sur les champs jaunis entre les ombres et les brouillards. Les en- « fants sous le chêne ont senti un moment la chaleur du rayon , et l'ont a bénie ; mais il passe : les enfants poursuivent leurs jeux , et le rayon c est oublié.

« Oubliez-moi aussi, enfants de mon peuple, si vous n'êtes pas tom- « bés comme moi, si Dorla, qui a envahi Duthona, n'a point soufflé sur a vous dans votre jeunesse, comme l'haleine d'une gelée tardive sur a les bourgeons du printemps. Que n'ai-je autrefois trouvé la mort à a vos yeux, quand je marchais avec Fmgal au-devant des forces de a Swaran ! Le roi eut élevé ma tombe, Ossian eut chanté ma gloire ; les a bardes des futures années, en s'asseyant autour du foyer, eussent dit e à l'ouverture de la fête : Écoulez la chanson de Gonnar.

a A présent, enchaîné dans celte caverne, je mourrai tout entier : a ma tombe ne sera point connue ; le voyageur écartera sous ses pas, a avec la pointe de sa lance , une herbe longue et flétrie ; il découvrira « une pierre poudreuse : Qui dort dans cette étroite demeure? demana dera-t-il à l'enfant de ia vallée ; et l'enfant de la vallée lui répondra : « Son nom n'est point daus la chanson.

— a Ton nom sera dans la chanson, na'écriai-je ; tu ne seras point « oublié par Ossian. Sors de la caverne où t'a caché la destinée, et viens a lever encore la lance dans la bataille. Viens. Fiiigal sera auprès de toi; c il te vengera. Viens, les oppresseurs de Duthona sécheront à ton asc pect comn)e la fougère atleinte par la brise : ton nom refleurira comme c le chêne qui ombrage les salles de les tètes, quand, après les rigueurs a de l'hiver, il se rajeunit au printemps. »

Gonnar prit la voix d'Ossian pour celle d'une ombre ; a Ta voix m'est « agréable, entant de la nuit, dit-il, car tes fantômes n'effrayent point « mon âme ; ta voix est douce à Gonnar abandonné. Gonvcrsc avec moi • dans la caverne ; notre entretien sera de la tombe et de la demeure c aérienne des héros. Nous ne parlerons poinl de Duthona; nous serons « silencieux sur ma gloire, elle s'est évanouie. Mes amis ausbi sont loin:

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a ils dorment sur leurs boucliers ; mon souvenir ne trouble point leur « repos. Ah ! qu'ils continuent de sommeiller en paix !

« Ombre amie, ^ma demeure sera bianîôt avec la tienne. Nous visite- « rons ensemble les enfants du mallieur dans leur caverne; nous leur a ferons oublier leurs chagrins dans les illusions des songes : nous les « conduirons en pensée dans les champs de leur renommée : ils croiront « briller dans les combats; leur tunique d'esclave s'allongera enrobe « ondoyante ; leurs prisons souterraines deviendront las nobles salles de a Fingal ; le murmure du vent sera pour eux et pour nous la mélodie « des harpes, le frissonnement des gazons deviendra le soupir des viera ges. Ombre amie , en attendant que je m'unisse à toi dans les nuages, « descends souvent àlacaverne de Connar! Fantôme d-^ la nuit, ta voix « est charmante à mon cœur. »

Je me plonge dans la caverne de Connar ; je coupe les lifns dont les guerriers de Dorla avaient entouré les mains du chef; je conduis le roi délivré à Fingal; leurs visages brillèrent de joie au milieu de leurs cheveux gris, car Fingal et Connar se souviennent de leurs jeunes années, de ces premiers jours de la vie où ils tendaient ensemble leurs aivsau bord du torrent. « Connar, dit Fingal, qui a pu confiner l'ami de Morven dans « la caverne? Puissant devait être son bras, inévitable, son épée.

« — Dorla, répondit Connar, apprit que la force de mon bras s'était « évanouie dans la vieillesse. 11 attaqua mes salles pendant la nuit, lors- « que j'étais seul avec ma fille Niala, et que mes guerriers étaient ab- « sents. Je combattis : le nombre prévalut. Dorla est re?!é dans Dulhona, « et mes peuples sont dispersés dans leurs vallons ignorés. »

Fingal entendit les paroles de Connar : il fronce le sourcil : les rides de son front sont comme les nuages qui couvent la tempête. Il agite dans sa main sa lance mortelle, et regarde l'épée de Luno.

« Il n'est pas temps de reposer, s'écrie-t-il, quand celui qui dépouilla « mon ami est si près. Les guerriers de Dorla sont nombreux; ils nous a ont attaqués cette nuit, et nous avons cru, en les respectant, que c'é- « talent les bataillons de Connar. Ossian et Gormalon, a\aiiCez le long « du rivage. Dumolach et Leth, volez aux salles de Connar; et si vous y a trouvez Niala, étendez devant elle vos boucliers protecteurs. Molo, « observe l'ennemi, afin qu'il ne puisse livrer ses voiles au vent sans « combattre. El toi, Currill, où es- tu? Barde aux douces chansons, reste a auprès du chef de Duthona avec ta harpe : sa mélodie est un rayon de fi lumière qui se glisse au milieu de l'orage. »

Carrill vint avec sa harpe : les sons de cette harpe étaient légers comme le mouvement des ombres glissant dans un air [)ur sur les rivages de Lara. Coulez en silence, ruisseaux de la nuit, que nous entendions la chanson du barde. » i»

a Au bord des torrei^s de Lara se penche un chêne qui laisse tomber « de ses fouilles, sur le couraj^t de l'eau, les pleurs de la rosée. Là, OB « voit error deux ombres, lorsque le soleil illumine la [laine et que le « silence est dans Morven : l'une est ton ombre, vénérable Uval ; l'autre

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a est celle de ta fille, la belle chasseresse. Les jeunes guerriers de Lara « poursuivaient les chevreuils ; ils célébraient la fête dans la cabane loin ^ « taine du désert. Colgar les découvrit, et parut subitement à Lara comme a le torrent qui fond du haut d'une montagne, quand l'ondée est encore « sur les hauts sommets, et n'a point descendu dans la vallée. — Fille « d'Uval, dit Colgar, il te faut me suivre ; j'enchaînerai ici ton père, cap « il frapperait sur le bouclier, et les jeunes guerriers pourraient entendre « le son dans la solitude.

— « Colgar, je ne t'aime pas, dit la fille d'Uval; laisse-moi avec mon a père : ses yeux sont tristes, ses cheveux, blanchis. »

« Colgar est sourd à la prière ; la fille d'Uval est obligée de le suivre, a mais ses pas sont tardifs. Un chevreuil bondit auprès de Colgar ; ses « flancs bruns se montrent à travers les vertes bruyères. — Colgar, dit « la fille d'Uval, prête-moi ton arc, j'ai appris à percer le chevreuil. Cola gar crut la beauté déjà consolée, et, plein d'amour, il donne son arc. 0 La fille d'Uval tend la corde, la flèche part, Colgar tombe. La fille a d'Uval retourne à Lara : l'âme de son père fut réjouie. Le soir de la a vie d'Uval se prolongea ; il fut comme le coucher du soleil sur la mona tagne des sources limpides ; les derniers jours d'Uval tombèrent comme a les feuilles d'automne dans la vallée silencieuse. Les années de la fille a d'Uval furent nombreuses ; quand elle s'éteignit, elle dormit en paix 8 avec son père. »

Ainsi chantait Carrill ; et moi Ossian je m'avançais avec Gormalon sur le rivage, selon les ordres de Fingal. Au pied d'un rocher nous trouvons un jeune homme : son bras, sortant d'une brillante armure, reposait sur une harpe brisée ; le bois d'une lance était à ses côtés. A travers les herbes chevelues du rocher, la lune éclairait la tête du jeune homme : cette tête était penchée; elle s'agitait lentement dans la douleur, comme la cime d'un pin qui se balance aux soupirs du vent.

« Quel est celui, dit Gormalon, qui demeure ici solitaire ? Es-tu un des a compagnons de Dorla, ou l'un des guerriers de Connar?

^^ Je suis, » répondit le jeune homme tremblant comme l'herbe

dans le courant d'un ruisseau, «je suis un des bardes qui chantaient dans a les salles de Connar. Dorla écouta mes chansons, et épargna ma vie a après avoir livré bataille sur les champs de Dulhona.

« Souviens-toi de Dorla si lu le veux, répliqua Gormalon ; mais que

a peux-tu dire à sa louange ? 11 attaqua Connar lorsque les amis du roi 0 étaient absents; son bras est faible dans le danger, fort quand perce sonne ne le repousse. Dorla est un nuage qui se montre seulement 0 dans le calme, un brouillard qui ne se lève jamais du marais que « quand les vents d(b la vallée se sont retirée. Mais la tempête de Fingal a joindra ce nuage, et le déchirera dans les airs. »

a— Je me souviens de Fingal, d'if le jeune homme ; je le vis jadis a dans les salles de Duthona; je me souviqps de la voix d'Ossian et'deg « fiers héros de Morven ; mais Morven est lom ae Dulnona. » Les soupirs élouITèrent la voix du jeune hoipoie ; «e» sanglots éclaté-

DU THON A. -iOa

rent comme la glace qui se fend sur le lac du Lcgo, ou comme les venb de la montagne dans la grotte d'Arvèn.

« Faible est ton âme, dit Gormalon indigné : non. tu n'es pas l'en- 0 faut des salles de Connar ; tu n'es pas des bardes de la race du roi. a Ceux-ci chantaient les actions de la bataille ; la joie du danger enflait a leurs âmes, de même que s'enflent les voiles blanches de Fingal dans a les tourbillons de la mer de Morven. Tu es des amis de Dorla; va donc fl le rejoindre, enfant du faible, et dis-lui que Morven le poursuit : jaa mais il ne reverra les collines de sa patrie.

or — Gormalon, dis-je alors, n'outrage pas la jeunesse : l'âme du brave a peut quelquefois faillir; mais elle se relève. Le soleil sourit du haut de 0 sa carrière lorsque la tempête est passée ; le pin cesse alors de secouer « dans les airs sa pyramide de verdure, la mer calme sa surface azurée, • et les vallées se réjouissent aux rayons de l'astre éclatant. »

Je pris le jeune homme par la main, et le conduisis vers Carrill, roi des chansons. La lumière coimmençait alors à briller sur l'armée de Dorla ; ses guerriers pâles et muets regardaient la lance de Morven et l'épée de Connar; ils demeuraient immobiles : lorsque le chasseur est surpris par la nuit sur la colline de Cromla, la terreur des fantômes l'environne ; une sueur froide perce son front, ses pas tremblants se refusent à la fuite, ses genoux fléchissent au milieu de sa course.

Dorla vit les yeux égarés de son peuple ; une grosse larme roule dans les siens. « Pourquoi, dit-il à ses guerriers, demeurez-vous dans ce sice lence, comme les arbres qui s'élèvent autour de nous? Votre nombre « ne surpasse-t-il pas celui des fils de Morvci? Ils peuvent avoir leur re- « nommée ; mais n'avons-nous pas aussi combattu avec les héros? Si « vous songez à la fuite, où est le chemin de nos vaisseaux, si ce n'est à « travers l'ennemi ? Fondons sur eux dans notre colère ; que nos bras « soient courageux, et la joie de mes amis sera grande quand nous rea tournerons chez nos pères. »

Connar, au milieu des héros de Morven, frappa sur le bouclier de Duthona. Ses guerriers dispersés entendirent le signal du roi ; ils levèrent la tète dans leurs vallons ignorés, comme les ruisseaux de Selma : dans les jours de sécheresse, ces ruisseaux se cachent sous les cailloux de leur lit ; mais, quand les tièdes ondées descendent, ils sortent tout à coup de leur retraite, rugissent, inondent et surmontent de leurs eaux les collines

On combat : Dorla est abattu par la lance de Connar. Fingal le vit tomber; il s'avance alors dans sa clémence, et parle aux guerriers de Dorla, qui n'est plus.

« Fingal, leur dixMl, ne se plaît point dans la chute de ses ennemis, a quoiqu'ils l'aient fo.'cé de tirer l'épée. Ne venez jamais à Morven, ne a vous présentez plus aux rivages de Duthona. Rapide est le jour du peua pie qui ose lever la lance contre Fingal ; une colonne do fumée ihassée a par la tempête est la vie de ceux qui combatlenl contre le» licro» d« 9. Morven. Retirez-vous : emportez le corps de Dorla.

40C DUTHONA.

« Pourquoi es-tu si matinale, épouse de Dorla? continua Fingal. Qne « f'ais-tU; in-, mobile sur le rocher. Tefe cheveux sont trempés de la rosée « du matin ; tes regards sont errants sur les vagues lointaines : ce que tu « vois n'est pas l'écume du vaisseau de Dorla, c'est la mer qui se brise « autour du flanc des baleines. Les deux enfants de l'épouse de Dorla a ont assis sur les genoux de leur mère ; ils voient une larme descendre 0 le long de la joue de la femme : ils lèvent leur petite main pour saisir « la perle brillante : Mère, diront-ils, pourquoi pleures-tu? Où notre père a a-t-il dormi cette nuit? '

« Ainsi peut-être, ô Ossian ! ton Éveralline est maintenant inquiète « pour toi. Elle conduit peut-être ton Oscar au sommet de Morven, afin « de découvrir la pleine mer. Ossian, souviens-toi d'Oscar et d'Éveral- 0 Une ; ô mon fils! épargne le guerrier qui, comme Dorla, peut laisser « derrière lui une épouse dans les larmes. Hélas ! Dorla, pourquoi es-tu « déjà tombé? »

Ainsi me parlait Fingal, aux jours du passé, dans la terre de Duthona; ainsi, pour m'euseignerla pitié, il mettait devant mes yeux l'image d'Éveralline mon épouse, d'Oscar mon jeune fils. Éveralline! Oscar! rayons de joie maintenant c'.?'r.!c! comment m'avez-vous précédé dans l'étroite demeure? Comment Ossian peut-il faire retentir la harpe et chanter encore les guerrier? lorsque votre souvenir, comme l'étoile qui. tombe du ciel, traverse tout à coup son âme? Oh ! que ne suis-je le compagnon de votre course azurée, brillants voyageurs des nuages ! Quand Jios ombres se rejoindront-elles dans les airs? quand glisseront-elles avec les brises sur la cime ondoyante des pins? Quand élèverons-nous nos tèfes ornées d'une chevelure brillante, comme les astres de la nuit dans le désert? Puisse ce moment bientôt arriver ! Ce qu'est le lit de bruyère au chasseur fatigué sera la tombe au barde appesanti par les ans : je dormirai ! la pierre de ma dernière couche gardera ma mémoire.

Mais, ô pierre du tombeau ! la saison de ta vieillesse arrivera aussi; tu t'enfonceras toi-même duiis le lieu où les guerriers reposent pour jamais. L'étranger demandera où était ta place ; les fils du faible ne la connaîtront point.

Peut-être la chanson aura gardé le souvenir de cette pierre. La chanson se perdra à son tour dans la nuit des temps; le brouillard des années enveloppera sa lumière. Noire mrmoire passera comme l'histoire de Dulhona, qui déjà s'éclipse dans l'âme d'Ossian,

Le peuple de Dorla fend-la mer en silence ; les sons d'aucune chanson ne roulent devant lui sur les flots; les bardes jienchent la tête sur leur harpe, et leurs cheveux argentés errent avec leurs armes le long des cordes humides. Les noarins sont cnfoilcés dans leurs sombres pensées; le rameur distrait suspend soudain la rame qu'il allait plonger dans les flots.

Nous montâmes au palais de Connar : mais le chef est triste malgré sa victoire ; son sein oppresse soulève son armure comme la vague qui renferme la tempête ; son œil éteint ne lance plus son regard brillant à tra-

GAUL. iO'î

vers la salle des fêtes. Personne n'ose demander au b''ros pourquoi il est triste, car absente est l'étoile de la nuit, la fille de Gouuar, la charmante Niala. Fingal voyait la douleur du chef, et cachait la sienne sous ie panache de son casque. «Garrill, dit-il à voix basse, qu'as-tu fait de tes a chautsi viens avec ta harpe soulager l'âme du roi. »

Garrill s'avance au milieu des salles de la fête, appuyé d'une main sur son bâton blanc, de l'autre portant sa harpe ; derrière lui marche le jeune barde de Duthona, qu'Ossian et Gormalon avaient trouvé sur le rivage pendant la nuit. Tout à coup son armure tombe à terre ; il lève une main pour cacher son trouble. Quelle est cette main si blanche? Ge visage sourit si gracieusement à travers les boucles de ses beaux cheveux ! « Niala, a s'écria Gonnar, est-ce toi? » Elle jette ses bras charmants autour de son père ; la joie revient au banquet des guerriers. Gonnar donna la beauté à Gormalon, et nous déployâmes nos voiles et nos chants pour Morven. Ossian est seul aujourd'hui dans les ruines des tours de Fingal, et l'épouse de mon Oscar, Malvina, la douce Malvina, ne sourira plus à son père.

Vallée de Gona, les sons de la harpe ne se font plus entendre le long de tes ruisseaux, dont la voix s'élève à peine sur les collines silencieuses. La biche dort sans frayeur dans la hutte abandonnée du chasseur ; le faon bondit sur la tombe guerrière, dont il creuse la mousse avec ses pieds. Je suis resté seul de ma race : je n'ai plus qu'un jour à passer dans un monde qui ne me connaît plus.

POEME

Le silence de la nuit est auguste. Le chasseur repose sur la bruyère : à ses côtés sommeille son chien fidèle, la tète allongée sur ses pieds légers; dans ses rêves, il poursuit les chevreuils; dans la joie confuse de ses songes, il aboie et s'éveille à moitié.

Dors en paix, fils bondissant de la montagne, Ossian ne troublera point ton repos : il aime à errer seul; l'obscurité de la nuit convient à la tristesse de son âme; l'aurore ne peut apporter la lumière à ses yeux depuis longtemps fermés. Retire tes rayons, ô soleil, comme le roi de Morven a retiré les siens ; éteins ces million? de lampes que tu allumes dans les salles azurées de ton palais, lorsque tu reposes derrière les portes de l'occident. Ges lampes se consumeront d'elles-mêmes : elles le laisseront seul, 6 soleil! de même que les amis d'Ossian l'ont abandonné. Roi des cieux, pourquoi cette illumination magnifique sur les collines de Fingal, lorsque les héros oatdis|iaru, et qu'il n'est plus d'yeux pour couleuapler ces llambeaux éblouissants?

Morven, îe jour de ta gloire a passé ; comme la lueur du chêne embrasé de tes fêtes, l'éclat de tes guerriers s'est évanoui : les palais ont croulé; Témora a perdu ses hauts murs ; Tura n'est plus qu'un monceau de ruines, et Selma est muette. La coupe bruyante des festins est brisée ; te chant des bardes a cessé ; le son des harpes ne se fait plus entendre. Un tertre couvert de ronces, quelques pierres cachées sous la mousse, c'est tout ce qui rappelle la demeure de Fingal. Le marin, du miUeu des flots, n'aperçoit plus les tours qui semblaient marquer les bornes de l'Océan, et le voyageur qui vient du désert ne les aperçoit plus.

Je cherche les murailles de Selma ; mes pas heurtent leurs débris : l'herbe croît entre les pierres, et la brise frémit dans la tête du chardon. La chouette voltige autour de mes cheveux blancs ; je sens le vent de ses ailes : elle éveille par ses cris la biche sur son lit de fougère ; mais la biche est sans frayeur, elle a reconnu le vieil Ossian.

Biche des ruines de Selma, ta mort n'est point dans la pensée du barde : lu te lèves de la même couche où dormirent Fingal et Oscar ! Non, ta mort n'est point le désir du barde ! J'étends seulement la main dans l'obscurité vers le lieu où était suspendu au dôme du palais le bouclier de mon père, vers ces voûtes que remplace la voûte du ciel. La lance qui sert d'appui à mes pas rencontre à terre ce bouclier ; il retentit : ce bruit de l'airain plaît encore à mon oreille ; il réveille en moi la mémoire des anciens jours, ainsi que le souffle du soir ranime dans la ramée des bergers la flamme expirante. Je sens revivre mon génie ; mon sein se soulève comme la vague battue de la tempête, mais le poids des ans le fait retomber.

Retirez-vous, pensées guerrières 1 souvenirs des temps évanouis, retirez-vous ! Pourquoi nourrirais-je encore l'amour des combats, quand ma main a oubhé l'épée ? La lance de Témora n'est plus qu'un bâton dans la main du vieillard.

Je frappe un autre bouclier dans la poussière. Touchons-le de mes doigts tremblants. Il ressemble au croissant de la lune : c'était ton bouclier, ô Gaul ! le bouclier du compagnon de mon Oscar. Fils de Morni, tu as déjà reçu toute ta gloire, mais je le veux chanter encore : je veux pour la dernière fois confler le nom de Gaul à la harpe de Selma. Malvina, où es-tu? Oh ! qu'avec joie tu m'entendrais parler de l'ami de ton Oscar !

a La nuit était sombre et orageuse, les ombres criaient sur la bruyère, les torrents se précipitaient du rocher ; les tonnerres à travers les nuages roulaient comme des monts qui s'écroulent, et l'éclair traversait rapidement les airs. Cette nuit même nos héros s'assemblèrent dans les salles de Selma, dans ces salles maintenant abattues : le chêne flamboyait au milieu ; à sa lueur, on voyait briller le visage riant des guerriers à demi cachés dans leur noire chevelure. La coquille des fêtes circulait à la ronde ; les bardes chantaient, et la main des vierges glissait sur les cordes de la harpe.

« La nuit s'envola sur les ailes de la joie : nous croyions les étoiles à peine au milieu de leur course, et déjà le rayon du malin enlr'ouvrait

GAUL. -lie

l'orient nébuleux. Fingal frappa sur son bouclier : ah ! qu'il rendait alorun son différent de celui qu'il a parmi ces débris ! Les guerriers l'entendirent,- Us descendirent du bord de tous leurs ruisseaux. Gaul reconnut aussi la voix de la guerre ; mais le Strumon roulait ses flots enlre lui et nous : et qui pouvait traverser ses ondes terribles?

a Nos vaisseaux abordent à Ifrona; nous combattons, nous arrachons des mainsde l'ennemi les dépouilles de noire pairie. Pourquoi ne restaistu pas au bord de ton torrent, toi qui levais le bouclier d'azur? Pourquoi; fils de Morni, ton âme respirait-elle les combats? Sur quelque champ que ce fût, Gaul voulait moissonner. Il prépare son vaisseau dompteur des vagues, et déploie ses voiles au premier souffle du matin, pour suivre à Ifrona les pas du roi.

a Quelle est celle que j'aperçois au bord de la mer, sur le rocher battu dès flots? Elle est triste comme le pâle brouillard de l'aube ; ses cheveux noirs flottent en désordre ; des larmes roulent dans ses ^eux, fixés sur le vaisseau fugitif de Gaul. De ses bras aussi blancs que l'écurar de l'onde, efle presse sur son sein un enfant qui lui sourit ; elle murmure à l'oreille du nouveau-né un chant de son âge, mais un soupir entrecoupe la voix maternelle, et la femme ne sait plus quelle était la chanson.

« Tes pensées, Évircoma, n'étaient point pour des airs folâtres : elles volaient sur les flots avec ton amour. On n'aperçoit plus qu'à peine le vaisseau diminué : des nues abaissées étendent maintenant entre lui et le rivage leurs fumées onduleuses ; elles le cachent comme un écueil lointain sous une vapeur passagère. «Quêta course soit heureuse, dompteur a des vagues écumantes ! Quand te,reverrai-je, 6 mon amant?

« Évircoma retourne aux salles de Strumon ; mais ses pas sont tardifs, sou visage est triste : on dirait d'une ombre solitaire qui traverse la brume du lac. Souvent elle se retourne pour regarder le vaste Océan. « Que ta « course soit heureuse, dompteur des vagues écumantes ! Quand te revera rai-je, ô mon amant?»

a La nuit surprit le fils de Morni au milieu de la mer; la lune n'était point au ciel; pas une étoile ne brillait dans la profondeur des nuages. La barque du chef glissait sur les flots en silence, et nous passons sans la voir, en retournant à Morven.

c Gaul aborde au village d' Ifrona Ses pas étaient sans inquiétude : lî erre çà et là ; il écoute ; il n'entend point rugir la bataille : il frappe avec sa lance sur son bouclier, afin que ses amis se réjouissent de son arrivée : il s'étonne du silence, a Fmgal dort-il? s'écrie Gaul en élevant la a voix ; le combat n'esl-il pas commence ? Héros de ûlorven, êles-vous a ici? »

Que n'y étions-nous, fils de Morni I celte lance t'aurait défendu, od Ossian serait tombé avec toi. Lance aujourd'hui sans tbrce dans ma main, innocent appui de ma vieillesse, jadis ferme soutien de ceux qui versaient des larmes, tu étais la lance de Témora, tu étais le météore briseur da chêne orgueilleux. Ossian n'était pas comme aujourd'hui un roseau desséché qui tremble dans un étang solitiure; je m'élevais comme le pin

4JG ' GAUL.

avec tous mes rameaux verclo\ants autour de moi. Que n'étais-je auprès du chef de Slrumon, quand l'orage d'Ifrona descendit.'

Ombres de Morven, dormiez-vous dans vos grottes aériennes, ou vous amusiez-vous à faire voler les feuilles flétries, quand vous nous laissâtes ignorer le danger de Gaul ? Mais non ; ombres amies de nos pères, vous prîtes soin de nous avertir ; deux fois vous repoussâtes nos vaisseaux au rivage d'Ifrona : nous ne comprîmes pas ce présage, nous crûmes que des esprits jaloux s'opposaient à notre retour. Fingal tira son épée, et sépara les pans de leur robe de vapeur ; à l'instant les ombres passèrent sur nos têtes. « Allez, impuissants fantômes, leur dit le chef, allez chasser le c duvet du chardon dans une terre lointaine ; vous jouerez avec les fils « du faible. » •

Les ombres amies méconnues s'envolèrent avec le vent : leurs voix ressemblaient aux soupirs de la montagne quand l'oiseau de mer prédit la tempête. Quelques-uns de nos guerriers crurent entendre le nom de Gaul à demi formé dans le murmure des ombres

(Le traducteur, ou plutôt l'auteur anglais, suppose qu'il y a ici une lacune dans le texte.)

« Je suis seul au milieu de mille guerriers ; n'est-il point quelque a épée pour briller avec la mienne? Le vent souffle vers Morven en « brisant le sommet des vagues. Gaul remontera-t-il sur son vaisseau? « ses amis ne sont point auprès de lui. Mais que dirait Fingal, mais que « diraient les bardes, si un nuage enveloppait la réputation du fils de « Morni? Mon père, ne rougirais-tu pas, si je me retirais sans combattre? u En présence des héros de noire âge, tu cacherais Ion visage avec les « cheveux blancs, et tu abandonnerais tes soupirs au vent solitaire de la « vallée; les ombres des faibles te verraient, et diraient ; Voilà le père « de celui qui a fui dans Ifrona.

« Non, ton lils ne fuira point, ô Morni ! son âme est un rayon de feu « qui dévore. 0 mon Évircoma! ô mon Ogal!... Éloignons ces souvc- (( nirs : le calme rayon du jou.r ne se mêle point à la tempête ; il attend B que les cieux soient rassérénés. Gaul ne doit respirer que la bataille. 0 Ossian, que n'es-tu avec moi comme dans le combat de Lalhmor ! Je 0 suis le torrent qui précipite ses ondes dans les mille vagues de l'Océan, a cl qui, vainqueur, s'ouvfc uu passage à travers l'abime. »

Gaul frappe sur son bouclier, alors non rongé par la rouille des âges. Ifiona tremble ; ses nombreux guerriers enlourcnl le héros de Strumon ; la lance de Morni est dans la main de Gaul; elle tait reculer les raug<! ennemis.

Tu as vu, Malvina, la mer troublée par les bonds d'une immense !>.v leine, qui, blessée et furieuse, se débat à la surface écnmanle des flois; tu as vu une troupe de mouettes alfamécs nager autour de la lerrible lillc de l'Océan, dont (iUes n'osent encore approcher, bien qu'elle soit expiant.' : linsi s'agitent et se serrent les guerriers épouvanics d'ifiona; hors d; la perlée du bras du héros.

Mais la force du chef de Strnmon commence à s'épuiser; il s'appuie contre un arbre; des ruisseaux de sant^ errent ?ur son bouclier; cent flèches ont déchiré sa poitrine ; sa main tient sa redoutable épée, et les ennemis frémissent.

Enfants d'Ifrona, quelle roche essayez- vous de soulever? est-ce pour marquer aux siècles à venir votre renommée ou votre honte? La gloire des braves n'est pas à vous ; vous êtes barbares, et vos cœurs sont inflexibles comme le fer. A peine seize guerriers peuvent détacher la roche du haut de la colline ; elle roule avec fracas, et vient heurter les pieds affaiblis de Gaul : il tombe sur ses genoux ; mais au-dessus de son bouclier roulent encore ses yeux terribles. Les ennemis n'ont pas l'audace de se jeter sur lui ; ils le laissent languir dans la mort, comme un aigle resté seul sur un rocher quand la foudre a brisé ses ailes. Que ne savionsnous dans Selma ta destinée ! que nous auraient fait alors les chansons des vierges et le son de la harpe des bardes? la lance de Fingal n'eût pas reposé si tranquflle^ment contre les murs du palais ; nous n'eussions pas été surpris, dans cette nuit funeste, de voir le roi se lever à moitié du banquet, en disant : « J'ai cru que la lance d'une ombre avait touché « mon bouclier ; ce n'est qu'une brise passagère. » 0 Morni! que ne vins-tu réveiller Ossian ! que ne vins-tu lui dire : « Hâte- toi de traverser « la mer ! » Malheureux père, tu avais volé dans Ifrona pour pleurer sur ton fils.

Le matin sourit dans la vallée de Strumon ; Évircoma sort du trouble d'un songe; efle entend le bruit de la chasse sur les coteaux de Morven. Surprise de ne point distinguer la voix de Gaul au milieu des cris des guerriers, elle prête, le cœur palpitant, une oreille encore plus attentive ; mais les rochers ne renvoient point le sou d'une voix connue ; les échos de Strumon ne répètent que les plaintes d'Évircoma.

Le soir attrista la vallée de Strumon: aucun vaisseau ne parut sur la mer. L'âme d'Évircoma était abattue : a Qui retient mon héros dans l'île « d'Ifrona? Quoi ! mon amour, n'es-tu point revenu avec les chefs de « Morven? Ton Évircoma sera-t-elle longtemps assise seule sur le riva^^e ? « les larmes descendront-elles longtemps de ses yeux? Gaul, as-tu oublié « l'enfant de notre tendresse? il demande le sourire accoutumé de sou a père. Ses pleurs coulent avec les miens , ses soupirs répondent à mes « soupirs. Si Gaul entendait son fils balbutier son nom , il précipiterait « son retour pour protéger son Ogal. Je me souviens de mon songe ; je a crains que le iour du retour ne soit passé

e II me sembla voir les fîls de Morven poursuivant les chevreuils. Le « chef de Strumon n'était point avec eux. Je l'aperçus à quoique dis- 0 tance, appuyé sur son bouclier. Un pied senlonicnt soutenait le hércs; « l'autre paraissait être formé d'une vapeur grisâtre. Celle imago variait 0 au souffle de chaque brise : je m'en approchai ; une boiifiée de venl 0 vint du désert, le fantôme s'évanouit. Les songes sont enfants de la a crainte. Chef de Strumon, je le verrai encore, lu élèveras encore de-

419 OAUT-

« vant moi ta belle tête, comme le sommet de la colline religieuse de « Cromla, éclairée des premiers rayons de l'aurore. Le voyageur égaré « la nuit sur la bruyère tremble au milita des fantômes ; mais au doux € éclat du jour les esprits de ténèbres se retirent, le pèlerin rassuré re» « prend son bâton et poursuit sa route. »

Evircoma crut voir un vaisseau sur les vagues lointaines ; elle crut voir nn mât blanchi, semblable à l'arbre qui, pendant l'hiver, balance sa cime couverte d'une neige nouvellement tombée. Ses yeux humides n'aperçoivent que des objets confus, bien qu'elle essayât de tarir ses larmes. La nuit descendit ; Evircoma se confia à un léger esquif, pour trouver son amant dans les replis des ombres. Elle vole sur les vagues, mais elle ne rencontre point de vaisseau : elle avait été trompée par un nuage, ou par la barque aérienne de l'ombre d'un nautonier décédé, qui poursuivait encore les plaisirs des jours de sa vie.

La nacelle d'Évircoma fuit devant la brise ; elle entre dans la baie d'Ifrona, où la mer s'étend à l'ombre d'une épaisse forêt. "Errant de nuage en nuage, la lune se montrait entre les arbres de la rive. Par intervalle, les étoiles jetaient un regard à travers le voile déchiré qui couvrait le ciel, et se cachaient de nouveau sous ce voile : à leur faible lumière, Evircoma contemplait la beauté d'Ogal Elle donne un baiser à son, enfant, le laisse couché dans la nacelle, et va chercher Gaul dans les bois.

Trois fois elle s'éloigne avec lenteur de son fils, trois fois elle revient en courant à lui. La colombe qui a caché ses petits dans la fente du rocher d'Oualla veut cueillir la baie mûrie qu'elle découvre dans la bruyère au-dessous d'elle ; mais le souvenir de l'épervier la trouble ; vingt fois elle revole vers ses petits pour les voir encore, et s'assurer de leur repos. L'âme d'Évircoma est partagée entre son époux et son enfant, comme la Tague que brisent tour à tour et les vents et les rochers.

Mais quelle est cette voix qne l'on entend parmi le murmure des flots T Vient-elle de l'arbre solitaire du rivage?

a Je péris seul. A qui la force de mon bras fut-elle utile dans la ba- « taille? Pourquoi Fingal , pourquoi Ossian , ignorent-ils mon destin? c Étoiles qui me voyez, annoncez-le dans Selma par votre lumière san- « glante, lorsque les héros sortent de la salle des fêtes pour admirer « votre beauté. Ombres qui glissez sur les rayons de la lune, si votre c course se dirige à travers les. bois de Morven, murmurez en passant « mon histoire. Dites au roi que j'expire au.îsi ; dites-lui que dans Ifrona o est ma froidt demeure ; que depuis deux jours je languis blessé sans c nourriture; qu'au lieu de la douce eau du ruisseau, je n'ai poor o éteindre ma soif que les (lots amers.

« Mais, ombres compatissantes, gardez- vous d'apprendre mon sort aux a murs de.Strumon ; éloignez la vérité de l'oreille d'Évircoma. Que vos a tourbillons passent loin de la couche de mon auiuur ; ne battez point

a violemment des ailes en rasant les tours de mon père : Évircoma vous a entendrait , et quelque pressentiment s'élèverait dans son âme. Volez a loin d'elles, ombres de la nuit; que son sommeil soit paisible; le a matin est encore éloigné. Dors avec ton enfant, ô mon amour ! Puisse « mon souvenir ne point troubler ton repos ! Toutes les peines de Gaul et sont légères, quand les songes d'Évircoma sont légers.

— a El penses-tu, » s'écrie l'épouse du fils de Morni, a qu'elle puisse « reposer en paix quand son guerrier est en péril? penses-tu que les a songes d'Évircoma puissent être doux lorsque son héros est absent? a Mon cœur n'est pas insensible ; je n'ai point reçu la naissance dans la a terre d'Ifrona. Mais comment le pourrai-je soulager, ô Gaul ! Évircoma 0 trouvera-t-elle quelque nourriture dans la terre de l'ennemi? »

Évircoma soutenait Gaul dans ses bras ; elle rappela l'histoire de Conglas 9or père.

Lorsque Évircoma, jeune encore, é!ait porlce dans les bras maternels, Conglas s'embarqua une nuit avec Crisollis, doux rayon de l'amour. La tempête jeta le père, la mère et l'enfant sur un r.ocher : là s'élevaient seulement trois arbres qui secouaient dans les airs leur cime sans feuillage. A leurs racines rampaient quelques baies empourprées ; Conglas les arracha, et les donna à Crisollis ; il espérait saisir le lendemain le daim de la montagne : la montagne était stérile, et rien n'en animait le sommet. Le matin vint et le soir suivit , et les trois infortunés étaient encore sur le rocher. Conglas voulut tresser une nacelle avec les branches des arbres, mais il était fa:b!e, faute de nourriture

0 Crisollis, di-t-il, je m'endors ; quand la tempête s'apaisera, retourne a avec ton enfant à Idrônlo ; l'heure où je pourrai marcher est éloi- « gnée. B

— a Jamais les collines ne me reverront sans mon amour, répliqua 0 Crisollis. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que ton âme élait défaillante ? « nous aurions partagé les baies de la bruyère ; mais le sein de Crisollis a nourrira son amant. Penche-toi sur moi : non, tu ne dormiras point a ici. »

Conglas reprit ses forces au sein de Crisollis ; le calme revint sur les flots ; Conglas, Crisollis et la jeune Évircoma atteignirent les rivages d'Idronlo. Souvent le père conduisit la fille au tombeau de Crisollis, en lui racontant la charmante histoire. « Évircoma, disait Conglas, aime de a même ton époux, quand le jour de ta beauté sera venu. »

— « Oui.^i,e l'aime ainsi, dit à Gaul Évircoma ; presse cette nuit, pour a te ranimer, ce sein gonflé du lait qui nourrit ton fils : demain nous c serons heureux dans les salles de Strumon. »

— « Fille la plus aimable de ta race , dit Gaul, retire-toi; que les a rayons du soleil ne te trouvent point dans Ifroua. Rentre dans ta na- « celle avec Ogal. Pourquoi tomberait-il conjme une fleur dont le guer- « rier indifférent enlève la tête avec son épée? Laisse-moi ici. Ma force, 0 telle que la chaleur de l'cté, s'est évanouie ; je me fane comme le gazon

fcl4 GAUL.

a sous la main de l'hiver, et je ne renaîtrai point au printemps. Dis aux a guerriers de Morven de me transporter dans leur vallée. Mais non, a car l'éclat de ma gloire est couvert d'un nuage : qu'ils élèvent seule- « ment ma tombe sous cet arbre. L'étranger la découvrira en passant sur a la mer, et il dira : Voilà tout ce qui reste du héros. »

— a Et tout ce qui reste de la fille de Strumon, répondit Évircoma; 0 car je reposerai auprès de mon amant. Notre lit sera encore le même ; « nos ombres voleront unies sur le même nuage. Voyageur des ondes, a vous verserez la double larme, car avec son bien-aimé dormira la mère 0 d'Ogal. »

Les cris de l'enfant se firent entendre. Le cœur d'Évircoma bat à coups redoublés dans sa poitrine , et semble vouloir s'ouvrir un passage dans son étroite prison. Un soupir échappe aussi du sein de Gaul. Il a reconnu la voix de son fils : a Guerrier, dit Évircoma, laisse-moi essayer de te a porter à la barque où j'ai déposé notre enfant ; ton poids sera léger « pour moi. Donne-moi cette lance, elle soutiendra mes pas. »

La fille de Crisollis parviut à conduire son époux dans la Urielle. Le reste de la nuit elle lutta contre les vagues. Les dernières étoiles virent ses forces s'éteindre; elles s'évanouirent au lever de l'aurore, comme la vapeur des prairies se dissipe au lever du soleil.

Cette nuit même, il m'en souvient, Ossian dormait sur l'a bruyère du chasseur; Morni, le père de Gaul, paraît tout à coup dans mes songes; il s'arrête devant moi, appuyé sur son bâton tremblant : le vieillard était tristç ; les rides profondes que le temps avait creusées daus ses joues étaient remplies des larmes qui descendaient de ses yeux ; il regarda la mer, et, avec un profond soupir : « Est-ce là, murmura-t-il faiblement, a le temps du sommeil pour l'ami de Gaul? » Une bouffée de vent agite les arbres ; le coq de bruyère se réveille sous la racine du buisson, relève précipitamment la tête qu'il tenait cachée sous son aile, et pousse un cri plaintif. Ce cri m'arrache à mes songes, j'ouvre les yeux; je vois Morni emporté par le tourbillon. Je suis la route qu'il me trace ; je fends la mer avec mon vaisseau ; je rencontre la nacelle d'Évircoma ; elle était arrêtée au rivage d'une île déserte : sur l'un des bords de la nacelle la (ête de Gaul était inclinée. Je déliai le casque du héros ; ses blonds cheveux, trempés de la sueur des combats, flottèrent sur son front pâli. Aux accents de ma douleur, il essaya de soulever ses paupières ; mais ses paupières étaient trop pesantes; la mort vint sur le visage de Gaul comme "la nuit sur la face du soleil. 0 Gaul I tu ne reverras jamais le père de ton ami Oscar.

Près du fils de Morni repose la beauté expirante, Évircoma; son enfant était dans ses bras, et l'innocente créature promenait en se jouant sa faible main sur le fer de la lance de Gaul. Les paroles d'Évircoma furent courtes : elle se pencha sur la tête d'Ogal, et son dernier regard perça mon cœur, a Adieu, pauvre orphelin I Ogal, Ossian le servira de père, p Elle expire.

— 0 mes amis! qu'êfcs-vous devenus! Voîre souvenir est plein de douceur, et pourtant il fait couler mes larmes.

J'aborde au pied des tours de Slrumon; le silence régnait sur le rivage ; aucune fumée ne s'élevait en colonne d'azur du faîle du palais, aucun chant ne se faisait entendre. Le vent sifflait à travers les portes ouvertes, et jonchait le seuil de feuilles séchées ; l'aigle déjà perché sur le comble des tours, semblait dire : « Ici je bâtirai mon aire. » Le faon de la biche se cache sous les boucliers sans maîtres ; le compagnon des chasses de Gaul, le rapide Godula, croit reconnaître les pas du fils de Morni : dans sa joie il se lève d'un seul bond ; mais lorsqu'il a reconnu son erreur, il retourne se coucher sur la froide pierre, en poussant de longs hurlôments.

Qui racontera la douleur des héros de Morven ? Ils vinrent silencieux de leurs ondoyantes vallées ; ils s'avancèrent lentement comme un sombre brouillard. Gaul, Évircoma et Ogal lui-même n'étaient plus. Fingai se place sous un pin; les guerriers l'environnent. Penché sur le front de Gaul, les cheveux gris de Fingal nous dérobent ses larmes; mais le vent les décèle, en les chassant de sa barbe argentée.

« Es-tu tombé, dit-il enfin, es-tu tombé, ô le premier de mes héros? « N'entendrai-je plus ta voix dans mes fêtes, le son de ton bouclier dans « mes combats? Ton épée n'éclairera-t-elle plus les sombres replis de la « bataille? fa lance ne renversera-t-elle plus des rangs entiers de mes « ennemis? Ton noir vaisseau surmontait hardiment la tempête, tandis « que tes joyeux rameurs répétaient leurs chansons entre les montagnes « humides. Les enfants de Morven m'arrachaient à mes pensées en « criant : Voyez le vaisseau de Gaul 1 La harpe des vierges et la voix des « bardes annonçaient ton arrivée, tes bannières flottaient sur la bruyère. « Je reconnaissais le sifflement de ta flècbe et le bruit de tes pas.

« Force des guerriers, qu'es-tu? Aujourd'hui tu chasses les vaillants « devant toi, comme des nuages de poussière ; la mort marque ton pasce sage, comme la feuille séchée indique la course des fantômes : demain « le court songe de la valeur est dissipé ; la terreur des armées s'est éva- « nouîe ; l'insecte ailé bourdonne sa victoire sur le corps du héros.

« Fils du faible, pourquoi désirais-tu la force du chef de Strumon, « quand tu le voyais resplendissant sous ses armes? Ne savais-tu pas que « la force du guerrier s'évanouit? Quand le chasseur regagne sa demeure, « il contemple un nuage brillant que traversent les couleurs do l'arc-en- « ciel ; mais les moments fuient sur leurs ailes d'aigles, le soleil forme « ses yeux de lumière, un tourbillon brouille les nues : une noire vapeur « est tout ce qui reste de l'arc étincelant. 0 Gaul! les tônèbros ont succe cédé à ta clarté ; mais ta mémoire vivra ; il rie soufflera pas un seul « vont sur Morven qui ne parle pas de ta renommée.

« Bardes, élevez la tombe du père, de la mère et du fils La pierre « moussue apprélidra à l'étranger le lieu de leur repos, le choue leur « prrlera son ombre. Les brises visiteront cet arbre do la morl; sous les « traiihes ondées du printemps, il se couvrira do fouilles, longtemps

416 LETTRE SLR L'ART DU DSSEIN.

a avant que les autres arbres aient repris ^eur parure, longtemps avant « que la bruyère se soit ranimée à ses pieds. Les oiseaux de passage a s'arrêteront sur la cime du chêne solitaire : ils y chanteront la gloire de « Gaiil, tandis que les vierges des temps à venir rediront la beauté « d'Evircoma, et que les mères pleureront Ogal.

« Mais, ô pierre ! quand tu seras réduite en poudre; ô chêne 1 quand « les vers t'auront rongé ; ô torrenil lorsque tu cesseras de couler, et que « la source de la montagne ne fournira plus son onde à ta course; lors- « que vos chansons, ô bardes I seront oubliées; lorsque votre mémoire « et celle des héros par vous célébrés auront disparu dans le gouffre des « âges ; alors, et seulement alors, la gloire de Gaul périra, l'étranger « pourra demander quel était le fils de Morni, quel était le chef de Stru- « mon. a

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