XI V
PAGE 56. Le souverain bien des élus.
Je me suis demandé quel serait le suprême bonheur, s'il était en notre puissance. 11 m'a semblé qu'il se trouverait dans la verlu, l'héroïsme, le génie, I amitié noble et l'amour chaste, tout cela uni et prolongé sans lin. Je puis me tromper, mais mon erreur est pardonnable. Au reste, saint .\uguslin appuiera ce que je dis ici sur l'amilié, et sur l'éternité du b<juheur.
« In aeterna felicitate, quidquid amabiliir, aderit, nec desiderahitiir, quoj « non adcrit:omnequod tibi erit,honiimerit; elsummusDeussumr.uimbonitm « erit : atque ad friieiidiim amantibus prœsto erit; etquodest omninobealis- « simum, ita seniper fore, cerlum erit. » {Trinit., cap. vu.)
XV'
PAGE 56. Tantôt les prédestinés, pour mieux glorifier le Roi des rois, parcourent son merveilleux ouvrage.
Toute l'Écriture dit que les justes contempleront les ouvrages de Dieu, el l'abbé Poulie, suivant comme moi cette idée, s'écrie :
« Ils ne seront plus cachés pour n jus, ces êtres innombrables qui échappent « ànosconnaissances par leuréloignement ou par leur petitesse ; les différentes « parties qui composent le vaste ensemble de l'univers, leur structure, leurs « rapports, leur harmonie : ils ne seront plus des énigmes pour nous, ces jeux « surprenants, ces secrets profonds de la nature, ces ressorts admirables que « la Providence emploie pour la conservation el la propagation de tous les « êtres. » {Sermon sur le ciel.)
Milton, qui a peint les demeures divines au moment de la création du monde, n'a pu représenter le bonheur des saints. Voici le tableau du ciel dans la /crusalem; on peut comparer et juger
Gli occlii frattanto alla battaglia rea Dal suo grau seggio il Re del ciel volgea.
Sedea cola dond' egli e buono e glusto Dà legge al tutlo, e 'Itiitto orna e produce; Sovra i bassi confia del inondo auguste Ove senso o ragion non si conduce :
E deir eternltk nel ti'ono augusto Risplendea con tre lumi in una luce.
Ha sollo i pied) il Fato e la Nalura, Hinisti'i umili ; e '1 moto, echi 1 luisura ;
E'I loco ; e quella che, quai funio o polve, La gloria di quaggiuso e l'oro ci i rcgni. Corne place lassii, disperde e volve.
Ne, Diva, cura i noslri uraanl sdegni.
Quivi eî cosi nel suo splendor s' involve, Ctie v' abbagliam la visita anco i più degni, D' intorno ha innuinerabili immortali, Di segualmente in lor letizia eguali.
Al gran concento de' beati carmi Lieta nsuona la céleste reggia.
Cliiama egli a se Michèle, il quai nell' armi Di lucido diamante arda e lanipeggia :
Et dice lui *. non vedi or coiiie s' armi. Contra la mia fcdel diletta greggia L'«mpia schiera d'Aveino, e insiu dal t'ondo Délie sue morli a turbar sorga il luoudo ?
Va ; dille tu, che lasci ornai le cure Délia guerra ai guerrier cui ciô conviene : Ne il regno de' viveiiti, ne le pure Pàigge del ciel contuibi ed avvelene :
Toini aile notti d' Acheronte oscure, Suo degno albergo, allé sue giuste pêne; Qiiivi se stessa, e 1' anime d'Abisso Crucii. Cosi comando, o cosi ho fisse-
(GtTu*. Hb., Mhto n, ttuu. B.)
Si j'avais écrit quelque chose d'aussi sec, si j'avais fait parler Dieu si froidement, si longuement, si peu noblement pour si peu de chose, comme j'aurais été traité! Qu'on lise encore le Paradis du Dante. J'ose dire qu'on a prononcé sur le troisième livre des M'artyrs sans la moindre connaissance de cause et sans la moindre justice. Mais qu'importe? le parti était pris; et s'il eût été nécessaire, on m'aurait mis au-dessous de Chapelain et du père Lemoine.
XVI'
PAGB 58. Asaph, qui soupira les douleurs de David.
Asaph était le chef des musiciens qui devaient chanter devant l'arche des psaumes de David; il a composé lui-même plusieurs cantiques, et l'Ecriture lui donne le nom de prophète. (Voyez dom calmet.)
xYir
PAGE 58. Et les fils de Ce ré.
On ne sait si les fils de Coré descendaient de ce Coré qui périt dans sa rébellion contre Moïse, ou s'ils étaient les enfants de quelque Lévite du même nom. Quoi qu'il en soit, on les trouve nommés à la tète de plusieurs psaumes, comme devant les chanter dans le tabernacle Les divers instruments que je soumets à Asaph et aux tils de Coré semblent indiqués par quelques mots hébreux à la tète des psaumes.
xviir
PAGE 58 les fêtes de rancieiiuc et delà nouvelle loi sont célébrées
tour à tour.
Saint Hilairedit positivement quo les anges célèbrent dans le ciol ilifftTontes solennités. {In /'s., page "281.) Thoculorot assure que los anges remplissent des fonctions dans les saints mystères {de Uœies., lib. v, num. 7 ) Millou a suivi comme moi celle opinion.
PAGE 38. Marie est assise sur un trôiie de candeur.
Celte de^cription est fondée sur une histoire et sur une doctrine dont tout le monde connaît les autorités.
xx\
PAGE 50. Des tabernacles de Marie on passe au sanctuaire du Sauvc'îr des hommes.
Ici se trouvaient les cent degrés de rubis qui ont fait faire des plaisanteries d'un si bon goût à des esprits délicats. On a vu, dans la note in% que Miili.n a placé aussi un grand escalier de diamant à la porte du ciel : c'est de là que Satan jette un premier regard sur la création nouvelle. On convient que c'e?l un des plus beaux morceaux de son poëme. Ainsi les Prières i oiteuses dv.rent être aussi bien fatiguées quand elles entrent dans le Paradis de Millon. Il est triste de voir la critique descendre si bas. Au reste, j'ai coupé court à ces ignobles bouffonneries, cd retranchant deux lignes qui ne faisaient pas beauté.
XXI*
PAGE 59. Il est assis à une table mystique : vingt-quatre vieillards, etc.
Personne n'ignore que cette table et ces vieillards se trouvent dans l'Apocalypse. Veut-on avoir une idée juste du choix que j'ai fait des matériaux? qu'on lise le même passage dans saint Jean. On y verra des cheveux de laine blanche, une mer de verre très clair, des animaux étrangers, etc. Une critique impartiale m'eût loué de ce que j'ai omis, en observant que je n'ai pas employé un seul trait qui ne soit approuvé par le goût. Franchement, je suis humilié d'avoir si souvent et si pleinement raisoo.
xxn*.
PAt;E 59. Près de lui est son char vivant.
• Totura corpus oculis plénum in circuitu ipsarum (rolarum) quator... spiritus vitœ erat in rôtis. {Ezech., cap. i, v. 18. 20 ) Species autem rotarum oral quasi visio lapidischrysolithi. » (cap. x.) Millon a décrit le char du Messie d'après cette autorité.
xxiir.
PAGE ?î9. Les chis tombent comme morts devant sa face.
• CocidI ad pcdes ejus tanquam mortuus. Et posuit dexteram suam super
SUR LE Î.ÎVRE II r. *291
« rae. liicgns : Noli tiniere ; eyo su;n primus et novissimus. » {Apocal., cap. i, Y. M.) •
XXIV®
PAGE 59. Là sont cachées les sources des vérités incompréhensibles.
Je ne pouvais me dispenser de dire un mot de ces hautes vérités mélaphyjiques qui distinguent les dogmes chréîiens des mystères ridicules du paganisme, et qui donnent à notre ciel cet air de grandeur et de raison si convenable à la digniié de l'homme. Cela a été senli par tous les poètes qui m'ont procédé; c'est pourquoi ils ont omis, très mal à propos, l'espace, la durée, etc., aux pieds de Dieu. Je ne sais si j'ai mieux, réussi.
xxv^
PAGE 60. Le père tient un compas à la main, etc.
Je suis ici les idées des peintres et des prèles. On a beaucoup loué Milton d'avoir imaginé le compas d'or avec lequel Dieu trace la création dans le néant. Il me semble que l'idée primitive appartient à Raphaël. .Milton l'aura prise au Vatican. On sait qu'il voyagea en Italie, et qu'il pensa se faire une querelle sérieuse à Rome, en disputant sur la religion.
XXVI®
PAGE 60. A la voix de son vénérable martyr, le Christ s'inclina devant l'arbitre des humains.
Ici commencent, dans les éditions précédentes, les discours des Puissances : c'est au lecteur à juger si j'ai fait un changement heureux. J'ai été obligé de conserver la substance de ces discours puisqui ces discours sont l'axe sur lequel tourne toute ma machine; ils n'auraient jamais dû être examinés que sous ce rapport , mais il semble qu'on n'entende plus rien à la composition d'un ouvrage.
xxvu®.
PAGE 61. Le moment est arrivé où les peuples soumis aux lois du
Messie, etc.
Exposition du sujet, cause de la persécution.
xxviu®.
PAGE 61. Les justes connaissent ensuite l'holocauste demandé et les conditions qui le rendent agréable au Très-Haut,
Choix du héros, et motif de ce choix.
XXIX®
PAGE 62. En lui la religion va triompher du sang des héros païens et des sages de l'idolâtrie ; en lui seront honorés par un martyre oublié de l'histoire ces pauvres ignorés du monde.
Ceci est ajouté, d'après la critique très fondée d'un homme de talent, qui trouvait, avec raison, que je n'avais pas assez insisté sur cette idée. Par là mon personnage d'invention acquiert toute l'importance nécessaire à mon sujet.
XXX*
PAGE 62. Ame de tous les projets des fidèles, soutien du prince qui renversera les autels des faux dieux, etc.
Voilà tout le rôle d'Eudore tracé, et la victoire de Constantin formellement annoncée.
XXXI*
PAGE 62. Il faut encore que ce chrétien appelé ait scandalisé l'Église. Préparation aux erreurs du héros.
XXXll*.
PAGE 62. L'ange du Seigneur l'a oonduit par la main , etc., etc.
Voilà lerécit: la religion d'Eudore, ses voyages, Vclléda, Paul ermite, etc.; voilà cent fois plus de motifs qu'il n'en faut pour autoriser le héros à raconter son histoire; et voilà surtout ce quilieesseutiellemeut le récit à l'action.
XXXUl*.
PAGE 62, Cette victime sera dérobée au troupeau innocent des vierges, etc., etc.
Voilà pourquoi Cymodocée est païenne, pourquoi elle est fille d Homère el prêtresse des Muses, etc. On doit remarquer ici un changement considérable. Cymodocée n'est point demandée par un décret irrévocable, el elle n'aura ni le mérite, ni l'éclat de la première victime. Ainsi, je pourrai montrer la lille d IJomère un peu faible, selon la nature, sans blesser les convenances de la religion, etc.
Je demande si un juge équitable el un homme sans passion peuvent trouver quelque chose de raisonnable à dire contre un morceau que fait naître et justifie tout l'ouvrage? Une phrase nouvelle introduite ici sur les anges ; « Il leur « confie l'exercice de sa miséricorde, » prépare le lecteur au rôle que les messagers de Dieu joueront dans la suite.
XXXIV^
PA«E 63. Les palmes des confesseurs reverdissent dans leurs mains.
Ce mouvement du ciel a semblé plaire à des hommes de goût ; ils ont trouvé qu'il ranimait bien le tableau en finissant.
XXXV
PAGR 63. Entre Félicité et Perpétue.
Fameuses martyres, qui furent exposées, dans l'amphithéâtre de Carthage, aux attaques d'une génisse furieu>e. Perpétue n'est point ici placée au hasard; elle reparaîtra au dénouement, dans le vingt-quatrième livre.
xxxvr.
PAGE 64. Les chérubins roulent leurs ailes impétueuses.
« Etsonilus alarum cherubimaudiebaturusqueadatrium exterius. » (Ezbcb., cap. X.)
XXXVIl*.
fAGB 64. Qui présentent à sa bénédiction deux robes nouvellement blanchies.
Allusion à la catastrophe.
XXXVIIl*.
PAGE 64. Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel ! etc.
« Gloria in excelsis Deoîelin verra paxhominibusbona?voluntalis...Agnu5 Dei, qui tollis peccata mundi. » S'il est facile de donner un tour ridicule aux choses les plus graves, on voit qu'il est plus aisé 'encore de laisser aux choses nobles en elles-mêmes leur noblesse. Plusieurs personnes auront lu peut-être ce chant religieux, sans se douter qu'elles lisaient le Gloria in excelsis, tant
il est vrai qoe l'expression fait tout ! Il y a dans le reste de l'hymne quelques imitations des Psaumes, surtout du lxxii*, mais tellement appropriées à mon sujet et mêlées à mes propres idées, que je puis les réclamer comme à moi. Le cantique est tourné de manière qu'il s'applique à la persécution prochaine et aux destinées du martyr. « 0 miracle de candeur et de modestie! vous per-
« mettez à jes victimes sorties du néant de vous imiter, de se dévouer
« Heureux celui à qui les iniquités sont pardonnées, et qui trouve la gloire « dans la péoiteace! etc. > Ainsi le sujet n'est jamais oublié.