‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 38 sur 165 · SUR LE NEUVIEME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE NEUVIEME LIVRE

PREMIERE REMARQUE

PAGE 162. Si Hiéroclès avait pu voir...

Transition par laquelle on relourne de l'action au récit. Les derniers moments de paix de la /amille chrétienne motivent la continuation du récit : on peut écouter ce récit, puisque le calme règne encore ; mais ou voit qu'à l'instant où le récit finira, les maux commenceront.

ir

PAGB 162. Sont assis à la porte du verger.

Le lieu de la scène est changé. Les familles sont à présent rassemblées dans l'endroit où Eudore et Cymodocée ont chanté sur la lyre.

III*

PAGB 163. Constance se trouvait alors à Lutèce.

Selon divers auteurs, le nom de Lutèce (Paris) vient du latin lutum, qui veut dire fange ou boue, ou de deux mots celtiques qui signifient la belle pierre ou la pierre blanclie. (Duplessis, Ann. de Paris, pag. 2.)

IV'

PAGE 163. Les Belges de la Sequana.

Sequana, la Seine.

11 y avait trois Gaules : la Gaule Cellique, la Gaule Aquitanique et la Gaule Belgique. Celle-ci s élondail depuis la Seine et la Marne jusqu'au Rhin el à l'Océan. [Cjes., lib. i, p. 2.j

PAGE 163. Le premier objet qui me frappa dans les marais Parisii, ce fut une tour octogone, consarrôe à huit dieux gaulois.

Les Parisii étaient les peuples (pii environnaient Lutèce, et ils composaient un des soixante ou des soix;iulo-qu itre peuples des Gaules : Optinvi iiens lexis in yyniin Sfquana frenis. ils se battirent conlre Labieaus, liculeniuldc

César. Le vieillard Camulogènes, qui les commandait, fut tué dans l'action f et Lulèce, que lesParisii avaient mise en cendres de leurs propres mains, subit le joug des vainqueurs. (CiESAR, de Bell. Gall., lib. vu, cap. x ; Ess. sur Paris, pag 5.) On croit que celte tour octogone, consacrée à huit dieux gaulois , était celle du cimetière des Innocents. (Voyez Félibien et Saint-Foix.) Ce fut Philippe le Bel qui fit murer le cimetière des Saints-Inuocents. (GuitL. LE Breton, dans sa Philippid., apud DubreuU, 830.)

PAGE 163. Du côté du midi, à deux mille pas de Lutèce... on découvrait le temple d'Hésus.

Le temple d'Hésus, ou de Mercure, occupait l'emplacement des Carmélites du faubourg Saint- Jacques. {Traité de la Police, par la Mare, 1. 1, pag. 2.)

vir.

PAGE 163. Plus près, dans une prairie... s'élevait un second temple dédié à Isis.

Ce temple d'Isis est aujourd'hui l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le collège des prêtres d'Isis était à Issy. (Voyez la Mare, loc. cit.; et Saint- Foix, Essais, tom. i, pag. 2.)

VIII®

PAGE 163. Et vers le nord, sur une colline.

C'est Montmartre. (Voyez la note xv* du livre vu.) Le temple de Teutatès est marqué par la Mare. (La Mare, 1. 1, pag. 2.)

PAGE 163. En approchant de la Sequana, j'aperçus, à travers un rideau de saules et de noyers.

Tout cela est de Julien (in Miftopogori). Il y a bien loin de ces saules au Louvre. Ce qu'on dit ici de la Seine est précisément l'opposé de ce qui existe aujourd'hui. On trouve, dans Grégoire de Tours cl dans les Chroniques , divers débordements de la Seine -. ainsi il ne faut pas croire Julien trop impli> cilement.

PAGE 163. Deux ponts de bois, défendus par deux châteaux, etc.

Ces ponts étaient de bois du temps de l'iMnperour Julien (in Misop( fjon), et Duplessis montre très bien qu ils dcv aient être encore de bois avant cet em-

pereur. (Ann. de Paris, p. 5.) Quant aux châteaux où l'on paie le tribu à César, Saint-Foix les retrouve dans le petit et le grand Ciiùtelet. La Mare et Félibien prétendent que ces châteaux furent bâtis par César. {Traité de la Police , t. i; Félibien, tom. i, pag. 2-13.) Du temps de Corrozet, on lisait eocore sur une des portes du grand Châlelet : Tributum Cœsaris. (Corrozet, Antiquités de Paris, édit. in-8o, pag. 1530, fol. 12, verso.) AbboD, dans soq poème sur le Siège de Paris, parle du grand et du petit Châtelet.

Horura (pontium) hinc inde tutrices

Cis urbem speculare phalas (turres), citra quoque flumea

(LiB. I, Bellorum Parisiacœ urbis, T. 18, 19.)

On demande si ces tours étaient bâties au bout du Pont-au-Change et du Pelit-Pont, où étaient le grand et le petit Châtelet, ou si elles étaient sur le pont que Charles le Chauve avait fait construire à l'extrémité occidenlale de la ville. (Voyez Annales de Paris, pag. de 171 et 172.)

xr.

PAGE 163. Et je ne vis dans l'intérieur du village, etc. C'esi loujdurs Julien qui est ici l'autorité.

Xli**.

PAGE 463. Je n'y remarquai qu'un seul monument, etc.

Les Nautes étaient une compagnie de marchands établis par les Romains à Lutèce, Nautœ parisiaci Ils présidaient au commerce de la Seine : ils avaient élevé un temple ou un autel à Jupiter, à l'extrémité orientale de l'île. On trouva des débris de ce monument en 1710, ou le 13 mars 171 1, en fouillant dans le chœur de la cathédrale (Voyez Mémoires de l'Académie des inscriptions, tom. III, pag. 243 et 296 ; Félibien, Histoire de Paris, tom. i, pag. 14 ; PiGAisiOL DE LA FoRCE, Description de Paris, tom. i, pag. 360.)

XllI*.

PAGE 463. Mais hors de l'île, de l'autre côté... de la Scquana, on voyait sur la colline Lucolitius un aqueduc romain, un cirque, un amphithéâtre, et le palais des Thermes habité par Constance.

La colline Lucotitius, mons ou collis Lucotitius. — C'est la montagne Sainte- Geneviève. On trouve ce nom employé pour la première fois dans les Actfs des Saints de l'ordre de Saint-Benoît , par Gisicmiir, écrivain du neuvième siècle.

Un aqueduc romain. — C'est laquéduc d Arcueil, qui. selon les meilleurs critiques, fut bâti avant l'arrivée de Julien (lan^i les Gaules. Laquéduc moderne est peut-être éle\'^ sur l'emphiceiiient de l'ancien. {Mémoires de l'Académie des inucriptions, tom. xiv, p. 268)

Un cirque, un amphithéâtre. — On avait cru ce cirque bâti par ChilpéricI*''; mais il est prouvé qu'il uc fut que le reslauraieur d un ancien cirque romain.

Outre ce cirque, il y avait au même lieu un amphithéâtre. Tous ces monuments ocoupaiei.t la place de lalihiiye de Saint-Victor, ou l'espace qui séîendait depuis le? murs de l'univerrilé jusqu'à la rue Villeneuve-Saint-Reno. On appela longtemps ce terrain le Clos des chênes. {Annales de Paris, pag. 67 et 68; Vales, Not. Gall. Paris, pag. 432, etc.)

Et le palais des Thermes.— L'opinion vulgaire est que le palais des Thermes, dont on voit encore les voûtes rue de l;i Harpe, fut bâti par Julien. C'est une erreur; Julien agrandit peut-èlre ce palais, mais il ne le bâtit pas. Les meilleurs critiques en font remonter la fondation au moins à Constantin le Grand, et je crois qu il est plus naturel encore de lattribuer à Constance, son père, qui fit un bien plus long séjoiir dans les Gaules. (Vales, de Basilic, reg., cap. v; TiLL., Hist des Emp., loni. iv, pag. 426.)

XIV"

PAGE 164. Je remarquai avec douleur, etc.

Constance mourut d'une maladie de langueur On lui avait donné le surnom de Chlore, à cause de la pâleur de son visage.

XV*

PAGE 164. Là brillaient Donatien et Rogatien.

L'auteur continue à faire passer sous les yeux du lecteur les évêques, les saints et les martyrs de cette époque, partout où se trouve Eudore , afin de compléter le tableau de l'Eglise.

Donatien et Rogatien étaient de N nies. Donatien fut l'apôtre de son frère; il le convertit à la foi. Ils eurent la tète tranchée ensemble, après avoir été longtemps tourmentés. On les retrouvera à Rome daus la prison d Eudore. {Actes des Martyrs, tom. i, pag. 398 )

xvr.

PAGE 164. Gervais et Protais.

On connaît ladmirable tableau du martyre de ces deux jeunes hommes, par Lesueur. Procula fut e\è(iue <le Marseille, et Just le fut de Lyon. Quant à saint Ambroise, il était en ellel fils d'un préfet des Gaules; mais il y a ici anachronisme, de même que pour saint Augustin, dont sauit Ambroise fui le père spirituel.

XVIi®.

PAGE 164. Il nae fit bientôt appeler dans les jardins, etc.

Ces jardins ctaiem ceux du palai> des Thcrinos , et ils le liir^iit dans la suite du palais de Chilpéric 1". Us occupaient le terrain des rues de la ILirpe,

SUR LE LIVRE iX. olj9

[■!or;i>-Sa!razii); Hiuiieieuilie. du Jardine!, cl dc.-cendaienl jiiçqu a l'église de .Sai;.l-Gtiniair.-(ies-Prés. Saint-OriTraiii-des-Pré», comme je l'ai dit, 'était le temple d'Isis (Annales de Paris, paj;-. 26.)

xviir

PAGE 164 Vous VOUS souvenez peut-être, etc.

Voici encore i action dans le TlcII -. elle fait même ici un pas con-idérable. (lalérius est presque le maître ; il épouse Valérie , et il est gendre de Dioclétien. On entrevoit l'abdication de celui ci. Constantin est persécuté. Hiéroclès est devenu proconsul d'Acbaïe, ri c'est dans ce commandement funeste qu'il a connu Cymodocée. Le lecteur apprend des faits importants, e! i; n'a plus rien à savoir de nécessaire lorsque le récit finira. Si j'insiste là-dessus, on doit mo le pardonner, parce que je réponds à une critique grave, et qui (du moins je le crois) est peu fondée. Jamais, encore une fois, récit épiqui; ne fut pius lie à l'aciion que le récii, d'iuidorc ne l'est au fjad des Martyrs. Au reste, ce (|ue Conslance rapporte de la victoire de Galérius sur les Parlhes, de son iîiariage avec Valérie, du coiDbat de ionslanlin contre un lion et contre les Sarmates, de la rivalité de Coastanlin et de Maxeace , est conforme à l'histoire.

r.iGE 165 Les Pietés avaient attaqué la muraille d'Agricola, etc.

Agricold, beau-père de Tacite, et dont ce grand h slorien nous a laissé la v;,;.

Larnurallle dont il est ici question est appelée plus justement la muraille de Sé\cro. Ce fut lui qui la fil élevrr sur les anciennes r»ti<: Citions bâties par A,a':co!a. Elle s'étendait du golfe deGînle, aujourd'hui la rivière de Clyde, au ^roife de Bodotrie, mainleiianl la rivièie de Foilh. On en \vX eii'.M-e linéiques ruines. Les Pietés étaient une nation de l'Ecosse ou de la Cale liMiie. On les appelait ainsi parce qu'ils se peignaient le corps, comme font encordes Sauvages de l'Amérique. Ce fut en ul!aiit combaUre ctlto n tion, qui s'était soulevée, que Conslance mourut à York dune maladie de l.ingueur et ce fut dans celte ville que les légions proclamèrent Constantin César.

xx".

PAGE 105. D'une autre part, Garrausius ..

Carrausius était un habile oîlicier de marine qui servait sous Maximien dans les Gaules II se révolta, s'empara de la <ir:nvle- Bretagne, et garda sur le conliiK-^nl le port de Boulogne. Maxiinien, ne pouv.mt le punir, fut obligé de le reconnaître en lui laissant le lilro d Augu le. Cons! mce Chlore l'alla ua, et lui plus heureux : il reprit sur lui Boulogne. Carrausius ayant éé lue par Allcclus (autre tyran qui lui succéda), Constance passe eu Augelerre, uefait

Alleclus, et fait reucrer l'île sous la domination des Romains. Oq voit en quoi je me suis écailé de la vérité historique. (Evti.^Paneg. Const.)

xxr.

PAGE 165. Le reste des anciennes factions de Caractacus et de la reine Boudicée.

Le reste de ces anciennes factions n'étaïc autre chose que l'amour de la liberté, qui força plusieurs fois. les Bretons de se révolter contre leurs maîtres. Sous l'empire de Claude, Caractacus, prince breton, défendit sa patrie contre Plautius, général des Romains. Il fut pris, conduit à Rome, parla noblement à l'empereur, et dit, à la vue des palais de Rome, ce mut que j'ai mis dans la bouche de Chlodéric, liv. vu. (Voyez la note l® du même livre.)

La reine Boudicée défendit aussi courageusement les Bretons contre les Romains. Son nom n'est pas harmonieux, mais la gloire et Tacite l'ont ennobli. (Voyez Vita Agric.)

XXII*

PAGE 16d. Maître de la cavalerie.

Magister equitum, grande charge militaire chez es Romains.

XXIII®

PAGE 16o. Colonie que les Parisii des Gaules, etc.

Les Parisiens ne se doutent guère qu'ils ont fait des conquêtes en Angleterre. César nous apprend d'abord que les Belges, c'est-à-dire les Gaulois de la Gaule Belgique, s'emparèrent autrefois des côtes de la Grande-Bretagne, et qu'ils y conservèrent le nom des peuples dont ils étaient sortis. (De Bello Gallic, lib. V, cap. 12.) Los Parisii, qui étaient une des nations de la Gaule Belgique, s'établirent, selon Ptolémce, dans le pays des Braganles, aujourd'hui lYorkshire. Ils fondèrent une colonie qui, selon le même Plolémée, s'appelait Pcluaria. [Geogr., lib. ii , pag 51 .) Le savant Cambden fi.ve celle colonie de Parisiens sur la rivière de IIull, et près de l'embouchure du Ilumber. 11 retrouve Peluaria dans le bourg de Beverley. (Cambden, Britann., pag. 576 et 577.)

xxiv''.

PAGE 165. Sur le Thamésis... Londinum.

Les anciens sont d'une grande exactitude dansiour description du climat de l'Anp,lolcrre, et l'on peut remarquer qu'il n'a pas varié depuis le temps de César et de Tacite. (C^esar, lib. vr, cap. xii ; Tac. m Vil. Auric.) Et quand on lit ce passage de Slrabon, on croit être transporté à Londres. « Acr apud eos

SUR LE LIVRE IX. 36 ï

« i:::!)iihus mads est quara iiivibus ol-noxius : ac sereno etiam cœlo caligo « ;; ,10 i:im nuillum lempoiis oblinet ; ila ut loto die non ultra très aut quatuor « (jur.^ sunl circa meridiem horas, conspici sol possit. » {Geog., lib. iv, pa:;. iOO.)

XXV®

PAGE 16G. Là s'élevî'it une vieille tour.

C'est une fiction par laquelle l'auteur, suivant son sujet, fait voir le triomphe de la croix, et l'Angleterre con^eilic au cliristiani-me. Cette fiction a de plus l'avantage de rappeler l'antique abbaye où se rattache toute l'histoire des Anglais.

XXVI

PAGE 160. Il envoya à l'erupcreur aies le'.lrcs couronnées.

C'était l'usage après une victoir.'. Tacite raconte qu'Agricola, après ses

(juiniiL' tes sur 1 s Breton?, e\ it.i (u' joiaiîa' ies IluIÎ es de laurier à ses lettres, dans la crainte d'éveiller la jalou ie de Doiïiition. {la Ayric.)

xxvir

PAGE 166. Il sollicita et obtint pour moi la staUie.

Celte phrase porte avec elle son explicition. Lorsque le triomphe ne fut cîi u^age, ou qu'il fat réservé pour ie^ erap'ri'ars, on accorda aux gMieraux \aiii4ucurs des statues et différents honneurs uiiiitaircs.

PAGE 166. Me créa commandant des contrée^ armoricaines.

Lf"5 conîrces armoricaines comprenaient la Normandie, la Ur tagne, laSaint )iige, le Poitou. Le centre de ces contrées était la B etagno, dite par excellence l'Arav.iiiue. Lorsque le? dieux des Romains et les ordonnances des empereurs eurent chassé des Gaules la religion des drui e>, elle ^e retira au fond des bois de la Bictagne, où elle exerça encore longtemps S(!n empire. On croit que le grand collège des druides y fut établi. Ce qu il y a de ce. tain, ce t que la Breta,::ne est remplie de pierres druii'itiues, P.impi n us Mila et St. a!) n placent f ur les côtes de la Bn ligne l'île de Sayne, consacrée au culte des dieux gaulois. Nous reviendrons sur ce sujet.*

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