‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 66 sur 165 · SUR LE VINGT-DEUXIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE VINGT-DEUXIÈME LIVRE

PREMIÈRE REMARQUE

PAGE 422. D'une main il prend une des sept coupes d'or pleines de la colère de Dieu.

On ne me contestera pas cet ange, les coupes d'or, etc., fors qu'on n'ait pris encore tout cela pour mes vaines imaginations. N'est-il pas honteux que des hommes qui se mêlent de critique ignorent pourtant la religion au point de ne pas connaître les choses les plus communes? Qu'ils imitent Voltaire, et s'ils ne lisent pas la Bible comme chrétiens, qu'ils l'éludient du moins comme littérateurs.

« Et unum de quatuor animalibus dédit septem angelis septem phialas au- « reas plenas iracuudiae Dei. » {Apocal., cap. xv, v, 7.)

II*

FAGB 422. De l'autre, il saisit le glaive, etc.

• Factura est autem in noclis medio : percussit Dominus omne primogeni-

« tum in terra ^gypti.

« Et ortus est clamor magnus in ^gypto. « {Exod. cap. xii, v. 29 et 30.) « ... Venit angélus Domini et percussit in castris Assyriorum centum oo

« toginta quinque millia. » {Reg., lib. IV, cap. xix, v. 35.)

III®

PAGE 422. La faux qui vendange, et la faux qui moissonne.

« Et alius angélus exivit de templo, damans voce magna ad sedenlem super « nubera : Mille falcem luam, et mcte, quia venit hora ut metalur, quoniam « aruit mcssis terrs...

« Et alius angélus exivit de altari, et clamavit... « Mille falcem luam acutam, et vindemia botros vineae terrœ... »(Apocal., cap. XIV, V. 15 et 18.)

jye.

PAGE 124. L'édit te permet de la livrer aux lieux infâmes...

On sait trop que l'effroyable perversité- des païens les porta jusqu'à faire déshonorer des vierges chrétiennes, dont la première vertu était la chasteté. Cette espèce de martyre fut employée plusieurs fois, comme on le voit dans l'Histoire ecclésiastique. Nous avons une tragédie entière de Corneille fondée sur ce sujet. Je ne me suis servi de ce moyen que pour jeter Eudore dans la plus grande tentation et dans le plus grand malheur qu'un homme puisse éprouver.

PAGE 124. Rendit compte en ces mots de son entrevue avec Dioclétien, etc.

Ce fut Maximien qui engagea Dloclélien à reprendre l'empire, et ce fut aux députés de Maximien que Dioclétien fit la belle réponse que tout le monde connaît : « Plût aux dieux que ceux qui vous envoient vissent les légumes « que je cultive.»

VI*

PAGE 125. Le jardinier sidonien, etc.

Abdolonyme : les beaux vers de M. Delille, connus de tout le monde, rendent tous les détails superflus.

Dans cette entrevue de Dioclétien et du messager d'Eudore, il n'y a d'historique que la réponse : « Pliit aux dieux, etc.»

vil®.

PAGE 123. Les évoques craignaient que vous n'eussiez réussi. . Telles sont la résignation et la fidélité chrétiennes.

viir.

PAGE 128. Le repas libre.

« Or, le soir qui précède immédiatement le jour des spectacles, la coutume « est de faire, à ceux qui sont condamnés aux bétes, un souper qu'on nomme « le souper libre. Nos saints martyrs changèrent, autant qu'il leur fut possi- « ble, ce dernier souper en un repas de charité. La salle où ils mangeaient « était pleine de peuple; les martyrs lui adressaient la parole de temps en « temps-.. Ces paroles... jetèrent de l'étounement et de la frayeur dans l'âme « de la plupart... Plusieurs restèrent pour se faire instruire, et crurent en • Jésus-Christ. » {Àct. Mart.y in sancta Perpétua.)

IX

PAGE 130. Au milieu de cette scène touchante, on voit accourir un esclave, etc.

J ai tâché de tracer mon tableau de manière qu'il pût être transporté sar la toile sans confusion, sans désordre, et sans changer une seule des attitudes : le peuple romain à genoux, les soldats présentant les aigles; les vieux évêques assis, la tête couverte d'un pan de leur robe ; Eudore debout, soutenu par les centurions, et laissant tomber la coupe, au moment où il prononce ce mot : « Je suis chrétien ! » la diversité des costumes ; l'agape servie sous le vestibule de la prison, etc; tout cela pourrait peut-être s'animer sous le pinceau d'un plus grand peintre que moi.

SUR LE yi?;GÏ-TROISIEME LIVRE.

PREMIERE REMARQUE

PAGE 433. A ces mots, le prince des ténèbres disparaît du milieu de la foule.

Rien n'est plus commun dans les poètes que cette machine d'une divinité qui prend la forme d'un personnage connu pour produire ou diriger un événement ; je ne crois pas devoir citer.

PAGE 133. Son triomphe sur les Parthes.

Crevier pense que Galérius célébra en effet son triomphe sur les Parthes. Cela souffre pourtant des difficultés en critique ; mais j'ai adopté l'opinion qui me convenait le mieux.

III*

PAGE 133. Rélablit les fêtes de Bacchus.

L'an 5^.8 de Rome, le sénat découvrit de telles abominations dans les fêtes de Bacchus, qu'il fit supprimer ces ftMes.

IV*

PAGB 134i Des courtisanes nues, rassemblées au son de la trompette, etc.

Cette description n'est que trop historique: j'ai seulement omis les infamies les plus révoltantes. 11 y eut deux Flores : la première, épouse de Zéphyre, reine des fleurs, nymphe des îles Fortunées ; la seconde, courtisane romaine, qui légua sa fortune au peuple, et dont le culte criminel se confondit bientôt avec le culte innocent que l'on rendait à la première Flore.

« Pantomimus a pueritia patitur in corpore, ut artifex esse possit. tpsa « etiam prostibula publicae libidinis hostiae in scena proferuntur ; plus miserse « in praîsentia feminarum, quibus solis latebant, perque omnis œtatis, omnis « dignitatis ora transducuntur, locus^ stipes.elogium, etiam quibus opus non « est, praedicatur. Taceo de reliquis, etiam qua3 in tenebris et in speluncis « suis delitescere decebat, ne diem contaminarent. » (Tertull., de Spect., cap. XVII )

« Celebrantur ergo illi ludi (Florales) cum omni lascivia, convenientes me- « moriaî meretricis. Nam praeter verborum licenlia, quibus obscœnitas om- € nis effunditur, exuniur etiam vestibus, populo flagitante, meretrices, quae « tune mimorum funguntur officia, et in conspectu populi usque ad satietalem « impudicorum luminum cum pudentis motibus detinentur. » ( Lactan., Div. Jnst., lib., I, cap. xx.)

Saint Augustin (Epist. cch ) parle encore de ces jeux pour les anathématiser. Personne n'ignore l'histoire de Caton. Un jour qu'il était présent aux fêtes de Flore, ou n'osait, par respect pour sa vertu, commencer les orgies ; iï se relira, afin de ne pas interrompre les plaisirs du peuple. Quel éloge des mœurs de Caton, et en même temps quelle déplorable faiblesse de la morale païenne ! Caton approuve moralement ces jeux, puisqu'il y assiste ; et les mœurs de ce même Caton empêchent de commencer ces jeux. ( Senec,.., Epist. XLVii.)

PAGE 43A Des outres et, des amphores, etc.

J'ai suivi pour tous ces détails les dessins des vases grecs et les bas-reliefs antiques. On peut consulter Catulle, Noces de T^iétis et de PéLée ; Tacite, sur Claude, au sujet de Messaline ; et Euripide, dans les Bacchantes.

PAGE 134. Chantons Évohé, etc.

Ce n'est point ici un chant connu : ce n'est ni l'ode d'Horace, ni l'hymne d'Homère : c'est un chant composé de diverses histoires qui ont rapport à Bacchus, et de l'éloge de l'Italie par Virgile. J'ai déjà dit que, faute d'attention, un critique peu versé dans l'antiquité pourrait se méprende à ces passages des Martyrs, et tomber dans dos erreurs désagréables pour lui : au moyen de ces notes, on saura à qui parler. Je ne citerai point les imitations; laissant au lec teur le plaisir de les chercher dans les poètes que j'ai indiqués, Pindare d'abord, ensmiel Hymne à Bacchus, attribue à Homère ; Euripide, Catulle, Horace, Ovide et Virgile, in Georg.

VU*

PAGE 135. Qu'il était touchant, dans le délire de Rome païenne, de voir les chrétiens, etc.

De bonne foi, le christianisme n'a-l-il pas ici l'avantage sur le paganisme?

21 6 BEMARQUES

Ces larmes du malheur ne sonl-elles pas prérérables, même poétiquement, à ces cris de la joie ? Y a-t-il quelque lecteur qui se seule plus intéressé par ihymoe à Bacchus et les fêtes de Flore que par les prières des chrétiens infortunés?

Vlll®.

PAGE i31. Festus avait d'ailleurs été frappé des réponses et de la magnanimité d'Eudore.

Il y a mille exemples déjuges, de geôliers, de bourreaux même, convertis par les paroles ei les soufifrances des chrétiens qu'ils persécutaient.

PAGE 138. Les chrétiens, dont la charité, etc.

Cet ne sont point des vertus imaginaires : les chrétiens ont été les premiers à secourir les lépreux, qu'on abandonnait au coin des rues; ils bâtirent, pour cette afl'reuse maladie, des hôpitaux connus sous le nom de léproseries

PAGE 138. Il expire.

Cette scène terrible d'une âme qui comparaît au jugement de Dieu, retracée par les sermonnaires, n'avait point encore, que je sache, été transportée dans l'épopée chrétienne. En faisant condamner Hiéroclès, je n'ai pas été plus loin que le Dante, qui trouve aux enfers ses contemporains, et même un prélat qui vivait encore.

XI«

PAGE 140. Il est dans le ciel une puissance, etc.

Fiction en contraste avec la scène précédente, et qui forme la transition pour revenir du ciel sur la terre. On a souvent peint l'Espérance : j'ai hasardé d'en faire un portrait nouveau.

XII*

PAGE 1-19. C'était une tunique bleue, etc

Saint Chrysostôme décrit ainsi l'habit des vierges de son temps-. « Une tu- € ni(|ue bleue serrée d'une ceinture, des souliers noirs et pointus, un voile « blanc ^ur le front, un manleau noir qui couvrait la tète et tout le corps. Les « peintures que l'on fait de la sainte Vierge semblent en être venue». • (Flicury, Mœurs des Chrétiens, chap. lu.)

XIII*

PAGE 141. Telle Marcie, etc.

SUR LE LIVRE XX III. SîT

C est uu des plus beaux morceaux de Lucain :

Sicut erat mœsti servans lugiibria cultus, Ouoque modo natos, liuc est umplexa marilum. Obsita fuiierea celatur purpura lana, Non soliti lusere sales, nec nioie Sabine Excepit tristis convicia fesia mai itus. Piguora nulla donius, luilli coiere piopinqui: Juuguntur taciti, conteiilique au picc Biuto.

(LcctN., Phare., lib. Ii, r. 565.)

XIV®

PAGE 442. Légers vaisseaux de l'Ausonie, etc.

Ce chant est peut-être le morceau que j'ai le plus soigné de tout l'ouvrage. On peut remarquer qu'il ne s'y trouve qu'un seul hiatus, encore glisse-l-il assez facilement sur l'oreille. J aurais dét^iré que la chanson de mort de ma jeune Grecque fût aussi douce que sa voix, et aussi harmonieuse que la langue dans laquHle Cymodocée est censée parler. Cette espèce d'hymne funèbre est dans le goût de l'antiquité homérique. Comment Cymodocée eîit-elle soupiré ses regrels sur la lyre chrétienne P Seule, plongée au fond d'un cachot, sans maître, sans instruction, sans guide, elle porte de nécessité dans ses sentiments les erreurs de sa première éducation ; mais elle s'aperçoit pourtant qu'elle pèche, et elle se reproche innocemment un langage que son ignorance excuse.

xv^

PAGE IM. Je vous salue, robe sacrée, etc. Après avoir vu la femme, on retrouve la chrétienne.

XVI*

PAGE 445. Les confesseurs... ne désiraient point voir couler le sang de leurs frères.

Loin de vouloir qu'on s'exposât au martyre, l'Eglise condamnait ceux qui s'y livraient inutilement, et conseillait la fuile dans la persécution. ( Voye»

SAINT CyPWIEN.)

XVIl^

PAGB 146. S'élevait une retraile qu'avait Iwbitée Virgile. On m'a montré à Rome les prétendues ruines de cette maison.

XVIII*

PAGE 146. Un laurier, etc.

J'ai mis à la porte de la maison de Virgile le laurier qui croît à Naples sur son tombeau.

T. tu £8

XIX*

PAGE 148. Abjure des autels, etc.

Voilà le plus rude assaut que Cymodocée ait eu à soutenir. On doit tout lui pardonner, puisqu'elle ne succombe pas aux prières de son père; elle est assez forte. Sainte Perpétue passe par la même épreuve.

XX®

PAGE 149. Il tient à la main son sceptre d'or, etc.

Comme mon jugement particulier n'oblige personne à trouver bon ce que j'écris, je dirai que cet ange du sommeil est, de toutes les fictions des Martyrs, celle que je préfère, et celle que j'ai composée avec le plus de plaisir. Je ne puis m'empêcher de croire qu'un homme, avec plus de talent que moi, pourrait tirer, de l'action des anges et des saints, un genre de beautés qui balancerait pour le moins les créations mythologiques. Ce n'est point condamner celles-ci, c'est seulement ajouter aux richesses des poètes.

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