‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 84 sur 165 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

NADAB, ARZANE, NÉBÉE.

ÂRZANE.

De ses destins , Nadab , votre esclave incertaine A<îcourt à votre voix près de cette fontaine. Si par ces yeux baissés je juge de mon sort , Je crains bien qu'Amalec ne soit p3s libre encor.

NÀDÀB.

Étrangère, il me faut vous le dire sans feinte :

Les vieillards de Galeb ont écouté la plainte.

Le conseil, à qui seul le pouvoir appartient,

Pour quelques jours encor dans ce camp vous retient.

Sans gardes cependant vous pouvez de la plage

Parcourir les sentiers et l'arène sauvage.

Dathan , dont l'amitié ne craint aucun péril,

Amène auprès de vous vos compagnes d'exil.

On vous rend des honneurs inconnus sous nos tentes,

(Dathan entre en ce moment sur U scène, suivi du chœur des jeunes Elles amaléciter; il se retire tmoite, Nébée va se placer à la tête du chœur au fond du théttre.)

Et bientôt, au milieu des pompes éclatantes, Rendue à vos sujets , embrassant l'avenir, Vous perdrez de Nadab l'importun souvenir.

ARZANE

Arzane par vos mains à la moit fut ravie , Et d'un nouveau bienfait cette grâce est suivie ? Mon cœur reconnaissant ne peut s'exprimer mieux Que par mon peu d'ardeur à sortir de ces lieux.

NADAB

A ce langage adroit je ne puis me méprendre : Vous flattez l'ennemi dont vous croyez dépendre. Mais, nourrie à Séir, pour plaire et pour aimer, Nos farouches vertus ne peuvent vous charmer.

ARZANE

Amalec et Jacob diffèrent de maxime.

Il est vrai, nous croyons , sans nous en faire un crime , Qu'aimer est le bonheur, plaire, un don précieux, £t que la volupté nous rapproche des dieux.

312 moïse,

Sous des berceaux de fleurs nos heures fortunées S'envolent mollement l'une à l'autre enchaînées. Le dieu que nous servons approuve nos désirs : Dans une île féconde , aux doux chants des plaisirs, La beauté l'enfanta sur les mers de Syrie ; Il préside en riant aux banquets de la vie. Pour attirer sur vous ses bienfaisants regards , J'ai déjà , les pieds nus et les cheveux épars, De nos rites sacrés suivant l'antique usage, Trois fois pendant la nuit conjuré son image... Mais n'ai-je point, Nadab, armé votre courroux? Vous détestez le dieu que je priais pour vous. Pardonnez à ces vœux que dans -mon innocence M'arracha le transport de la reconnaissance.

Qu'en tends-je ! Amalécite, apprenez donc mon sort. Longtemps de mon amour je captivai l'essor : Vous adorant toujours , mais respectant vos larmes : Je n'aurais pas osé vous parler de vos charmes : Un mot, dont l'homme heureux ne sent pas la valeur Trop souvent peut blesser l'oreille du malheur. Quand Moïse vivait vous aviez tout à craindre ; A cacher mon ardeur je savais me contraindre: Aujourd'hui que le ciel pour vous se veut calmer, Votre bonheur me rend le droit de vous aimer.

ARZANE

Épargnez...

NADAB

Vous sauver changea ma vie entière.

Ce cœur que vous avez habité la première , Vit l'amour se lever terrible et violent Comme l'astre de feu dans ce désert brûlant. Le repos pour jamais s'envola de mon àmc; Mon esprit s'égara dans des songes de flamme. Abjurant la grandeur promise à nos neveux, A l'autel des Parfums je n'offrais plus mes vœux ; Je n'allais plus, lévite innocent et modeste, Chaque aurore au désert cueillir le pain céleste. Dans les champs de l'Arabe, et loin dos yeux jaloux, Mon bonheur eût été de me perdre avec vous. De toi seule connue, à loi seule asservie, L'Orient solitaire aurait caché ma vie.

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