‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 210 sur 219 · PAU LA HARPE · texte numérisé non relu

PAU LA HARPE

Deux surtout dont le ncim, les ialei;l>, réloquence.

Faisant aimer l'erreur, ont fon(K'; sa puissance,

Préparèrent de loin des maux inalli'udus,

Dont ils auraient frémi s'ils les avaient prévus.

Oui, je le crois, témoins de leur affreux ouvrage.

Ils auraient des Franç;iis désavoué la rage.

Vaine et tardive excuse aux fautes do l'orgueil !

Qui prend le gouvernail doit connaître l'écueil.

La faiblesse réclame, un pardon légitime :

IViiiis de tout grand pouvoir l'abii* est un grand crime;

Par les doii3 de l'esprit placés aux premiers rangs.

Ils ont parlé d'en liant aux peupl' s ignorants;

Leur voix montait au ciel pour y porter la guerre,

Leur parole hardie a parcouru la terre.

Tous deux ont entrepris d'ôter au genre humain

Le joug sacré qu'un Dieu n'imposa pas eu vain ;

Et des coups que ce Dieu frappe pour les confondre,

Au monde, leur disf-iple, ils auront "a répondre.

Leurs noms, toujours chargés de reproclies nouveaux.

Commenceront toujours le récit de nos maux.

Ils ont frayé la route à ce peuple rebelle :

De leurs tristes succès la honte esl immortelle.

L'un qui, dès sa jeunesse errant et rebuté, Nourrit dans les affronts son orgueil révolté, Sur l'horizon des arts sinistre météore, marqua par le scandale une tardive aurore.

ET ÉCLAlRClS>EMrNTS. 319

El, pour premier essai d'un lalcnt imposlcnr. Calomnia les arts, ses smils litres d'hoiumir; D'un nioilcrnecyniqur affecta l'arroganc^ Du paradoxe allier orna l'exlravat^aiiC' , Ennoblit le sophismo, et cria vilriic.

Riais par quel ari lionleux s'esl-il accréiiilé? Courtisan de l'envie, il la sert, la caresse. Va dans les derniers rangs en llitter la bassesse; Jusques aux fondements de la sociélé 11 a porté la faux de son égalité.

Il sema, lil germer, chez un pt^uple volage. Cet esprit nov:ileur, le monstre de notre fige. Qui couvrira l'Europe et de sang et de deuil. Rousseau fut pjrmi nous l'apôtre de l'orgueil. 11 vanta son enfance a Genève nourrie, Et, pour venger un livre, il troubla sa patrie; Tandis qu'en ses écrits, par un autre travers, Sur sa ville cbétive il réglait l'uiiivers. J'admire ses talents, j'en déteste l'usaije; Sa parole est un feu, mais un feu qui ravage. Dont les sombres lueurs brillent sur des débris. Tout, jusqu'aux vérités, trompe dans ses éciils; Et du faux et du vrai ce mélange adullèie Est d'un sopliiste adroit le premier caractère. Tour a tour apostat de l'une et l'autre loi, Admirant l'Évangile, et réprouvant la loi, Chrétien, déiste, armé contie Genève et Rome, Il épuise "a lui seul l'inconstance de l'Iiomuie, DonKiiule une statue, implore une prison; Va lamonr-propre enfin, égarant sa raison, Fiappe ses derniers ans du plus triste délire : Il luit le monde entier qui contre lui conspire; Il se confesse au monde, et, toujours i>leln de soi, Dit bauleiiient à Dieu : I^'iU n'eu meilleur que moi.

L'autre, > ncorplus fameux, plus éclatant génie Fut pour nous soixante ans le dieu de riinnuonie. Ceint de tous les lauriers, fait pour tous les succès; Voltaire a île son nom fait un titre aux Français. Il nous a viMidu cher ce brillant bérilaiie, Qii nd, libre en son exil, rassuré p;ir son i\ge, De son esprit long lenx l'essor indépendant Prit sur l'esprit du siècle un si haut ascendant, Quand son ambition, toujours plus indocile, Pivieudit détrôner le Dnu de l'Évangile. Voltaire dans Ferney, son bruyanl arsenal, Secouait sur rEuro|)e un magi(|ue fanal, Que pour end)ra-er tout trente ans on a vu luinv Par lui limpiété, puissante pour détruire. Ébranla, d'un effort aveugle et furieux. Les trônes de la terre appuyés d;ins les deux. Ce llexible Protée était né pour séduire : Fort de tous les talents et <le plaire et de nuiro Il sut multiplier son feilile poison; Armé du ridicule, éludant la raison,

Prodiguant le mensonge, et le sel, et l'injure. Décent masques divers il revêt l'imposture, Impose à l'iynorant, insulte a l'Iiomme instruit; Il sut jusqu'au vulgaire abaisser son esprit, faire du vice un jeu, du scandale une école. Grâce a lui, le blasphème, et pi(iuant et frivole. Circulait embelli des traits de la gaîté ; Au bon sens il ôta sa vieille autoriié, Repoussa l'examen, fit rougir du scrupule. Et mit au premier rang le litre d'incrédule.

Voici ce que Montesquieu écrivait en 1752 à l'abbé de Guasco : « Huarl veut faire une nouvelle édition des Lettres Persanes; mais il y a quelques /uveniita que je voudrais auparavant reloucher. »

Sous ce passage on trouve celle note de l'éditeur :

« Il a dit à quelques amis quCj s'il avait eu à donner aciuellemeni ces Lettres, il en aurait omis quelques-unes dans lesquelles le feu de la jeunesse l'avait transporté ; qu'obligé par son père de passer louie la journée sur le Code, il s'en trouvait le soir si excédé, que pour s'amuser il se mettait à composer une Lettre persane, et que cela coulait de sa plume sans étude. »

{OEuvres de Montesquieu, lom. vu, pag. 235.)

NOTE 7, page 46

Voltaire, que j'aime à citer aux incrédules, pensait ainsi sur le siècle de Louis XIV et sur le nôtre. Voici plusieurs passages de ses leitres (où l'on doit toujours chercher ses sentiments intimes) qui le prouvent assez.

«C'est Racine qui est véritablement grand, et d'auiant plus grand qu'il ne parait jamais chercher à l'être. C'est l'auteur d'/4</ia/îe qui est l'homme parfait. [Corresp. gén., tom. vili, page 465).

« J'avais cru que Racine serait ma consolation, mais il est mon désespoir. C'est le comble de l'insolence de faire une tragédie après ce grand iiomme. Aussi, après lui, je ne connais que de mauvaises pièces, et avant lui que quelques bonnes scènes » {Ibid., tom. viii, page 4G7.)

«Je ne peux me plaindre de la bonté avec laquelle vous parlez d'un Brutus et d'un Of/j/ie/in; j'avouerai même qu'il y a quelques beuités dans ces deux ouvrages; mais encore une fois vive Jean (Racme;! plus on le lit, cl plus on lui découvre un talent unique, soutenu par toutes les finesses de l'art; en un mot, s'il y a quelque chose sur la terre qui approche de la perfection, c'est Jean. 3) {Ibid., tom. viii, page 501.)

« La mode est aujourd'hui de mépriser Colbert et Louis XIV; celte mode passera, et ces deux hommes resteront à la postérité avec Boilcau. » {Ibid., lom. xv, page 108.)

« Je prouverais bien que les choses passables de ce temps-ci sont toutes puisées dans les bons écrits du siècle de Louis XIV. Nos mauvais livres sont moins mauvais que les mauvais que l'on faisait du temps de Boileau, de Racme et de Molière, parce que dans ces plais ouvrages d'aujourd'hui il y a toujours quel-

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ques morceaux lirés visiblemciu dos ailleurs du ri'L;ne du l)Oii goi'ii. ^'<»•. s ressemblons à dos voleurs qui cliaiigoiil cl qui orneal ridiculeiîicnik'sJiabiis qu'ils ont dérobés, de peur qu'on no les reconnai-so. A celte fripo:incrie s'esi jointe la rage de la disseriilion et colle du piradoxc; le ituii compose une imperlinencoqui est d'un ennui mortel. »{Ibid., toni. xiii, page 219.)

« Accouiumez-vous à la disette des talents en loui t;onic, à l'esprit devenu comu)un, et au génie devenu rare, à une iiiondaii^in de livres sur la guerre pour être bailus, sur les finances pour n'itvoir pas un sou, sur la population pour manquer de recrues el de culiivateuis, cl sur tous les ans pour ne réussir dans aucun. » {Ibid., loni. vi, page 391.)

Enlin, Voltaire a dit, dans sa belle lettre à milord Hervey, tout ce qu'on a répété moins bien et redii mille fois depuis, sur le siècle de Louis XIV. Voici celle lettre à milord Hervey, en 1740 :

Année il 40.

« .. Mais, surtout, milord, soyez moins fâché contre moi de ce que j'appelle le siècle dernier le siècle de Louis XIV. Je sais bien que Louis XIV n'a pas eu l'honneur d'être le maîire ni le bnnfaileur dun Bayle, d'un Klwiou, d'un Halley, d'un Atdison, d'un Drydon; mais dans le sièole qu'on iioumic de Léon X, ce pape avait-il tout fait ? iN'y avait-il pas d'autres i»riuces qui contribuèrent à polir et à éclairer le gonre humain? Ccpend;int le nom de Léon X a prévalu, parce qu'il encouragea les arts [tlus qu'aucun autre. Eli ! quoi roi a donc, en cela, rendu plus de services à i'huuianiié que Louis XIV ? quoi roi a répandu plus de bienfaits, a mar(iué plus de goût, s'est signalé par île plus beaux établissements? Il n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire, sans doute, parce qu'il était homme; mais il a lait plus qu'aucun autre, parce qu'il était un grand homme : ma plus furie raison ponr l'estimer beaucoup, c'e^l qu'avec des fauies connues il a plus de réputation qu'aucun de ses contemporains; c'est que, malgré un million d'honunes dont il a privé la France, et qui tous ont été intéressés à le décrier, toute l'Europe l'esiime et le met au rang des plus grands et des meilleurs monarques.

«^'olnnlez-Inoi donc, milord, un souverain qui ait attiré chez lui plus d'ciraugers iiabilcs,et<iui ait plus encouragé le mérite dans ses sujets. Soixante savants de l'Europe reçurent à la fois des récompenses de lui, étonnés d'en élre connus.

« Quoique le roi ne soit pas votre souverain, leur écrivait M. de Colbert, il veut être votre bienfaiteur ; il m'a commandé de vous envoyer la lettre de change ci-jointe, comme un gage de son estime. ' n Bohéinion, un Danois, recevaient de ces lellies dalces de Versailles. Guillemini bàlil à Florence une maison des bienfaits de Louis XIV : il mit le nom de ( e roi sur le frontispice, et vous ne voulez p;is qu'il soit à la lê c du siècle dont je parle !

« Ce qu'il a lait dans son royaume doit s 'i vir à j.miais d'exemple. Il rliargoa de léducation de son fils cl de son [>etil-lils les plus éloquenls et les plus savanls hommes de l Europe. Il eut lallcntion de placer trois enfants de Pion e Corneille, deux dans hs troupes, cl l'autre dans l'Eglise ; il cxi iia le nioritc naissant de Racine par un présent considérable pour un jeune hcimuic inconnu cl sans bien ; cl quand ce génie se fui perfectionné, ces talents, qui .souvent sontrexdusion de la fi>rtuno, liieni la sienne. Il cul plus que de la fortune, il çui la faveur cl quclqudois iafaunliariié d'uQ uiailic donl uu regard ciail un

bienfait. 11 était, en 1688 et 1689, de ces voyages de Marly tant brigués par les eouriisans; il couchait dans la eiiaiui)re du roi pendant ses maladies, et lui lisait ces cliefs-d œuvre d'éloquence et de poésie qui décoraient ce beau règne.

« Celte faveur, accordée avec disi ernement , e-t ce qui produit de l'émulation et qui échauffe les grands génies ; c'est beaucoup défaire des fondations, c'est quelque cliose de les soutenir : mais s'en tenir à ces établissements, c'est souvent préparer les mêmes asiles pour lliomme inutile et pour le grand homme : c'est recevoir dans la même ruche I abeille et le frelon.

ic Louis XIV songeait à tout; il protégeait les académies, et distinguait ceux qui se pignalaient; il ne prodiguait point sa faveur à un genre de mérite à l'exclusion des autres, comme lani de princes qui favorisent, non ce qui est beau, mais ce qui leur plaii; la physique et 1 élude de 1 antiquité aiiirèrentson atteiiiion. Elle ne se raleniii pas même dans les guerres qu'il soutenait contre l'Europe; car, en bâtissant trois cenis citadelles, en faisant marcher quatre cent mille soldais, il faisait élever l'Observatoire, et tracer une méridienne d'un bout du royaume à l'autre, ouvrage unique dans le monde. 11 faisait imprimer dans son palais les traductions des bous auteurs grecs et latins; il envoyait des géomètres et d; s physiciens au loiid de l'Afrique et de l'Amérique, chercher do nouvelles connaissances. Songez, milord, que sans le voyage et k-s expériences de ceux qu'il envoya à Cayenne en 1672, et sans les mesure^ de M. Picard, jamais Newton n'eût faii ses découvertes sur l'attraciion. Regardez, je vous prie, un Cassaii et un Huyghcns, qui renoncent tous deux à leur patrie qu'ils honorent, pour venir en France jouir de l'estime et des bienfaits de Louis XIV. Et pen>ez-vous que les Anglais mémos ne lui aient pas obligation ? Diles-moi, je vous prie, dans quelle tour Charles II puisa tant de politesse et lani de goût? Les bons auteurs de Louis X!V n'ont-ils pas été vos laodèles ? n'est-ce pas d'eux que votre sage Addison, Ihomme de votre nation qui avait le goût le plus sûr, a tiré nouent ses exctllenies critiques ? L'évêque Burnet a\oue que ce goût, acquis en Tiance par l<s courtisans de Charles II, réforma chez vous jusqu'à la chaire, maigre la différence de nos religions : tant la saine raison a pai tout d'empire ! Dites-moi si les bons livres de ce temps n'ont pas servi à l'éducaiion de tjus les princes de l'empire. Dans quelles tours d'Allemagne n'ai-on pas vu des théâtres français? Quel prince ne tâchait pas d'imiter Louis XIV? Quelle nation ne suivait pas alors les modes de la France?

« Vous m'apportez, milord, l'exemple de Pierre le Grand, qui a fait naître les arts dans son pays, et qui est le créateur d'une nation nouvelle; vous me dite3 cependant que son siècle ne sera pas appelé dans l'Eui ope le siècle du czar Pierre : vous en concluez que je ne dois pas appeler le siècle passé le siècle de Louis XIV. 11 me semble que la différence est bien palpable. Le czar Pierre s'est introduit chez les autres peuijles ; il a |)urté leuis arts chez lui; mais Louis XIV a instruit les nations : tout, jusqu'à.ses fautes, leur a été utile. Les protestants, qui ont quitté ses États, ont porté chez vous-mêmes une industrie qui faisait la richesse de la France. Comptez-vous pour rien tant de manufactures de soie et de cristaux ? Ces dernières furent perfectionnées chez vous par nos réfugiés, et nous avons perdu ce que vous avez acquis, t,

« Enfin, la langue française, miiord, est devenue prcsiiue la langue universelle. A qui en est-on redevable? éiait-ede aussi étendue du temps de Henri IV? Mon sans doute ; on ne connaissait que lilalien et l'espagnol. Ce sont nos excellents écrivains qui ont fait ce changement : mais qui a protégé, employé, encouragé ces excelleuis écrivaios ? C'était M. de Colbert, me direz-vousi je

l'avoue, tl je prétends bien que le niiui-lre doit partager la gloire du niaîirc. Mais qu'eût fait un Colbert sous un autre prince ? sous votre roi Guiilannie qui n'a mail rien, sous le rui d'Espaune Charles 11, sous tant d'autres souverains ?

« Croiriez- vous, niilurd, que Louis XIV a réfonué le goût de la cour en plus d'un genre? 11 choisit Lulli pour son musicien, et ôia le privilège à Lambert, parce que Lambeil éiaii un homme médiocre, et Lulli un homme supérieur. 11 savait distinguer l'esprit du génie; il donnait à Quinaultlcs sujets de ses opéras ; il dirigeait les peintures de Lebrun ; il soutenait Doileau, Racine, Molière contre leui s ennemis; il encourageait le^ arts utiles comme les beaux-arts, et toujours en connaissance de cause; il [irèiait de l'argent à Van-Robais jiour ses manufactures ; il avançait des mdliuns à la compagnie des Indes, qu'il avait formée; il donnait des pensions aux savants et aux braves officiers. S'on- seulement il sest lait de giaiules cliosessous son règne, mais c'est lui qui les faisait. Souffrez donc , milord , que je tâche d'élever à sa gloire un monument que je consacre encore plus à luiiliié du genre humain.

« Je ne considère pas >eulement Louis XIV parce qu'il a fait du bien aux Français , mais parce qu'il a fait du bien aux hommes : c'est comme homme et non comme sujet que j'écris ; je veux peindre le dernier siècle, et non pas simplement un prince. Je suis las des histoires où il n'est question que des aventures d'un roi , comme s'il existait seul , ou (jue 1 ien n'existât que par rapport à lui ; on un mot , c'est encore plus d'un grand siècle que d'un grand roi que j'écris Ihistoirc.

« Pélisson eût écrit plus éloqiicmment que moi, mais il était coui tisan, cl il était payé. Je ne suis ni l'un ni lauirc , c'est à moi qu'il appartient de dire la vérité. » {Corresp. gén,, loin, m, pag. 53)

NOTE 8, page 48.

M. l'abbé Fb ury, dans ses Mœurs des Chrétiens, pense que les anciens monaslcres sont bâiis sur le plan t'es maisons romaines, telles qu'elles sont décrites dans Viiruvc et dans P.illatJio. « L'église, dit-il, qu'on trouve la première, afin que reniié(' en soit libre aux séculiers, seuible tenir lieu de celle première salle que les Rom.ins appelaient atrium; de là on passait dans une cour environnée de gali ries couvtrtcs, à (]ui l'on donnait le nom depéiistyle j c'est justement le cloiire où l'un entre de l'église, et d'où l'on va ensuite dans les autres pièces, Connue le chapitre, qui est Vcxcdrc dts anciens; le réfectoire, qui est le tiiclinium; cl le jardin , qui est derrière tout le reste, comme il était aux maisons anli(iucs. »

NOTE 9, page 7G.

Lps offices ont emprunté leurs noms de la division du jour chez les Romains.

La première parlie i!u jour s'appelait Prima; la seconde, Tcrtia ; la troisième, Scxta; la qiiairième, IVona, parce ([u'eilcs commençaient b là première, la troisième, la sixième ella neuvième heure. La première veille s'appelait Vespcra , soir.

NOTE 10, pngc 85.

« Autrefois je disais la messe avec la légèrcié qu'on met à la longue aux choses les plus graves, quand ou les fait irop souvent. Depuis mes nouveaux X. II. 45

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piiinipos, je la célèbre avec pUis cl ■ vénéraiinn : je nie pi'nèire de la majesté de rÉirc siiprcnic, de sa présence, de liiisunisaiice de i'e$i)rii Inimain. qui conçoit si peu ce qui se ia|)|ioitc à son ;iuleiir. En songcani que je lui poiie les "vœux du peuple sous une forine pi eseiilo , je suis avec soin tous les rites ; je récite aUoniivenicnl , je m'applitpie à n'imieilre jamais ni le moindre mol ni la moindre cérémonie. Quand j'approche du moment de îa consécraiion, je me recueille pour la faire avec toutes les i i-posilions qu'exigent l'Eglise et la grandeur du sacrement; je lâche d'ané;iniir ma laison devant la suprên)e Inielligence. Je me dis : Qui es tu pour mesiiicr la puissance infinie? Je prononce avec respect les mots sacrani; niaux , et je donne à leur clïet tonte la foi qui dépend de moi. Quoi qu'il en soit de ce mysièrc inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur. » (FiOussEAU; Emile, lom. m.)

NOTE 11, page 88.

a Les absurdes rigoristes en religion ne connaissent pas l'effet des cérémonies exlihieures sur le peuple. Ils n'ont ji.mais vu notre adoration de la croix le Vendredi-Saint, l'eniliousiasme de la muUilude à la procession de la Fêle- Dieu , enihoiisiasme qui me gagne moi-même quelqueluis. Je n'ai vu jamais celle longue file (le prêtres en habits sacerdotaux , ces jeunes acolytes vcins de leurs aubes blanches, ceints de leurs larges ceinlures bleues, et jetant des fleurs devant le Saint-Sacrement; celle loule qui les précède cl qui les suit dans un silence religieux; lant d'honnnes, le fioni prosterné contre la lerre ; je n'ai jamais entendu ce chant giavc et pathétique , enlonné par les prêires, et répondu aiîeclueuscmcnt par une infinité de voix d'hommes, de r muies, de jeunes filles et d'enlanls , sans que mes entrailles ne s'en soient émues , n'en aient tressai ii , et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. li y a làdedans je n(;.sais quoi di' sombre, de mélancolique. J'ai connu un peintre protestant qui avait fait un long féjour à Rome, et qui convenait qu'il n'avait jamais vu le souverain pontife ofiicier dans Saint-Pierre, au niilieu des cardinaux cl de loule la prélaiure romaine, sans devenir catholique

Supprimez tous les symboles sensibles, et le rcsic se réduiia bientôt à un galimatias méir.pliysi(iuo, qui prendra autant de formes et de tournures bizaires qu'il y aura de tètes. » (Diderot, Essai sur la peinture.)

« Au dessus de Brig, la vallée se transforme en un ciroit et -inabordable précipice liontle Rliônc oecupe et ravage le fond. I.a route s'élève sur les montagnes septentrionales, el Ton s'enfonce dans la plus sauvage des solitudes; les Alpes n'oifrent rien de plus lugubre. On marche deux heures, s.ms rencontrer la moindre trace d babitaiioii, le long d'un sentier dangereux , ombragé par de sombres forêts, et suspendu sur un précipice dont la vue ne saurait pénétrer l'obscure profondeur. Ce passage est cilèbre par des meurtres ; et plusieurs têtes exposées sur des piques étaienl, lorsque je le. traversai, la digne décorason de son affieux paysage. On aiieiul enfin le village de Lax, siiué dans le le plus désert cl le plus écarté de celle contrée. Le sol sur lequel il est

bâti penche rapidement vers le précipice, du fond duquel s'élève le sourd mugisseniciii du Rlione. Sur l'auire Lord do cei ahîme , on voii un iianieau dans «ne biuiatioii pareille; les deux églises sonl opposées l'une à l'autre, et, du ciniclière de Tune, j'eniendais successivenieul le chant des deux paroisses, qui semblaient se répondre. Que ceux qui connaissent la triste et grave harmonie des cantiques allemands les imaginent chantés dans ce lieu , accompagnés par le mumiuie éloigné du torrent et le li émissenient du sapin. » {Lettres sur la Suisse, de Williams Coxe, tome ii, Note de M. RAmond.)

NOTE 13, page 121.

Monuments détruits dans l'abhaye de Saini-Dinis, les 6,7 ef 8 août 1793.

Nous donnerons ici au lecteur des notes bien précieuses sur les exhumations d:.' Saint-Denis : elles ont été prises par un religieux de celle abbaye, témoin oculaire de ces exhumations.

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