HIC JACET CORPUS NANTHILDIS
On n'a pas trouvé la tète de la reine Nanthilde. Il est probable qu'elle sera restée dans l'endroit de sa première sépulture, lorsque saint Louis les fit retirer pour les placer dans le tombeau qu'il leur fit élever dans le lieu où il se voit aujourd'hui.
Dimanche iQ octobre M^Z.
On a travaillé à détacher le plomb qui couvrait le dedans du tombeau de pierre de Philippe le Bel. On a ii fouillé auprès de la séi^dlure de saint Louis, dans l'espérauce d'y trouver le corps de Marguerite do Piovence,sa femme : on n'a rien tiouvé (lu'uiie auge de pierre sans couverture, remidie de terre et de gravats.
Dans cet endroit devait cire aussi le corps de Jean Tristan, comte do Nevers, fils de saint Louis, mon en 1270, quelques jours avant son père, près de Cartilage en Afrique.
Dans la chapelle dite de Charles, on a retiré le cercueil de plomb de Bet-
trand du Guesclin, mort en 1380. Son squelelie ôlait tout entier, la tête bien conservée : les os bieu piupres ei loul-à-fait drssécliés. Auprès de lui était le tombeau de Bill Odu de la Rivière, mort en 1400. Il n'a\aii guère que trois pieds de long ; on en a retiré le cercueil «ie pliinb.
Après bien des rechcrclits, on a trouvé l'entrée du caveau de François I", moi t on 1547, àné de cinquante-trois ans.
Ce caveau éiait g.andet bien voûié, il conlcnaiisix corps renfermés dans des cercueils de plomb, posés sur des barres de for : celui de François 1" ; celui de Louise dt' Savoie, sa mère, morte en 1531 ; de Claudine de France, sa femme, morte en 1524, âgée de vingt-cinq ans; de François, daupliin, mort en t536j âgé do dix-neiifans; de Charles, son frère, duc d'Orléans, mort en 1544, âgé de vingt-trois ans; et celui de Charlotte, sa sœur, morte en 1524, âgée de huit ans.
Tons CCS corps étaient en pourriture et en pulréfaciion liquide et exhalaient une odeur insui.iportable; une eau noire coulait à traveis leurs cercueils de plomb dans le transport qu'on en lit au cimetière.
On a repris la fouille dans la croisée méridionale du chœur; on a trouvé une auge ou tombe de pierre remplie de gravats. Céiait le tombeau de Pierre Beaucuire, chambellan de saint Louis, mort en 1270,
Sur le soir, on a trouvé, près de la grille du côté du midi, le tombeau de Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et rcgcni du royaume sous saint Louis et sous son fils Philipoele Hardi; il n'avait point de cercueil, ni de pierre, ni de plouib; il avait été mis en terre dans un ceicueil de bois, dont on trouva encore des morceaux de planches pourries. Le corps éiaii entièrement consommé : on n'a trouvé que le haut de sa crosse do cuivre iloiéci -[ii.hjues lambeaux de riche éiofie, ce qui marque qu'il avait été enseveli avec bts plus riches ornements dalihé II était mort en 1286,1e 5 septembre, au commencement du règne de Philippe le Bel.
Lelundiii octobre 1793.
Au milieu de la croisée du chœur, on a levé le marbre qui couvrait le petit caveau où on avait déposé, ;iumoisd'aoiit 1791, les o>som(iiisetcendresdesix princes e' une princesse de la lamille de saint L(»*Éis, transférés en celte église de l'abbayo de Royaumont, où ils étaient enterres ; les cendres et ossements ont été retirés de leurs coffres ou cercueils de plomb, ei portés au cimetière dans la seconde fosse comnmne, où Philippe- Auj^us-e, Louis VIII, François 1" et toute sa lamille avaient été portés.
Dans i'aprè>-mi ii, on a conimcncé à fouiller dans le sanctuaire, à côté du grand autel, à gauche, pour irouvcr les cercueils de Philippe Je Long, mortea 1332; di'Ch.iiles IV, d.l 1' Bel, moi ton 1358 ; de Jeaiini' d'Evrcux, troisième femme de Charles IV, moileen 1370; de Philippe de V;\lois mort en 1350, âgé de cinqu.inte-se;il ans ; de Jeanne de Boni goijne. Femme de Philippe de Vaiiois, moite en 134S, et celui du roi Jean, mort en i3C4,
Le mardi 2î octobre 1793;
Dans la chapelle de Charles, le long du mur de l'escalier qui conduit au che^ vet, on a trouvé deux cercueils Tun sur l'autre : celui de de>sus, do pierre carrée, renfermait le corps d'Arnaud Guillem deBarbasan, mon en 1431, premier chambellan de Charles VII ; celui de dessous, couvert de lames de plomb, contenait le corps de Louis deSancerrc, connétable sous Charles VI, moBt en I40t,
âgé de soixante ans ; sa lête était encore garnie de cheveux longs et partagés en deux cadeneiies bien tressées.
On a levé ensuite la pierre perpendiculaire qui couvrait les tombeaux en pierre de l'abbé Sugcr et de labbé Tioon ; le premier, mort en 1 151, et le second en 1221 î on n'y a trouvé que des os presque en poussière.
On a continué la fouille dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, et on a découvert, bien avant en terre, une grande pierre plate qui couvrait les tombeaux de Philippe le Long et des autres.
On s'en tint là, et pour finir la journée on alla dans la chapelle dite du Lépreux, lever la tombe de Sédille de Sainte-Croix, morte en 1380, femme de Jean Pastourelle, conseiller du roi Charles V : on n'a iroyyé que des ossements consommés.
Le mercredi 23 octolre 1793.
On a repris, du matin, le travail qu'on avait laissé la veille, pour la découverte des tombeaux du sanctuaire.
On trouva d'abord celui de Philippe de Valois, qui était de pierre, tapissé intérieurement de plomb, fermé par une forte lame de même métal, soudée sur des barres de fer; le tout recouvert d'une longue et large pierre plate: on a trouvé une couronne et un sceptre surmonté d'un oiseau de cuivre doré.
Plus près de l'autel, on a trouvé le tombeau de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de Valois ; on y a trouvé son anneau d'argent, un reste de quenouille ou fuseau, et des os desséchés.
Le jeudi 24 octolre,
A gauche de Philippe de Valois était Charles le Bel. Son tombeau était construit comme celui de Philippe de Valois ; on y a trouvé une couronne dargent doré, un sceptre de cuivre doré, haut de près de sept pieds, un anneau d'argent, un reste de main de justice, un bâton de bois d'ébène, un oreiller de plomb pour reposer la léte ; le corps était desséche»
Le vendredi '26 octobre,}
Le tombeau de Jeaime d'Évreux avait été remué, la tombe était brisée en trois morceaux, et la lame de plomb qui fermait le cercueil était détachée : on ne trouva que des os détachés sans la lête. On ne fit pas d information; il y avait néanmoins apparence qu'on était venu, dans la nuit précédente, dépouiller ce tombeau.
Au milieu, on trouva le tombeau en pierre de Philippe le Long ; son squelette était bien conservé, avec une couronne d'argent doré enrichie do pierreries, une agrafe de son manteau en losange, avec une agirc plus petite, aussi d'argent, partie de sa ceinture d'étofie satinée, avec une boucle d'argent doré, et un sceptre de cuivre doré. Au pied de son cercueil était un petit caveau où était le cœur de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, renfermé dans une cassette de bois presque pourri : l'inscription était sur une lame de cuivre.
On a aussi découvert le tombeau du roi Jean, mort en 13G i, en Angleterre, âgé de cinquante-quatre ans ; ou y a trouvé une couronne, un sceptre fort haut, mais brisé, une main de justice, le tout d'argent doré. Son squelette était entier. Quelques j'>urs ajuès, les ouvriers, avec le commissaire aux plomb», ont été au couvent des Carmélites faire l'extraction du cercueil de madame Louise
(le France , fille de Louis XV, morle le 23 décembre 1787, âgée de cinquante ans et environ six mois. Us Tont apporté dans le cimetière, et le coi ps a été déposé dans la fosse commune ; il était tout entier, mais en pleine putréfaction ; ses habits de carmélite étaient très-bien conservés.
Dans Kl nuit du 11 au 12 septembre 1793, par ordre du déparlement, en présence du commissaire du district et de la municipalité de Saint-Denis, on a enlevé du trésor tout ce qui y était, cliâsses, reliques, etc. : tout a été mis dans de grandes caisses de bois, ainsi ([ue tous les riches ornements de l'église, et le tout est parti dans des chariots pour la Convention , en grand appareil et grand coriége de la garde des habitants de la ville, le 13, vers les dix heures du matin.
Supplément.
Le 18 janvier 1794, le tombeau de François F étant de'moli, il fut aisé d'ouvrir celui de Marguerite, comtesse de Flandre, fille de Philippe le Long , et femme de Louis, comte de Flandre, morte en 1382, âgée de soixante-six ans ; elle était dans un caveau assez bien construit ; son cercueil de plomb était posé sur des barres de fer : on n'y trouva que des os bien conservés, et quelques restes de planches de bois de chàiaignier. Mais on n'a pas trouvé la sépulture du cardinal de Retz, dit le Coadjuieur, mort en 1G79, âgé de soixante-six ans, non plus que celle de plusieurs autres grands personnages.
NOTE 14, page 123.