‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 213 sur 219 · CHAPITRE DE JÉSUS-CIIRIST ET DE SA VlË · texte numérisé non relu

CHAPITRE DE JÉSUS-CIIRIST ET DE SA VlË

« A moins qu'il ne plaise à Dieu de vous envoyer qucliu'un pour vous ins- « truire de sa part, n'espérez pas de réussir jamais dans le de-sein de réformer « les mœurs des hommes. »

(Platon , Apologie de Socrate.)

Le même philosophe, après avoir prouvé que la piété est la chose du monde 1.» plus désirable, ajoute : Mais, qui sera en état de l'enseigner, si Dieu ne lui scit de guide ? (Dialogue intitulé Epinomis.) (Note de l'Éditeur.)

NOTE 15, page 126.

Lisez , dans la seconde partie du Discours sur l'Histoire universelle, l'admirable morceau sur Jésus-Christ et sa doctrine. {Note de l'Éditeur.)

NOTE 16, page 128.

Le docteur Robertson a rendu justice à V(»lt.iiri> en disant que cet liomnic universel n'a pas été un liistoritn aussi infidèle qu'on lo pense gènéralciiienl. Nous croyons, comme lui , que V(t!l;i:re n'a pa^ toujours cité f.iux ; mais il est certain qu'il a beaucoup omis , car nous n'o>ori()ns dir.' b aiituup i^iuoré. 11 a donné; de plus, aux passjges originaux, un tour pailiculicr, pour leur faire

dire tout autre cliose qu'ils ne (lisent tu eiïei. C'est le m yen d ôlie tout à la fois exact et merveilleusement iufiilcle. Dans ses deux adiîïirablcs histoires de Louis XIV et de Charles XII, Voltaire n'a pas en besoin d'avoir recours à ce moyen ; mais , dans son Histoire générale , qui n'est qu'une longue injure au christianisme, il s'est cru permis d'employer tomes sortes d'armes contre l'ennemi. Tantôt il nie formellement, tantôt il afiirnic du V^n posiliC; ensuite il mutile et défigure les faits. Il avance s;ins hésiter qyx'iln'y eut aucune hiérarchie pendant près de cent ans parmi les chrétiens. Il ne d'nne aucun garant de cette étrange assertion ; il se cont'. nie de dire : Il est reconnu, l'on dit aujourd'hui.

Selon cet auteur, on n'a sur la succession de saint Pierre que la liste /ratiduleuse d'un livre apocryphe, intitulé le Pontificat de Damasç^. Or, il nous reste un traité de saint Irénée sur les hérésies, où le père de lÉirlise gallicane donne en entier la succession des papes, depuis les apôtres ^. Il en compte douze jusqu'à son temps. On place l'année de la naissance de saint Iiénce environ cent vingt ans après Jésus-Chnst. Il avait été disciple de Papias et de saint Polycarpe, eux-mêmes disciples de saint Jean l'évangéliste. Il était donc témoin presque oculaire des premieis papes. Il nomme saint Lin après saint Pierre, et nous apprend que c'est de ce même Lin que parle saint Paul dans son éjiître à Timoihée '. Comment Voltaire on ceux qui l'aidaient dans son travail n'oni-ils pas craint 's'ils n'ont pas ignoré) celte foudroyante autorité ? Si l'on croit en Ifissai sur les Mœurs, on n'arurait jamais entendu parler de Lin; et voilà que ce premier successeur du chef de l'Église est nommé par les apôtres eux-Dîémes !

Il va presque jusqu'à nier les persécutions sous Néron, li avance qu'aucun des Césars n'inquiéta les chrétiens jusqu'à Doniition. «Il était aussi injuste, dit-il, d'imputer cet accident ( l'incendie de Pxomc) au chi istianisme qu'à l'empereur (Néron); ni lui, ni les chréiiciis. ni les juifs, n'avaient aucun intérêt à brûler Rome; mais il fallait apaiser le pe:p'e, qui se soulevait contre des étrangers également haïs des Romains et des Juifs. On abandonna quelques infortunés à la vengeance publique. (Quelle vengeance, s'ils n'étaient pas coupables!) Il semble qu'on n'aurait pas dû complerparmi les persécutions faites à leur foi cette violence passagère. Elle n'avait rien de connuuu avec leur religion qu'onnc connaissait pas (nous allons entendre Tacite), et que les Romains confondaient avec le judaïsme, protégé par les lois autant que méprisé*.» Voilà peut-être un des passages historiques les plus éti anges qui soient jamais échappés à la plume d'un auteur.

Voltaire n'avaii-il jamais lu ni Suétone ni Tacite? Il nie l'existence ou l'authenticité des in-cnpiions trouvées en Espagne, où Néron est remercié d'avoir aboli dans la province une superstition nouvelle. Quanta l'existence de ces inscriptions, ou en voit une à Oxford : Neroni Claud. Cais. Aug. Max. ob provinc. latronib. et his qui novam generi hum . superstition, inculcab. purgat.

• Etsai sur les maurs des nations, chap. VIII. ' Lib. II!, chap. iii.

• É(). IX, cap. IV, v. 21.

4 Essai sur les moeurs, chap. m.

ET ÉCLAIRCISSE3IENTS. Z%9

Et pour ce qui regarde l'inscription elle-même , on ne voit pas pourquoi Voltaire douio que celle nouvelle suporstiiinn soit la religion chrétienne. Ce sont les propres puoles de Suéione : Afjlicli suppliciis christiani, genus hominum superstitionis novœ ac maleficœ *.

Le passage <!e Tacite va nous apprendre maintenant quelle fut cette vio^ lence passagère exercée très-sciemment, non sur les juifs, mais sur les chrétiens.

« Pour détruire les bruits , Néron clicrclia des coupables, et fit souffrir les plus cruelles toi lures à des nialbeureux , abhorrés pour leurs infamies , qu'oa appelait vulgairement chrétiens. Le Christ , qui leur donna son nom, avait été condamne au supplice, sous Tibère, par le procurateur Ponce-Pilaie, ce qui réprima pour un moment celle exécrable superslitiiin. Mais bientôt le torrent se déborda de nouveau, non-seulemcni dans la Judée, où il avait pris sa source, mais jusque dans Rome même, oîi viennent eiilin se rendre et se grossir tous les égouts de l'univers. On commença par se saisir de ceux qui s'avouèrent chrétiens; et ensuite, sur leuis dépositions , d'une multitude immense qui fut moins convaincue d'avoir incendié Rome que de haïr le genre humain ; et, à leur supplice, on ajoutait la dérision; on les enveloppait de peaux de bêtes, pour les faire dévorer par les chiens ; on les attachait en croix , ou l'on enduisait leurs corps de résine, et l'on s'en servait la nuit pour s'éclairer. Néron avait cédé ses piopies jardins pour ce spectacle, et, dans le même temps, il donnait des jeux au cirque, se mêlant parmi le peuple en habit de cocher, ou conduisant les chars. Aussi , quoique coupables et dignes des derniers supplices, on se sentait ému de coiiipas>ion pour ces viciinie^, qui .-einblaieni immolées moins au bien public qu'aux passe-tenq)s d'un bai b .rc ^. »

Les mouvements de compassion dont Taci;c semble saisi à la fin de ce tableau contractent bien tristement avec un auicur chrétien qui cherche à affaiblir la pitié pour les victimes. On voil que Tacite désigne nettemenl les chrétiens; il ne h s confond poinl avec lesJuifs, puisqu'il raconte leur origine, et que, d'ailleurs, en parl.mt du ^iégc de Jérusalem, il fait, dans un autre endroit, l'histoire des Hébreux et de la religion de Moïse. On devine pourtant ce qui fait avancer à Voltaire que les Romains croyaient perçécuicr des Juifs en persécutant les fidèles. C'est sans doute celle phrase : moins convaincus d'avoir incen~ die Rome que de ha'ir le genre humain, que î'auieur de VEssai a inlerpiélée des Juifs, et non des chrétiens. Or il ne s'est p.is aperçu qu'il faisait l'éloge de ces derniers, lout en les voulant priver de la pitié du lecteur. «C'est une grande gloire pour les chrétiens, dit Bossuet, d'avoir eu pour premier persécuteur le persécuteur du genre humain. » L'article de Voltaire nous fait faire un triste retour sur cet esprit ^e parti qui divise tous les hommes , et étouffe ch' z eux les sentiments naturels. Que le ciel nous préserve de ces horribles haines d'opinion, puisqu'elles rendent si injuste!

NOTE 18, p:'ge 150.

M. de CI... , oM'gé de fuir pendanl la Teneur avec un de ses frères, entra dans l'armée (le Coudé ; après y avoir servi honorablement jusqu'à la paix , il€e

• ScET., in IS'erou.

2 Taciti-, u'/iin. , lib. XV, /<i; traduclion de M. Durcau-Dclamall''. 2" édit-, toni. lit, [n. 291.

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