‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 214 sur 219 · I. tl · texte numérisé non relu

I. tl

résolut de quitter le monrle. 11 passa en Espagne, se retira dans un couvent de trappistes , y prit I habit de loriire , et mourut peu de temps après avoir pro» nonce ses vœux : il avait écrit plusieurs lettres à >>a famille et à ses aiuis, pendant son voyage en Espagne et son noviciat chez les trappistes. Ce sunt ces lettres que l'on donne ici. On n'a rien voulu y changer; on y verra une peinture fidèle lie la vie de ces religieux , dont les mœurs ne sont di jà plui pour nous que dt!S traditions historiques. Dans ces feuilles, écrites sans ait, il regue souvent une grande élévation de senlimenis, et toujours une miïveté d'autant plus précieuse, quelle appartient au génie français, et quVlle se perd de plus en plus parmi nous. Le sujet de ces lettres se lie au souvenir de tous nos malheurs : elles repi ésentent un jeune et brave Fmnçais chassé de sa famille par la révolution, ei s immolant dans la solitude, victime volontaire offeiteà lElernel pour racheter les maux et les impiétés de la patrie : ainsi , saint Jérôme, au fond de sa grotte, lâciiaii, en versaiit des torrents de larmes et en élevant ses mains vers le ciel , de retarder la chute de l'empire romain. Cette correspondance olfre donc une petite histoire com|)lète , qui a son commencement, son milieu ei sa fin. Je ne doute point que si on la publiait comme un simple roman, elle n'eût le plus grand succès. Cependant elle ne renferme au- une aventure ; c'est un homme qui s'entretient avec ses amis et qui leur rend compte de ses pensées. Où donc est le charme de ces lettres? Dans la rolii;ion. Kouvelle preuve qui vient à l'appui des principes que j'ai essayé d'établij dans mon ouvrage.

A MM. de B..,, ses compagnons d'émigration, à Barcelone.

15 mars 1799.

Mon dernier voyage, mes chers amis (c'est celui de Madrid), a été très-agréable. J'ai passé à Aranjuez, où éiali la famille royale. J'ai resté cinq jours à Madrid , autant à Sai agosse, où jai eu l'avantage de visiter INolre-Dame-du-Pilar. J'ai eu plus de plaisir à parcourir l'Espagne que je n'en avals eu à parcourir les autres jiays. On a l'avantage d'y voyager à meilleur marché que imlle part que je connaisse. Je n'ai rien perdu de mes elïfts, quoiijuejesois tiès-peu soirgneux : on trouve ici beaucoup de braves gens qui savent ixercer la charité. On épargne beaucoup en portant avec soi un sac qu'on ri-mplit chaque soir de paille pour se coucher ; mais je n'ai plus de gciùt à parler de tout cela. J'ai dit adieu aux montagnes et aux lieux champêtres. J'ai renoncé à tous mes plans de voyage sur la terre pour commencer celui de l'éternité. Me voici depuis neuf jours à la Trappe de Sainte-Suzanne, où j'ai résolu , avec la grâce de Dieu , de finir mes jouis. J'ai moins de mérite qu'un antre à souffrir les peines du corps, vu l'habitude que je m'en étais faite par épicuréisme.

On ne mène pas ici une vie de fainéant ; on se lève à une heure el demie du matin, (in prie Dieu ou on fait des lectures pieuses jusqu'à cinq; puis commence le travail, qui ne cesse que vers les quatre heures et demie du soir, qu'on rompt le jeCine : je parle pour les frères convers, d^nt je fuis nomîire ; les pèi es, qui travaillent aussi beaucoup, quittent les champs aux heures marquées, i our se rendre au chœur, où ils chantent l'office de la sainte Vierge, l'office ordinaire et celui des nioits. Nous autres frères, nous interrompons aussi notre \ravail pour faire nos prières par inti^rvalles , ce qui s'exécute sur le lieu. Oo ae pas-e guère une demi-heure sans que l'ancien ne frappe des mains pour Jiftus avertir d'élevernos pensées vers le ciel, ce qui adoucit beaucoup toutes

ET ÉCLAIRCISSElSfEMS. 37^

les peines; on se re«sonvicni qu'on uavail c pour un maître qui ne nous fera pas attendre noire salaire au temps marqué.

J'ai vu mourir un de no-s pèri s. Ah ! si vous saviez quelle consolation on a dans ce moment de la moit ! Qu-I jour de triomphe ! Noire révérend père abbé demanda à l'agonisant : « Eh bien, etcsvout fâché d'avoir un peu souffert ? >y Je vous avoue, à ma lionte, que je me suis senti quelcpiefois envie de niourir, comme cissoldal^î làciie-; qui d'Si- eut leur (ougé avant io temps. Sainte Marie Égyptienne lil quarante ans péiiilencc ; elle cl;iil moins coupable que moi, et il y a mille ans qu'elle se rep .se dans la .gloire.

Priez pour moi, mes cliers ;imis, afin que nous puissions nous retrouver au grand jour.

Faites savoir, je vous prie, au cher Hippolyte et à mes sœurs le parti que j'ai pris. Je leur écrirai dans six semaines, et ils peuvent m'écrire à l'adresse que je vous donnerai.

Nous sommes ici soixante-dix, tant Espagnols que Français, et cependant la maison est très-pauvre ; voilà pour(|uoi je veux faire venir les trois cents livres. D'ailleurs, quoique, avec la grâce de Dieu , j'espère persister dans ma résolu» lion , j'ai un an pour sortir.

Vous pouvez donc écrire au révérend père abbé de la Trappe de Sainte-Suzanne, par Alcaniz à Maëlla, pour le frère Charles CI....

Vous aurez soin de niettie en tête de la lettre Espana, et après Maêlla {en Aragon).

Lettre écrite à ses frères et soeurs en France.

Première semaine de Pâques, 1799.

Me voici à Sainte-Suzanne depuis le premier lundi de carême; c'est un couvent de trappistes où je compte finir mes jours : jai déjà éprouvé tout ce qu'il y a de plus austère dans le cours de Tannée. On ne se lève jamais plus lard qu'à une heuie et demie du nvitin ; au premier coup de cloche on se rend à l'église ; les frères convers, dont je fais nombre sons le nom de frère J. Cli» maqne, sortent à deux heures et dt-inie pour aller étudier les psaumes ou faire quelque antre lecture spirituelle; à quatre heures on reiiiré ii l'église jusqu'4 cinq heures, que commeme le travail. On sociupc dans un atelier jusqu'au joiir; a'ors on prend rne pioche l.irgc et une éiioiio, puis on va en ordre travailler, ce qui dure quelquefois jusqu'à Irois heures de raprés-midi. On se rapproche ensuite dn (•«.uvenl, où Ton reprend I travail d;'iis l'aielirr, en attendant quatre heures ei nii quart, heure à iaquelh; sonne le diner. En se levant de table, on va pi oc.ssionnellcnienl à l'église, en n'cilimi le Miserere i l'on en •ort en récil;inl le De profundis, et l'on reloume au tiavail dans l'atelier. Là on carde , on (ih-, on lait du drap et auires cIioms , chacun s.lcn son lalenl. Tout ce dont nous nous servons doit se faire dans la maison, par les mains des frères, autant que cela est possible ; chacun doit gagner sa vie à la sueur de WMlrOBt, faisant prohssion d'être pauvre et de n'être à charge à personne, 4oiMUat««i contraire l'hospiudité à gens de tout ttai qui vienneni nous voir; cependrjnt nous n'avons que deux attelages de mules ; et environ deux cent» brobij :• quelques chèvies qui vunt paître dans les moniajnes arides qui nous Mvirjanent. Ci ne put être que p.ir les soins d'une providence particulière q«'3 jviidata'dii personnes vivent avec si peu de chose, sans compter une

foule d'étrangers qui viennent de toutes parts , et auxquels on donne du pain blanc et tout ce que nous pouvons leur donner en maigre apprête à l'huile ou au beurre, dont nous ne faisons pas usage. Notre pain , s'il est de froment , ne doit avoir passé qu'une fois par le criljle, et la farine doit être employée comme elle son du moulin. Comme je suis maladroit puui filer dans l'aielicr, je trieles fèves ou lentilles de nos repas. Le riz ne se iric iias de mèmC; et tout se mange sans autre accommodagc que cuit à l'eau et au sel.

A cinq heures trois quarts, on va au cloître lire ou prier Dieu jusqu'à six heures. lise fait une lecture que tout le m mde écoute. La lecture finie, les pères entrent à l'église pour dire complies. Le pèrii maitrc, qui est nn ancien moine de Sepl-Foi)ds , distribue le travail aux frères , à mesure qu'ils entrent dans l'église; api es compiles, on sonne une cloche qui réunit tout le monde pour chanter Salve, Regina , ce qui dure un quart d'heure. Le chant en est très-beau , et cela seul délasse de tous les travaux de la journée; vient ensuite un demi-quart dheure dadoraiion. A sept heures un quart, on dit le Suh tuumprœsidium,- celu fjit, tous les individus de la maison vont se prosterner à la file dans !e cloître, et là , couchés sur la terre, comme le i oi David , ils disent le Miserere daiis un grand silence : cette dernière cérémonie me paraît sublime ; l'homme ne me sembl' jamais mieux à sa place que lorsqu'il s'humilie devant son auteur. Enfin, le révérend père abbé se lève, et, placé sur la porte de l'église, il donne Tcau bénite à tous sans cxcepiioii , jusqu'au dernier des novices. Arrivés au dortoir, on se met à genoux au pied de son lit, jusqu'à ce qu'on enlende une peliie cloche, qui est le signal pour se coucher, ce qui se fait à sept heures et demie.

Il y a ensuite une infinité de petites contradicticus qui , venant s ms cesse à la rencontre des habitudes, inquiètent dans les pi cmiers jours. Ou ne doit jamais, par exemple, s'appuyer si l'en est assis, ni s'asseoir, si on est fatigué, par le seul fait de se reposer : c'est que l'homme est népour travailler dans ce monde, et qu'il ne doit attendre de repos qu'ai rivé au terme de son pè'erinage. On perd aussi toute propriété sur son corps ; si l'on se blesse d'une manière un peu grave, il faut s'aller accuser à genoux , tout comme lorsqu'on brise un vase de terre, et cela sans parler ; il suflit de montrer le sang qui coule, ou les fragments de la chose brisée. Puis il y a le chapitre des fautes : on doit s'accuser à haute voix des fautes purement maiérieiles; m outre, il y a souvent quelque frère qui vous proclame, en dénonçant des fautes que vous avez commises par ignorance OU autiemeni. Je serais trop long si je disais tout le reste.

A la véi ité le temps du carême est ce qu'il y a de plus austère ; hors de là je crois qu'on ne dîne jamais plus tard que deux heures : j'ai con)mcncé par ce temps de pénitence ; j'ai fait comme les coureurs qui s'exercent d'abord avec des souliers de plomb. Il me semble maintenant que nous menons une vie de Sybarites , et en vérité nous pouvons dire : Hélas ! que nous faisons peu de chose en comparaison de ce qu'ont fait les saints ! Quand je pense aux entreprises des aventuriers américains, à leur passage de la iner Atlantique à la mer du Sud , à travers l'isthme de Panama, et ce qu'ils ont dû souflrir pour se faire un chemin à travers les arbres et les ronces, qui n'avaieni cessé de s'entrelacer depuis l'origine du niontle, à ce qu'ils ont éprouvé dans ces vallées désertes sous les feux de l'équatcur, passant de là tout à coup sur des glaciers, et tout cela par le seul désir de s'eujparer de l'or des Indiens ; en considérant tous ces vains efi'orts pour des biens trompeurs, et sachant d ailleurs que l'espérance de ceux qui travaillent pour Dieu ne sera pas frustrée , on doit s'écrier : Hélas ! que nous faisons ici-bas peu de chose pour le ciel !

Nous senious tous celle vérité, et il y a assurcoient des frères qui embrasse-

raient tou(e espèce de pénitence; mais on ne peut pas fai:e la moindre ausiérité sans une permission expresse, et elle tsl rarement accordée, parce qu'étant pauvres , il l'aut conserver ses forces pour iiavaillor. Si quelquefois , appuyé debout contre un mur, je sommeille , il y a bieniôl quelque frère charitable qui me tire de ce sommeil ; je crois l'onlendrc me dire : «Tu te reposeras à la maison paiemelle. in dotnum (Pternitatis. -ti Pendant ce travail, soit au champ, soit à la maison, de temps à autre le plus ancien frappe des mains, et alors, dans un grand silence, pendant cinq ou six minutes , chacun peut port-^r ses regards vers le ciel : cela suflil pour adoucir le froiii de l'Inver et les chaleurs de l'été. Il faut en être le témoin pour se faire une idée du contentement, de la jubilation de tout le monde ; rien ne prouve mieux le bonheur de celle vie que ce qu'ont fait les trappistes pour se réunir après leur expulsion de France, et la quantité de couvents de cet ordre qui se sont formés jusque dans le Canada. Ici nous sommes environ soix.inle-dix , et on refuse tous les jours des gens qui demandent à être reçus. Certes j'ai eu assez de peine pour y parvenir ; mais hcurensemeni je suis venu ici sans avoir écrit, comino on le fait ordinairement, ne connaissant personne , me confiant en la protection de la sainte Vieige, à qui je m'étais adressé avant de partir de Cordone : je ne me suis pas rebuté du premier refus . parce que je sais bien qu'après tout le révérend père abbé n'est pas le vrai maitre ; aussi , après quelques jours, il entra dans ma chambre, et, api es nvavoir embrassé, il me dit : a Désormais regardez-moi conmie voire frère ; je nie ferais conscience de renvoyer quelqu'un qui se sauve du monde pour veiur ici travailler à son salut. »

En effet , par la grâce de Dieu , c'est le seul motif qui m'a pressé de prendre ce parti. J'y étais résolu e.iviron trois mois avant de sortir de France : mais où et comment pwvenir à ce que je désirais? Je n'en savais lien. Il n'y a que quatre pas de Barcelone ici, mais les chemins les plus courts ne sont pas toujours ceux delà Piovidence; il entrait apparemment dans les desseins de Dieu que j'allasse d'abord à Cordoue , à travers un des plus beaux pays de la n;iiurt!, les royaume> de Valence, de Murcie. de Gi ena<ie : je n'ai jamais rien vu de plus charmant que l'Andalousie. Plus j'avançais, plus je sentais augmenter le désir devoir d'autres contrées, d'iiutres pays. Ayant rencontré, aux environs de Tarragone, un ofilcicr suis-i^e que j'avais connu dans le Valais, il me porta mon sac sur son (bev;d, et nous finies journée ensemble. Je ne sais comunnt, étant venu à parler i!c la Val Sainte, ctcommcnt ces pauvres pèri s av. dent été obligés de passer en Russie, l'officier me dit (|ti'ils avaient formé une colonie en Aragon : aussitôt je me résolus de tourner mes pas vers ce côté, et je commençai ce long cliendn , que j'ai f lit seul , de nuit et de jnur, à travers les montagnes qui se piesocni avant d'ai river à Torlone; (>n y (ait souvent cinq ou six lieues sans rencontrer per.-onne , et r<in vdii çà et là une multitude de croix qui annoncent la triste fin de quelque voyageur.

Les pays que je voyais, soit sauvages ou liants , me donnaient des idées agréables, ou me jetaient dans une de ces mélancolies qui plaisent |>ar les différents sentiments qui viennent s'y associer. Je ne crois pas avoir jamais fait de voyage avec plus de confiance ni avec |)lus de plaisir ; je n'ai liouvé que des gens honnêtes , bons it charilablis. Il n'y a rien de plus gai qu'une auberge espagnole, par la f'ule de gens qui s'y rencontrent. Je suspendais mon sac à un clou sans le moindre souci : le prix du pain cl de la viande élant fixé, les pauvres voyageurs comme moi ne peuveni pas être trompés; d'ailleurs, je n'ai jamais rencontré de peuple moins inli'rcssé; les servantes refusaient opiniâtrement de recevoir ma petite rétribution ; souvent des voiiu-

riers ont porté mon sac pendant plusieurs jours sans vouloir rien accepter. Enfin, j'eslinie extrêmement ce peuple, qui s'e?tinie lui-môme, qui ne va pas servir chez les autres nations, et qui a conservé un caractère vraiment original. On parle beaucoup du libertinage qui règne ici •. je crois qu'il y en a moins qu'en notre pays. Et puis , que de braves gens ! Il n'y aurait pas moins de martyrs ici qu'en France, s'il était possible d'y détruire la religion. Je doute qu'on l'enireprenne encore; il faut auparavant que le libertinage de l'esprit passe au cœur. Et les Espagnols sont bien loin de là. Les grands suivent la religion comme les petits et, quoiqu'ils soient très-fiers, à l'église il y a une égalité parfaite : la ducbessc s"y assied par terre auprès de sa servante. L'église est ordinairement le plus bel édifice du lieu. Elle est tenue très-proprement; le pavé est couvert de nattes, au moins dans l'Andalousie. Les lampes, qui brûlent jour et nuit, y sont par milliers. Dans une petite chapelle de la Sainte- Vierge, il y a quelquefois jusqu'à dis à onze lampes allumées. Quoiqu'il y ait une quantité immense de ruches d'abeilles qu'on abandonne au milieu des montagnes les plus désertes, on tire de la cire de France , de l'Afrique et de l'Amérique.

Voilà déjà une forte digression. J'ai écrit le détail de mes voyages aux B. et aux Bo. Je ne sais si ces derniers ont reçu mes lettres ; je leur avais marqué de vous les faire passer, si c'était possible ; cela vous aurait peut-être amusés.

J'arrivai un jour, dans une campagne déserte, à une porte superbe, seul reste d'une grande ville , et qui ne peut être qu'un ouvrage des Romains : le grand chemin moderne passe dessous. Je m'arrêtai à considérer celte porte, qui est sûrement là depuis deux mille ans. Il me vini dans la pensée que cette ville avait été habitée par des gens qui , à la fleur de leur âge, voyaient la mort comme chose très-éloignée, ou n'y pensaient pas du tout ; qu'il y avait sûrement dans cette ville des partis et des hommes acharnés les uns contre les autres ; et voilà que, depuis des siècles, leurs cendres s'élèvent confondues dans un même tourbillon. J ai vu aussi Morviedro , où était bâtie Sagonie ; et , réfléchissant sur la vanité du (cmps, je n'ai plus songé qu'à l'cterniié. Qu'est-ce que cela me fera, dans vingt ou irciiic ans, qu'on mail dépouillé de ma fortune î: l'occasion d'une persécution contre les chrétiens? Saint Paul, ermite, ayant éié dénoncé par son beau-frère, se relira dans un désert, abandonnant à sou dénonciateur de irès-grandes richesses : mais, comme dit saint Jérôme, qui n'aimerait mieux aujourd'hui avoir porto la pauvre tunique de Paul , avec ses mérites , que la pourpre des rois avec leurs peines et leurs tourments? Toutes es réflexions réunies me déterminèrent à venir sans délai me réfugier ici , renoi.ç^.i-t à tout projet de course uliéricure, espérant, si j,ai le bonheur d'aller au ciel après avoir fait pénitence, de voir de là toutes les régions de la terre.

Je n'ai pas cnc ore souffert le plus petit mal desiomac . ni éprouvé d'autres peines qu'un peu de froid le matin en allant au champ. Cependant, l'avantderiiier vendredi du carême, je fus commandé pour aller nettoyer l'éiable des brebis. Api es avoir fait, depuis la pointe du jourj;.,rjue vers les deux heures et demie , un travail très- rude, je pensais à me rapprocher du couvent, lorsqu'on m'envoya à la montagne chercher de l'herbe. Je ne fus de retour qu'à quatre heures un quaii , pour rompre le jeûne : j'eus une héinorrhagie assez forte le soir, et puis tous les maiius à mon ordinaire. Perdant plus qu'une nourrilure peu subsianiielle ne pouvait réparer, j'allais tous les jours m'afl^ai- Llissant , lorsqu'cnfin Pâques est venu : depuis ce lemps , on diiie à onze heures et demie, on la t une bonne collation à six : on travaille aussi boauceaj» moins, de sorte que je me suis remis sur-le-champ. Le jour de Pâques, i!>Dus etimes p4;ur dtncr une bouillie de farine de maïs, du riz au lait, et des

noix pour d<^ssert. L'arclievê'iue d Auch, qui éiait venu donner des ordres à

plusieurs de nos pères, dîna au réftcloirc. Le soir, nous eûmes du raisiné et des raisins «ocs. Sous pouvons uianuer du laitage de nos brebis jnsqu à iaTeiilecôlo. Quant à la qiianiilé de nouinlure, il ne uiesl jamais arrive de finir tout ce qu"(in nie donne. Je crois être celui de la connnuuaulé qni mange le pIusdoincnuMil. Pour loul le resie, je suis très-conienl délie ici ; la règle est sévère, mais les supéi leurs sont la cb.irité même. On arcuse noire révérend pèred éire trop bon ; je ne trouve pas que ce soit un dotant, ou e'esl celui des sainls. Il n';i ('antre piivilége que do se lever plus ii;l et de se coucher plus lard. C'est toujours le ha>ard qui place son écuelle dc\anl lui : un lilcoimne les ;uilre>, doux planches réunies et un coussii>dc paille; pas plus de chambre que moi. Il n'a qu'un parloir, où ceux ijui ontqnehjne pone, soit de lame ou du corps, vont chercher une consoLaion, et on la trouve. Une chose que m'avait dite en ai rivant le père qui reçoit les étrangers, je l'éprouve déjà : sans jamais se parler, on e;l plein d'amiiié les uns pour les autres ; si quehju'un se relâche, on a du chaprin ; on prie pour lui ; on l'avertit avec la plus grande donceur ; et si on est forcé de le renvoyer, ou qu'il veuille s'en aller lui-même, on lui rend tout ce qu'il a apporté, ne retenant pas une obole pour sa nourriture ou ses habits, et on fait tout ce qu'on peut pour qu'il s'en aille ccnlonl. Lorsque le père, la mère, ou quelque frère d un religieux, meurt, si la faimlle a soin d'écrire au révérend père, tonte la communauté prie pour le déluni ; mais personne ne sait qui cela regarde en propre. Ainsi, cher frère, lorsque le bon Dieu vous appellera à lui, que cela vous soit une consolation dans ces derniers moments.

Ce qui me détermine à rester ici d'une manière décisive, c'est qu'il ne faul piis de vocaiion particulière pour y vivre; ce n'est pas comme dans les autres couvents : nous sommes, à proprement parler, d» s laboureurs qui vivent du iravail deleurs mains, réunis, comme dans les premiers siècles de 1 Eglise, pour servir Dieu dans un esprit de charité, suivant le précepte de nolrts Sauveur, qui dit au jeune hnmnie : Abandonnez tout pour 7ne suivre, sans lui denvmdcrs'il avait la vocaiion. Lue autre chose tpii suUirail pnnr me déterminer, c'est que noire maison est sous la protection particulière de la Vierge. Dès que nous entrons À l'Église, on récite VAve, Maria, prosicrné contre terre, le fronl appuyé sur le revers de la main. La sainte Vierge est au maîlre-autel, peinte entre deux anges, et les yeux élevés vers le ciel ; je n'ai jamais rien vu de représenté si noblement : cet aulcl avait été couvei t tout le caième : quel plaisir nous rcssentimes lous le Samedi-Saint au soir, au Salve, Rcgina. lorsque le voile liU levé. Cl toute l'église illuminée ! Je suis persuadé que l'archevêque d'Auch part 'goa notre joie : j'avais reçu sa bénédiction.

Ceriainemenl, après tout ce que je vous ai dit, je ne désire rien tant que de mourir ici, et cela bientôt, pour ne pas augmenter le nomhrc de mes lauics. Mais si on me renvoyait par défaut de santé (mes hemoaiiagies pouvant me faire tiaîner une vie faible et inutile, là où l'on aime les gens (|ui iravaillent), je prci'drais le parti que j'avais toujours eu en vue depuis quatorze ou quinze ans : c'est d'acheter une puiiie njaison cl un champ, cl de vivre là à 1 1 sueur de mon fronl, lous les hommes y étant condamnes : je me fixerai en Espagne, ne pouvunl pas revenir en France sans inquiéter mes amis. D'ailleurs, dans ce pays-ci, on donne du terrain à très-bon marché, et millo «eus sumraienl, je pense, à mon éiablissement. Je tirerai toujouis un grand inulii d'èlrc venu ici apprendre a faire pénitence, et à nceompler pour rien un torp^ destiné ù devenir incessamment poussière, pour sauver mon âme, qui est éternelle.

Au reste, ni Ihabii, ui la maison ue reuU vertueux ; les mauvais anges pc-

chèrent dans le sein de Dieu même, ei Adam dans le p.'iradis icrrcsire. Je sens bien que jcn'm vaux pas davaniaiie pour êiredans celle saiiiie congrégaiion: en théorie, je désire soulli'ir, parce que noire Sauveur nous a montre le ciiemin des suuflVances comme ruinque pour conduire à la gloire ; mais en pratique, lorsque j'ai fioid, je chcrciic le soleil, ei si j'ai liop chaud, je me rélugie à l'ombre. Envoyez- moi mon exlrail de baptême d'ici au 19 mars. Je compte vous écrire encore une autre fois, dans trois mois : on peut le laire toute I année du noviciat. Adieu, mes chers hères, adieu à tous mes amis, pariiculièrement à Z., àC elùFlu.; ceux-là sont de la famille.

P. S.Wy-à près de quarante jours que ma lettre e-.t commencée, et je sens déplus en plus combien grande a été la miséricorde du Se gnenr envers moi, en me tirant de la voie large pour me conduire ici. Quand, après avoir lu la vie de sainte Marie d'Egypte, je me déterminai à suivre le parti que jai pris, ma résolution éiait ferme j mais je ne savais pas encore a quoi je m'engageais. Aujourd'hui je le sais, et je vols bien qu'une pareille grâce n'a pu m'être acquise qu'au nrix du sang de celui qui nous a rachetés tous, et qui ne cherche que le ^alut du pécheur... J'ai fait une aumône de trois cents livres à la maison de la Trappe, au nom de mes trois sœurs ei de mes trois frères : ce me sera une grande consolation, si je persévère, comme je l'espère, d'entendre tant de braves gens prier pour ma lamille; si je m'en vaiSj ce qu'à Dieu ne plaise, il me reste encore trois cents livres, montre, etc.. Adieu, chers frères, chères sœurs. Ne vous souvenez plus de moi que dans vos prières j car je suis mort pour vous, et je désire ne plus vous revoir qu'au jour de la résurrection. Soyez charitables, lai les du bien à ceux même qui ont cherché à vous nuire, car laumône esi comme un second bapiéme qui efface les péchés, et un moyen presque infaillible de mériter le cie'. Aiubi, dépouillez-vous en laveur des pauvres : c'est en laveur de Jésus-Chri>i que vous vous dépouillerez, el il aura pitié de vous. Puissiez-vous être persuadés de ce que je vous dis! Adieu. 2 juin 1799.

Billet inséré dans la même lettre pour sa nièce, âgée de sept ans, qui restait auprès de sa grand' mère maternelle pendant l'émigration de sonpère.

Chère T..., embrasse tout le monde à F... de ma part, bien des deux bras ; et porte tout ton cœur sur tes lèvres, afin que tu puisses remplir celte commission selon mes désirs. Je l'envoie une image de Noire-Dame de la Ti appe ; va la placer à la chapelle ; ne manque pas daller dire tous les jours un Ave, Maria, devant cette image. Quand tu sauras \t Salve, Regina, tu le réciteras bien dévotement, et tu gagneras quatievingis jours d'indulgence pour chaque fois. Comme j'ai appris que ton oncle aî'nc était marié, dans le cas qu'il reste à L..., Je t'en envoie deux, pour que tu lui en donnes une, en le priant d.' la melire aussi à la chapelle. Je suis persuadé qu'on suivra chez lui le bel e.\enq)le que sa mère donne cliaque jonr à F... Tu lui diras : C'est ainsi, cher oncle, que vous attirerez sur vous el vos enfanls les bénédictions du ciel ; et, après avoir joui de toute prospérité dans ce monde, vous serez comblé u'un bonheur éternel dans l'autre. Après cela, euihrasse-le bien tendrement» el ta mission sera finie. Adieu, chère T...,, permets-moi de l'embrasser, quoique avec unebarbe d'environ deux mois ; elle ne t'atteindra pas. Adieu encore, chère T,..; sois bien pieuse, ci lu es assurée de ne point périr.

Fragment d'une lettre du mois d'avril 1800, à son frère, compagnon d'émigration.

Je ne suis point au courant de ce qui se passe. Ce ne m'est pas une privalion : la pièce est trop longue pour espérer d'en voir la fin ; la mon cllc-niènie baissera bieuiôl la toile pour nous. Ah ! u»on frère, puissions-nous avoir le bonheur d'entrer au ciel ! Que de choses ne verrons-nous pas alors ? Espérons en celui qui a pris sur lui les péchés du monde, et qui par sa mort nous donna la vie... S'il me reste qu< Ique cIk^sc, je désire qu'on fasse hâlir une tlupdlc dédiée à Noire-Dame des Sept Douleurs, dans l'arrondisscnient de la maison paternelle, selon le projet que nous finies sur la roule de IMuiich. Vous vous rappelez le plaisii que nous avions, api es avoir traversé dos pays protestants, de trouver enlin le signe du salui, le seul esiioii' du péclu ur. Siiôt que la police ne s'y opposera pins, hâtoz-vous de faiie éle\er des croix pour la consolaiion des \oyagcurs, avec ('es sièges pour les gens Aaigués, et une inscription comme en navièn- : fhr miUlcn ruhcnsieuus. «S'oi.squi êtes Tiligués, repo.-ez-vous. » Qu'il soit fondé douze messes p.iran, le premier samedi de chuque mois, pour le repos de Kàme de mon père, et pu s pour toute la fomille. J'étais dans l'usage de faire dire une messe tous les mois pour mon père : en aiteudanl que fa chapelle se fasse, je prie M... son frère prcire} de remplirnion engagement.

Billet à ses soeurs, joint à une autre lettre écrite à son frère.

Ma Icilrc aurait dû être pait'e depuis quelque temps; je crains qu'elle ne trouve plus mon fière en R... Nous sommes à cueillir des olives par un vent du nord ins fioi'l; ce qui fait un peu Sduiïrir. Je suis devenu irès-frilcux, ce que j'attribue à lal.ine que j'ai sur !a pe;iu. La veille de la Pcnlccôlc, je no pus réchauffer mes pieds de ti.uile jour, quoique n ^us portions tous des chaussons de molleton ; je sens aussi quciqucf ils froid ;'i la icle, mal^-ré mes i\cu\ capuchons. Du reste, mes hémorrhagies ont beaucouj) diminué, et j'ai rciuis mes forces... Plus on souffre pour Dieu, plus on est heureux par l'opinion de gagner le ciel, et on se réjouit en pensant que la vie de Ihomnie est comme la fleur des champs. Bientôt nous ne serons pins, chères sœurs, et nos neveux sauront à peine que nous avons existé. Voici un des grands avantages de la vie religieuse : c'est que tout ce qui annonce la dissolut on prochaine et le tombeau cause anlanl de j«iie qu'on est attristé dans le monde par (oui ce qui eu rappelle le souvenir. Ne sovt z pis gens du monde, et que la ccriiiude du la mort vous cunso'e au milieu de toutes les peines qui pourraient vous survenir. C'est là le port de tous les vr.Tis serviteurs de Dnu; c'est là qu'ils cntreroni dans la joie de leur Sei{;neur. Écoutez donc celte voix qui (rie du ciel : Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ! Clièie Rosalie, et loi, cher lilleul, puisque nous ne devons plus nous revoir dans ce monde, lûchons de nous rcirouver dans l'autre.

Fragment d'une lettre à ses sœurs, du i" février 1801.

6 décfmlire 1800.

Je vais vous donner, mes chèii s sœurs, une idée do la maison où je doit probablcmcnl liuir mes jours. En 1GU3, les Français, ayant pénètre en Aragon, 1. II. **

prironile château de Maclla, et vinrent jusqu'à l'abbaye de Sainie-Siizanne, quïls saccîigèront. Ce couvi nt, abandonné depuis piusd'nn sède, lombait en ruine, lorsque doai Jérosinie d'Alcaniara, notre abbé, y est arrivé avec cinq ou six autres pauvres religieux. Les aumônes sont venues de toutes parts : les gcus du peuple, n'ayant pas d'autre chose à donner, ont piéié leurs bras, et bientôt la maisfn a été assez bien réparée pour des homnies qui doivesit vivre lians une entière abnégation d'eux-mêmes. Il n'y a pas de mendiant t-i, Espagne qui se nourrisse aussi mal, et qui ne soit mieux pour ce qui regarde lebienêlrc du corps; cependant on y est heureux par l'espérance, et il n'y en a pas un qui voulût changer son état contre un empire. Dans ce monde, la mort qui se hâte vient confondre l'empereur et le moine : chacun s'en va, n'emportant que ses œuvres; alors on est bien aise d'avoir semé au milieu dts larmes ; le mal est passe, la joie lui succède pour l'éternité. Je regarde comme une grande grâce d'être arrivé assez à temps pour avoir part aux travaux et aux peines qui suivent un nouvel établissement...

J'ai gardé les brebis, avec une vingtaine de chèvres ; le maître berger voulut un jour me quitter pour aller chercher quelques agneaux : je ne Siiis si je rêvais au premier âge du monde lorsque tout était commun : des cris qui venaient de loin me firent apercevoir que mon troupeau était dans les vignes ; je criai aussi, je lançai des pierres, les chèvres gagnèrent un coteau voisin, elle Teste suivit. Le berger, voyant cette belle conduite, me demanda : Si en mi tierra erapastor^? J'ai été depuis garder les moutons avec un petit frère de quinze ou seize ans ; il a une figure douce, telle que devait être celle du bon Abel. Il me laissa errer de coteau en coteau; je le menai à près d'une lieue du couvent.

En Espagne, les seigneurs font de grandes aumônes. On a augmenté notre labourage, de manière que, quoique nous soyons très-nombreux, je crois qu'en bien travaillant nous pourrons vivre sans secours d'étrangers, sans compter la foule de curieux et de pauvres que nous hébergeons. Je vous donne tous ces détails pour vous faire voir combien le bon Dieu a béni cet établissement: c'est ce que nous faisait remarquer dernièrement notre abbé, qui est Français, quoique sa famille soit originaire d'Es-pagne.

Fragment ^'une lettre à ses sœurs, dw iO mars 1801.

Que vous êtes heureuses, mes chères sœurs, de voir les églises se rouvrir! Profitez-en, soyez reconnaissantes, réjouissez-vous en Dieu, qui ne cesse de vous protéger... Mon parti est bien pris, me voici fixé jusqu'à la mort; je souffre quelquefois, mais celte chère espérance que le bon Dieu a mise dans mon âme vient tous les soirs adoucir mes peines; et lorsque je me rappelle la promt sse que fit notre Sauveur à saint Pierre pour tous ceux qui renonceront aux biens de ce monde pour le suivre : D'où me vient ce bonheur, niedis-je, que j'ai été appelé à suivre un si grand maître, qui donne le ciel pour un peu de terre? Que qnefois lo S'uivenir des péchés de ma vie passée m'inquiète; je sens bien que je n'ai encore rien fait pour satisfaire à une si grande délie; puis je me ti aiuiuillise on lisant cette belle méditation de saint Augustin : « Le « souvenir de mes iniquités pouriait me foire désespérer, si le Verbe (Je Dieu

? Si j'étais berger dans mon pays?

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 37g

« ne se lYit fait chaîr, et n'eût habité parmi nous; mais ninin'cnanl je n'ose « plus désespérer, parce que si lorsque nous étions oiinomis nous avons été « réconciliés, etc., etc. » Il osi impossible de ne pas reprendre courage. Procurez-vous ce livre de Méditations, Soliloques cl IMauuel de saint Augustin. Toute pcîSOMneqni sert Dieu ne peut lire qtf avec transport ces lieiles peintures delà Jérusalem céleste. Quoi puissant aiguillon pour s'animera faire quelque chose pour noire Sauveur, qui, par sa niort, nous mérite une si belle vie ! Lisez le Traité de l'amour de Dieu, de saint François de Sales : c'est un dos livres qui m'ont fait le plus de plaisir en ma vie, quoique je laie lu en espagnol.

Fragment d'une lettre à ses frères, samedi de Pâques 1801.

Après-demain, mes chers frères, je ferai ma profession... Je suis étonné de me trouver si fort un dernier jour de carême. C'est bien différent du premier, où je fis un dur apprentissage. Les coiumenccmonls dune chose nouvelle sont d'ordinaire pénibles, parce qu'on n'en sent pas tous les rapports ; ensuite peu à peu riiabiludc semble clianger la nature des choses, et on est élonnc de faiie avec facilité ce qui avait coûté d'abord lant de peine : c'est ce qui m'arrive. Vous avez dû être étonnés que j'aie embrassé un état qui m'enchaîne, moi qui ai toujouis aimé l'indépendance, cette liberté de courir et de m'agiier. Depuis quelques aimées, quoique j'ensse une existence aussi agréable que ma position me le pût permcllro, je me sentais inquiet , j'avais quelque ois du dégoût pour la vie. Enfin, en lisant la vie de sainte iMarie d Egypte, je me sentis touché de la consolation qu'on trouve lor.-qu'on se voue cntièMemoni au service de Dieu; de manière que je piis dès lors la forme résolution d'embrasser l'élat dans lequel je suis à la veille d'entrer sans retour... Vous m • parlez de vos affaires. Souvenez -vous que vous êies frères, tous bons cliréiions. Vous n'appréciez pas assez ce liire si vou- avez besoin d'un tiers pour vous arranger sur vos intérêts respectifs. Ne refroidissez pas l'amitié par des comptes : entre frères, Inul doit se faiie par un à peu près. Que les plus riches aident aux plus pauvres. Qu'il est doux de s'aimer entre fières, et de se réunir pour parler de la vie future et de Dieu, qui esi lui-même la parfaite cliariié !... Prions la sainte Vierge, prioas-lj, celte bonne mère, qu'elle nous réunisse tous au ciel, avec mon père, ma mère, mes sœurs, qui y sont déjà, et qui [ni ni de Icm côté. Nous ne sommes pas comme les païens, qui , à la mon di; leurs proches, se désolent. Pour nous, réjouissoiis-notis dans le Seigneur, qui ne i.ous sépaie que pour peu de temps. Adieu, mes frères, adieu ; priez pour moi.

Fragment d'une lettre à sa belle-sœur, du jour de Pâques 1801;

A la veille de me vouer entièrement au silence, ma très-clièrc sœur, je viens vous fuie nus derniers adieux. En quittant P iris, vous fûtes la seule que je pus embrasser... Je ne sais pas où sont mes oncles : si par hasard ils sont à votre portée, renouvelez- leur tous les seniimcnts d'un neveu qui ne pourra plus traverser les nuinlr..

S'il p'.ai! au h in f) eu , j'aurai demain le bonheur de faire nus vœux, ainsi qu'un jeune prélre français qui a un air bien distingué : si ligure cl sa voix portent l'empreinte de la piété.

Ma lettre ne devant partir que samedi, ma profession faite, j'y ajouterai une croix , comme on en met sur la tombe des morts.

Adieu encore , ma sœur et mes fi ères ; ne cessons de prier notre Sauveur qu'il veuille bien nous réunir à son côté droit au grand jour de la résurrection.

La famille avait demande un ccriificat de profession pour obtenir le bienfait del'amnistie, accordé par le premier consul. Kllc espérait que la mort civile du trappiste serait considérée comme ay.uit !c niènie elïei que la mort naturelle. La lettre qui suit, écrite par un religi^ ux de la TrappC; dispensa de faiie cette nouvelle demande à la bienfaisance du gouvernement.

Lettre du père... à la famille.

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