VUE DE MON OUVRAGE
Le défaut de méthode se fait ordinairement sentir dans les ouvrages politiques, bien qu'il n'y ail point de sujet qui demandât plus d'ordre et de clarté. Je
d'autant d'esprit que d'humanité, et auquel j'aime à rendre ici l'hommage public de ma recoi><naissaiice.
• Ces questions me semblent clairement posées. Si elles embrassent des sujets qui occupent rarement la jeunesse, elles se ressentent aussi du caractère de la jeunesse : elles vont trop loin; elles veulent ramener t'ius les événements île l'histoire à un centre de convergence impossible; non-seulement elles interrogent le passé, mais elles préten(ienl révéler l'avenir; elles sont toutes de théorie, et n'ont aucune utilité pratique : on y rt connaît à la fois l'audace et l'inexpérience d'un esprit oue l'âge n'a point éclairé, et qui est prêt à faire abus de sa force. (N. Éd.)
» J»' serai souvent obligé, pour me taire entendre, d'employer les divers noms de partis d« notre révolution. J'aveilis que ces noms ne sisuifi'ront, sons ma plume, quf des appellations nécpss.iiies à l'inlellis»'nce de mon sujet, et non une injnrr p<'rsoinie!le. Je ne suis I éciivaio d'aucune secte, et je conçois fort bien qu'il peut exister de liès-honiiêles gens, avrc des notions des choses différenles des miennes. Peiil-êire la vraie sagesse consisle-t-elle à être, non pas sans priicipc -, inris s^in^ ottuuons delerminées *.
On peut avouer les sentiments modérés exprimés dans cette note, mais le scepticisme de la dernière phrase est risible. (N. Éd.)
^ Cette réflexion est aujourd'hui plus vraie que jamais. (N. Éd.)
tâcherai de donner une idée disiincie de cet Essai, en disant un mot de ma manière.
1" Jcxaniinpîai ]e9, causes éloignées et immédiates de chaque révolution ;
2" ï.t'uis parlies hislori<|ues ei politiques;
3° Lé M (les mœurs et des sciences de ce peuple en pariiculier, et du genre huuKiin eu général, au mouieut de celt<- révoluli n;
4" Les (au «s (|ui en é.endiri nt ou en bornèrent l'influonoe;
5"E:inii. icniini toujours en vue lohj i piinci|)al du liihieau. je ff'rai incessamment remarq'UT Us rapports ou les différences entre la révolution alors décrite ( t la réviluiiou fr:!hçai e de nos jours De sorte que celle-ci servira ('e foyer coinrMun, où viendront converger tou^ les traits épars de la morale, de l'histoire et de la poiiiiqm^ ',
Cette intéiess^nte peiniure orciinera la n^ajeure partie des quatre premiers livres, etserviiade »é()onse à la première question.
L'ex;imen ''e la iioisi( lue et celui <le la seconde (déjà à moitié résolue) rempliront l:i troisième partie du (juati ième livre.
Le cinquièuii livie, écrit en dialogue, sera consacré aux recherches sur la qu iiiième question.
Quelques siij ts détachés se trouveront dans la prenn'ère partie du livre sixième ; et la seconde du même livre contiendra les probabilités sur les deux dernières questions.
Ainsi l'ouvrai^e entier sera composé de six livres, les uns de deux, l^s antres de trois parties, formant en toinlté quinze parties, subdivisées en chapitres ^.
De celle e^qnis>-e générale passons maintenant aux divisions par liculières, et fixons d'abord la valeur qu;' je donne au mut révolution, puisque ce mot reviendra sans cesse dans le coui s de cet ouvrage.
Par le u.ol révolution je n'entendrai donc, dans la suite, qu'une conversion totale (lu gouvernement d'un peuple, soit du mon.irehiqne au républicain, ou du republitain au UKuar* hi(jue. Ainsi, tout Liai qui tombe par des armes étraagère>, tout changement de dynastie, toute i^iieri e civile qui n'a pas produit des altérations remarquables d. ns une sociél('\ tout mouvement partiel d'une nation momeulanément insui|,ée, ne -onl point pour moi (ies révolutions. En effet, si l'esprit des peuples ne change, qu impojie qu'ils se soient aiiités quelques instants dans leurs misères, et que leur nom ou celui de leur maître ait changé *?
Considérées sous ce point de vue, je ne reconnaîtrai que cinq révolutions dans toute l'antiquité, et sept dans l'Europe moderne. Les cmq révolutions anciennes seront rétablissement des républii^ues en Grèce, leur snjélion sous Philippe et Alexandre, avec les conquêtes d- ce héros; la chute des rois à Rome ; la subversion du gouvtrnemeni populaire par les Cé>ars ; enfin le renverseiiieni de leur empiie par les Barbaies'.
La république de Flo; ence, ce'le de la Suisse, les troubles sous le roi Jean, la Ligue sou^ Henri IV, l'union des Provinces Belgiqucs, les malheurs de TAn-
3 HTènies défauts que dans l'exposiiion ; système de convergence qui ne poivait produire que (ies lapprochemenls historiques quelquefois curieux, mais presque toujours forcés. (N. Éd.)
^ Ces préieiilions à la méthode et à la clarié sont très-mal fondées : il n'y a rien de plus einbioiiillé que ces divisions et ces subdivisions. (N. Éd.)
« Raisoiiuable. (N. Éd.)
» I-'irruplion des lîarbnres (tans l'empire n'est pas propiemeiit nne révolution dans le sens que )'.)! «Ion e à ce mol. On en peut «lui- aiilanl des jiuenes sous le ini Je.iu, eUie ta Ligue sous Hcnn IV, dont j'ai ct'ptnd.ud lait des icvolulioiis *. UuaiU aux Biirbat os, it est aisé d'apercevoir que. loiniaiU le |)oiiit de contact où s'uail l'Iiistoiie des anciens el des modernes, il m'était indi'pcnsaliled'en pailrr. Quant aux deux aiilirs é[)()(|ues, 1rs troubles de la France dans ces temph-là Mtnl trop laineux, otlienldes caiaclens uop j^iands el des analogies trop frappantes pour ne [las les avoir consiiieres connue de véritables révolutions.
* Ou voit qu'à l'époque où j'écrivais VEssai je songeais dt'jà à Vhistoire de France,
glpterre durant le règne de Charles I", et réreriion des Etats-Unis de l'Amérique en nation libre, foriiientui le sujet des s<'pt révolutions modernes.
Au reste, je criiyoïmeiai rapidement la parue de cet ouvrage consacrée à ITiistoire ancienne, rés«rvaiil les grands dét.iils lorsque je parleiai des nations actuelles de rturo()e. Le géiie des Grecs et des Romains diffère lellemenldu génie des peuples d'iinjounihui, qu'on y trouve à peine quelques traits de ressemblance J aurais pu m'étendie sur les révolutions dethèbes, d'Argos et de Mycènes ; les aim;iles de la Suède et de la Pologne, celles des villes impériales, les insurrections de quelques cités d Espaiiue cl du loyaume de INaples, me préseniaient des matériaux suffisants pour multiplier les volumes. Mais, en ponant un œil atientif sur riiisioiie, j'ai vu qu'une multitude de rapports qui m'avaient d'abord fr;ipi>é se réduisaient, après un mûr examen, à quelques faits isolés totalement étrangers dans leurs causes et dans leurs effets à ceux de la révolution française. En uj'arrèlant incessamment à chaque petite ville de la Grèce et de l'Allemagne, je serais tombé dans un cercle de répétitions aus^i ennuyeuses que peu utiles. Je n'ai donc saisi que les grands traits, ceux qui ofi'rent des leçons a suivre ou des exemples à imiter. Je n'ai pas prétendu écrire un roman, dans lequel, pliant de lorce les événements à mon système *, je n'eusse laissé après moi qu'un de ces monuments déplorables, où nos neveux coniemplcroni avec un senement de cœur l'esprit qui anima leurs pères, et béniront le ciel de ne les avoir pas fait naître dans ces jours de calamité. Je me suis proposé une (in plus noble en écrivant ces pages, je l'avouerai ; l'espoir d'être uiile aux hommes a exailé mon âme et conduit ma plume. Que si le plus grand sujet csl celui dont on peut faire sortir le plus grand nombre de vérités naturelles; que si, fixam en oute la somme des vérités hisloriques, ce sujet mène à !a solution du problème de riiomme, ful-il jamais d'objet plus digne de la philosophie que le plan qu'on s'est tracé dans cet ouvrage *»? iMalheureusemeni l'exécution en est confiée à des mains trop innabiles *^. J'ai lait, par mon titre ^ Essai, l'aveu public de ma faiblesse. Ce sera asse^ de gloire pour moi d avoir inoniré la route a de plus beaux génies.