‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 104 sur 239 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Première révolution. — Les républiques grecques. — Si le contrat social des publicisles est la conveDlion primitive des gouvernements.

Les républiques de la Grèce, considérées comme les premiers gonvernemenis populaires parmi les hommes ^ oflr. m un objet bien intL-ressani à la philosophie. Si les caust's deb ur éiablissem< nt nous avaient été transmises par l'histoire, nous eussions pu obtenir i.t solution de ce fameux pioblème en politique, savoir : quelle est la convention origina e de la société?

Jean-Jacques prononce ei rapporte l'acie ainsi : ce Chacun de nous met en « commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la « vo'onté générale : «i nous recevons en coips chaque membre, comme partie a indivisible du tout^. »

Pour faire un tel raisonnement ne faut-il pas supposer une société d 'jà préexistante ? Sera- ce le Sauvage, vagal)on(l dans ses déserts, à qui le mien et le tien sont inconnus, qui passera tout à coup de la liberté liaturelle à la liberté civile, sorte de liberté purement abstraite, < t qui suppose de néces>ité toutes les idées antérieures de propriété, de justice convenioniiele, de lorce comparée du tout à la p.irtie, etc. ? Il se trouve donc un état civil intermédiaire entre l'état de nature et celui dont parle Jean Jacques. Le contrat qu'il suppose n'est donc pas l'original.

M lis quel est, dira-l-nn, ce contrat primiii'? C'est ici la grande difficulté.

Que si on reçoit, pour un moment, celui de Rousseau comme auiheiiliqiie, du moins est-il cerlMin (jue ce pacte rondamenlal lemonle au delà des sociétés dont nous nous foimious quelque idée, puisque pas une des hordes sauvages qu'on a rencontrées sur le globe n'exisiaii sous un gouvernement populaire. Oj-, de ces deux choses l'une :

* Je n'ai point voulu interrompre par des notes ce débordement d'observations et de notes. Qu'est-ce que cette confusion d'observations sur l'histoire des hommes et sur l'hisloiie naturelle veut dire? Que je doutais de la nouveauté du monde et de la chronologie de INloï-e. lié bien, dans ee nicnu^ Essai, vingt passages prouveioiil que je croyais "a l'aullu'nticité liistoiique deb livres suiuls : je ne savais uonc ce que je croyais et ce que je ne croyais pas.

Quant aux antiquités égyptiennes et chinoises, il est démontré aujourd'hui que ces prétendues antiquités sont extrêmement modernes. Le chinois, le sanscrit, les hiéroglyphes égyptiens, tout est pénétré, et tout se renferme dans la chronologie de Moïse. Le zodiacjue de Denderah est venu se faire expliquer à Paris, et l'on a été obligé de reconnaître que des monuments lépités antédiluviens souvent ne remontaient pas au (|ela du second siècle de l'ère chrétienne. Depuis (pie l'esprit pliilosophique a cesse d'être l'esprit d'irréligion, on a cessé d'attaciier de l'importance à lâgc du monde.

Quant aux monuments de l'histoire n;ituielle, les études géolog-quc'? de M. Cuvier n'ont laissé aucun douie et sur les races qui ont péri, et sur le déluge universel. J'en étais encore dans VEssai à l'histoire naturelle de Voltaire, aux c quilles des pèlerins et a tout<'sces savantes iîicrcduHiés. Y a-t-il rien de plus puéril que ces générations de chênes (pie j'ai vues, d • mes yeux vues, sur des montagnes de l'Amérique! L'écolier méritait de recevoir ici une rude l çon. Si je ne la pousse pas plus loin, on voudra bien pardonner quelque chose a la comiuisératiou fraternelle.

(N. ÉD

» Cpci n'estpasd'tiiiepxnc'itude r'£;ourcuse. I.a république des Juifs commence à ta sortie de cepriiiil«'(j'Eg»p e, I an 1491 avant noire ère, elTyr lut londeel'aa 1232 de ta même chronologie {Genft ; JosKPH., Anlig., Iib. viii, cap. il.)

3 Contrat Soc, liv. i, chap. VI.

On il faut admelliT, avec Platonique le gouvernement monarchique, établi ^u^ l'image d une lainille, eNl le seul qui soi. naiurel ; que touaéquenimciii io conlrai .•-ociyl ne prui élie que d une uaie subséquente;

Ou que s'il esi oiiginal,

Les |)( upics, pr< sfiue aussiiôi fatigués de leur souveraineté, s'en sont dédiai gés sur un (iloytn courageux ou sage.

D'ici cette immense questi* n :

Cnnmient du gouvernement primitif, en le supposant monarchique, les houMucs sont- ils parvenus à concevoir ie phénoiuène U une liberté autre que celle di* la nature?

Ou, si l'on veut dire que la ror.siîlulion prinu'livc ail été républicaine :

Par .^uels degiés 1 esprit humain, après des siècles d'<'bservaiion, après rtxpénence d» s maux qui résulliiii d»: i(!Ut gou erneinent *, a-l-il retrouve la consliluiion natunlle, depuis si longtemps mise en oubli ^?

J invite ks lecteurs à n. éditer ce grand sujet. Le traiter ici serait faire un ouvrage sur un ouvrage, et je n'écris que des essais. Dans les causes du rcnversi ment de la monarchie en Grèce, peu de choses conduiseul à l'eclairciSïemeni de ccb vénies.

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