CHAPITRE XIX
De l'élat des lumières en Grèce au moment de la révolution républicaine. — Siècle deLycurgue.
Lorsque je parlerai des lumières dans cet Essai , je ne m'atlarherai princîpalenhiit qu'à la p;«rlie morale et politique. Cr qui regarde les ans nesl f»as , à proprement parler, (ie mon sujet: cependant jen loucherai quelque chose, selon l'influence qu'ils auront eue sur les hommi s dont j'< crirai alors l'Insioire.
En commençant nos recherches au siècle de Lycuriiuc et les fînissanl ;• celui de Solon , nous voyons d'abord paraître Homère et Hésiodf. Je n'entK'tieridrai point le lecteur de ces deux fameux poêles. Qui na lu V Iliade et VOo'yssée? qui ne connaît les Travaux et tes Jours, la Théogonie, le Bouclier d'Hercule? Hoinèrea donné Virgile à l'.intiijue li;die, et le Tasse à la nouvelle; le Cauioens, au Portugal; Ercilla, à lEspagne; Milion à l'Angelerre; Voltaire, à la France; KIopstock, à l'Allemagne: il n'a pa> besoin de mi s éloj;es.
Pour nous le côté intéressant des poèmes de ce sublime génie est leur action Stir la liberlé de la Grèce. Lyi urgue les apporta à Sparte * , et voulut que ses compatriotes y puisassent cet enthousiasme guerrier qui met les peuples à l'abri de la servitude étrangère. Solon lit des lois expresses en laveur de ce même Homère''' qui , comme historien . ne s'offre pas sous des rapports moins précieux. Aux seuls Athéniens il donne le nom de peuple ; aux Se ythes, l'appellation des plus justes des hommes*, et souvent caractérise ainsi par un seul trait la politique et la morale de l'aniiquiié.
Les ouvrages d'Hésiode sont pleins des plus excellentes maximes. Le poète ne voyait pas les hommes ?ous des couleurs riantes. Il respire cette nu'lancolie antique qui semble être le partage des gr.in's génies. On sait que Virgile a puisé dans les Travaux et les Jours lidiie de ses Géorgiques'*. C'est de la belle description de lAge d Or^ qu il a tiié ce morceau ravissant:
O fortunaios nimium, sua si bona norint, Agricolas !
L'influence d'Hésiode sur son siècle dut être considérable , dans un temps oii l'art d'écrire en prose était à peine connu. Ses poésies tendaient à ramener les hommes à la nature; et la morale, revêtue du charme des vers, a toujours un effet certain.
Thaïes de Crète , poêle et législateur , dont nous ne connaissons plus que le nom , fut le précurseur des lois a Lacédémone^. Il consentit par amitié pour Lycurgue à se rendre à Sparle et à préparer, par la douceur de ses chants et la pureté de ses dogmes, les esprits à la révolution. Ces grands hommes savaient qu'il ne faut pas précipiter lout à coup les peuples dans les exirémes , si l'on veut que les réformes soient durables. Il n est point de révolution là où elle n'est pas opérée dans le cœur: on peut détourner un moment par force le cours des idées; mais si la source dont elles uéeoulenl n'est changée, elles reprendront bientôt leur pente ordinaire ^.
• J'ai transporté quelque chose de ce portrait des Français dans le Génie du Christianisme^ en parlant de la manière d'écrire l'histoire. Il y a dans tous ces ctiapilres des incorrections que les hommes qui savent leur langue apercevront, et qu'il m'a semblé inutile de relever : je n'en tiniraia pas. (N. Éd.)
» H LUT., tn Lyc.
• Lakkt., m Solon.
« l/.,lib. IV.
• Geor., ib II, V. 176.
5 Hksiod., Opéra et Dift.
6 ST»AB.,llb. X, |MK.i82.
^ Observation fort juste; et par la même raison, lorsqu'une révolution est opérée
Ainsi les philosophes de l'antiquité adoncissaieni les traits de la sagesse en lui prêtant les grâces des muses. Parmi les modernes, les Anglais ont eu l'honneur d avoir appli(^ué les premiers la poésie à des sujets utiles aux hommes. Quant à nous , nous avons été préparés aux bonnes mœurs par la Pucelle et d'autres ouvrages que je n'ose nommer *.