‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 121 sur 239 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Siècles moyens.

Le siècle qui suivit immédiatement celui de Lyrurgue fournît les noms de quelques législateurs : mais leurs écr te ne nous sont pas parvenus.

Dans l'âge subséquent parut Tyrlée*, dont les chants firent triompher l'injuslice; Archiloque, plein de crimes et de génie, qui donna le premier exemple d'un honnne qui osa publier l'hisioirc iniérieure de sa conscience à la face de l'univers^; Hipponax', exhalant le fui et la h'iue. L'esprit des hinps perce à chaque vers de ces poéies. La véhémence et l'enthousiasme dominent dans les passion? qu'ils ont peintes. Ce fut le siècle de l'énergie, quoique ce ne fût pas celui de la plus grande liberté. La rem;irque n'est pas frivole : elle décèle cette fermentation qui devance et annonce le retour périodique des révolutions des peuples.

Dracon florissail aussi à la même époque. Tl avait composé un ouvrage que J.-J. Rousseau nous a donné dans son sublime Emile ^. C'était un traité de l'éducation*, où , prenant 1 homineà sa naissance, il le conduisait à travers les misères de la vie jusqu'à son tombe;iu. Le destin des deux révolutions grecque Cl française fut d être précédées à peu près par les mêmes écrits.

Epiménide chercha, comme Fénélon, à rainener les liommes au bonheur par l'amour et le respect des dieux ^. Si je ne craignais de mêler les petites choses aux g' andes , je dirais encore qu'il a payé son tribut à notre révolution en fournissant à M. Flins « le sujet de son ingénieuse comédie*.

Malheureusement nous n'avons ici que des différences. Quelle comparaison pourrions-nous découvrir entre les livi es d'un âge moi al ci ceux des temps du régent et de Louis XV ? C'est en vain que nous nous abusons ; si , malgré Condorctit et la troupe des philosophes modernes , nous jugeons du présent par le

dams te cœur, c'est-à-dire dans les idées, dans les mœurs des hommes, rien ne peut empêcher ce fleuve de répandre ses eaux lelles qu'elles sont à leur source. (N Éd.)

* Cela est vrai; aussi ne jouirons-nous pas de celle liberté, fille des mœurs, qui appavlienlà l'enfance des peuples; mais nous pouvons avoir celte liberté, fille des lumières, qui naît dans l'âge mûr des nations. Quand j'écrivais VEssai, je n'entendais encore bien que le système des républiciues anciennes; je n'avais pas fail assez d'aitention à la découverte de la république représentative, qui, n'étant qu'une monarchie constitutionnelle sans roi, peut exister avec les arts, les richesses et la civilisation la plus avancée. La monarchie constilulionnelle avec un monarque est, selon moi, irès-prélerable a celle monarchie sans monarque; mais il faut savoir adopter franchement la première si l'ou ne veut êlre eulramé dans la seconde.

(N. ÉD

» «LUT., inAgid.;H0R\T., in Art. poet.

Pour offrir sous un sou! point de vue au lecteur le tnbleau des lumières et de l'esprit de» temps, j'ai renvoyé au sifilede Solon la citation despuëles nommés dans ce chapitre.

2 QuiNTiL., lib. X, cait. I ; /1:li AN., Var. Htst., lib X, cap. xiil.

3 Anlhot., lib. III; HOKAT., Epod.w.

•> Je parlerai plus loin de Rousseau et de son sublime Emile. (N. Éd.)

♦ iEscnm., in Timnre., pa^. 201.

5 Srab., lib. X; Lakrt., m Epim.

^ ï.o nom de Flin<i est ici inattendu ; mais c'est un tribut qu'un jeune auteur payait a une première liuison lilléraire. J'avais beaucoup connu M. Flins, homme de mœurs douces, d'un esprit distingué, d'un lalenl agréable, et ami partit ulier de M. de Fonlanos. (N. Éd.)

6 Réveil d'Épiménide.

tassé ; si un siècle renferme toujours Thistoire de celui qui le suit , je sais c«j qui nous attend *.

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