CHAPITRE XXXVI
Influence de la révolution grecque sur Carlhage.
Carlhage, au moment de la fondation desrépubliques en Grèce, se trouvait,par rapport à celle-ci, dans la même position que l'Angleterre vis-à-vis de la France aciuelle1*'Possédant à peu près la même constitution , les mêmes richesses, le même esprit guerrier et commerçant que la Grande-Bretagne ; séparée comme elle du pays en révolution par des mers ; aussi libre, ou plus libre, que ce pays même; elle était garantie de l'influence militaire de Sparte et d'Athènes par la supériorité de ses vaisseaux, et du danger de burs opinions politiques par l'excellence de son propre gouvernement. Les peuples maritimes ont cet avantage inestimable, d'être moins exposés que les nations agricoles à l'action des mouvements étrangers. Outre la barrière naturelle qui les protège contre une force invasive, s'ils sont insulaires ou placés sur un continent éloigné , la superfliiiié de leur population trouve sans cesse un écoulement au dehors, sans demeurer en un état croupissant de stagnation dans l'intérieur. Le reste des citoyens, occuj.é du commerce de la patrie, a peu le temps de s'embarrasser de rêveries politiques. Là où les bras travaillent, l'esprit est en repos.
Carlhage encore, lors de la chute des Pisistralides, élevée à l'empire des mers et à la traiie du monde entier sur les débris du commerce de Tyr*, comme l'Anglcierre de nos jours sur les ruines de celui de la Hollande, approchait du faite delà prospérité. Par une autre ressemblance de fortune, non
nèse, engagea les Carthaginois à attaquer en même temps les colonies grecques en Sicile ^ Amilcar, à la tête de plus de tiois cent mille hommes et d'une flotte nombreuse, aborde à Panorme, et met le siigc devant Himère ^ Gélon accourt de Syracuse avec cinquante mille citoyens au secours de la place, tombe sur le général africain, détruit son armée, et le force de se jeter lui-même dans un bûcher allumé pour un sacrifice *. C'est ainsi quuiie fortune ennemie voulut nomuier ensemble Himère et Dunkcrque.
L'enthousiasme dans la victoire, le découragement dans la déf.iite, est un Irait de caractère que les souverains d^s mers d'autrefois ^ ont possédé avec les maîtres de l'Océan de nos jours ^ : que de fois durant le cours des hostilités présentes, sans la mâle fermeté des ministres, l'Angleterre ne se serait-elle pas jetée aux pieds de sa rivale !
La nouvelle de la desli uclion de l'armée n'arriva pas plutôt en Afrique, que le peuple tomba dans le désespoir. Il voulut la paix à quelque prix que ce fût. On députa humblement vers Gélon , qui niériia sa victoire par la modération dont il en usa envers ses ennemis : il exigea seulement qu'ils payassent les frais de 11 campagne, qui ne s'élevaient pas au-dessus de deux mille talents^.
Ainsi se termina pour les Carthaginois cette guerre si funeste à tous les alliés, qui eut encore cela de remarquable, qu'elle cessa peu à peu, telle que la guerre actuelle a déjà lini en partie, par les paix forcées et partielles des difi'érents® coalisés. Depuis le traité entre l'AIVique et la Grèce, les deux pays vécurent
» I/explicalion de ceci se trouve à l'article de Tyr. s Dioi)., Iib. XI, p. I. ^
3 ld.,ibid., p. I(>et22.
4 HKROD.,ljb.VII, |). (67.
5 Plut., de Ger. Rrp., p. 799.
€ Ramsay's tievol. of Amer.; D'ORLÉANS, Re». d'Angl.; HuME'S llist. cf Engl.,elc.,etc.
7 tluROD., lib vu; Uiod,, lib. xi.
10,800,000 liv. de noire monnaie, en les supposant talents atliques; et 12,600.000 liv. en les comptant sur la valeur du talent d'Orirnl, ce qui est pins probable. Si nous avions le déchet exact des talents cailliaginois, que l'on fil refondre à Konie à la lin de la seconde guerre Punique, nous saunons au jusle la vérité. (Voyez Liv., lib. xxxii, d" 2.)
' On veria ceci au lablcau gcncral de la guerre iMédique.
longtemps en intelligence, el l'influence de la révolution républicaine du dernier, se iioiivaiii arrêtée par les causes que j'ai ci -dessus as>igiiées/ se borna, quant à Carihage, au malheur passager que je viens de décrire '.