‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 153 sur 239 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

La Sicile.

A î'exlrémité de la Grande-Grèce se trouve l'île de Sicile *, OQ ron comptait déjà plusieurs villes célèbres. Nous ne nous arrêierons qu'à Syracuse, qui occupe une place si considérable dans l'histoire des hommes.

Archias, Corinthien, avait jeté les fondements de celte colonie, vers la quatrième année de la dix- septième olympiade ^. Depuis cette époque, jusqu'aux beaux jours de la liberté en Grèce, on ignore presque sa destinée. Si l'obscurité faille bonheur, Syracuse fut heureuse.

Il lui en coûta cher pour ces instants de calme : on ne jouit point impunément de la félicité; ce n'est qu'une avance que la nature vous a faite sur la petite somme des joies humaines. On n'est heureux que par exception et par injustice ; si vous avez eu beaucoup de prospérités, d'autres ont dû beaucoup souffrir, parce que, la quantité des biens étant mesurée, il a fallu prendre sur eux pour vous donner; mais tôt ou tard vous serez tenu à rembourser à gros îniéréls : quiconque a été très-forluné doit s'attendre à de très-grands revers. Dans ceci les Syracusains sont un exemple. Depuis le moment de l'invasion de Xerxès en Grèce, jamais peuple n'offrit un plus étonnant spectacle ; une révolution étrange et continuelle commeiiça son cours, et ue finit qu'à la prise de lamétropole par les Romains. Ce fut une chose commune que de voir les rois tombés du faîte des grandeurs au plus bas degré de fortune : monarques aujourd'hui , pédagogues demain. N'anticipons pas ce grand sujet.

La forme du gouvernemeiit en Sicile avait été républicaine jusque vers le temps de la chute des Pisistratides à Athènes. Les mœurs, la politique, la religion, étaient celles de la mère patrie. Un historien, nommé Jntiochus, plusieurs sophistes, quelques poètes', avaient déjà paru. Bientôt cette île célèbre devint le rendez-vous des beaux esprits de la Grèce. Ils y accoururent de toutes parts, alléchés par l'or des tyrans qui s'amusaient de leur bavardage politique et de leurs dissensions liitéràires*.

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