CHAPITRE XLVI
Les trois âges de la Scylhie et de la Suisse 2. — Premier âge : la Scylhie heureuse et sauvage.
Les heureux Scythes, que les Grecs appr laieni Barbares, habitaient ces régions septentrionales qui s'étendent à l'est de lEurope et à l'ouest de l'Asie. Un roi, ou plutôt un père, guidait la peuplade errante. Ses enfants le suivaient plutôt par amour que par devoir. N'ayant que leur simplicité pour justice, pour lois que leurs bonnes mœurs , ils trouvaient en lui un arbitre pendant la paix (;t un chef durant !a guerre '. El qu'auraient gn^ué les nmnarques voisins à attaquer une nation i^ui méprisait l'or et 'a vie *? Darius fut assez insensé pour le faire. Il reçut de ses ennemis le symbole énergique, présage de sa ruine *. Il les envoya défier au combat par une vaine forfanterie : — «Viens alia- « quer les lonibeaux de nos pères,» lui répondirent ces hommes pauvres et verlieux^. Ceûlétc une digne proie pour un tyran.
Libre comme l'oiseau de ses déseris, le Scythe, reposé à l'ombrage delà vallée, voyait se jouer autour de lui sa jeune famille cl ses nombreux troupeaux. Le mil 1 des rochers, !e lait de ses chèvres, scffisaieia aux nécessités de sa vic^; ramitic, aux besoins de son cœur^. Lorsque les collines prochaines avaient donné toutes leurs herbes à es brebis, monté sur son chariot couvert de pemx, avec son épouse et ses enfants, il émigrail à travers les bois* au rivage de quelque fleuve igooré , ou ta fraîcheur des gazons et la beauté des solitudes l'invitaient 5 se (ixer de nouveau.
Quille félicité devait goûter ce peuple aimé du ciel! A l'homme primitif sont réservées mille délices. Le dôme des lorôls, le vallon écarté qui reuiplil 1 âme de silence et de méiliiation, la mer se brii^ant au soir sur des grèves lointaines, les derniers rayons du soleil c uchant sur la cime dc^ rocher< , tout est p >ur lui spectacle et jouissance. Ainsi je l'ai vu sous les érables del Erié^°, ce favori de la nature " qui sont beaucouj) et pense peu , qui n'a d'autre raison que ses besoins, et qui arrive au résuit; t de la philosophie, comme l'enfant, entre les j jux et le sjmmcil. Assis i.isouciaut, b s jambes croisées à la porte de sa hitie, il laisse sVcoulei' ses jours sans les com|)ior. L'arrivée des oiseaux passagers de raulomne, qui s'abattent à l'entrée de la nuit sui le lac, ne lui annonce point la fuite des années, et la chute des feuilles de la forêt ne l'avertit que du retour dcâ Irimas. Heureux jusqu'au fond derâme, ou ne découvre point sur le front
bonne foi : je n'étais flxésur rien en morale et en religion. Plongé dans les ténèbres, je cherchais la lumière que mou esprit el mon instinct me reproduisaient t)ar intervalles. (x\. ÉD.)
» Le Danube.
« Jo vais présenterai! lecteur l'âge sauvage, pasl oral-agricole, pliilosophique el corrompu , et lui donner ainsi , sans sortir du su;et , l'index de toutes les sociétés , el le Ubleau raccourci , mais complet, de l'iiist*'iie de l'iionmie
3 Ji;sT., lib. XI, cap. 11 ; HtuoD., lib. iv ; Stbab., Hb. vu ; ARRIAN., lib. IV.
♦ JUST., ibid.
5 HF.Ron.,lil). IV, cap cxxxiii
Une souris, une j^renoudie el cinq flèclies.
6 Hkrod., lib. IV, cap. cxxvi-cxxvii.
7 J11Î.T , lib. II, cap. H.
* LUCIAN., in T()xan\ p. 51. 9 IIOUAT.,lil). m, Od. XXIV.
»o Un des grands tacs du Lanada.
> > . Je supplée ici par ta peinture du Sauvage mental * de l'Amérifiue ce qui manque flnns Justin, Hcrodole, Slrabon, Moiace, etc., à l'iiisloire des Scythes. Les peuples ualurels, à quelques différences près, se rcssenibli-nt : qui en a vu un a vu tous les aulre^.
* Qu'est-ce que cela veut dire ? (N. Éd.)
AVANT J.-C. 509. = OL. 67. 45 î
de l'Indien , comme sur le nôtre, une expression inquiète et agitée. Il porte seul 'nient avec lui cette légère :iffeclion de mélancolie qtii s'engendre de l'excès du bonheur, et qui n'est peut-être que le presseniimeni de son incertitude. Quelquefois , par cet instinct de Irisle.sse particulier à son cœur, vous le surprendrez plongé dans la rêverie, les yeux attachés sur le courant d'une onde, sur une t<»uffe de gazon agitée par le vent, ou sur les nuages qui volent lugilifs par-dessus sa' tête, et qu'on a comparés quelque part acx illusions de la vie : au sortir de ces absences de lui même, je l'ai souvent observé .jetjint un regard attend'ri et reconnaissant vers le ciel , comme s'il eût cherché ce je ne sais quoi inconnu qui prend pitié du pauvre Sauvage.
Bons Si ylhes, que n'existâies-vous de nos jours î J'aurais é(é chercher pnrmi vous abri contre la tempête. Loin des querelles insensées d»s hommes, ma fie se tùt écoulée dans tout le calme de vos déserts ; ei nies cendres, peut-être honorées de vos larmes, eussent trouvé sous vos ombrages solitaires le paisible tombeau que leur reluseia la terre de la patrie ^.