CHAPITRE XLVIII
Second âge : la Scylhie et la Suisse philosophiques.
J'eusse voulu m'arrêtericî ; j'eusse désiré laisser au lecteur l'illusion entièrer Mais en retn'çant la félicité des hommes, à peine a-t-on le temps de sourire que les yeux sont déjà pleins de larmes.
11 n'est point d'asile contre le danger des opinions. Elles traversent les mers, pénètrent dans les déserts, et remuent les nations d'un bout de la terre à Tauire. Celh'S de la Grèce républicaine parvinrent dans les forêts de la Scyîhie ; elles en chassèrent le bonheur.
L'innocence d'un peuple ressemble à la sensitivc ; on ne peut la toucher sans la flétrir. Le malheur desScyliies fut de donner naissance à des philosophes qui ignorèrent celte vérité. Zamulxis,à une époque iiicornue, introduisit parmi eux, un système de théologie, dont les principales teneurs étaient : Texistence d'un Etre suprême, l'immortalité de l'âme, et la doctrine de la prédestination pour les héros moissonnés sur le champ de bataille**
Ce père de la sagesse des Scythes fut suivi d'Abaris, député de sa nation à Athènes. 11 pratiqua la médecine, et prétendait voyager dans les airs sur une
s'ils n'étaient trop lonf^s. On peut voir 1<* premier dans Simler (Helvet. Resp., lib. I, p. 58); et l'on trouve i'jutro cité tout entier à la fin de Coke's Letters onSwilzerland A la pa5:e6i du recueil inliUilé : Codex Juris Geniium. publié par Guill.uime l.eibuitz en lô;)3 , on trouve le traité original d'alliance eiiirc les trois premiers cantons, Uri, Scliwitz et Underwalden ; on y lit : «■ Premier maidi d'après la Saint-Nicolas, 1315. Au nom de Dieu. Amen.. Nous les paysans d'Hury,
de Scluiitz et d'Underwalden sommes résolus, par les dessus dicls sermens, que nul de nous
des d cts pays ne permettra ni n'endurera être souverné par seij^neurs, ni recevoir aucun prince et seiRiiour. — Si oucnn de nous (les dicts alliez), témérairement el par méchanceté, enlomma-
geroit un antre par /"ou, un tel ne sera jamais retju pour paysan » La vertu des bons Suisses
se peint ici dans toute sa naïveté C'est une chose siiif^ulièreque l'orthographe du treizième siècle est plus aisée à lire que celle du quinzième. J';ii aussi remarqué la même chose dans les vieilles ballades écossaises, qui se déchiffrent plus facilement que l'anglais do la même période.
« JruAN., inCœsaribus; Suii)., Zamolx.
^ Quel(iues-uns croient que Zamolxis elail Thrace d'origine. 11 n'est pas vrai qu'il fût disciple de Pylliai^ure.
flèche qu'Apollon lui avait donnée*. Il devint célèbre dans les premiers siècles de lEglise pour avoir été opposé à Jésus-Christ par les Pialonisles.
Toxarissuccéda en réputation à Abaris. Il abandonna sa femme et ses enfants pour aller étudier à Athènes , où il mourut honoré pour sa probité et ses vertus ^
Mais le corrupteur de la simplicité antique des Scythes fut le célèbre Anacharsis. Il s'imagina que ses com;)atriotes étaient barbares parce qu'ils vivaient selon la nature. Sa philosophie était de celte espèce qui ne voit rien au delà du cercle de nos conveniions. Enthousiaste de la Grèce, il déserta sa patrie, et vint s'instruire auprès de Solon * dans Fart de donner des lois à ceux qui n'en avaient pas besoin. 11 ne tarda pas à s'acquérir le nom de sage, qui convient si peu aux hommes, et se ht conn.!Îire par ses maximes. Il disait que la vigne porte trois espèces de fruits : le premier, le plaisir; le second, l'ivresse ;le troisième, le remords. A un Athénien d'une réputation flétrie qui lui reprochait son extraction barbare, il répondit : Mon pays fait ma honte; vous faiies la honte de votre pays*. L'orgueil et la bassesse de ce mot sont également intolérables ; celui qui peut être assez lâche pour renier sa patrie est indigne d'éire écouté d'un honnête homme. Ce philosophe disait encore que les lois sont semblables aux toiles d'araignée , qui ne prennent que les petites mouches et sont rompues par les grosses. Au reste, il écrivit en vers de l'art de la guerre , et dressa un code des institutions scythiques. Les épîtres qui portent son nom sont con- Irouvées.
Ainsi la philosophie fut le premier degré de la corruption des Scythes. Lorsque les Suisses étaient vertueux, ils ignoraient les lettres et les arts Lorsqu'ils commencèrent à perdre leurs mœurs, les Haller, les Tissot, les Gessner, les Lavaier^ parurent ^.