‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 159 sur 239 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

La Tliracée. — Fragments d'Orpiiée.

LTsler divisait la Scyihie de ces régions qui descendent en amphîtVéâtre JMqu'aux rivages du B tspliore. Ce pays, connu sous le nom général de Thrace, et

1 STRATî.Jib. VII, p. 3'1.

2 Strab., lib. vu, p. :5:îl. . ^, ,. . «

3 On trouve soin eut , dans les anciens I)istoriens , les Scythes servant à la soine des Perses. (Vi'l. Hkroi) ei Xr.NOPU.) Louis XI lut le premier souverain à sUpendier les cantons. (Voyez Mémoires de Phil de Com.)

4 Slli>AS, Tnxar.

5 Les Suisses ont été égorgés deux fois, et à peu près dans les mêmes circonstances, en defen danl les rois de France conlre ce jK-iiple qui , disait-on , cliorissail lanl ses maîtres : la première, à la ioiiinéedesBarricafles.du t^-mpsdela i.igue; la secotnfo, de noire propre temps.

Davila (htor. ddleguer. civil, di Fnmc, lom. m, p tHl) rai)porte ainsi le preiuier meurtre des Suisses. « l'oiciiè lii sbarrala e l'urtincala la cilla— passando p; r om'i parte [)arola , con allissime elerocis-irne voci, ciie si Inglia a pe;:zi la soldalesca slraiiiera, lurono assaliii ç,\\ Svizzeri, nel fimiterio des^r innocenli, oveserrati, e quasi percosldire imptii);ionali. non poterono (ar dilesa dl sorte aicuna, ma essendo iiel i-rimo iinpelo reslati Irentasei nioiii ; gli allri si anesero 'senza contesa. lurono dal popolo con jaMaiiz,; , e cou violenza gi-audissima svali'iati. turon» espuf^nale, nel medcsimo Icmpo, tulte le allre guardie dei CasicUello, etc.» On s'imagine voir la journée du 10 aoùl;.

6 Justin., lib. xi, cap. xi; PniLiPP. de Com.; de Rnp. IJelv., lib. i.

7 STP.AD.; ATUhN, iib. XI, cap. VII, p. ii'/; /^'C'-É/e/a Suj**-".

On connaît les proverbes populaires d'Athènes et de Paris : Boire comme un Scythe , botrt commp un Suissf.

8 Oniouail les Scvlhes sur le lliéâlre d'Athènes, comme on joue les Sinssessur ceux de Pans, pour leur prononciation elrari^'ère du srec, du rr;uicai.>;. Le ;:;rec n'élanl plus mie laii'^Mie vivante, le sel des plaisanteries d'Aristophane est perdu pour nous, .le doute que ce misérable genre de conii(iue lui d'un meilleur goût que la scène du Suisse dans Pourceaugnac

« Ces trois chapitres, sur les trois âges de la Scjihie et de la Suisse, sont la surabondance d'un esprit qui se plaît au tableau oc la nature: ils ne sont pas plus dans le sujet (le rZL'.sAaM]ue les trois quarts de l'ouvrage. J élais alors, comme Kousseau, grand partisan de l'élat sauvage, et j'en voulais a l'étal social. Je me suis raccommodé avec les hommes, et je pense aujourd'hui, avec un autre philosophe du dixhuilième siècle, que le su|)erlhi est une chose assez nécessaire.

11 y a encore dans ces chapitres des pensées, des images, des expressions même, que j'ai irausporiées depuis daus mes autres ouvrages. (N. Éd.)

conquis dernièrement par Darius , fils d Hystaspe *, se partageait en plusieurs petits royaumes, les uns barbares, les autres civilisés. Plusieurs colonies grecques y avaient transporté les arts ^, et Miitiade l'avait longtemps lionoré de sa présence ^

Nous savoïis peu de chose de ces premiers hnbitants, sinon qu'ils étaient crutlseiguerrieis*. Un de leurs usages tnériie cependant d'èire rapporté : à la naiss;jnce d'un en ant, les parents sasseniblaient et versaient abondamment des larmes*. Cet usage psi aussi philosophique qu'il esl touchant.

Au reste , c'est a la Thi ace que la Grèce doit le plus ancien et peut-être le meilleur de ses poêles^. Ce que la Fable ingénieuse a raconté de la douceur des chanis dOiphée^ esl connu de tous les lecteurs. Sans doute la magie des prodiges aitribués à sa muse c insistait en ime viaie peinture d^^ la naiurc. Ce poêle vivait dans un siècle à demi sauvage®, au milieu des premiers défrichements des terres. Les rcsîuds étaient satis cesse frappés du graîif! spectacle des déserts , où que!(|ucs arbres abattus, un bout de sillon mal formé à la lisièro d'un bois, aniionçaieni les premiers efforts de l'indusirie humaine. Ce mélange de r::nlique nature el de l'agiicuilure naissante, d'un champ de blé nouveau au milieu d'une vieille forèl. d'une cabane couverte de chaume auprès de la hutte native d'écorce de bouleaux «, devait offrir à Oi phée des images consonnantes à la tendresse de son génie; et lors ju'un atnour malheureux eut prêté à sa voix les accents de la mélaiicolie*, alors les chênes s'attendrirent, et l'enier même parut louché.

De plusieurs ouvrages qu'on attribue à ce poêle, il n'y a que les fragments que je vais donner qui soient viaimeni île lui *®. Les Argonautes \\^ïi%oi\i pas.

Tout ce qui appartient à l'univers: l'arche hardie de l'immense voûîe des cieux, la vaste étendue des tlols iriilomptés , riiiconimensurabie Océan , le profond Tarlare , les tleuves et les fontaines, les Immortels même, dieux et déessts, sont engendrés dans Juiâler.

Jupiter tonnant est le commencement, le milieu el la fin; Jupiter immortel est mâle et femelle; Jupiter esl la terre immense et le ciel étoile; Jupiter est la dimension de tout corps, l'énergie du feu et la source de la mer ; Jupiter est roi, et l'ancêtre général de ce qui est. il est un et tout, car tout est contenu dans l'élie immense vie Jupiter ^i.

Il serait difficile d'exprimer avec plus de grandeur un sujet plus sublime.

Comme province de 1 enipire des Perses, la Thrace eut sa part des maliieurs que l'influence de la révolution grecque causa au genre humain. Les troupes marchèrent à travers ses campagnes*^ : et l'on p^:ui juger des ravages que dut y commettre une année de trois millions d'hommes indisciplinés. Mais ces calamités ne furent que passagères ; et les Thraces, abrités de leurs forêts et de leurs mœurs sauvii|>es, échappèrent à l'action proiougce de la chute de la monarchie à Athènes *^.

« Herod., Mb. IV, cap. cxLiv.

« Id., lib. VI.

3 Id., ibid., cap. XL ; Lact., lib. Viif.

4 Id., lib. VI ; JuLiAN., in Cœsartbus. i Hi<;Ruu., lib. v.

6 OioD. Sic, lib. IV, c^n. xxv ; Plinf, Hitt. nat., lib. XXV, cap. II.

7 HOR., Carm., lib. i, Od. xil ; ViRG., Georg.y lib. iv.

8 UiOD., lib. IV, cap. XXV.

* C'est en partie la peinture de la mission du père Aubry. (N. Éd.)

9 ViRGiLK, Geortj., lib. IV.

Le QualupupuUa de Virgile a été traduit ainsi j)ar l'abbé Delille : Telle sur un laïueau, durant la nuit obscure, Phil()!!!èle plaintive attendrit la nature, Accuse en ï;em!ss;int l'oiseleur inhumain Oui, slissanl dans son nid unefuilive main, Havil ces tendres fi uits que l'amour fit eclore, El qu'un leRir duvet ne couvrait ()as encore.

10 11 n'est pa.^ même certain qu'ils eu suicnl, mais cela est liés- probable. Cicéroo a nié qu'il eût jamais existe un Urpliée.

11 De l'oes. Orphie; APUL., de Mundo.

On peut voir ((ucl'iues autres fragments dans les Poetœ Minaret Grœci, pag. 459.

12 Herod., lib. vu, cap. lix.

i3 Un roi de Thrace fe rendit célèbre pour avoir pris le parti des Grecs, et fait crever les yeux a ses fils qui avaient suivi Xerxès.

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