CHAPITRE LIL
Iles (le la Grèce. — L'Ionie.
Entre les côtes de l'Europe et de l'Asie se trouvent une multitude d'îtes qui, au temps dont nous parlons , avaient reçu les habitants des différents peuples de la Grèce. Je n'entreprendrai point de les décrire, puisqu'elles forment ellesmêmes partie de l'empire des Grecs , et sont conséquemment comprises dans ce que je dis de la révolution générale de ces derniers.
Cependant il est nécessaire de faire quelques remarques sur les différences morales et politiques qui pouvaient se trouver entre ces insulaires et leurs compatriotes sur les deux continents d'Europe et 4' Asie au moment de l'invasion des Perses.
La Crète était la plus considérable comme la plus renommée de toutes ces îles. On sait que Lycurgue y avait calqué ses institutions sur celles de Mines; mais les lois de ce monarque, par diverses causes de décadence, étaient tombées en désuétude *. Une démocratie turbulente avait pris la place du gouvernement royal mixte ^, et les Cretois passaient, au temps de l'expédition de
* Le soldat héritier de la révolution a brisé bien des destinées. (N. Éd.)
» HBROD.,lib. v,cap. xvii-xxi; td., lib.viii, cap. cxl; Plut., tn^lrii^id., pag. 327.
Amynlas, qui eut la bassesse de livrer ses iemmrs aux députes de Darius, permit à son fliJ Alexandre de laire égorger ces mêmes députés; el ce même Alexandre eut l'adresse de se conserver, malgré cet outrage , dans les bonues grâces de Xerxès, successeur de Darius. (UsaOD.t lib. v,cap. xvii-xxi.)
2 DiOD., lib. XVI ; Justin., lib. vu ; PoLLiEN., Stratag., lib- IT, cap. XVII.
3 Je De ciie point, parce que je citerai ailleurs.
4 ARiST., de Rep., lib. II, cap. x.
9 id.t iltid.
Xenès, pour le peuple le plus faux et le plus injuste de la Grèce. Ils refusèrent de secourir les At'i.éniens conire les iMèdes *.
Les autres îles, tour à tour soumises à de petits tyrans ou plongées dans la démocratie, flottaient dans un état perpétuel de troubles. Rhodes se distinguait par son commerce^; Lesbos, par sa corruption^; Samos, par ses richesses*. Quelques-unes joignirent les Perses^ ; d'autres furent subjuguées*; un petit nombre adhéra au paiti de la liberté'. Enfin , on peut reg;udcr les insulaires de la Grèce comme tenant le milieu entre la venu de Sparte et d^Athènes et les vices des villes ioniennes, formant la demi-teinte par où l'on passait des bonnes mœurs des Lacédémoniens à la corruption des Grecs asiatiques.
Quanta ces derniers, nous verrons bientôt comment ils devinrent les causes de la guerre Médique. En ne les considérant ici que du côté moral , la vertu n'étjiii plus r>armi les peuples de llonie : voluptueux, riches , énervés par les délrces du climat®, on îes eût pris pour ces escl.ives que Xerxès traînait à sa suite, si lliur laujjage n'avait décelé leur origine.