‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 162 sur 239 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

Tyr. — La Hollande.

Ainsi, après avoir fait le tour de l'Europe nous rendrons enfin en Asie. Avant de décrire les gr;'.ndes scèiics que la Perse vy nous offrir, il ne nous reste plus qu'à dire un niot dune puissance mariiuie qui, bien que soumise à l'empire de Cyrus, a joué un rôle trop fi^neux duns ranliquité pour ne pas mériter un article séparé dans cet ouvrage.

En quiitanl les villes de iîonie, et s'avançnrii le long des côtes de l'Asie mineure vers le nord , on (rouve Tyr, cité célèbre dans tout lOrieni par son commerce et ses richesses.

Hypsuranius, dans les siècles les plus reculés, avait jeté les fondements de celle capitale de la Phœnicie ^. Elle se trouva déterminée vers le commerce par lo uiéme position qui y entraîne ordinairemenile^ peuples, l'âpreié de son soi. Rarement les pays Irès-favorisés de la nature ont eu le g 'n-e mercantile^®.

Dienlôl ce village formé, comme les premières cités de la Hollande, de mécliantes huttes de pécheurs couvertes de roseaux", devint une niétropole superbe. Ses vaisseaux allaient lui chercher le produit crû des terres plus fécoîidcs, et ses indu.Urieux habitants le co:îverlissaient, par leurs manufactures, aux voluptés ou aux nécessiiés de la vie. Le Batavia des Phœniciens éldt la B'tique, d'où l'or coulait dans leurs Etats ^^. Ils recevaitnt de l'Egypte le lin, le blé, et les richesses de l'Inde et de l'Arabie ^^ : les côtes occidentales ue l'Eu-

» Herod , Mb. VII, cap. CLXix.

3 Si RAB., iib. xiv, ()ag. bi;4; DiOD., lib. V, pag. 329.

3 AlliKN., iib. X.

T.c savant abbé Bnrtliélf'my a appliqué la comparaison in{:;énieuse (d'Aristile) de la rc^te de

filoinb aux mœurs lfsbienn<'S. Oiiflque erreur s'élant glissée dans l'imiir» ssion, je prends la ib«^rLe de rétablir la cilalioii av«?c lout le respect qu'on uoil à la prolonde érudition et au i^rand mérite. La cilalion, dans Anacharsii, est aii;sL: ARiST., de Mor., Iib. v, cap. xiv ; lisez iib. v, cap. X. Le cinquième livre des Mœurs n'a que onze chai)ilres. Voici le pass;ige original : (• Rei enim non definilae mfinila quuque ie<:ula est, ut et slruclur* l-esbiae régula pluuibea. Na;n ad Japiilis figuraiu torquetur ei intlectelur neque régula eadem mancl, sic et pupuli scilum ad res ac« onuiioùalui-. » ( Voyage d'Anach., vol. u, pag. 52, cit< u.)

4 Hlat., in l*erici.

5 Qpre, Faros, Audros, etc.

<> Eubéi.

7 Salamine, É^ine. Celle-ci s'était d'abord déclarée pour les Perses sous le règne de Darius ; elle retourna ensuite à la cause de la pairie.

8 Plut., f/e Le^., Iib. m, lom. ii.png. 680; Hkrod., Iib Vi.

9 Saiscuo:<Iat., apud Ei'skb., l'rœpar. Evangel.

Si le ne suis pas ici l'opinion comnuuie, qui laiideTyr une coIonlediSidon, c'est qu'il me

Îarait qu'on doit pluioi en croire un historien pbœuicien que des aut<;urs étrangers. ^Vojez u.sT., lib. xvui,ca|). m )

>o 11 laul en excejner Carthage chez les anciens, et Florence chez les modernes. «1 SANCimisiAi .. apud Klslb., Prœpar. Evangel. »a Dioi) , iib. v, pag. :ii2.

»3 Les T} riens taisaient eux-mêmes le commerce de l'Inde , s'étaot emparés de plusieurs ports

rope leur fournissaient l'étain, le fer et le pbmb *. Ils achetaient aux marchés d'Athènes l'huile, le bois de construciion et les balles de livres^; à, ceux de Corinihe, les vases, les ouvrages en bronze *. Les îles de la mer Egée leur donnaient les vins et les fruits * ; la Sicile, le fromage * ; la Phrygie, les lapis ^; le Pont-Euxih, les esclaves, le miel, la cire, les cuirs '; la'l'hrace et la Macédoine, les bois et les poissons secs *. Ces marchands avides reportaient ensuite ces denrées chez les différents peuples; et Tyr, ainsi qu'Amsterdam, était devenu l'entrepôt général des nations.

La constitution de Phœnicie piiraît avoir été monarchique ^; mais il est probable que Toligarchic dominait dans le gouvernement. La richesse des Tyriens, que les Ecritures comparent aux princes de la terre *°, donne lieu à cette conjecture.

Dans les contrées où les hommes s'occupent exclusivement du commerce, les belles-lettres sont ordinairement négligées ; l'esprit mercantile rétrécit l'ânie ; le commis qui sait trnir un livre de compte ouvre rarenient celui du philosophe. Cependant la Phœnicie fournit quelques noms célèbres. On y trouve Moschus et Sanchoniaihon. Le premier est l'auteur du système des atomes, qui, d'abord reçu par Pythagore, fut ensuite adopté et étendu par Epicure ". Le second écrivit l'histoire de Phœnicie, dont j'ai déjà ciié plusieurs fragments, et de laquelle je vais extraire encore quelques nouveaux passages.

Et alors Hypsuranius habita à Tyr, et il inventa la manière de bâtir des huttes de roseaux. Et one grande inimitié s'éleva entre lui et son Irère Usous, qui, le premier, avait couvert sa nudité de la peau des bêtes sauvages. El une violente tempête de vent et de pluie ayant frotté les branches les unes contre les autres, elles s'enflammèrent. El la forêt fut consumée à Tyr. Et Usoûs prenant un arbre, après en avoir rompu les branches, fut le premier assez bardi pour s'aveuturer sur les flots

Us engendrèrent Agrus (un champ) et Agroles (laboureur). La statue de celui-ci était particulièrement honorée ; une ou plusieurs couples de bœufs promenaient sou temple par toute la Phœnicie- Et il est nommé dans les livres le plus grand des dieux ^^.

Indépendamment des origines curieuses de la navigation et de l'agriculture que 1 on trouve dans ce passage, la siujplicité antique du récit , si bien en harmonie avec les mœurs qu il i appelle, a quelque chose d'aimable. La Hollande se glorifie d'avoir produit Erasme, Groiius et une foule de savants, connus par leurs recherches laborieuses.

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