CHAPITRE LVIII
Suite. — tes arts en Perse et en Allemagne. — Poésie. — Kreeshna. — Klopstock. — Fragment du poëme Mahabarat, tiré du sanscrit. — Fragments du Messie. — Sacootala. — Evandre.
Les jardins suspendus de Babylonc, les vastes palais des rois, décorés de peintures et de statues , attestent le règne des beaux-arts dans l'empire de <^yrus. Ses immenses Etats, formés de mille peuples divers , devaient fournir une mine inépuisable de poésie, différente dans ses coloris , selon les mœurs et la nature dont clic réfléchissait les teintes. Efféminée dans Tlonie, superbe dans la pourpre du Mède, simple et agreste sur les moniagnes de la Perse,
3 Je suis tellement choqué de ces comparaisons, que toujours promettant de n'en plus parler, je ne puis m'en taire. Quel insigne parallèle veux-je établir entre l'Allomagne et la Perse antique, entre les Perses et les Allemands, entre Léopold et Darius? Pour ni'inûiger la seule peine que ces parallèles méritent, il suffit de rapprocher les noms. (N. Éd.)
» XkNOPH , Cyrop, a Id., ibid.
3 Les Prrses.
^* Les .lu ils.
5 l,es Ioniens.
6 Les p'îiiples do rindus.
7 Les Egyptiens.
8 En cntianl, il y a quelques années, dans un mauvais cabaret, sur la route de Mayence à Frandorl, j'aperçus un vieux paysan en guêtres, un bonnet sur la tête et un chapeau par-des- S41S son bonnet , tenant un bâton sous son bras , déliant le cordon d'une bourse de cuir , pleine d'or, dont il pavait son écot. Je lui marquai mon étonnemenl qu'il osât voyager avec une somme .'isscz considérable par des chemins remplis de Tyroliens et de Pan(lours.<» t'est l'argent de mes bestiaux et de mes meubles , dit-il ; et je vais en Souabe avec ma femme et mes enlanls. J'ai vu I.» guerre : au moins les pauvres laboureurs étaient épargnés ; mais ceci n'est pas une guerre, Cfsi un brigandage : amis, ennemis, tous nous pillent.» Le paysan, apercevant l'ancien unilorme (le rinlanlerie lr.ni(;aisesous ma redingote, ajouta : «« Monsieur, excusez. — Vous vous tro*npez, ami, repris je; J'étais du métier, mais je n'en suis plus; je ne suis rien qu'un malheureux relupic comme vous.— Tant pis )> lut sa seule réponse. Alors, retroussant sous son chapeau quelques ciievciix bl.incs(jiii passaient sous son bonnet, prenant d'une main sonbâion, elde l'autre un Verre à uioilié vide de vin du Rhin, il me dit : « Monollicier, Dieu vous bénisse! «Il partit après. Je ne sais pourquoi le TANT PIS et le Uied vous BtiisisSE de ce bon homme me sont restes dans la mémoire.
•• Je vais donc louer un clergé dans cet ouvrage philosophique! J'avais un terrible besoin d'impartialité. (N. Ed.)
voluptueuse dans les Indes, elle cliantait, avec l'Arabe, le patriarche, au milieu de ses troupeaux et de sa famille, assis sous le palmier du déseri * '*.
Je vais faire connaîtie aux lecteurs quelques morceaux précieux de littérature orientale. Je les tire du sanscrit ^, dont j'ai eu occasion de parler plusieurs fois. J y suis*//'ailleurs autorisé, puisque l'empire persan sélendait sur une partie considérable des Indes.
Le premier fragment est extrait du MaJidbarat. poème épique, d'environ quatre cent mille vers, composé par le brahmane Kreeshna Ùioypayen Veïas, trois mille ans avant noire ère. De ce poème, 1 épisode appelé Baghvat-Geeta était le seul morceau publié par le traducteur anglais, M. Wilkins, en 1785.
Le sujet de c< t ancien monument du génie indien est une guerre civile entre deux branches de la maison royale de Bhaurat.
Les deux armées, rangées en bataille, se disposent à en venir aux mains, lorsque le dieu Kreeshna, qui accompagne Arjoon, l'un des deux rois, comme Minerve Télémaque, invite son élève à faire avancer son char entre les combatianis. Arjoon regarde : il n'apeiçoit de part et d'autre que des pères, des
» Job.
* VEssai historique , comme les Naichez , est la mine d'où j'ai tiré la plupart des matériaux employés dans mes autres écrits; mais au moins les lecteurs ne verront les JVatchez que dégagés de leur alliage. (N. Éd.)
» Une note sur le sanscrit peut faire plaisir à plusieurs lecteurs *. Le lianscrit, mieux le sanscrit, est, comme on le saii, la langue sacrée dans laquelle les livres des Bralnnins sont écrits, langue qui n'est plus conmje que d'eux seuls. Cette langue était autrelois si universelle dans l'Orient, que, selon M. Hallied, le premier Anglais qui soit parvenu à l'entendre, on la parlait depuis le golfe Persique jusqu'aux mers de la Chine. Les preuves qu'il en apporte sont tirées des inscriptions des différents coins de ce pays**, et de la ressemblance entre les noms collectifs et les noms de nombre des langues vulgaires de ces contrées, et les noms collectifs et les noms de nombre du sanscrit ; il étend même ceci au grec et au latin ***. Le sanscrit n'était parlé que dans les rangs élevés de la société : il y avait deux langues vulgaires pour le peuple. Cette singularité est mise hors de doute par les drames écrits dans ces trois dialectes. Les différents ouvrages traduits du sanscrit en Anglais sont le Mahabarat el Saconlata, dont je cite des vassages, fJeeto-Pades, 0» l'ouvrage original dont sont empruntées les fables d'Esope et de Pilpay ; les Cinq Diamants, ou les stances de cinq poêles ; une ode traduite de Wulli, et une partie du Shaster. Outre ces ouvrages d'agrément, le sanscrit en a fourni plusieurs de sciences, entre autres le fameux Surya- Siddhania. Ce sont des tables astronomiques de la plus haute antiquité, et calculées sur dts théorèmes de trigonométrie d'une vérité rigoureuse. I.a chronologie des Indiens se divisait en quatre âges : l" Le Sultee Jogue, ou l'âge de pureté. Sa durée fut de trois millions deux cent mille ans. Les hommes vivaient cent mille ans.
2° Le Tirtah Jogue (le tiers du monde corrompu). Sa période fut de deux millions quatre cent mille ans. La vie de l'honmie était de dix mille ans.
3° Le Davapar Jogue (la moitié de la race humaine vicieuse) dura un million seize cent mille ans. L'homme ne vécut plus que mille ans.
4° Le Colle Jogue (tous les houunes dépravés) est l'âge actuel, qui durera quatre cent mille ans, dont cinq mille sont déjà écoulés. Il est incroyable que ces traductions, qui nous paraissent si extravagantes, soient supportées par les calculs les plus certains d'astroiiuiiiie. Jiîon autorité dans tout ceci est Robertson't Uistorical Disquisitions.
* Cette note sur le sanscrit était assez curieuse dans son temps; aujourd'hui le sanscrit est si connu que mes citations n'ont plus d'intérêt. Comme je triomphais dans ces quaive joyues qui renfermaient tant de millions d'années! Quel bon démenti donné à la chronologie de Moïse! lUlas! il est arrivé qu'une connaissance plus approfondie de la langue savante de l'înde a fait rentrer ces siècles innombrables dans le cercle étroit des traditions de la Bible. Bien m'en a pris d'être redevenu croyant, avant d'avoir éprouvé cette moriilicaiion. (N. Éd.)
•* Ceci n'est pas une raison probante, car l'alphabet sanscrit peut être g^avé sur les monnaies persannes, indiennes, etc., sans qu'il en résulte qu'on parlât la niénjc langue dans ces diyerspays. On sait qu'actuellement les Chinois et les Tarlaros s'entendent en s'ecrivant, quoique leurs idiomes soient aussi différents l'un de l'autre que le turc l'est du français. Les lettres chinoises ne sont que des caractères généraux, comme les chiffres arabes. Elles sont les signes de certaines idées, et chacun les traduit ensuite dans sa langue.
*** Je suis assez tenté de croire qu'il y a eu autrefois une langue universelle. La ressemblance des anciens caractères grecs et romains avec les caractères arabes; les étymologies multipliées entre le sanscrit, les langues orientales, le grec, le latin, le «lie, les dialectes de la mer du Sud «t de l'Amérique, et beaucoup d'autres raisons qui ne sont pas de mou suj.t, semblent venir à î'appui de celle conjecttire ^Vidend. , Ua^et, Diction. d'Àntiquit.; CoOK's Voyages- Balhed'S Grammar oftk^ iien^al language \ SaVauv, Voyage d'Egypte; LëBrigaIXT, fur le$ languett ^ Harris , Hermès. )
fils, des frères, des amis prêts à s'égorger ; saisi de pitié et de douleur, il
s'écrie :
O KreesFina ! en royant ainsi mes amis impatients du signal de la bataille, mes membres m'abandonnent, mon teint pâlit, le poil de ma chair- se hérisse, tout mon corps tremble d'horreur; Gandew même, mon arc, écliappe à ma msin, et m\ peau, collée à mes os, se dessèche. Lorsque, l'aurai donné lamorl à ces cliers parents, demanderai-je encore le bonheur? Je n'am- Jbilionne point la victoire, ô Kreeshna! Ou'ai-je besoin de plaisir ou de puissance? Qu'importent les einpij'ps, les joies, la vie même, lorsque ceux-là ne seront plus, ceux-là qui donnaient seuls quelque prix à ces empires, à ces joies, à cette vie? Pères, ancêtres, fils, petils-fils, oncles, neveux, cousins, parents et amis, vous voudriez ma mort, ei cependant je ne souhaite pas la voire; non! i>as même pour l'empire des trois régions de l'univers, encore biea moins pour «elle petite terre ».
La simpTiciié et le paihélique de ce fragment sont d'une b« aulé vraie; on s'*''loni)e surtout de; n'y point trouver cette ininginalioii (iéréglée ce luxe de coloris, caractère dominant de la poésie orientale. Tout y est dans le ton ci Homère ; mai'?, après cette apostrophe d'Ârjoon, Kieeshna, pour lui prouver flu'il doit comb.îllre, s'étend .>ur les devoirs d'un prince, s engage avec son élève dans une longue contioverse théoîoginue et morale Ici le mauvais goût et le prêtre se décèlent. INous choisii ons pour pendant à l'épique indien Topique cie la Gei manie. La muse allemande, nourrie de la méditation des Ecritures, a souvent tonte la majosié, toute la simple magnificence hébraïque : et l'on n trouve dans les froides régions de 1 Empij e 1 enthousiasme et la chaleur du génie des poëies d Israël.
Klopsiock, dans son poème immortel, a peint la conjuration de l'enfer contre le Messie. Le sacriiice est prêt à s'accomplir; les prêtres iriompheni, et le Fils de I Homme est condamné. Suivi de sa mère, de ses disciples, des gardes romaines et de toute la Judée, il s'avance, chargé de sa croix, au lieu du supplice : il arrive sur Golgolha. Alors Eioa, envoyé par i Eternel, distribue les anges d la terre autour de la montagne. Les uns s'assemblent sur des nuages, les autres planent dans les airs.
Gabriel va chercher les âmes des patriarches et les pÎ2ce sur la montagne d' s Oliviers, pour être témoins du grand sacrifice ; IJriel en même temps amène toutes celles des races à naître. Le globe immense qu'elles habitaient reçoit l'ordre de voler veis le soleil et d'intercepter sa lumière. Saian, et tout l'enfer caché dans la mer Moi le sous les ruin s de Gom »rrhe, C( nteniplent la Rédemplioi:. Les iniiombraîdes esp.its célivles qm peuplent les étoiles et les soleils, ceux qui environnent Jéhovah, ont l'œil attaché sur le Sauveur; et le Saint des sainls, retiré dans sa profondeur incomptéhensible, couipte les heures du gri.iid nijslè e; alors
Les bourreaux s'approchent de Jésus. Dans ce moment tous les mondes, avec un bruit qui rcUnlissait au loin, parvinrent au point ue leur course, d'où ils d. vaient annoncer la réconciliation Ils s^nrrêlent ; insensil)lement le mouvement des pôles se ralentit, et cessa tout à coup. Ln vasle silence rej;nail dans loule rélen<!ne de b création. Lamaichede tous les elobes suspendue annonçait dans les cie'ix les heures iiu sacrifice Les anç;es, interdits, étaient
alienlits à ce qui alldil se pisser. Jéhovah jeta un coup d'œil sur la ti ne, la vit prêle à s'abîmer ei ta r«!iml. Jeliovaii, le oieu Jéhovah, av.ut ses res.u'ds lîx;'s sur Jésus-Christ .. et les bourreaux le crucitièient ! .... A ce spectacle lerrible, les an^es et les patriarches reslaicnl dans un morne silonce. Lecainie ellVa^'anl coii régnait d ms touie la na ure était i'imas;e de la mort. On aurait dit qu'elle venait d'eu'detrune tous les habiiauls, et que rien d'animé n'existait plus dans aucun monde
l>:<'iitôl l'ubsciirilé rouvrit la terre, où régoait un pro»"ond silence, et ce silence morne auglïiiMilait avec les ténèbres et l'iiKiuiélude. Les'oiseaux, devenus muels, s'envolèrent au fond des foiéls ; les animaux cherchèrent un asile dans les cavernes et les lentes des rochers ; la nature entière était ensevelie dans un calme sinistre. Les hommes, respirant avec p'ine un air qui n'avail plus de ressor!, levaient les >eux vers le ciel, où ils clierch.iient en vain la lumière. L'obsciir:léau};mentiMt(ie plus en plus; elle dcvini universelle et effravanle, lorsque l'aslre» eut cnlièrement occupé le disque du soleil; toutes les plaines de la terre lurcni enveloppées dans h s horreurs d'une nuit épouvantable. ..
Les couleurs de la vie reparurent sur le {r.mtdn Messie, mais elles s'éteignirent rapidement €l ne revinrent plus. Ses jttue.s livides se flélrirenl davantas^e, et sa télé, succombant sous le ^oïds du juj^ement du monde, se pencha sur sa itoilrine. Il fit des effoils pour la relever vers e ciel, Diuis elle tomba de noineau. Les nuages suspendus s'étendirent autour de Golgollia,
« TingJivaf-Greta,\t.:M.
• L'autre occupé par les âmes à natlre dont j'ai parlé.
d'une manière lente et pleine d'I, erreur, conime les ventes (unébies des tombeaux mr les cadavres que la pourriture dévore. Un nuage plus noir que les autres s'arrêta au haut de la Croix Le silence, le calme a(Ti eux de la mon semblait distiller de son sein Les immortels en frissonnèrent. Un bruit inattendu, et qui n'avait été prccéiie d'aucun autre bruit, sortit tout à coup des entrailles de la terre : les ossements des morts en tremblèrent, et le temple eo fut ébranlé jusqu'au faite.
Cependant le silence était rétabli sur la terre, et les hommes vivants, les morts, el cenx qui devaient naître, avaient les regards fixés sur le Rédempteur. En proie à toutes les douleurs, Eve regardait son fils, qui succombait insensiblement sous une mort lente et pénible. Ses jeux ne s'arracliaeiit de ce triste spectacle que ;)Our se porter sur une mortelle qui se tenait chancelante au pied de la Croix, la tête penchée, le visage pâle, et dans un silence semblable sa silence
delà mort. Ses yeux ne pouvaient verser de; larmes: elle était sans mouvement «<Ab!
dit en elle-même la mère du genre humain, c'est la Mère du plus grand des hommes; l'excès de sa douleur ne l'annonce que trop. Oui, c'est l'auguste Marie; elle éprouve dans ce moment ce que je sentis moi-même lorsque je vis Abel auprès de l'autel, nageant dans les flots de son sang. Oui, c'est la mère du Sauveur expirant. » Elle fut tirée de ces pensées par l'arrivée de deux anges de la mort, qui venaient du côté de l'Orient. Ils planiient dans les airs d'un vol mesuré et majestueux, et gardaient un profond silence. Leurs vêtements étaient plus sombres que la nuit ; leurs yeux, plus étincelants que la flamme : leur air annonçait la destruction. Ils s'avançaient lentement vers la colline de la Croix, où le Juge suprême les avait envoyés; les âmes des patriarches, épouvantées, tombèrent sur la poussière de la terre, et sentirent l'impression de la mort et les horreurs du tombeau, autant que peuvent les sentir des substances indestiuclibles. Les deux génies redoutables, parvenus à la Croix, couletnplent le Mourant, preunent leur vol, l'un à droite et l'autre à gauche ; el, d'un air morne et présageant sa mort, ils yolcnt sept lois autour de la Croix. Deux aiies couvraient leurs pieds, deux ailes tremblantes couvraient leur face, et deux autres les soutenaient dans les airs, dont l'agitation produisait un mugi.ssement semblable aux accents lamentables de la mort. C'est ce bruit qui tonne aux oreilles d'un ami de l'humanité, lorsque des milliers de morts et de mourants nagent dais leur «atnif sur le champ de bataille, et qu'il luit en détournant les yeux. Tes terreurs de Dieu étaient répandues sur les ailes des deux anges, et retentissaient vers la terre; ils volaient pour la septième lois, lorsque le Sauveur, accablé, releva sa tête appesantie, el vit ces ministres de la mort. Il tourna ses yeux obscurcis vers le ciel, et s'écria d'une voix qu'il tira du fond de ses entrailles, et qui ne put se faire entendre : Cessez d'effrayer le Fils de l'Homme, je vous reconnais au bruitde vosailes... il m'annonce la mort Cesse, Juge des mondes... cesse > En
disant ces mois, son sang sortit à gros bouillons.... Alors les anges de la mort tournèrent leur vol bruyant vers le ciel, et laissèrent les spectateurs dans une surprise muette, el des réflexions plus inquiétantes et plus confuses sur ce qui se passait à leurs yeux... eU'Eternel laissait toujours sur le mystère un voile impénétrable»....
Les enfers , les cieux, les hommes, les générations écoulées et les généralions à naître , les globes arrêtés dans leurs révolutions, le cours de l'univers suspendu , la nature couverte d'un voile, un Dieu expirant, quel tableau ! Sa sublimité fer:) excuser la longueur de la citation.
Le second frai;ment qui me reste à donner du sanscrit est d'un genre lolalemcnl opposé au pi emier. On a découvert parmi les Indiens une foule de pièces de théâtre écrites dans la langue sacrée, régulières dans leur marche, et inlére.s.^anles dans lejirs sujets. S'il était possible de douter di- la haute civilisation des anciennes Indes, cette particularité seule suflirait pour la prouver, en Diéme temps qu'elle dépouille les Grecs de l'honneur d'avoir été les inventeurs du genre dramatique.
La scène indienne non-seulement admet le masque et le cothurne, mais elle emprunte encore la houlette. Elle se plaît à représenter les mœurs champêtres , el ne craint point de s'abaisser en peignant les tableaux de la nature. Saconiala, princesse d'une nnissance illustre, avait été élevée par un ermite dans un bocage sacré , où les premières années de sa vie s'étaient écoulées an milieu des soins rustiques et de rinmicence paslorale. Prétti à quitter sa retraite chérie; pour se rendre à la cour d'un grand monarque auquel elle était promise , les cou) pagnes de sa jeunesse déplorent ainsi leur perte et font des vœux pour le bonheur de Saconiala :
Ecoutez, ô vous, arbres de cette forêt sacrée ! écoutez, el pleurez le départ de Sarontala pour le palais de l'époux ! Saconiala ! celle qui ne buvait point l'onde pure avanl d'avoir arrose vos liges celle qui, par tendresse pour vous, ne détacha jamais une seule feuille de voire aimable verdure, quoique s s beaux cheveux en d<■manda^senl une guirlande ; celle qui metlail le plus grand de tous ses plaisirs dans cette saison qui entremêle de fleurs vos rameaux flexibles. CHOEUR DES NYMPHES DES BOIS.
Puissent toutes les prospérités accompagner ses pas ! puissent des brises légères disperser, pour ses délices, la poussière odorante des riches fleurs ! Puissent les lacs d'une eau claire, et
• Mesiie, chaut viil.
vcrdoyanlp fons les ffU'Ues du lotos, la rafraîchir dans sa marche! Puissent des brancbea ombreuses la délendre des rayons tirûlants du soleil !
Siicoiitala sorlaiit du bois et demandant à Cana , l'ermite, la permis-ion de dire :idieu à la liane Madhavi , dont les /leurs rouges enflamment le bocage, après avoir bai^e la plus radieuse de toutes les fï<uiSj et lavoir piiée de lui rendre ses embrassements, avec ses bras amoureux, s'écrie :
Ah f qui tire ainsi les plis de ma robe ?