CHAPITRE LXII
Déclaration de la guerre Médique, Tan premier de la soixante-neuvième oljmpiade (505 ans avant J.-C.) — Déclaration de la guerre présente, 1792. — Premières hostilités.
Durant que ceci se pass:ût en lonie et dans le Brabant ^ , de grandes scènes s'étaient ouvertes en Grèce et en France. Soulevées au nom de la liberté, ces deux contrées avaient chassé leurs princes et changé la forme du gouvei ncmcni. Dans le moment le plus chaud de cet enthousiasme, les Athéniens voient tout à coup arriver les ambassadeurs de l'Ionie révoltée, qui les supplient de secourir leurs concitoyens dans la cause commune de l'indépendance ^. — Les députés du Brabant en insurrection font à Paris la même prière à l'assemblée nationale.
L'impétuosité attique et française aurait bien désiré se précipiter dans la mesure proposée, mais l'heure n'était pas venue. On ne comptait encore que des préparations peu avancées : un resie de crainte retenait j d'ailleurs il était impossible, sans renoncer à tonte pudeur, de romj>re la paix avec la Perse, — avec l'Allemagne, dont on n'avait aucun sujet de plainte. On renvoya donc les députés avec des paroles obligeantes, se contentant de fomenter sous main des troubles auxquels on ne pouvait encore prendre de part ouverte ^ <^.
Le prétexte ne larda pas à se présenter. Hippi;>s, dernier roi d'Athènes , s'était retiré à la cour d'Artapherne *, frère de Darius, et satrape de Lydie. —
« Fboissart, chap. xxxiv; DA!*., tom. m, p. 418, etc.
a FroI'SART, chap. xxiV; UCMG's Hist. ofEngl. ,lom. II, p. 395.
3 f'Ull IPP. DE COMIN.
4 Bkntiv., Guerra di Fiand., lib. I, p. 10, etc.; lib. Il; CamdrM, in Elttdb,
5 Test. Pol. de Joseph.
» Je n'ai aucune remarque à faire sur ce chapitre : c'est toujours la suite de ces ■comparaisons dont j'ai montré si souvent l'imperlinence dans les notes précédentes. Coiuftarer les voluptueux Itabi^ants de la mollu lonie, sous leur ciel enchanté, au milieu des arts, dans la patrie d'Homère et d'Aspasie; les comparer, dis-je, aux Brabançons, c'est une singulière débauche d'imagination, une merveilleuse faculté de voir tout ce qu'on veut. (N. Éd.)
*> L'Ionie et le Brabant! Je parle de tout cela couramment. (N. Éd.)
6 Hfbod , lib V, cap. LV.
7 On esl forcé de toncfvoir ainsi la chose d'après le récit d'Hérodote, qui se contredit avec jes fails qu'il rapporle lui- mêaie. Il représente Arisiagore à Alhcnes. vers le commencement de la seconde aniiéf de la révolte de rionie, el il ajoule quM obliiil le but de sa né?;ocialiou; et cependant les Aiiiériiens !ie|iù<;iiirent leur flotte aux Grecs-Asialiquts que l'amiee suivanle. D'.iilteurs, Plularque. dans [ilusii urs endroiis de ses ouvr-ipcs, el Plalon , dans le Iroisièuie livre det Lois, confirment ce que j'.ivauce ici. (HkRod., lib. V, cap. LV-XCVI, XCVii-XC»X-CJH; Fldt., m Themist., id., de Glor. Alhen.\ HlaT., de Leg., \\h. m.)
* Ceci est grave : je mets mes conjectures a la place de l'histoire, j'accuse et jn n'apporte aucune preuve à l'appui de mon accusation. I.e gouvernement fiançais essaya sans doute de propager les principes révolutionnaires, de soulever les peuples contre les rois ; mais c:' fut plus tard , sous le règne de la Terreur, au milieu du désordre
8 Ilt^HUO., lib. v, cap. xcvi.
Les princes frères de Louis XVI avaient cherché un refuge à !a cour de Coblent/.. — Aussilôl les Alhéniens disent que Dai lus favorise le tyrnn ; que ( ehiici intrigue pour susciter des ennemis à sa patrie *. On députe vers Arlapherne, on lui signifie qu'il ail à cesser de protéger la cause d Hippias ^. -^ Les Français exigent de Léopol»! qu'il défende le^ rabseniblcnients d'émigrés dans s< s Etats, et abandonne les princes fugitifs. — Arlapherne répond onverlemeat que, si les Athéniens désirent se concilier la faveur du grand roi, i! faiU qu :'s rétablissent le fds de Pisislrate sur le trône ^. — L'empereur germanique semble obéir aux ordres de l'assemblée nationale, en même temps qu'il lient secrètement une conduite opposée *.
D'un autre côté, Darius se plaignait de ce que les Grecs en'relenaienl la révolte des villes d'Ionie, et s'anogeaient le droit de se mêler du gouverriomc!»t intérieur de ses provinces*, à peu près de même que les princes allemands réclanjaient contre les décrets de i'assciubléc nalionale, qui s'étendaient sur leur territoire.
11 était impossible qu'au milieu de ces reproches mutuels, les esprits conservassent longtemps la moiîéraiicm dont ils allVciaient encore de séparer. Les partis, protestant toujours le désir delà p ix, se préparaient secrètement à la guerre ^. On s'aigrissaii de plus en plus. Hi|)pias, à la cour de Suze, représentait les Grecs comme des factieux ennemis de l'ordre et des rois *. — Les émigrés invoquaient lEuroiie contre les réiilcidcs qui avaient juré haine éternelle à tous les trônes. — Les Giecs et les Français disaient qu'on devait se lever contre les tyrans qui iiien;içaienl la liberté des peuples ''. Les uns crient au républicanisme ^ ; les autres, à l'esclavage ^ ; on s'insidte ; on vole aux armes. Les Athéniens et les p;iirioles de France, gagnant de vitesse le llegme oriental et allemand, se hâtent d'aiia(|uer la Pejse ^^, — la Germanie. L'an 1" de la soixante-neuvième oKmpiade, et l'année 179^ de notre ère, virent les premières hostilités de ces guerres trop ntémorabies. Les Alhéniens se pi écipitèrent sur l'Asie mineure, où ils brûlèrent Sai des» " ; — les Français sur le Brabant, où ils se signalèreiii de même par des incendies. Les uns et les autres, bientôt forcés à une fuite honieuse *^, se retirèrent, biissant après eux des flammes que des torrents de sang pouvaient seuls éteindre •*,