‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 175 sur 239 · CHAPITRE LXin · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXin

Premières campagnes. — An 3 de la soixante-douzièrae olympiade «3 — 1792.— Portrait de Milliade. — l'orUait de Dumouriez. — Bataille de Marathon. — Bataille de Jemmapes. — Accusation de Milliade, — de Dumouriez.

Les Perses, ainsi que les Autrichiens, se déierminèrent à tirer de leurs enne-

révolutionnaire; et, dans ce passage, il n'est encore question que de l'époque de l'assemblée constituante. Je calomnie donc, sans m'en apercevoir, par une confusion de temps et par un anachronisme né de la préoccupalioa de mon système. (N. Éd.)

» M., lib vi,cap. en.

« id., lib. v,cap. xcvi.

3 Éd., ibid.

« Ce que je dis des Athéniens est appuyé d'une autorité historique ; mais je n'offre, au soutien de ce que je dis de l'Allemagne, que mon propre récit : ce n'est pas assez. Remarquons en passant qu'on ne doit pas dire eu bon français l'empereur germa* nique; c'est la du ^tyle de réfugié, (N. Éd.)

4 Hkrod., lib. IV, cap. CV.

5 ld.,lib. V, cap. LV.

6 Id , j6id.,cap. xci.

7 Id., ibid., cap. Cii.

8 ld.,ibid., cap. XCVI.

9 Id., ibid.

»o Je commence la guerre Médiquc au moment où les Athéniens prirent une part active dans la révolte des Ioniens, il n'y eut alors aucune déclaration torraelie de guerre; elle n'eut Ueu jue lors ue l'invasion de Xerxès.

»» Hkrod., ibid., cap. cii.

s3 /d.,i6td., cap. cm.

*> Il faut bien me laisser faire des tableaux , puisque mon système le veut ainsi ;

»3 Quatre ceni quaUe -vingt-dix ans avant J.-C.

474 RÉTOLUTIONS ANCIENNES.

mis une vengeance éclatante. Les premiers firent partir Daiis à la tête de cent dix mille hommes, ayant sous lui !e prince athénien Hippias *. — Les seconds s'avancèrent sous le roi de Prusse conduisant les frères de Louis XVI. L'armée asiatique , après s'être emparée de quelques îles voisines de l'Altique, dcscendil victorieusement à Marathon ^. — Les troupes coalisées contre la France, s'étant saisies de plusieurs places frontières, se déployèrent dans les plaines de Champagne.

l/.i plus extrême confusion se répandit alors en Grèce ', — en France. Les rns, partisans de la royauté, se réjouissaient en secret de l'approche des lépions étrangères*; d'autres, dont les opinions varient avec les événements, comnjençaicni de s'excuser de leur patriotisme passé *; enfin , les amants (i«; la liberté, exaltés par le danger des circonstances, sentaient leur courage saugmenier en proportion des malheurs de la pairie ^, et je ne sais quoi de sublime qui tourmentait leurs âmes *.

Au nom de Milliade, on frissonne d'un saint respect, non que l'éclat de ses victoires nous éblouisse, mais parce qu'il arracha son pays à la servitude ^. Les qualités guerrières de cet homme fameux furent l'activité et le jugement ^. Connai-sant le caractère de ses compairiotes, il ne balança pas à les précipiter sur les Perses, à Marathon ®, certain que la réflexion était dangereuse à ces bouillants courages. Les traits du général athénien brillaient de ses vertus, dirai-je de ses vices? Un front large, un nez un peu aqiiilin, une bouche ferme et compressée, une vigueur de génie répandue sur tout son visage, nioniraient le redoutable ennemi des tyrans, mais peut-être Thomme un peu enclin lui-même à la tyrannie' «. Le poignard d un Brutus peut être afsément forgé dans le scepue de fer d'un César; et les âmes énergiques, comme les volcans, jettent de grandes lumières et de grandes ténèbres.

De petites formes , de petits traits , un air remuant et pertinent, cachent cependant dans M. Dumouriez des talents peu ordinaires. On lui a fait un crime de la vei satilité ^ de ses principes ; supposé que ce reproche lut vrai, aurait-il éié plus coupable que le reste de son siècle? Nous autres Romains de cet âge de vertu , tous tant que nous sommes, nous tenons en réserve nos costumes politiques pour le moment de la pièce ; et, moyeimant un demi-écu

mnis je dois remarquer, pour la vérité historique, que je torture ici quelques passages d'Héodole, et que je ne suis pas même exact dans le récit des premières hostilités des Français en 1792. (N. Éd.)

» Hkrod , lib. VI, cap. xciv-cit; PLAT.,rfc Leg., lib. Ill; CornNep, tn itfi//., cap. V. s Hi.uCD., liv. VI, cap. Cl; COIIN. Nkp., in MilL 5 Plat., d« Leg.,\\h. m.

"i llKKoi)., lib. VJ

5 7d., i6ïd.,C3p. XLiir.

6 Id.,ibid., cap. XLiii.

* Si l'on me demandait ce que j'ai voulu dire par celte phrase, je ne saurais trop tjue répondre; mais telle qu'elle est, cette phrase, elle ne me déplaît pas, et je crois, sinon la comprendre, du moins la sentir. (N. Éd.)

*» C'est un émigré qui écrit cela. (N. Éd.)

7 Hbhoi)., lib. VI. cap. cxvi-cxx; C. Nf.p., in Mill.; Plct., in Àrist.

8 Hkrod., lib. VI, cap ciX; Plut., tn ^rù/., p. 3.1; Coun Nep.. tn 1/î7/ ,cap. v.

p Voyez les différentes têlcs de Milliade en gemme. J'ai dessiné celle dont je me sers d'après une excellente colleclioti d'estampes antiques, gravées à Rome, en 1«6«), sur les originaux, et que le Ké?. B. S. a bien voulu me communiquer.

^ Portrait k la manière d'une mauvaise école. Je me montre plus rigoureux ici que les Athéniens , car "a la seule inspection des traits d'un grand homme, plus ou moins bien reproduits par la gravure, je déclare Milliade un peu enclin a la tyrannie. Cela prouve que j'aurais fait pendre les tyrans sur la mine. (N. Éd.)

<• Cette facilité de confronter les hommes d'un jour avec les hommes des siècles, de comparer des personnages vivants, dont le nom est a peine connu, a des personnages qui reposent depuis des milliers d'années dans la tombe, et dont le temps a sanctionné la gloire; celte facilité est un prodigieux exein{»le de la folie de l'esprit de sysU'iiie. Qu'il y a déjà loin du jugement que l'on prononçait sur Dumouriez eu 4794 a ceUii (jue l'on porte de ce général aujourd'hui ! (N. É;> )

qu'on donne à la porte, chacun peut se procurer ie plaisir de nous faire jouer avec la toge ou la livrée, tour à tour, un Cassius ou un valet *.

Rassurés par la noble confiance de Milliade, les Athéniens volèrent au combat. — Les Français, conduits par Duniouriez, cherchèrent l'année combinée. Les Perses et les Prussiens, par la plus incroyable des inactions, semblaient paralysés dans leurs camps *. Bientôt les derniers lurent contraints de se replier, en abandonnant leurs conquêtes, et les républicains marchèrent aussitôt en Flandre. Marathon tt Gemmapes ^ ont appris au monde que l'homnic qui défend ses foyers, et renihousiaste qui se bal au nom de la hberté, sont des ennemis formidables.

Un calme de peu de durée succéda à ces premières tempêtes. Les Athéniens et les Français le remplirent de leur ingratitude. Milliade et Dumouriez, ayant éprouvé quelques revers ^, furent accusés de royalisme *, et de s'être laissé corrompre par l'or de la Perse ^ et de l'Autriche. Le premier expira dans les fers, des blessures qu'il avait reçues à la défense de la patrie^ j le second n'écbappa à la mort que par la fuite ^.

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