‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 182 sur 239 · CHAPITRE LXVÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVÏ

Fcéparation à une nouvelle campagne. — Porlraits des chefs. — Mardonius, — Cobourg. — Pausanias, — Fichegru. — Alexandre, roi de Macédoine.

Il s'en failaii beaucoup que le dauger fût passé pour la Grèce H pour la France. Xerxès, eu liissain après lui uite armée de trois cent mille hommes choisis, avaii plus lait pour sa <ause qu'en y traînant trois millions d'esclaves. L'échec que les alliés avaient reçu devant les places assiégées n'était

qu'un léger revers , qui fsouvail mênter tourner à leur profil, en leur enseignant une leçon utile. Ainsi on n'ait«.H(i^it que le retour de la nouvelle année pour recouimcncer de toutes parts les hostilités : avant d'enirer dans le détail de cette campagne^ ntvus diions un mot des chefs qui s'y distinguèrent.

Maidonius. qui cornuKuidail les troupe^ persanes demeurées en Grèce, était un satr.ipe d un rang élevé, et allié au sang de ses maîtres *. Son ambition^, trop iiiimense poiir son géfiie, en faisait un de ces êtres disproportionnés qui p;l^ai^ssent grands parce qu'ils sont diffomies. Vain , imp;itienl, orgueilleux ^, il lie possédait que le courage brutal du greiàadier qui douue la mort sans pitié, et la reçoit sans crainte* ^.

— Placé à la tête des troupes alliées de l'Autriche, le prince de Cobourg, d'une naissance encore plus illustre que Mardonius, le surpassait de niéine en qualités personnelles. A la fois bravt; et prudent, il réunissait les talents et les vertus militaires, Tart du général et la loyauté du soldat •*.

Pausanias, de la famille royale de Lacédémone, généralissime des armées combinées des Grecs, était un homra« plein de jacianee et de paroles magnifiques; toujours prêta faire valoir ses grands services et à trahir son pays^. Il sauva la patrie aux champs de Platée, et la vendit quelques mois après au tyran de Suze ^.

— Pichegru, dont le nom plébéien, l'humble fortune et la modestie contrastent avec l'éclat de sa renommée, conduisait les Français aux couibats. Cet homme extraordinaire, enfanté par la révolution, sut s élever, de l'obscurité d'une classe inférieure, à la place la plus brillante de son pays, et redescendre, avec non moins de grandeur, à l'ombre de sa condition première *.

Enfin, dans l'armée des Perses on remarquait un homme api^elé Alexandre, roi de Macédoine, qui, traître aux deux partis qu'il savait ménager, iraliquaii de son honneur et de sa conscience avec le plus riche ou le p^us fort. Avant le combat des Thermopyles il donna avis aux Grecs du danger de leur position à la vallée de Tempe ^, et marcha avec Xerxès à Salamine. Après la défaite du monarque de l'Orient, il se dit l'ami des Athéniens, elles invita, par hu-

1 Herod., lib. XTi, cap xuii.

» Id., ibid.f cap. V.

3 Id., lib IX, cap. VI.

4 Id., t6tc(.,.cap. LXXl.

a En parlant de Mardonius, il fallait dire du. soldat, et non du grenadier. Au reste, celte disproportion entre la capacité et l'ambition est une chose extrêmement commune, et une des plaies de la société; mais elle ne produit pas toujours une sorte de grandeur comme dans Mardonius : l'ambition est souvent placée dans des hommes si inférieurs sous tous les rapports, qu'ils n'ont pas même la force d'en porter le poids, et qu'ils en ^^ont écrasés. (It- Éd.)

»> C'est fort bien de faire des portraits, mais encore faut-il qu'ils ressemblent. Les talents du prince de Cobourg étaient au-dessous de ses autres qualités. (N. Eu.)

5 CoiiN. Nkp., *nPau»an.;TucCYD., lib. I.

6 Thucyd., lib. I, cap. cxxxiv

Etanl condamné à mort à Sparte, il se retira dam un temple. On en mura les portes, et le roi lacédémonien y péi it.

c Ce portrait est tracé par un émigré en 1795 et t79ft> avant que. Pichegru eût embrassé la cause de la monarchie légiiime, et plusieurs années avant la mort tragique de C(! grand et infortuné général. L'impartialité du royaliste était id une espèce de pressentiment. (N. Ed.)

7 HKR0D.,llb. Vll,Cap. CLXXII.

manilé, à se, sonm<^ttre au tyran de l'Asie *. Aux champs de Platée, arcompagnani Mardonins. il trahit ce général , pour se mén^iger une ressource on «-as de revers ; et avertit en persoiine Pausanias qu'il serait attaqué le lendemain par les Mèdes ^. Les Grecs, malgré leur haine pour les rois, riîspecièrt'iit Al'xandre par mépris *. Ils daignèrent peser sur les ressorts du mannequin vénal , tandisqu il pouvait leur êlre bon à quelque chose. iù ne parlerai point du roi de Prusse.

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