‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 210 sur 239 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Mœurs comparées des philosophes anciens et des philosophes modernes.

Si les philosophes anciens et njodernes ont eu , par leurs opinions, la même influence sur leur siècle, ils n'eurent cependant ni les mêmes passions ni les mêmes mœuis.

Toiit le monde a entendu parler du tonneau de Diogène. IMénédus de Lampsaque paraissait en public revêtu d'une robe noire, un chr.p au d'éeorce sur la tête, où Ton voyait gravés les douze signes du zodiaque; une longue barbe descendait à sa criuiure ; et. monté sur le cotinirne tragique, il tenait un bâton de fi eue à la main. Il se prétendait revenu des enfers pour prêcher la sagesse aux hommes *.

Anaxarque, mnîîre de Pvrrhon , étant tombé dans une ravine , celui-ci refusa gravement de Wn retirer, parce que toute chose est indilférenie de soi; et qu'autant valait demeurer dans un ttou que sur la terre ^.

Lorsque Zenon marchait dans les villes, ses amis l'accoiîipagnaient. dans la crainte qu'il ne fût écrasé par les voitures : il ne se donnait puS la peine d'échapper à la lalalité^.

Démocriie s enfermait, pour étudier, dausles tombeaux * ; ei Heraclite broutait l'herbe de la montagne^.

En)pédocle, voulant passer pour une divinité, se précipita dans l'Etna ; mais le volcan ayant rejeté les sandaiesd airain de cet impie, sa fourbe fut décou-

a II ne jeta point parmi ses contemporains un homme vierge, mais un homme factice qui n'élait en rapport avec rien de ce qui existait; son Emile n'est que le songe d'un sjstème, la création d'un sophiste, l'être imaginaire qui n'a de réel que le rabot dont il est armé. (N. Ed.)

i> Je n'ai pu m'eni pêcher de faire, dans ce passage, la part aux faits; mais je suis si épris de Rousseau, que je ne puis me résoudre a le trouver coupable; j'aime mieux soutenir qu'on a abusé de ses principes , que je m'obstine à trouver bons, même en avouant qu'ils ont fait un mal affreux; j'aime mieux condamner le genre humain tout entier que le citoyen de Genève. Quelle infalualioa! (N. Éd.)

1 Suin.; Ath^n., !ib. IV, p. 162.

2 Lakr r., iib m Pyrrhon.

3 Laert., iib. VII.

4 Id., Iib. IX, in Dent.

5 Id., ibid., in UeraU.

verte V Celle fable dos Grecs est ingénieuse. Ne veut » I!e pns dir saveni punir l'oriiueil du philosoj)he sujjerbe, en le (lénoiiçanl a quelques parlie»^ viles ei honlfuses de Sun carnclère '?

Nos philosophes modernes gardèrent au moins plus d ^ mcsu est vrai, vivait avec ses < biens, ses oisianx, ses chais; et. port.iit llinbit arménin'; mais aucun ne s'en est allé dans préclianl la sai^esse à la canaille a-somblée , et je d»)ule (lue c< vùuli: se loiier dans un innneau eût eié laissé tranquille par la p villi'S : tant nos n^œurs diffiTent «ie celles des anciens !

Riais <i les sophiites de la Gièce affccièrent roriginaîilé de c se disiriîïuèenl pas moins p;ir la cba-lelé et la pureté de leur; s'occiipaienl lous d s auiies exercices des citoyens, et suppoi ei.xlrs travaux de !a pairie. SoIdu. Social-. Chivondas, et indle non->eulei»ienl de ;:rands phi osopiies. mais de grand< i,'ueriier: le mépi is «les plaisirs, tou.es les vertus morales, brillaieni dans !

N 'S :.bil isophes, bien ditr'renl> , eriftrniés dans leur cahin le matin des livres sur la giierie où ils n'avaient jamais et» ; sui nienl où ils u'.ivaient jamais eu de i»ait; sur riiomme naturel c jamais éluuié que dans les sociétés de la capitale; < t, après chapitre rigide conire le luxe, la corruption du siècle, le d grands, ils sen allaient le soi.- flalter ceux-ci dans nos cercles, leiiiui'j de leur voibin, et p..ilaj;er l<ms les vices du moude.

« Vieux fou, vieux gueux! » se disait Uideioi. à:::ô de soixanl amuuicux de toutes les femmes, « quajid ccibcrab-iu donc de ti front d'un ref;is ou d'un ridicule'? »

« Voici de quoi compo-er votre paradis, » disait madame c Du' U>s, u du pain, du vin, du fruuaj^e et la première venu»; *. »

H Ivélius, par ailleurs l'.onnéie homme et bon h<imnic (nmti niésusé, etq ail laut laire revenir à sa premièie valeur), Helv fai>ait amener chaque nuii unc nouvelle maiirc>se par son valei nui les cherchait, aul.tiit qu'd pouvait, dans la classe lionncu- di dame de... na pas. dit-on. éié à i'abii des caresse^ du vieil. a doiii rimmoralilé est d ail eurs bien connue ^ «.

J'ai e.'iiendu Chaiiifoit couler une an. cuole curieuse sur Je.' avail vu(Chamforl) des lettres du philosophe genevois à une feu flUï.'Iles ceiui-ci euiployail loule la séduction de s^n éloquence p( Ci". le même Icmme que ladultèr»» n'est pas un crime, u Voulez- Stcrei de ce^ Iclucs ? » .'joulaii Chamloi i; <( l'umi des mœurs cuti

« LAERT. lib. VIII; I.UCIAM.; STRAB., lib. VI; HOR , Ârs poet.

« Dt'ci.iémeiil j'aiuie b-aucoiip la nbené ilaiis l'i^ja;, et fort peu k donl je me moque ici peut-être pas trop mal.

2 Ujii>sraii portail crt lir.bil par aéctssité- 11 uiCdeaible pourtant qu'il aun un (III peu moins rcmarquabie.

*• Pas Diogèiie au moins.

s ii\MF., Petit., Max.

4 Id , tbtii.

5 Je lie parle pas des sale? romans sortis de la pUime delà plupart de no^ f

RÉVOLUTIOXS ANCIENNES.

Enfin personne n'ignore que les mains du grand chancelier B pas pures; que Hobbes, ce philosophe si hardi dans ses écnls, soudre à mourir* ; et qu'excepté Ftnélon et Caiiiiai, les mœur pbes ^ de noire âi^e diffèrent totalement de celles des ancien Grèce.

A Dieu ne plnise que je révèle la turpitude de ces grands 1 une malignité que jtî ne trouve point dans mon cœur ! Maliiré le je les Cl ois des plus honiiéies gens de notre siècle ; ei il n'y a p qui les bàmons qui les valions au fond du cœur: mais j'ai éié o ire mou g' ùt, de f.iiie apercevoir ces différences, parce qu'elles vérités esseniielies au but de cel Essai.

Il (ioii résulter de ce tableau que nos philosophes modernes, vi le îuoude et selon le monde qu(; les anciens, oui dû niieux peint et connaître davaiiti^ge les passions ei leurs ressorts. De là il r ouvrages, plus c;«!culés pour leur siècle, oui du avoir une infl pide sur leurs coulempor;iins que les livres des Platon et des i voyons-nous qu'il s'esi écoulé moins d'années entre la subver cîpes en France et le règne dt s incyclopédistes <^, quCntiela sion des piincipes en Gieceei le triomphe des sophistes. Ce] prenuers et les seconds parvinienl à renverser les lois et les op pays. La retherehe de liufluencedes philosophes de l'âge d'Alej siècle, et de celle des philosophas modernes sur notre propre le à présent toute raileniion du lecteur.

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