CHAPITRE XXXV
Accroissement du clnislianisnie jusqu'à Constantin.
Le Christ, dans sa glorieuse ascension, ayani disparu aux yeux des hommes, ses diseiples, doués de son esprit, se disséjninèrent dans les contrées voisines: bieniôt ils passèrent en Créée et en Italie. Notis avons vu ies diverses raisons qui tendaient alors à affaiblir le cidtc de Juj^iler; quelle fut ia surprise des peuples, lorsque les apôtres, sortis de l'Orieni, viuient éionner leur esprit par des récits de prodiges, et consoler leur cœur par la plus aimabie des morales! Ils étaient eselaves, et la nouvelle religion ne prêchait qu'égalité; souffrants, et le Dieu de paix ne chérissait que ceux qui répan»lenl des larmes ; ils gémissaient écrasés par des tyrans, et le prêtre leur chantai!, cleposuit patentes de sede, et exaltavit humiles. Enfin Jésus avait été pauvre comme eux. et il promettait un :isile aux miséiables dans le royaume de son père. Qweile divinisé du paganisme pouvait, dans le cœur du faible et du malheureux, balancer le nouveau
3 Bien qu'il soit plus question, dans cette partie, des Révolutions modernes que des RÉvoLUTio.NS ANCiEiNNES, 06 dernier titre a dû rester en tête de toutes les pages, en conformité de l'édition de Londres, qui porte les mots Révolctigns anciennes en marge jusqu'à la fin. (N. Éd.)
*> Voila mon bon génie revenu au milieu de toutes mes folies. (N. Éd.)
« Ce bon génie ne m'a pas conduit bien loin. (N. Éd.)
1 Je ne marque point les dates, parce qu'elles se trouvent aux chapitres des philosophes modernes.
Dieti (fti'on offrait h ses adorations ? Qu'avait le p]ébéien à espérer d'un Elysée où l'on ne comptait qn«^ des princes et des rois ?
Voilà les grands moyens qui favorisèrent la propagation du christianisme. Aussi est-il remarquable qu'il se glissa d'abord dans les classes indigentes de la société. Les disciples lurent bieniôt assez nombreux pour foi mer une secte. On la persécuta, et cousc.jv.emmeni on l'accrut. Les premiers chréiiens, ironipaut lesbou,reaux,sedérobaienlausupplice, et s'aiferuiissaienl dans leur culte. Une religion a bien des charmes lorsque, prosterné au pied des autels, dans le silence redouiable des catacombes, ou dérobe aux regards des humains un Dieu persécuté ; tandis qu'un prélre saint, échappé à mille dangers, et nourri dans quelque souterrain par des mains pieuses, célèbre peut-être à la lueur des flambeaux , dev;inl iiii petit nombre de iidèles, des mystères que le péril et la mort environnent.
Des mariyrs. des miracles populaires, les vices des Néron* et des Caligula, tout concourut à multiplier la nouvelle docirine. Après avoir essayé de la doctrine, les empereurs soni^èrent à s'en servir. Consianlin arbora l'étendard de la croix, ei les dieux du paganisme tombèrent du Capitale «.
CHAPITP.E XXXVÏ.
Suite. — Depuis Constantin jusqu'aux Barbares.
La religion chrétienne ne fut pas plutôt solidement éiablie, qu'elle se divisa en plusieurs sectes^. Ou vit alors ce quon avait ii/noré jusqu'à ce temps, je veux dire un caractère nouveau de < ulte. On vil des hounnes se jeter dans tous les écarts de l'imagination, et se persécuter lis uns les autres pour des mois qu'ils n'entendaient pas. Les prêtres, durant ces troubles, commencèrent à acquérr une influence que ceux du polythéisme n'avaient jamais eue, et à jeter le.^ fondements de la grandeur des panes.
Julicji voulut faire un dernier effort en laveur des dieux de l'Olympe. 11 abjura le christianisme ; et, en qualiié de guerrier, de politique et de philosojdie, il avait une triple raison de s'opposer aux progrès du christianisme, il >eniait que, partout où une nouvelle religion s'établit, TEiat court à une révolution inévitable j aiais 11 était trop tuid pour y remédier, et en cela Julien se trompa.
Il ne se contenta pas d'aifaquer le christianisme par la force civile , il le fit encore par le sel de ses écrits *>. Plusieurs philosophes s'exercèrent aussi sur
» Suétone nous apprend comment l'impie ^ér'on en usait avec les dienx : R Ugionum usquequaque conte mptor, pi œler unius dece Syriœ. Hanc mox ita sprevit, ut urina conlami— naret.
3 Ces deux derniers chapitres ont été transportés presque tout entiers dans le Génie du Chrisiianisme , et ils mentaient cet hunneur : c'est l'« xeuse et l'expiation de tout ce qui va suivre. Quand je suis chrétien ainsi, sans vouloir l'être, il y a un accent de vérité dans ce que j'écris qui ne se trouve point au fond de mes radotages pliilosophiques. Pour tout homme de bonne foi la question est jugée par ces deux chapitres. J'étais chrétien et très-chrétien avant d'être chrétien. (N. Éo.)
2 Les Ariens, etc.
•> « L'Eglise, s©us l'empereur Julien, fut exposée à une persécution du caractère « le plus dangereux. On n'employa pas la violence contre les chrétiens; mais on « leur prodigua le mépris. On commença par dépouiller les autels; on délendil en- « suite aux hdèles d'enseigner et d'étudier les lettres. Mais l'empereur, sentant « l'avantage des instltutiims chrétiennes, voulut, en les abolissant, les imiter; il « fonda des hôpitaux et des monastères ; et, à l'instar du culte évangélique, il essaya « d'unir la morale ^ la religion, en faisant prononcer des espèces de sermons dans « les temples. —
« Les sophistes dont Julien était environné se déchaînèrent contre le christia- « nisme ; Julien ne dédaigna pas de se mesurer avec les Galiléens. L'ouvrage qu'il « écrivit contre eux ne nous est pas parvenu ; mais saint Cyrille, patriarche ri'Alexan- « drie, en cite des fragments dans la réfutation qu'il a faite, et que nous avons encore. « Lorsque Julien est sérieux , saint Cyrille triomphe du philosophe; mais lorsque
le même sujet : on opposait aux miracles de Jésus ceux de divers imposteurs. Les poêles, d'un autre côté, trouvant que Beizébut et Astitrolh eniraierit mal dans le mèire de Virgile, regrettaient Pluion et lancien Tariare.
Les chrétiens ne manquaient pas de champions, qui réussirent à railler les ^ieux du Panthéon , que Lucien avait déjà tr.tînés dans la boue. Julien ayant péri dans son expédition contre les Perses, la croix sortit triomphante.
Mais le moment critique était arrivé. G'nstantin, en divisant l'empire et réfornuant ks légions, lui avait porté un coup mortrl. Les malheurs de la famille de ce prince ébranlèrent le système romain ; les opinions religieuses vinrent augmenter le désordre : des myriades de Barbares se précipitèrent sur toutes les frontières. Théodose soutint un moment le choc ; le calme avait reparu , quand tout à coup le destructeur <ie l'empire, le trénie des Huns, qui du mur de la Chine s'éiait , durant trois siècles, avaneé en silence à travers les forêts, jeta un cri lormidable dans h- désert, k la voix du fantôme, 1» s Goths épouvantés se précipitèrent dans l'empire. Valens tomba du trône de 1 Orient, et peu après un roi d'Italie régna sur le patrimoine des Brutus *.