‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 234 sur 239 · CHAPITRE UV · texte numérisé non relu

CHAPITRE UV

Du clergé en Espagne et en Portugal.— Voyage aux Açores.— Anecdote.

Je considère les prêtres espagnols et portugais comme ne formant qu'un seul corps, el je vais raconler un Aiit dont j'ai été témoin, qui servira plus à faire connaître leurs mœurs que tout ce que je pourrais en dire.

Man(|uant d'eau et de provisions fraîchi s, et nous trouvant au printemps de 1791 parla hauteur des Açores, il fut résolu que nous y relâcherions. Dans le vaisseau sur lequel je passais alors en Améiique, il y avait plusieurs piètres français qui émigraienl à Baltimore, sous la conduite du supérieur de Saint..., M. N. Parmi ces prêtres se trouvaient quelques étrangers, en particulier M. T., jeune Anglais d'une excellente fanhlie; qui s était nouvellement converti à la i eligion romaine ^.

» Je ne parle que des causes religieuses el non des politiques. On sent que, le commerce obligeant cl)acun de songer à ses aff.iires, on a pou le temps de passer ses jours à l'église.

» Ceci a encore un autre effet dangereux, en tendant à augmenter la secte presbytérienne, qui profite de celle lacililé de mœurs pour c domiiicr les ministres anglais. Aussi les presbytériens augmenlenl-ils en une proportion elTravaute, parce que la politique vient en outre à l'appui de la religion. Il est vrai que l'Eglise d'Angleterre subsistera aussi longemps que la constitution de l'Etat; mais il tant bien prendre garde que, par un relâchement de mœurs, on ne donne lieu à sa[ier une partie de l'édifice qui amènerait bientôt la chute du tout. Craignons surtout les révolutions. Sil en arrivait une maintenant en Angleterre, celle de Cromwell ne fierait qu'un jeu auprès : j'en sais bien la raison.

a Ce qu'il y a de trop positif dans ce texte est corrigé dans la noie, où je dis que l'Eglise d'Anglet 'rre subsistera aussi longtemps que la cousliluiion de l'Ktai. Dans ce cas elle subsistera longlemps. (N. Éd.)

3 L'histoire de ce jeune homme est trop singulière pour n'être pas racontée, surtout écrivant en Angleterre, où elle peut intéresser plusieurs personnes. J'invite le lecteur à la parcourir avant de continuer la lecture du chapitre.

M. T. était né d'une mère écossaise et d'un père anglais, minisire, je crois, de W. (quoique j'aie lait eu vain des démarches pour trouver celui-ci, et que. je puis d'ailleurs avoir oublié les vrais noms). Il servait dans l'artillerie, où sim mérite l'eût sans doute bientôt tait disiinguer. Ptiiolre, musicien, malheuialicien, pariaui plusieurs langues, il réunissait, aux avantages d'une

Le 6 mai, vers huit heures du malin, nous découvrîmes le pic de l'île du même nom, qui, dii-on, surpasse en hauteur celui de Ténériffe ; bientôt nous aperçûmes une terre plus basse, et, entre onze heures et midi, nous jetâmes l'ancre dans une mauvaise rade, sur un fond de roches, par quarante-ciaq brasses d'eau.

taille élevée et d'une figure charmante, les talents utiles et ceux qui nous font rechercher de la société.

M. N., supr rieur de Saint... , étant venu à Londres, je crois en 1790, pour ses affaires, fit la connaissance de T. A l'esprit rusé d'un vieux prêire, M- IN. joignait une chaleur d'âme qui fail aisément des prosélyles parmi des liommes d'une imagmalion aussi vive que celle de T. Il fut donc résolu que celui-ci passerait à Paris, renverrait de là sa commission au duc de Riclimond, embrasserait la religion romaine, et, entrant dans les ordres, suivrait M. N. en An)éri(|ue. La chose fut exécutée; et T., en dépit des iellres de sa mère, qui lui tiraient des larmes, s'embarqua pour le Nouveau-Monde.

Un de ces hasards qui décident de notre destinée m'amena sur le même vaisseau où se trouvait ce jeune homme. Je ne fus pas longtemps sans découvrir cette âme, si mal assortie avec celles qui l'environnaient; et j'avoue que je ne pouvais cesser de m'étonner «le la chance singulière qui jetait un Anglais, riche et bien né, parmi une troupe de prêtres catholiques. T., desoa côlé, s'aperçut que je l'entendais : il me recherchait, mais il craignait M. N., qui marquait de moi une juste défiance, et redoutait une trop grande intimité entre moi et mon disciple.

Cependant notre voyage se prolongeait, et nous n'avions pu encore nous ouvrir l'un à l'autre. Une nuit enfin nous restâmes seuls sur le gaillard, et T. me conta son histoire. Je lui repiésentai que, s'il croyait la religion romaine meilleure que la protestante, je n'avais rien à dire à cet égard; mais que d'abandonner sa patrie, sa famille, sa fortune, pour aller courir à l'autre bout du monde avec un séminaire de prêtres, me paraissait une insigne folie dont il se repentirait amèrement. Je l'engageai à rompre avec M. M. : comme il lui avait confié son argent, et qu'il craignait de ne pouvoir le ravoir, je lui dis que nous partagerions ma bourse; que mon desseia était de voyager chez les Sauvages aussitôt que j'aurais remis mes lettres de recommandation au général Washington; que, s'il voulait m'acconn agner dans cette intéressante caravane, nous reviendrions ensemble en Europe; que je passerais par amitié pour lui en Angleterre, et que j'aurais le plaisir de le remettre moi-niênie au sein de sa famil'e. Je me chargeai en même temps d'écrire à sa mère, et de lui annoncer celte heureuse nouvelle. T. me promit tout, et nous nous liâmes d'une tendi e amitié.

T. était, conmie moi, épris de la nature. Nous passions les nuits entières à causer sur le pont, lorsque tout dormait dans le vaisseau, qu'il ne restait plus que quelques matelots de quart; toutes les voiles étant pliées, nous roulions au gré d'une lame sourde et lente, tandis qu'une mer immense s'étendait autour de nous dans les ombres, et répétait rillumination magnifique d'un ciel chargé d'étoiles. Nos conversations alors n'étaient peut-être pas tout à fait indignes du grand spectacle que nous avions sous les yeux; et il nous écliappail de ces pensées qu'on aurait honte d'énoncer dans la société, mais qu on serait trop heureux de pouvoir saisir et écrire. Ce fut dans une de ces belles nuits, qu'étant à environ cin(|uante lieues des côies <ie la Virginie, et cinglant sous une légère brise de l'ouest, qui nous ai»porlaiirodeur aromatique de lâ terre, il composa, pour une romance française, un air qui exhalait le sentiment entier de la scène qui l'inspira. J'ai conservé ce morceau précieux; et lorsqu'il m'arrive de le ropcler dans les circonstances présentes, il fait nailre en moi des émotions que peu de gens pourraient comptent Jre.

Avant celte époque, le vent nous ayant forcés de nous élever considérablement dnns le nord, nous nous étions trouvés dans la nécessité de taire une seconde relâche à l'île de Saint l'ieire *. Durant les quinze jours que nous passâmes à terre,T. et moi nous allions courir dans les montagnes de celte île affreuse ; nous nous perdions au milieu des bronillnnls dont elle est sans cesse couverte. L'imagination sensible de mon ami se plaisait à ces scènes sombres et romantiques : quelquefois, errant au milieu des nuages et des bouffées de vent, en entendant les mugissements d'une mer que nous ne pouvions découvrir, égares sur une bruyère laineuse el morle. au bord d'un torrent rouge qui roulait entre des rochers, T. s'imaginait être le barde de Cona; et, eu sa qualité de demi- Kcossais, ilsemeltailà déclamer des passages ^VOtsian, pou:- les'[i!t'ls il improvisait des airs sauvages, qui m'ont plus d'une fois rappelé le « '^ was like the viemory ofjoys that are past, pleàting and mournful lo Ihe soûl. » Je suis bien lâché de n'avoir pas noté quelques-uns de ces chants extraordinaires, qui auraient étonné h s amateurs el les ; rlistes. Je me souviens que nous passâmes toute une après-dînée à élever quatre grosses pierres en mémoire d'un malheureux célébré dans un pe'it épisode à la manière (['Ossian'*. Nous nous rappelions alors Rousseau s'amusant à lever des rocliers dans son ile, pour regard.r ce qui était dessous : si nous n'avions pas le génie de l'auieur de i'Emile, nous avions du moins sa Simidicité. D'antres fois nous herborisions.

Mais je prévis dès lors que T. méchapprrail. Nos prêtres se mirent à faire des processions, et voilà mon ami qui se monte la léLe, court se placer dans les rangs, et se met à chanler avec les autres. J'écrivis aussi de Saint-Pierre à la mère de T. Je ne sais si ma lettre lui aura été remise, comme le gouverneur me l'avait |)ioni s; je désire qu'elle se soit perdue, puisque j'y donnais des espéiances qui n'ont pas été réalisées.

Arrivé à Baltimore, sans me dire adieu, sans paraître sensible à noire ancienne liaison, à ce que j'avais fait pour lui(m'élanl attiré la haine des prêtres), ï. me quitta un malin, elje

* Sur la côte de Terre-Neuve.

** Il était tiré de mes Tableaux de la Nature, que quelques gens de lettres ont coa* «us, et qui ont péri comme je le rapporte ci-après.

L^le Graciosa, sur laquelle nous éiioriS mouillés, se forme de polîtes collines un piU renflées au sommet, comme les belles courbes des vMses corinthiens. Elles étaient alors (ouvertes de la verdure naissante des blés, d'où s'exbalait une odeur suave, particulière aux moissons des Açores. On voyait paraître, au milieu de ces tnpis onduleux, les divisions symétriques des champs formé(Sde pierres volcaniques mi-parties blanches et noires, et entassées les unes sur les autres, comme des murs à hauteur d'appui bâtis à froid. Des figuicis sauvages, avec leurs feuilles violettes et leurs petites figues pourprées, arrangées comme des nœuds de chapelet sur les branches, étaient semés çà et là dans la campagne Une abbaye se montrait au haut d'un mont; au pied de ce mont, da!)S une anse caillouteuse, ypparaissaient les toits rouges de la petite ville de Santa-Ciuz. Toute Tîle, avec ses découpures de baii s, de caps, de criques , de promontoires, répétait son paysage interverti dans les flots. De grands rochers nus, verticaux au plan des vagues, lui servaient de ceinture CNtérieiire, et contrastaient, par leurs couleurs enfumées, avec les festons d'écume qui s'y appendiiient au soleil comme une dentelle d'argent. Le pic de lîle du méjuenom, par delà Graciosa, s'élevait majestueusement dans le fond da tableau au-(lesiis d'une coupole de nuages. Une mer couleur d'émeraude et un ciel du bleii le plus pur formait la tenture de la scène, tandis que des t:oélands, des mauves blanches, des corneilles marbrées des Açores, planaient pesamment en criant au-dessus du vaisseau à l'ancre, coupaient la surface des v;igiies avec leurs grandes ailes recourbées en manière de faux, et augmentaient autour de nous le bruit, le mouvement et la vie.

Il fut décidé que j'irais à terre comme interprète avec T., un autre ieune homme et le second capit tine : ou mit la chaloupe en mer, et nos matelots ramèrent vers I(! rivage, dont nous étions à environ deux milles. Bientôt noiis aperçûmes du mouvement sur la côte, et un large canot s'avança vers nous. Aussitôt qu'il parvint à la portée de la voix, nous distinguâmes une quantité de moines. Ils nous hélèrent eu portugais, en italien, en angl;<is, et nous répondîmes, dans ces trois langues, que nous étions Français. L'alarme régnait dans l'île : notre vaisseau était le premier bâtiment d'un grand port qui y eût jamais abordé et qui eût osé mouiller dans la rade dangereuse où nnus nous trouvions; dune autre part, notre pavillon tricolore n'avait point encore flotté diius ces parages, et l'on ne savait si nous sortions d'Alger ou de Tunis. Quand on vit que nous portions figures humaines, et que nous entendions ce qu'on nous disait, la joie fut universelle : les moines nous fiient passer dans leur baieau, et nous arrivâmes à Santa Cruz, où nous débarquâmes avec diiïiculté, à cause d'un ressac as ez violent qui se forme à terre.

Toute l'île accourut pour nous voir. Quaire ou cinq malheureux, qu'on avait armés de vieilles piques à la hâte, s'emparèrent de nouSo L'uniforme de Sa Majesté m'atlirant particulièrement les honneurs, je passai pour l'homme im-

ne l'ai jamais revu depuis. J'essayai, mais en vain, de lui parler-, Je mallieureux était circoî>venu, et il se laissa aller. J'ai été moins touché de l'ingratitude de ce jeune liomnic i^ue de son sort: depuis ma retraite en Angleterre, j'ai fait de vaines recherches pour découvrir sa famille. Je n'avais d'autre envie que d'apprendre qu'il était ht^ureux, et de me retirer; car, quand je le connus, je n'étais pas ce que je suis : je rendais alors des services, et ce n'est pas ma m;niièrede rappeler des liaisons passées avec les riches, lorsque je suis tombé dans l'infortune. Je me suis présenté chez l'évêque de Londres, et, sur les registres qu'on ma permis de feuilleter, je n'ai pu trouver le nom du ministre T. Il faut que je l'orlhograpiiie ma!. Tout ce que je sais, c'est que T. avait un frère, et que deux de ses sœurs étaient placées à la cour. J'ai peu trouvé d'hommes dont Je cœur fût mieux en harmonie avec le mien que celui de T.; cependant mon ami avait dans les yeux une arrière-ptnsée que je ne lui aurais pas voulue *.

* Il n'y a de passable dans cette note que mes descriptions comme voyageur. Il fallait bien , au reste , puisque j'étais philosophe , que j'eusse tous les caractères de ma secte : la fureur du propagandisme et le penchant à calomnier les prêtres. J'ai été plus heuieux comme ambassadeur que je ne l'avais été comme émigré. J'ai retrouvé à Londres, en 1822, M. T. Il ne s'est point fait prêtre; il est resté dans le monde; il s'est marié; il est devenu vieux comme moi ; il n'a plus {yarrière-petiséc dans tes yeux; son roman, ainsi que le mien, est finie (N. Éd.)

582 DÉVOLUTIONS ANCIENNES.

portant de la dépntation. On nous conduisit chez le gouverneur, dans une raîsérable maison où son éminence *, vêtue d'un méchant habit vert autrefois galonné d'or, nous donna audience de réception. Il nous permit d'acheter les différents articles dont nous nous f:iisions besoin.

On nous relâcha après cette cérén)onie, et nos fidèles religieux nous menèrent à un hôiel large, commode et éclairé, qui ressemblait bien plus à celui du gouverneur que le véritable.

T avait trouvé un compatriote. Le principal frère, qui se donnait tous

îes niouvemenlspour nous, était un matelot de Jersey, dont le vaisseau avait péri sur Giaciosa plusieurs années auparavant. Lo'>qu'il se fui siuivé seul à terre, nemanquani pas d'intelligence, il s'aperçut (lu'il n'y avait qu'un métier dans 1 île, celui de moine. Il se résolut de le devenir : il se montra exlréuiemenl docile aux leçons des bons pères, apprit le portugais, et à lii e quelques mois de latin ; enlin, sa qualité d'Anglais parlant pour lui, on sacra celte brebis ramenée au bercail. Le matelot jcr.^eyais, nourri, loge, ciiaufifé à ne rien faire et à boire du faijaL trouvait cela beaucoup plus doux que d'aller ferler la misaine sur le bout de la vergue.

Il se ressouvenait encore de son ancien métier. Ayant été longtemps sans parler sa langue, il était enchanté de trouver enfin quelqu'un qn l'«MUendît; il riait, jurait, nous racontait en vrai marin I histoire scandaleuse du père tel, qui se trouvait présent, et <jui ne se doutait guère du genre de conversation dont le frère anglais nous régalaii. Il nous promena ensuite dans 1 île et à son couvent.

La moitié de Grariosa, sans beaucoup d'exagération, me sembla peuplée de moin( s, cl 1' reste des habitants dut aussi leur appartenir par de tendres litns. Décela j'ai non-seulement 1 aveu de plusieurs femmes, mais ce que jai vu de mes yeux ne peut me lasser là-dessus aucun doute. Je passe plusieuisaucCdoie^ plaisantes*, et je m'en tiens à ce qui regarde lecleigé.

Le soir étant venu , on nous servit un excellent souper. Nous eûmes pour ëeiiansons de irès-jolies filies; il fallut avaler du fayal à granils flots. On prévoit assez ce qui nous arriva : à une heure du malin pas un co vive ne pouvait se tenir dans sa chaise. A six heures, notre moine de Jersey nous déclara eu baibntiani, et avec un serment anglais très-connu , qu'il préendait dire surle-champ la messe : nous raeconiiiagnâmes à l'église , où dans moins de cinq n/inuiesil sutexpcdiei le tout. Plusieurs Portugais assislèientlrès-dévoiemenl

« Cet habit vert aurait dû m'avertir que le gouverneur n'était pas cardinal, et que je ne devais pas l'appeler éminence. La faute est peut-être au proie anglais, qui aura pris une excellence pour une éminence. Où ne sait pas li'op distinguer ces clioses-là en Angleterre. (N. Éd.)

• Dfiux traits peuvent servira donner aux lecteurs une idée de l'ignorance, de l'oisivjlé, de l'espèce d'enlance dans laquele ces bous moines sont restés à la tin du dix-huitième siède.

Ou nous avnit menés mystérieusement à un petit buffet d'orgue de la paroisse, pensant que nous n'avionsiamais vu un si rare instrument. I/organisle, d'un air Irioniplianl, se mit à toucher une misérable kyrielle de plain-chant, cherchant à voir dans nos yeux noire admiration. Wons parûmes exlrêaiemenl surpris; ï. s'approcha modestement, et fit semblant de jtcser sur le.^ louciies avec le plus Riaud respect; l'organiste lui faisait des signes, avec l'air de lui dire : <( Prenez garde ! » Tout à coup T. dé[)loya t'hannonie d'un ce èbre passage de Pleyel. II serait difficile d'imaginer une scène plus plaisante : l'organiste en était à moitié tombé i>ar terre ; les moines, la figure pâle et allongée, ouvraient une bouche béante, tandis que les hères servants faisnieni des gestes d'étomiemènl les plus ridicules autour de nous.

La seconde anecdote n'est pas aussi gaie, mais elle montre le moine. On nous présenta UQ père, dontr.iir réservé et inifiorlanl annonçait le savanlasse de son cloître. Il tira de sa manche un Cœur de Jé$us, tout l)arb(Miilléde giimoires : mes voisins n'y enleudaienl rien ; la euriosité me parvint à mon tour. Je ne sais pourquoi, un jour, en France, que je n'avais rien à fait <>, il m'cLait tombé dans la lêle qu'il serait bon que j'apprisse l'hébreu; je savais donc un peu le lire. Le bon père avait copié un verset de la Bible ; mais, n'en sachant pas davantage, il avait omis les points qui, dans certains cas, forment, par leurs positions relatives, les voyelles ; de sorte que c'était un assemblage de consonnes parlaileinenl inilechiffrabJe*- Je m'en aperçus, et je souris, mais Je ne dis rien : pouvoir lire le Cœur de Jésus eût été trop fort, et je ne me soucia»» pas que l'inquisiLion se fût mêlée d'une soice lerie si manilésle. 11 en lut ensuite de même du Camuens, et de quelques livres espagnols que nous expliquâmes.

au saint sacrifice; et, en nous en retournant, nous rencontrâmes beaucoup de peuple qui baisait religieusement la manche du père. L'iiupiidence avec laquelle ce ni.uelot, encore pris de vin el de débauche, présentait son bras à la foule, me divertissait, en niême temps que je ne pouvais m'enipécher de déplorer au fond du ccpur !a stupidilé huma ne.

Ayiint ♦ mbarqué nos provisions vers les midi, nous retournâmes nous-mêmes à boid, ac(onipai:nés de nos inséparables religieux , qui nous piésenièrent un comple énorme (ju'il fallut payer; ils se chargèrent ensuite de nos lettres pour l'Europe, et nous quittèrent avec de grandes proleslalions d':uniiié. Le vaisseau s élani trouvé en donner la imii précédente, par la levée d'une forte brise de l'est, on voulut virer laiicre; maiï», couiuie on s'y attendait, vnïà perdit. Telle lut la fin de notre expéililion.

Je veux croire que ces mœurs du clergé espagnol et portugais ne soient pas générales ; mais on sali qu'elles ne sont pas pures. Ou pi urraii en prédire la chute de la relig on , si en même temp ; le peuple nélail si avili , si superstitieux, qu'on coi»Ç(»il à p» ine uù il pourrait trouver assez d'énergie pour se soustraire aux abus qui le rongent. Le ebristiauisme subsistera donc ene(tre longtemps en Esi agne, ànnjns que quelques raisons éliangeres ne viennent en bâler la ehut«;. 11 est curieux qu'à Giaciosa les moines pariassent aissi de réformes qui devaient avoir lieu dans leurs couvents: ils avaient ouï dire quelque chose des allaires de France Quant a la conduite du niatelot ue Jersey, elle ne manquait m d'esprit ni d'une espèce de philosophie; û possédait du moins celle qui consiste à se ranger du côié des frqxu s plutôt que du pu li des dupe.s. En c» ia . il était toujours fetàr d avoir pour lui ia voix d'une majorité rc&pcciable de la société ^.

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