‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 34 sur 239 · OÙ · texte numérisé non relu

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M. de Ronald dislingue essentiellement la constitution de la société domestique, ou Tordre de lamille, de la constitution polili(|ue, rapports qu'on à trop confondus dans ces 'lerniers temp>-. Dans Tex m ii de l'ancien ministère public eu France, il montre une connaissance approfondie de notre histoire. 11 exauune le principe de l.> souveiainelé du peuple, que Bossuet avait attaqué dans son cinquième avertissement, i^u réponse a M. Jurieu : « Où touieslimlépendmt, » dit révèquc de Meaux, « il n'y a rien de souverain. » Axiome loudroyani, manière d'argumenter précisément telle ((ue rexiscaienlles miuisircs

proteslnnts, qui se piquaient surlcut de raison et de logique. Ils s'éfaient pliiiiiis (I êlre écrasés par l'éloquente de Bossucl; lorateur s'éiait aussitôt dépouillé de son éloquence, comme ces guerrit-rs cliréliens qui, s'apercevunt au milieu d'un combat que leurs adversaires étaient désainiés, jetaient à l'écart leurs arnus, pour ne pas remporter une victoire trop aisée. Hossuet, passant en-uile aux preuves l»i>ioriques, et monliani que le piétt n'iu pacte social n'a jamais existé, l'ail voir, ainsi qu il le dit lui-mènie, quil y a là autant d'ignorance que de mots; que si le peuple est souverain, il a le droit inconieslable de chaiig(;r tous les juins sa consiitulion, etc. Ce grand i»o:iinie (que jM. de Donald, digne d'être son admirateur, cite avi c tant de complaisance) établit aussi l'excellence de la succession au pouvoir suprême. «C'est un bien pour le piuple, « dit-il dans le même avertissement, que le gouvernement devienne aisé, qu'il « se perpétue par les mêniis lois qui perpétuent le genre humain, et qu'il aille « pour ainsi dire avec la nature. ■»

M. de Donald nous reprodtiit cetîe force de bon sens, et quelquefois celte simple grandeur de si yie. C'estnnsiijel détoniiemmldonton a peine à revenir que l'ignoiance ou la mauvaise loi dans laquelle «^st tombé notre siècle relativement au sieele de Louis XIV. On croii que ces écrivains ont jnéeonnu les principes de l'ordre s<tcial, ei cependant il n'y a pas de question poliliqre dont Bossuet n'ait parlé, ^soit dans son Histoire universelle, soit dans sa Politique tirée de l'Ecritute, soit surtout dans bcs controverses avec les protestants.

Au reste, si l'on peut faire quelques objections à M. de Bonald sur les deux premiers volumes de son ouvrage, il nen est pas ainsi du troisième. L'auieur y parle de Vcducation avec une supériorité de lumière, u>ie force de raisonnenien , une neiletéde vue, dignes des plus grands éloges. C'est véiitiib'ement dans les questions particulières de morale ou de politique que M. de Bonald excelle. Il y rép^^md partout une modération féconde, pour employer la belle expression de d'Aguesseau. Jr ne douie point que son Traité d'éducation n'attire les yeux des lionunes d Etat, comnie sa question du divorce lixa latienlion des meilleurs esprits de la France. On reviendra incessauimenl bur ce troisième v(dume, qui niérite seulun extrait.

Le siyle de iM. de Bonald poumiictie quelquefois plus harmonieux et moins négligé. Sa pensée est toujours éclatante et d'un heureux choix ; mais je ne sais si son expression n'e.>;t pas quelquefois un peu terne et commune; légers défautsquela travaillera disparaître. On pourraitaussi désirer plus d'ordredans les matières, et plus de clarté dans les idées: les génies forts et élevés ne compatissent pas assez -a Hi faiblesse de leurs lecteurs ; c'est un abus naturel de la puissance. Quelquefois encore les distimMions derauleur paraissent trop ingénieuses, trop subiiles. Coume Mofitesquieu, il aime îi appuyer une giande vérité sur me peiile raison. La définiiion d'un mot, l'expIiciUion d'une élymologie, sont des ( hoses trop curieuses et trop arbitraires pour qu'on puisse les avancer au soutien d'un principe imporiaut.

Au reste, on a voulu seulement, par ce peu de mots, sacrifiera la triste coutume qui veut quon joii;ne toujours la craique à l'éloge. A Dieu ne plaise que nous observions misérablemeni quelque tache dans les écrits diin homme aussi supérieur que !M. de Bonabl ! Comme nous ne somn:espoini une autorité, nous avons permission d'admirer avec le vulgaire, et nous en profilons amplement pour I auieur de la Léyislation piimitive.

Heureux les E'als (|(ii possèdent encore des citoyens comme M. de Ronald; honMnes(|ueles injustices de la lorlune ne neuveni décourager, (jui combattent pour le seul amcur du bien, lors môme (ju Is n'ont pas l'esiiéiance de vaincre!

(/auieiirde cet i^riicle ne peut se refus< r une imai:e qui lui est fournie parla po>ilion dans laquelle il se trouve. Au momt nt même où il écrit <es derniers nn)ls, il descend un ees plus grands fleuves de la France; sur deux montagnes oppo ées sN'lèvent deux tours en ruines; au haut de ces tours sont attachées de petites cloches que les monlagnaiOs sonnent à notre passage. Ce fleuve, cox montagnes, ces sons, ces monuments gothiques, amusent un momcni les yeus

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des spectafenrs ; mais personne ne s'arrête pour aller où la dodie l'invite : ainsi les hoinmes (|iii prêchent aujourd'hui morale et religion donnent en vain le signal du haut de leurs ruines à ceux que le torrent du siècle entraîne; le voyageur s'élorme de la gramleur des débris, de la douceur des bruits qui en sortent, delà majesté des souvenirs qui s'en élè\ eut ; mais il u'inlerrouipt point sa course^ et au premier détour du fleuve tout est oublié.

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