‹ Œuvres complètes de ChateaubriandChapitre 69 sur 239 · LOUIS X · texte numérisé non relu

LOUIS X

DE 13li A 1316.

Philippe le Bel laissa trois fils : Louis X, surnommé le Hutin-, Philippe V, dit le Long-, et Charles IV, dit le Bel. Tous trois moururent vite , tous trois furent déshonorés par leurs femmes. Celte succession de trois frères se présente deux autres fois dans notre histoire, et toujours à la malehcure : François II, Charles IX, Henri III-, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Marguerite, reine de Navarre, femme de Louis le Ilutin; Blanche, fille cadetle d'Othon IV, comte palatin de Bourgogne, femme de Charles le Bel, furent enfermées au château Gaillard, bâti par Richard Cœur de Lion, et où l'on racontait qu'il avait plu du sang-, on les tondit et rasa, punition de l'adultère : Marguerite fut étranglée avec le linceul de sa bière ; Blanche, répudiée, prit le voile dans l'abbaye de Maubuisson. Jeanne, comtesse de Bouigogne, sœur aînée de Blanche et femme de Philippe le Long, emprisonnée d'abord au château de Dourdan, acquittée ensuite par arrêt du parlement, rentra dans le lit de Philippe. Les séducteurs de Marguerite et de Blanche étaient deux frères bossus, Philippe et Gauthier d'Aulnay ; ils furent écor-

chés vifs, traînés dans la prairie de Maubuisson nouvellement fauchée, mutilés et pendus à un gibet par-dessous les bras

Que il furent vif pscorchicz,

Puis fil loi" nalure copée

Aux chiiiis et aux bustes jetée.

Il ne croyaient pas avoir acheté trop cher leur supplice.

Enguerrand de Marigny fut alors poursuivi pour anciennes concussions sous le règne de Philippe le Bel. L'avocat qui plaida contre lui allégua les exemples des serpens qui desgastoient la terre de Poitou au temps de monseigneur saint Ililaire, et appliqua et comparagea les serpens à Enguerrand et à ses parens et affîns. On ne permit pas même à l'accusé de parler : Si ne lui fut en aucune manière audience donnée de soi défendre. Le comte de Valois persécutait Marigny à cause de quelques paroles hautaines proférées au jour de la fortune. On ne put cependant faire condamner cet homme illustre qu'en produisant l'accusation de sorcellerie, dernière ressource de l'injustice et de la délation dans ces temps, comme on employait l'accusation de trahison dans la république romaine, et de lèse-majesté dans l'empire romain : toutes les consciences se fermaient et se taisaient au seul mot de sorcellerie, et l'innocent devenait coupable. Le roi déclara qu'il ostoit sa m,ain de Marigny : Charles I^»" ô{di sa main de Strafford. Le parlement ne jugea point Marigny, qui fut pendu (30 avril 1315) au gibet de Montfaucon avant le lever du jour, par arrêt d'une commission de barons et de chevaliers convoquée au bois de Vincennes^ c'est la première commission assemblée dans ce bois^ on sait quelle a été la dernière. « Montfaucon a apporté tel « malheur, dit Pasquier (dans le chapitre intitulé : Plus malheureux « que le huis dont on fait le gibet, liv. viii, chap. xl, page 742), à « ceux qui s'en sont meslez, que le premier qui le lit bastir (qui fut « Enguerrand de Marigny) y fut pendu -, et depuis, ayant esté refaict « par le commandement d'un nommé Pierre Remy (général des « finances sous Charles le Bel), luy-mesme y fut semblablcment « pondu (sous Philippe de Valois); et, de nostre temps, maistre Jean « Moulnier, lieutenant civil de Paris, y ayant fait mettre la main pour « le refaire, la fortune courut sur luy, sinon de la penderie, comme « aux deux autres, pour le moins d'amende honorable, à laquelle il « fut depuis condamné. »

Ici la civilisation rétrograde \ la justice recule et est moins avancée que dans les Établissements de saint Louis et dans les Règle-

?• ANALYSE T.XlSOyytE

mtnff de Philippe le Bel; m2!> I>x^:u - n «le n'ift et ?a «rde p^Kir !e gentilhomme ne sont point, comme on la pu cr-ir^, des înfira<r*i«i? à la loi des temps. Les ÉtaUùsememts de samt Ltmis slipirieat'fÉ^ gentUbomme coupable da désbonoeiir (Tuiie fiBe de iMHlte sen pendu. Il y avait, ce cas échéant, égalité de siqipCîce po«r le «obie et le roturier ; en supposait rrue le erimc taisaît étfogcf. Ptpwi, les gentilshommes out prétendu qu'il y avaH des rriaes de race, ceone il y avait une noblesse dextraciioa, et ils ont réclamé le piiiic^e de récbafaud. «

Les regrets do roi et du peuple fmgtUBl Ifarigny. El ce tenpslà rima gin ation des homnes, plasseiisfltleparee^v^y; foi en toute chose, expiait les foutes des raie qui survenait (comme il arriva alors>, éoelle, était prise p*3ur un chàtiiBeDt da ciel : Die«, jige ressort, étabtissaît, pensait-on, la peme aepiès de la grave système qui liait par la aiorrie les dénuées de ImH «■ à riniquité accomplie sur on seul bomme; système s n'affaiblissait point le ponvoîT en hd commadaM le que rordre éfflanait de la puissance éleraeile.

Mais si la civîlîsatioD recula dans Pardre dvil, à plice ù'Engoerrand, la voici qui avance ésas Tordre patti^Be. le HutiQ publia, le 3 juillet 1315, des leitrrsqû mérilettt d'être ra|^ portées pour llionDeur des rois fram^t et da pev|>le fim/tc.

c Louis, par la grâce de Diea, rm de Fkaace et de ItaTarre, etc« : Comme sel>^n le droit de nature dncim deil naislre firmmc;H par aucuns usages ou constumes, qui de grant anoenflê «•! csié introduites et gardées jttsques cy en nostre rayanme, et par adic»turc ptmr le mrfei de lewrs prtdeetsstwrs^ mmàH de pfrsaaaes de nostre commun peu;»le, soient eadjeûos ea iiem de iviiifadircf ir dkerses amditioms, qui m'Nilt nt^us d?spl»st. >ous coKîdenBls que nostre r»>yaome est dit et nommé le empumete ées FwmaeSy H V '"»> que la cbosten virile soit accordante aa nom, etqnela c ' -^es srents nteade de moMs em In cfftar ^ •at.'rr

g mL Par dHiberatton de nosti^ çnaà coasrd,

•rdraé e! arde9oms, qne generanment, par lont nastre ro] de tant comme il peut appartenir è nous et à nos ielles serritmdes eokmi fWÊÊemées è frÊmtàùes : et à kMlscMxqp de oyrme, on ameiewmeféy on de nonveljMV aMTMft; a« partménee de Hems de serre e9mdilMm,

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DE L'mSTOIBB SB FKAJHZ. 71

c esniMv en liens de a 1 1 ilaÉ i j frmmckitt tmt émmée ù éMMsr cf c comtnakles C4m£iiimt. »

L'esprit ; *" T'iiique de ceti^ loî, ses ooosidératkmç ge: 'i'es *wr /o /îl»er.f '^l.i est vfi droit dt naivre, contrastent avec IV: e du dialecle : les ■''— - ^ " ■ '■"'•'- 1-*^^^ «'i^. ''^ Tît-^tiû

Des hislorieL- .^. ^ . . i

finances imagiDé dans le i . ' r^^. un

argenl dont on avait grand l fut-elle \Taie, je dirais encore : P : aux hommes , pourvu qu'elle leur arrive ; possibles ne détruisent pas un fait inAkatear d lution commmcée dans fétat socâaL Mais k le roi, en affrancàistiant ses serfs, gens de gens de mwteHBsn, diminuait ses refcnos, mis à certdnes taxes: i! etaîldoBe éqoîtai.. accordant la liberté, ne le fît pas aux dépens de l'ordonnance exprime très-bien : « Vous ( c sergents, etc.) et mandons poia* traitez et c de certaines composîlioiis, par lesqee] c nous soit faicte des emelutas qm iti « à nous et à nos successeurs. »

Si les idées étaient pîos Tîeilc? — ^- . . ' " ^s

que le roi devançait le pevple : t racheter ; on voit d'autres lettres ^ . . plusieurs n'ont pas connu la ^rmmémar ê\ orrorJf , et ordonne qu'on les coBliaig mes , c*est-à-dire qo*on les oblige â dei ^

qui n'est pas acconplie dans les mecrs : la

dégradation qu^anène la dépendance est pour i'éire *e' - à

ob^ une sorte de teapérapeai , nne natare qnî aoeasp dans le deniier ordre de rînld&gence ; nr fl j a dans les 1 pHes un certain bien-aise . De^vré des sons de la pessée et de l'avenir, l'esclave sl)al»itue à son îgnoBinîe; snofier sur la terre, la servitude devient oon indépendance; si vol dpez tout à coup , épouvanté de sa liberté il redemande se Le génie de l'homme est comme l'aigle ; lorsqn*! est nonrrî : domesticité , et <|n*«n le w«t rendie anx dnaps de Tair, i reÉnse do s'envoler, et ne sait user ni de ses serres ni de ses ailes.

kBel(28juiIkl4315).

c'est cefjTie

sa t ion

II leur fut défendu de prêter sus vessel ou aoiirnement d'église, ne sus gages sanglants ^ ne sus gages mouillés fraîchement ; il leur était ordonné de porter le signet , là où ils l'avaient accoustumé , et sera large d'un blanc tournois d'argenî au plus, et sera d'autre couleur que la robe, pour estre mieus et plus clerement apparent 2. Les Juifs étaient gens de poueste à perpéluilé -, si leurs enfants avaient une nourrice chrétienne, les clercs la pouvaient excommunier: Sedbenevolunt quod nutrices Judœorum excommunicentur, dit un Établissement de Philippe-Auguste. Un commentateur croit qu'on peut lire meretrices pour /iw/r/ce^^ (prostituées au lieu de nourrices). Que veulent dire tant de dédains pour ce peuple vivant à part dans tous les temps -, isolé au milieu de tous les autres peuples -, ne changeant jamais -, n'ayant passé, comme les races renouvelées, ni par la barbarie, ni par la civilisation ^ toujours au même degré de sociabilité; jamais conquis, parce qu'il l'a été une fois et pour toujours-, jamais libre, parce que toutes les nations le regardent comme un esclave qui leur est dévolu de droit, comme s'il y avait pour lui une origine mystérieuse , fatale , incontestée de servitude ! Est-ce Dieu qui avait mis sur la poitrine des Juifs, dans le moyen âge, le signel de sa main? Il leur était défendu de prêter sur gages sanglants ou sur vêtements mouillés : on les soupçonnait donc de profiter de la dépouille de l'assassiné et du noyé? Ne semblaient-ils pas poursuivis par le souvenir de cette robe tirée au sort et vendue au prix de trente deniers? Enfia^ leurs enfants ne paraissaient pas dignes d'être abreuvés d'un lait légitime -, la nourrice chrétienne qui prenait à son sein l'enfant d'un Juif tombait dans la réprobation éternelle dont était frappée l'innocente créature que la pitié avait mise dans ses bras.

Après dix-neuf mois de règne, Louis X mourut âgé de vingt-quatre ou vingt-six ans. Il avait continué la guerre malheureuse de Flandre. Ce jeune prince eut des qualités : il confirma d'utiles ordonnances pour la protection des laboureurs ; personne, sous peine de quadruple et d'infamie, ne pouvant s'emparer de leurs biens. Il voulait ôter aux seigneurs le droit de battre monnaie-, il ne le put: la royauté n'avait point encore détrôné l'aristocratie. Louis X aima les sciences, les lettres et les arts, et se laissa bien conseiller par la clergie laïque.

* Cet article sn trouve dans une cliarlelaiino de Philippe-Auguste (f«''vricr i218.) ^ Ce signe était une rouelle jaune ou moitié blaiiclie ou rou{;e, que le Juif devait pnrt^T en vertu du cliapilre 68 du concile d<' Lalrjii. de Vzn 121,1; ut omnitemptrfs in niedio pectoris roiam poritnt, ajoute un statut de i'lÎ4;U8e (1(! RUodOC. ^ liRUssEL, tract, de Usufeud,, 1. 1, p. 583.

PHILIPPE y.

DK 1316 A 132-2.

Louis X avait eu, de sa première femme adultère, une fdie nommée Jeanne, laquelle, ht^ritant du royaume de Navarre, le porta dans la maison d'Évreux dont elle épousa le chef. La seconde femme de Louis, Clémence de Hongrie, était enceinte lorsqu'il mourut ^ il y eut une sorte d'interrègne pendant lequel Phi'ippe, second frère de Louis, eut la régence. Les douze pairs décidèrent que, si Tenlantà naître était femelle, la couronne passerait à Philippe : c'est la première fois qu'il est parlé dans notre histoire de la loi salique et de l'application de cette loi. Clémence accoucha d'un fils, Jean h'^ ^ il ne vécut que cinq jours ^ (an 1316) : plusieurs historiens l'ont omis dans le catalogue des rois, tant il passa vite ; on ne retrouve que dans des chartes oubliées les dates rapprochées de sa naissance et de sa mort: heureux si un autre orphelin royal eût de même caché se courte vie dans le trésor poudreux de nos chartes, s'il n'eiit jamais senti le poids de la couronne, qu'il n'a cependant pas portée !

Philippe V, dit le Long, fut proclamé roi -, il y eut contestation; plusieurs princes, et entre autres le frère du roi, qui fut depuis Charles le Bel, voulaient qu'on examinât les droits que Jeanne, fille de Louis X, pouvait avoir aux couronnes de France et de Navarre. Le sacre se lit à huis clos. Une assemblée d'évéques, de seigneurs et de bourgeois de Paris, déclara qu'au royaume de France la feoime ne succède pas'^, et cela contre la maxime du droit féodal, par qui presque tous les grands (iefs tombaient de lance en quenouille. Un traité conclu, en 1316, entre Philippe V, alors régent, et le duc de Bourgogne, avait stipulé que, si la veuve de Louis X accouchait d'une tille, cette princesse, et Jeanne sa sœur du premier lit, ou Tune des deux, en cas que l'autre mourût, auraient le royaume de Navarre avec les comtés de Champagne et de Brie , et qu'elles donneraient quillance du reste du royaume de France'\ Ne croirait-on pas voir d'obscurs héritiers se partageant une ferme en famille? Ces anciennes monarchies chrétiennes étaient singulières, tant pour le droit que pour les mœurs-, elles avaient à la fois cjuelque chose de rustique et de violent, d'équitable et d'injuste, comme la vieille république

' Spiril., t. TII, p. 72; Trà.sor d's Chartes.

2 Coiilin. Chroii. Cuill. de I\'anfjis. ; Spictt., t.ITI, p. 72.

3 Irés. des Cha. A av., lajtîllc m, pirce vu; Dlpdis, Traité de In maison des rois; Leibi^itz in evd. diylom.^ p. 70; Mtm. de t'Ac. des Bel, Let,, l. XVil, p. ^95»

74 ANALYSE RATSONNÉE

romaine . deux femmes donnaient quittance de cette mâîe patrie, qui, portant sa gloire en tous lieux, donnait souvent elle-même, en se retirant , quittance de ses conquêtes.

Jeanne épousa Philippe , fils aîné du comte d'Évreux , auquel elle porta en dot le royaume de Navarre. Elle fut mère de Charles le Mauvais. Philippe le Bel avait marié sa fille Isabelle à Edouard II, roi d'Angleterre -, elle fut mère d'Edouard lïl, autre fléau de la France. Le royaume de Navarre, entré , par le mariage de Philippe le Bel, dans la maison de France, en sortit sous le règne de ses fils, pour y rentrer quatre siècles après par une autre princesse du nom de Jeanne , mère de Henri IV ^ époque à laquelle nos monarques reprirent ce titre et ne le quittèrent plus qu'en perdant les deux couronnes. Disons donc aussi tout d'un coup que Charles le Bel, érigeant la baronnie de Bourbon en duché-pairie en faveur de Louis V^, fils aîné de Bobert, sixième fils de saint Louis, obligea celui-ci à renoncer au nom de Clermont , et à reprendre celui de la mère de sa femme , Agnès de Bourbon : de là vint ce nom de Bourbon, auquel il n'a manqué , pendant tant de siècles , que cette gloire de l'adversité , qu'il a enfin magnifiquement obtenue. Ainsi se montrent, à peu près à la même époque , dans notre histoire , ces Bourbons et ces Navarrois, lesquels, accablés sous la mênic couronne, devaient voir leur premier roi tomber sous le poignard du fanatique , et le dernier sous la hache de l'athée.

Philippe V, de même que ses prédécesseurs, était toujours on querelle avec les princes flamands -, il finit néanmoins par mettre un terme à une guerre qui avait duré vingt-cinq années, en donnant sa fille Marguerite en mariage au comte de Ne vers, à condition qu'il succéderait au comté de Flandre. L'Allemagne était divisée entre les deux prétendants à l'empire, Frédéric d'Autriche et Louis de Bavière. L'Italie prenait part à cette division dans les deux partis guelfe et gibelin : les Visconti s'élevèrent dans ces troubles. Le pape publia contre eux une croisade, comme autrefois contre les comtes de Toulouse.

Reparurent sous Philippe le Long ces bandes de paysans armés qui, sous le nom de Pastoureaux , avaient déjà désolé la France pendant la captivité de saint Louis, et qui, sous prétexte d'aller délivrer la Terre-Sainte, ravagèrent leur propre pays et massacrèrent les Juifs. Le mouvement qui , pendant plusieurs siècles, avait poussé les Germains vers le Midi, et les Arabes vers le Nord, conserva son

principe dans les races qui l'avaient opéré. L'iiumeur vagabonde et inquiète des Barbares continua de s'agiter tant que la société demeura privée de ses droits : c'était Tindépendance naturelle de l'individu qui se montrait à défaut de la liberté politique de Tespèce.

Quelques ordonnances sur la justice font honneur à Philippe V. Il est défendu aux juges de débiter nouvelles ou êshatlemens pendant les audiences , de recevoir paroles privées ^ Il est défendu dépasser ou conseiller au roi aucune lettre contraire aux anciens règlements 2, Messire Dieu, qui tient sous sa main tous les rois, ne les a establis en terre quafin qu'ils gouvernent ensuite dûment^. On tixe au règne de Philippe V l'époque du droit qui rend le domaine de la couronne inaliénable^ (1321). Les lois générales prenaient la place des lois privées. Le roi ne pouvait plus acquérir ni vendre , comme les autres possesseurs de grands fiefs ^ il sortait du pérage : mis à part de l'aristocratie et de la démocratie , il commençait ce pouvoir inviolable que la liberté lui reconnaît aujourd'hui pour sa propre garantie et pour le maintien de l'ordre. Mais la nation renaissante, en même temps qu'elle élevait la royauté à une hauteur inaccessible, régularisait le mouvement de cette royauté , et il y avait une loi supérieure à la volonté de la couronne , l'inaliénabilité.

Philippe le Long s'occupa de l'administration ; il régla la dépense de sa maison. Il faut prendre garde de confondre les idées par la ressemblance des mots. Les anciens rois n'avaient point de liste civile -, ils vivaient des revenus de leurs domaines -, quand ils administraient leur maison , ils administraient de fait les revenus de la couronne-, l'impôt, qui avait toujours une destination spéciale, était applicable aux lieux où il était levé , et ne tombait dans les coffres du roi que par abus. Toutes ces grandes charges, aujourd'hui antiquailles de la royauté , qui n'ont plus de place dans la constitution de l'État , qui coulent beaucoup et ne sont bonnes à rien , étaient, dans l'origine, des places administratives. Le maître de l'écurie du roi devint, sous Philippe V, premier écuyer du corps-, il se changea en grand écuyer sous Louis XI. Philippe établit des capitaines généraux dans les grandes villes-, le système d'élection prévalait toujours, et ces capitaines étaient élus par le conseil des prud'hommes. Enfin ,

« Orrfnnn. dex /?., t. I, p. 673, 702, 730.

2 ibid., p. «7^, 673.

3 Ibid., p. 669.

76 ANALYSE RAÏSONNÉE

Philippe avait songé à établir l'égalité des poids et mesures, et une seule monnaie pour la France. Les siècles marchaient.

Philippe aimait les lettres ^ il s'entoura de poètes et de savants , ce qui n'est remarquable que par ses ordonnances, dans lesquelles l'on sent un esprit quelque peu philosophique, étranger à cet âge. Toulouse devint métropole -, seize évéchés nouveaux furent établis.

A peu près à celte époque , le Dante mourut en Italie, et le sire de Joinville en France-, celui-ci était plus que centenaire : représentant des temps de saint Louis parmi des hommes qui déjà ne lui ressemblaient plus, il devait nous transmettre cette chronique pleine de charmes dont la langue n'est plus la nôtre -, nous lui devons le premier monument de notre littérature , comme le Dante a glorifié sa patrie de cet ouvrage , à la fois portrait vivant et statue colossale du moyen âge.

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