PHILIPPE VI, DIT DE VALOIS
De 1323 A 1350.
Jusqu'au règne de Philippe de Valois, les contentions entre la France et l'Angleterre n'avaient annoncé rien d'antipathique et do
violent; mais sous ce règne elles devinrent une rivalité nationale, et cette rivalité divisa le monde : commencée sur la terre, elle s'y perpétua pendant deux siècles pour se prolonger ensuite sur la mer-, la terre manqua aux Anglais, et non la haine; ils continuèrent à gron* der avec TOcéan contre ces rivages dont nous les avons rejelés.
Les deux peuples se séparèrent sans retour; les liens de parenté et de famille se brisèrent; l'Angleterre cessa d'être normande. Edouard III bannit des tribunaux la langue française ; l'idiome dédaigné du Saxon vaincu fut adopté par les vainqueurs, en inimitié de leur ancienne patrie. Le caractère commerçant des insulaires se développa : leurs laines se convertissaient en trésors aux marchés de la Flandre; elles s'améliorèrent encore par les troupeaux que le duc de Lancaster tira de l'Espagne et du Portugal ; elles devinrent l'aliment des subsides dont Edouard III avait besoin dans la guère qu'il entretint contre nous. Heureusement la France n'est pas marchandise que l'on troque pour des sacs de laine : à tous les traités de partage du royaume de saint Louis, que le prince anglais fit avec son compère Artevelle, le brasseur de bière, il ne manqua que la signature de du Guesclin.
Le mal que fait un injuste ennem.i profite à la nation opprimée, et c'est une belle loi de la Providence; les premiers symptômes de l'émancipation nationale éclatèrent dans les états réunis à Paris pendant la captivité du roi Jean ; les Grandes Compagnies et la Jacquerie furent des fléaux qui ajoutèrent néanmoins force au droit. Partout où les hommes ressaisissent leur indépendance naturelle, cette indépendance, en reprenant ensuite le frein des lois, fait faire un pas à la liberté politique. Quand la pensée a été élargie de prison, ne fût-ce que pour un moment, elle en garde le souvenir; les idées une fois nées ne s'anéantissent plus; elles peuvent être accablées sous les chaînes, mais, prisonnières immortelles, elles usent les liens de leur captivité.
A mesure que la liberté commune croissait, le pouvoir régulier croissait. La justice royale pénétrait dans les justices particulières; les empiétements de la loi ecclésiastique s'arrêtèrent, et il lui fallut subir l'appel comme d'abus. La guerre nationale détruisit, par la composition des grandes armccs, les guerres particulières : on pourrait presque dire que la poudre, en changeant la nature des armes, fit sauter en l'air le vieil édifice de la féodalité.
Mais tous ces progrès de la civilisation, tontes ces révolutions
dans les esprits, dans les mœurs, dans les lois, ne s'opérèrent que graduellement au milieu de tous les désastres. Il fallut que les Français reçussent les trois leçons de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, pour apprendre à délivrer leur patrie. Le règne de Philippe VI, dit de Valois, ouvre cette scène de notre histoire.
SOMMAIRE
La veuve de Charres le Bel accoudiP d'une fille. — Une as<?emhlée de prélats et de seigneurs adjuge la couronne a Philippe de Valois. — Examen d(^s préteniions d'Edouard III à la couronne de France — Premiers actes de l'administration de Philippe. — Recherches des financiers. — Jeanne de France, qui avait épousé Philiiipe, comte d'Évreux, est proclamée reine de Navarre. — La Cliamiiagne et la Brie sont abandonnées à tMiilippe en échange des comtés dAngoulême et de Morlain, avec deux renies assignées sur le trésor du roi et sur les domaines de la couronne. — Sacre du roi. — Philippe est surnommé le Fortuné. — I ouis, comte de Flandre, vient rendre foi et huujmage a Philippe, et implorer son secours contre les communes de Flandre. — Guerre de Flandre. — Philippe va prendre ToriOamme à Saint-Denis. — Couleurs nationales ; qu'elles n'ont pas toujours été les mêmes; leur histoire; que le blanc éîait la couleur des Anglais, et le ronge celledesFrançais jusqu au règne dePhilippe deValois:acetleépoqueÉdonardIiI, prétendant k la couronne de France, prit les couleurs françaises, et les Français abandonnèrent ces couleurs lorsqu'ils les virent portées par les Anglais. — L'oriflamme n'était dans l'origine que la bannière de Sainl-Dei.is : elle disparut sous Charles VII, et fut remplacée par la cornette blanche. — Victoire de Cassel. — Edouard est sommé de rendre hommage à Philippe, comme duc de Gtiienne et comte de Ponthieu. — Il vient à Amiens et prèle solennellement cet hommage. — Conflit entre les juridictions seigneuriales et ecclésiastiques. — Discours de Pierre de Cugnières. — Edouard confirme l'hommage qu'il avait rendu au roi à Amiens. — Projet de croisade. — Le pape songe a passer en Italie : le saïutsiége U Avignon était un bien pour la Fiance, un mal pour la chrétienté. — Le duc de Normandie, fils du roi, âgé de quatorze ans, épouse Bonne de Luxembourg, fille de Jean, roi de Bohême. — Le [)rojet de croisade échoue. — Histoire du procès de Robert d'Artois, troisième du nom, et de Mahaut, comtesse d'Artois, sa tante. — Robirt, convaincu d'avoir fait forger de faux titres et de s'en être servi, se retire auprès du duc de Brabant. — Il refuse de comparaître en cour (le justice. — Le Parlement le condamne à mort; le roi commue la peine en un bannissement perpétuel. — Robert, déguisé en marchand, se réfugif^ en Angleterre. — David Uruce, roi d'Ecosse, cherche un asihî auprès de Philippe. Communes de Flandre. — Jacques d'Arlevelle. — Edouard, qui cherchait des torts a Philippe et qui mélilail la guerre, intrigue avec Artevelle. — Les deux monarques cherchent des alliés de paît et d'autre. — Vœu du héron.
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